ÏÉ^: :**fr* ^ V A* \^0() HARVARD UNIVERSITY. LIBRARY OF THE MUSEUM OF COMPARATIVE ZOOLOGY LiBRARY OF SAMUEL GARMAN '. 1 3 2044 072 206 493 CT5 1928 ) HISTOIRE NATURELLE DES POISSONS. STRASBOURG , IMPRIMERIE DE F. G. LEVRAULT , IMPRIMEUR DU ROI. HISTOIRE NATURELLE DES POISSO]\S, PAR M, LE B.^^ CUVIER, Grand-Officier de la Légion d'honneur, Conseiller d'État et au Conseil royal de l'Instruction publique , l'un des quarante de l'Académie française , Secrétaire perpétuel de celle des Sciences , membre des Sociétés et Académies royales de Londres, de Berlin, de Pétersbourg, de Stockholm, de Turin, de Gœttingue, de Munich, etc.; ET PAR M. VALENCIENNES, Aide- Naturaliste au Muséum d'Histoire naturelle TOME PREMIER. A PARIS, Chez F. G. LEVRAULT, rue de la Harpe, n.' 8i; STRASBOURG^ même maison, rue des Juifs, n." 33; BRUXELLES 9 Librairie parisienne, rue de la Magdeleioe, n." 438. 1828.S A AVERTISSEMENT. J_JES détails où nous sommes entrés dans le premier livre de cet ouvrage, sur l'état où nous avons pris l'ichtyologie, et sur les moyens qui ont été à notre disjDosition pour l'enrichir, nous dispensent de nous étendre sur ce sujet dans une préface. Nous nous bornerons donc à prévenir que notre ouvrage étant en grande par- tie rédigé, les livraisons s'en succéderont avec exactitude, et que toutes les précau- tions ont été prises pour que l'exécution des planches et l'impression du texte ne souffrent aucun retard. Il est aussi de notre devoir de dire ici que les deux premiers volumes étaient déjà imprimés, lorsque nous avons reçu VJ ^AVERTISSEMENT. l'ouvrage de M. Carus sur les parties es- sentielles de Vappareil osseux et coquil- lier\ où se trouve une théorie générale du squelette et surtout de la vertèbre, assez différente de celles de ses prédéces- seurs, et une application de cette théorie à la composition de la tête des poissons, dont nous aurions dû rendre compte dans notre premier livre, si cet ouvrage intéressant nous était arrivé à temps; mais nous retrouverons d'autres occasions d'en parler, lorsque nous donnerons des monographies anatomiques des poissons des familles qui suivront celle des per- ches. C'est aussi depuis l'imjDression de ces deux volumes que nous avons reçu les premières livraisons du bel ouvrage de M.""" Bowdich sur les poissons d'eau douce de V Angleterre. Les excellentes figures 1. Uéber die Ur-Theile des Knochen- und Schalengerùsies ; Leipzig, 1828, in-folio. AVERTISSEIVŒNT. VIJ dont il est rempli, nous fourniront dans nos volumes suivans de nombreuses et utiles citations. Nous aurons soin d'indiquer de même par la suite les ouvrages d'ichtyologie qui viendront à paraître, de manière à com- pléter, autant qu'il sera en nous, le ta- bleau abrégé que nous donnons aujour- d'hui de l'histoire de cette science. TABLE DU PREMIER YOLUME. LIVRE PREMIER. T lABLEAU HISTORIQUE DES PROGRES DE L ICH- TYOLOGIE, DEPUIS SON ORIGINE JUSQU'a NOS JOURS , 1 Ses trois époques 3 Des connaissances que les Egyptiens, les Phénidens et les Carthaginois ont eues sur les poissons 6 Des connaissances des Grecs sur le même sujet lo Origine de l'ichtyologie scientifique. Aristote 17 Théophraste et autres Péripathéticiens 24 Connaissances des Romains sur les poissons ; leurs pê- cheries ; leurs viviers . . = 27 Ovide 3o Pline 3i Oppien 35 Athénée 36 Élien 37 Ausone 38 Galien, Xénocrate, etc 39 De l'ichtyologie dans le moyen âge 42 Isidore de Séville Ibid. Albert le grand 4 3 Vincent de Bcciuvais 4 5 X TABLE. De l'ichtyologie lors de la renaissance des lettres. ... 46 Massaria, Paul Jove 46 Gyllius Ihid. Des trois grands ichtyologistes du seizième siècle. ... 48 Bélon Ihid, Salviaui 5o Rondelet 5 1 Gesner 5 3 Aldrovande et Uterverius 64 Commencement des connaissances sur les poissons étran- gers. Thevet 5 5 Delaët 5 6 Nieremberg Ibid, Hernandès 57 Maurice de Nassau , Pison et Margrave 58 Rontius 61 INieuhof. Ibid. Dutertre, Rochefort 62 Nouvelles études sur les poissons d'Europe 63 Mathiole, Imperato, Columna, Scilla Ihid. Schw^enkfeld , Schonevelde, Neucrantz Ibid. Recherches sur l'anatomie des poissons pendant le dix- septième siècle 64 Fabricius d'Aquapendente Ibid, Casserius 65 Marc-Aurèle Severinus Ibid. Rorelli, Malpiglii, Sténon, Lorenzini S6 Blasius et Swamraerdam 68 Duverney 69 Boccone , Valisnieri Ihid. Gauthier Needham et autres raonographes , 7 o et suiv. TABLE. XJ Pages. Collections de Blasius et de Valentiii 72 Collins ^^"^• Histoire générale des poissons de Jonston 7 3 Première ichtyologie méthodique. Rai et Willughby. 74 Ichtyologistes voyageurs. Sloane, Catesby, Hughes 80 Marsigli 83 Bosman, Léguât, Labat, etc 84 Vlaming et ses copistes Renard etValentyn. ... 86 Ouvrages chinois et japonais sur les poissons. . . 8g Plumier, Feuillée, Aubriet. 91 Premier système d'ichtyologie. Artedi 96 LiJNN^us 99 Les deux Gronovius 101 Élèves de Linnseus. Hasselquist, Osbek, Lœfling, etc 108 Autres auleurs dont Linnseus a tiré des secours. 109 Klein 1 1 3 Auteurs d'ichtyologie venus après Linnœus. Duhamel. 1 17 Pennant 1 i 8 Pallas 120 Grands voyages scientifiques 121 Commerson, Sonnerat 122 Banks, Solander, Parkinson 126 Les deux Forster 127 Forskal 128 Falk , Gmelin , Guldenstedt , Georgi , Lepechin . . 1 3 3 Fabricius , Ascanius , MiUler i35 Thunberg 137 Brunnich, Cetti, Cornide 139 Parra Ihid, Divers naturalistes allemands 139 XIJ TABLE. Page». Bloch 143 Haùy , Bonnaterre 162 Walbaum 164 Édition de Linnœiis par Gmelin i55 Recherches sur l'anatomie et la physiologie des poissons pendant le dix-huitième siècle i58 Pourfour-Dupetit Ihid. Cheselden , Duhamel , Meyer 169 Haller 160 Camper 161 Vicq-d'Azyr 162 Alexandre Monro i63 Geoffroy, Hunter, etc 164 Scarpa Ihid. Comparetti i63 Ebel Ihid. Ichtyologie de Lacépède 171 Ichtyologistes postérieurs à Lacépède. Russel 182 Shaw i83 Duraéril 184 De Laroche 188 Risso Ihid. Rafinesque 190 Viviani, Spinola, Giorna, BonelU, Otto, Ranzani, Valenciennes 196 Naccari , Nardo 197 Low Ihid. Montagu, Jurine 198 Geoffroy Saint-Hilaire Ihid. Dictionnaires 199 Tilesius et Pallas 200 TABLE. XllJ Pages. Mitchill 202 Lesueur 2o3 Hamilton Buchanan 2o5 Quoy et Gaymard 207 Lesson et Garnot 208 Nouvelles méthodes 209 Rafinesque Ibid. De Blainville 216 G. Cuvier 2x8 Goldfuss 223 Oken 228 Recherches anatomiques et physiologiques sur les pois- sons pendant le dix-neuvième siècle 237 Autenrieth Ibid, Geoffroy Saint-Hilaire Ibid. Rosenthal 238 Spix 239 Bojanus 240 Carus Ibid, Schulze 241 Weber Ibid. Van-der-Hœven, Bakker 242 Meckel 243 Arsaki. 244 Kuhl , Fenner Ibid. Serre, Desraoulins Ibid. Sir Everard Home 247 Rathke Ibid. Tiedeman 248 Rudolphi 249 Biotj Configliacchi , Ibid. XVJ TABLE. Page». CHAPITRE V. Cerveau et nerfs des poissons 416 Cerveau Ibid. Nerfs et moelle épinière 434 CHAPITRE VI. Organes des sens extérieurs des poissons 446 OEil Ibid, Oreille 4^8 Narines 47^ Organes du goût 47^ Organes du tact '. 477 CHAPITRE VII. Organes de la nutrition des poissons 486 Manducation, et surtout dents 489 Déglutition 497 Canal intestinal et ses annexes 499 Circulation 5o8 Respiration 617 Excrétions et sécrétions 620 CHAPITRE VIII. Organes de la génération des poissons 63i CHAPITRE IX. Résumé général de l'organisation des poissons 643 CHAPITRE X Distribution méthodique des poissojns en familles naturelles et en divisions plus élevées 552 HISTOIRE DES POISSONS. LIVRE PREMIER. Tableau historique des progrès de ITch- tjrologie, depuis son origine jusqu'à nos jours. L'histoire naturelle est une science de faits , et le nombre des faits qu'elle embrasse est tellement considérable, qu'aucun homme ne pourrait re- cueillir ni constater par lui-même la totalité de ceux qui forment mie seule de ses branches : elle ne peut donc être étudiée avec fruit qu'en consultant tous les auteurs qui s'en sont occu- pés, et en comparant leurs témoignages entre eux et avec la nature ; mais pour consulter des écrivains avec fruit , pour pouvoir apprécier le degré de confiance du à chacun d'eux, pour distinguer même ce qu'ils rapportent d'après 1. 1 2 LIVRE PREMIER. leurs propres observations , de ce qu'ils ont puisé dans les écrits de leurs prédécesseurs, il est nécessaire de connaître les circonstances sous l'empire desquelles ils ont travaillé, l'époque où ils out vécu, l'état où ils ont trouvé la science, les facilités que leur procuraient soit leur po- sition personnelle, soit les secours de leurs amis et de leurs protecteurs, ou la coopération de leurs élèves. Ces détails , disposés dans l'ordre des temps et dans rencliaînement selon lequel ils se lient, constituent l'histoire de la science, base nécessaire de tout ouvrage dans lequel on voudra en présenter l'ensemble; base sans laquelle il serait surtout impossible de faire comprendre les discussions sur ce que l'on nomme la synonymie, ou la concordance des noms des espèces , qui elle-même est indispen- sable pour recueillir sans confusion et sans erreurs ce que l'on sait de leius propriétés. C'est ce qui nous a déterminé à commencer cet ouvrage par une histoire de l'ichtyologie. Nous essayerons d'y suivre les connaissances que les hommes ont eues dans les différens âges sur les poissons ; d'y faire connaître les au- teurs qui ont traité de cette partie de l'histoire naturelle; les moyens dont ils ont disposé pour s'en instruire; les progrès (pie chacun d'eux lui a fait faire ; l'influence mutuelle de leurs tra- HISTOIRE DE l'iCHTYOLOGIE. 3 vaux , et l'utilitë que leurs ouvrages conservent encore. Nous reconnaissons clans les progrès cle l'icli- tyologie trois époques principales. Elle ne se compose d'abord , pendant bien des siècles , comme toutes les branches de l'histoire de la nature, que d'observations partielles. Aristote, trois cent cinquante ans avant notre ère, com- mence à en faire un corps de doctrine , mais faible encore, et ne reposant que sur des aper- çus et des règles à peine vèriliëes, destitue sur- tout de moyens sûrs de faire distinguer les es- pèces. Pendant plus de dix-huit cents ans ceux qui écrivent sur l'histoire naturelle se bornent presque à copier Aristote , ou à le commenter : mais, au milieu du seizième siècle. Rondelet, Belon et Salvien , reviennent à la véritable obser- vation; et, en rectifiant et étendant ce qu' Aris- tote avait dit , ils donnent à l'ichtyologie une base positive par des descriptions et des figures d'un certain nombre d'espèces bien déterminées; à la fin du dix-septième , Willughby et son ami Jean Ray essaient les premiers de distribuer ces espèces d'après une méthode fondée sur des caractères distinctifs tirés de leur organisation ; enfin, au milieu du dix- huitième, Artedi et Linnœus complètent cette entreprise, en éta- blissant des genres bien définis, en y plaçant 4 LIVRE PREMIER. des espèces certaines et caractérisées avec net- teté. Depuis lors l'ichtyologie marche sans ohsta- cle vers la perfection , et s'en approclie d'autant plus rapidement, que chacun des naturalistes qui s'en occupent y met plus d'ardeur et plus de cette sagacité qui sait distinguer le vrai et le présenter d'une manière sensible pour les bons esprits. C'est de ces progrès que nous allons exposer l'histoire, autant que les monumens qui subsis- tent nous en laisseront découvrir les traces. La connaissance des poissons , née de l'habi- tude de s'en nourrir, a dû être l'une des pre- mières qu'acquirent les hommes ; car il n'est point d'aliment que la nature leur offre en plus grande abondance et dont ils puissent s'emparer avec moins de peine : aussi voyons-nous que les peuples les plus sauvages, et ceux qui sont re- légués sur les plages les plus stériles, sont ceux qui vivent le plus entièrement de poisson. Les Groënlandais , les Esquimaux , les Ramt- schadales , sont ichtyophages , comme les habi- tans des rochers des Maldives, et comme ceux des côtes arides et sablonneuses du Mékran; c'est la nature même qui les contraint à ce genre de vie : elle ne leur fournit point d'autres res- sources. En Islande la monnaie conrante consiste en poissons sécliés ; certaines peuplades , faute de végétation , nourrissent de poissons jusqu'à leurs bestiaux. Dès la plus haute antiquité , la mer des Indes a nourri des iclityopliages sur une partie de ses bords. Hérodote en place déjà près de la mer Rouge ^ , et Néarque entre l'Inde et la Perse. ^ La facilité avec laquelle ils se procurent leurs alimens , et leur pauvreté sous tous les autres rapports, ont concouru dans tous les temps à retenir les icbtjopliages aux degrés les moins élevés de la civilisation. Agatharcliide , dans Photius, les peint comme les plus grossiers des humains , étrangers à tous les sentimens mo- raux^. Leur industrie se réduisait à piler et à sécher la chair des poissons pour en faire leur provision d'hiver.'^ C'est probablement pour détourner les hom- mes qu'ils cherchaient à civiliser d'un genre de vie si contraire à l'agriculture et si peu fa- vorable au développement de l'intelligence, que les prêtres d'Egypte avaient inspiré à leur peuple de l'horreur pour la mer, qu'ils avaient proscrit le poisson, et que leur caste continua 1. Thaïia, c. 19 et 20. — 2. Strab., l.XV, c. 11. — 3. Photius, ex Agath. , c. 12 , p. m. i343. — 4. Idem, ibid., et Strab., loc cii. 6 LIVRE PREMIER. (le s'en abstenir * , alors même qu'ils ne purent plus empêcher de s'en nourrir une nation à laquelle un grand fleuve , ses nombreux ca- naux, et les lacs dans lesquels il s'épanche, en offraient une quantité si prodigieuse. Ce qui est certain , c'est que , malgré la dé- fense faite aux prêtres de manger du poisson , le commun des Egyptiens se livra ardemment à la pêche ; ils mangèrent des poissons crus , ou scellés au soleil, ou salés"; quelques cantons n'avaient pas d'autre nourriture^ ; et si les prêtres n'en mangèrent pas, il n'est pas moins vrai qu'ils en connurent assez bien les espèces. Les monumens construits sous leur direction en offrent en plusieurs endroits des images fort fidèles. INous pouvons citer principalement le tableau d'une grande pêche, copié par 31. Caillaud dans une des grottes sépulcrales de Tlièbes, et où l'on distingue aisément par leurs caractères les ligu- res de plus de dix espèces'^; telles que chromis, varioles, mormyres, ou silures de différentes sortes. Le grand ouvrage sur l'Egypte en mon- tre également plusieurs , et particulièrement des 1. Il ne leur est pas permis (aux prêtres) de manger du poisson. Ilerod., Euterp., c. "S-j. 2, Hcrod., Euterp., c. 77. — 3. Idem, 92. — 4. Caillaud, Yo^age à Méroi;, t. II, pi. 75. HISTOIRE DE LICHTYOLOGIE. 7 muges et des moriiiyrcs, dessinés et coloriés d'une façon très-reconnaissable. ' On embaumait aussi un certain nombre de ces espèces. Nous avons vu entre autres plu- sieurs cyprins de l'espèce du binny dans la collection de M. Passalaqua. Cet usage tenait probablement au culte que l'on avait voué à certains poissons. Strabon nous assure que l'oxyrinque et le lépidote étaient révérés dans toute l'Egypte. ^ L'oxyrinque l'était particulièrement dans le nome et dans la ville qui portaient son nom , et même cette ville lui avait érigé un temple. ^ A Latopolis on bonorait le latos"*; à Elé- pliantine le méote^; à Syène le pbagre ou pbagrorius^. Ce dernier était probablement aussi un objet de culte dans le Nome pliagro- riopolitain , l'un de ceux de la basse Egypte. "^ Ceux qui croient devoir cbercber des expli- cations à ces cultes bizarres , les dérivent , soit de quelque propriété naturelle, soit du rôle que l'on avait fait jouer à ces poissons dans la mytbologie nationale. 1. Description de l'Egypte, Antiquités, t. II, pi. 87. — 2. Strab., I. XVII, c. 1, p. m. 225. — 3. Idem, ibid., et M., 1. X, c. 46. — 4. Strab., ibid. — 5. MX., 1. X, c. 19. — 6. MA., ibid. Clément d'Alexandrie répète la même chose. Admon. ad gent., p. m. 25. — T. Strab.,l.XYII, C. i,p. m.2o5. 8 LIVRE PREMIER. Ainsi ^lien croit que les honneurs rendus au phagre venaient de ce que son arrivée an- nonçait le procliain débordement du Nil ' ; mais qu'on révérait l'oxjrinque , parce qu'on le croyait né des plaies d'Osiris^ Plutarque, au contraire, prétend que le phagre, l'oxjrinque et le lépidote étaient en horreur aux Égyptiens parce qu'ils avaient dévoré les parties génitales d'Osiris lorsque Typhon eut jeté ses membres dans le Nil. ^ Ces interprétations contradictoires, et peut- être également hasardées, de pratiques puériles, n'importent guère à nos recherches; mais nous pouvons conclure de ces pratiques mêines qu'il y avait déjà dans ce pays des observations suivies sur les poissons et sur leurs espèces , ne fût-ce que pour distinguer ce qu'il était permis de manger et ce que l'on devait rendre au fleuve incontinent après l'avoir pris. Nous devons croire encore que l'habitude de voir les espèces sacrées , que sans doute l'on élevait dans les temples comme les autres animaux dédiés aux dieux, et celle de les ouvrir après leur mort pour les embaumer , faisaient prendre aux hommes chargés de ces fonctions une connaissance plus J. Mi., 1. X, c. 19. — 2. Idem, 1. X, c. 46- — 3. De hid. €i Osirid. particulière de leur conformation et de leurs moeurs. La pêche eut beaucoup moins d'importance pour les Juifs qui n'habitaient point aux bords de la mer, et dont le pays n'avait qu'un fleuve médiocre et deux petits lacs d'eau douce, la mer morte étant trop salée pour nourrir des poissons, et toutefois Moïse, au moins par précaution, leur avait prescrit quelques règles dans l'usage de cette nourriture : il leur défendait tous les poissons sans nageoires ou sans écailles * , ce qui se rapportait sans doute, d'une part, aux silures, et de l'autre, aux différens reptiles aquatiques, auxquels on attribuait apparem- ment quelque qualité malfaisante. C'étaient les Phéniciens , habitans de la côte, qui portaient aux Juifs des poissons ^. Cepen- dant on ne trouve pas dans les anciens de témoi- gnage bien positif qui annonce que les Phéni- ciens aient fait la pêche en grand dans la haute antiquité. Il n'est question ni de poissons ni de salaisons dans la description poétique qu'Ezé- chiel fait de leur commerce^; mais il est bien difficile qu'un peuple navigateur n'ait pas été 1. Lévitlque, ch. XI, v. 9 — 12, Les Juifs appliquent assez mal à propos cette règle à l'anguille , qui n'est nullement dépourvue d'écaillés. 2. Néhém., ch.\in, Y. 16. — 3. Ézéch., ch. XXVII. 10 LIVRE PREMIER. un pe'iple pêcheur , et si les grands établisse- mens de pêche et de salaison , qui fleurissaient dans le temps des Romains sur les côtes d'Es- pagne, ne devaient pas aux Phéniciens leur première origine, au moins furent -ils créés par les Carthaginois ; car on voit souvent le thon et d'autres poissons figurer sur les mé- dailles puniques de Cadix et de Carteia. Le nom de la ville de Malaxa vient même , selon Bochart, du mot hébreu et phénicien Malacli, qui signifie saler.^ Mais quelles qu'aient pu être les connais- sances de ces peuples, elles ne concourent à l'ensemble de nos doctrines d'aujourd'hui qu'autant qu'il en serait passé quelque chose dans les ouvrages des Grecs ou des Latins. C'est chez les Grecs que nous trouvons les premières bases de l'ichtyologie , ainsi que de toutes les autres sciences. A la vérité on a prétendu qu'ils n'avaient pas fait d'abord un grand cas des poissons comme aliment. On n'en sert jamais aux liéros d'Homère, et même Ulysse racontant que ses compagnons, pressés par la faim, avaient pris des poissons , quelques commentateurs ont cru voir une excuse dans ces paroles : 1. Bochart, Fhaleg. in oper., UI, 1G7. HISTOIRE DE l'ichtyologie. 1 1 (Car la faim nous pressait restomac.) paroles que Ménëlas emploie aussi dans une circonstance semblable % mais qui ne prouvent nullement, ni que les poissons fussent méprisés, ni que l'art de la pêclie fut inconnu. Le fait même que les compagnons d'Ulysse et de Mé- nélas avaient apporté des hameçons avec eux {yvoifXTflots dyKi^^oiaiv) , prouverait le contraire : aussi Platon^ et Atliénée * attribuent- ils cette abstinence du poisson de la part de ces guer- riers à la crainte de s'énerver par des mets trop délicieux. D'ailleurs Homère parle en plusieurs endroits de la pêche au hameçon et de la pêche au iilet. Il compare les amans de Pénélope expirans aux poissons qui palpitent en tas sur le rivage, ou les pêcheurs viennent de vider leurs rets^. Lorsque Scylla entrahie dans son gouffre six des com- pagnons d'Ulysse, il les peint tels que le petit poisson auquel le pêcheur vient de tendre un appât suspendu à une longue verge. ^ Hésiode place sur le bouclier d'Hercule un pêcheur attentif, prêt à jeter ses fdets sur des poissons que poursuit un dauphin.'' 1. Odyss., I. XII, V. 552. — 2. Idem, 1. IV, v. SGg. — 3. De repuhl.,\. m. — 4. Deipn., 1. I, p. 25. — 5. Odjss., I. XXÏI, V. 384. — 6. Idem, 1. XII, v. 25i. — T. Hes. Scut. Hercul., y. 212. 12 LIVRE PREMIER. Comment, en effet, une pareille ignorance ou une pareille prévention , si jamais elles avaient eu lieu, auraient-elles pu subsister dans un pays tel que la Grèce, entrecoupé de toute part de golfes et de bras de mer, et dont la population, en grande partie insulaire, s'adonna de si bonne heure à la navigation? Les poissons frais et salés furent donc promp- tement l'article peut-être le plus important de la diète des Grecs. Il en est parlé sans cesse dans les poètes comiques. Aristophane, dans ce qui nous reste de lui , y fait vingt fois allusion , et Athénée cite peut-être deux cents passages d'au- teurs et d'ouvrages, aujourd'hui perdus, ou il en était question. L'art de la pêche devint ainsi une indus- trie des plus lucratives et des plus générales; on fit dans les lieux favorables de grands éta- blissemens de salaison qui se transformèrent en villes considérables : Ryzance et Synope fleurirent surtout par cette cause ; et ce fut l'abondance des poissons qui valut au port de Byzance le nom de corne dorée. Les par- ticuliers faisaient à ce commerce des fortunes rapides, et les anciens comiques se sont mo- qués plusieurs fois d'un marchand de saline nommé Clierephile , devenu citoyen d'Athè- nes , et dont le fils dépensait en débauches HISTOIRE DE l'iCHTYOLOGIE. \ 5 la fortune que ce père laborieux avait amas- sée/ Différens personnages devinrent des objets de satires , seulement pour avoir aimé le pois- son avec excès. Tels furent un certain Calli- médon , surnommé la langouste, sur lecpiel les comiques ne tarissaient point ^ ; Pbiloxène de Cytbère, poëte ditb jrambique , qui, apprenant de son médecin qu'il allait mourir d'indigestion pour avoir mangé une grande partie d'un pois- son , demanda à en manger auparavant le reste ; conte plaisant si bien versifié par La Fontaine; les grands orateurs , Callias et Ilypéride , qui aimaient autant le poisson que les jeux de lia- sard ; Mélantbe le tragique et d'autres encore. On cite particulièrement Androcide de Cy- sique, peintre, que son goût pour le poisson porta à représenter avec grand soin d'après nature les espèces du détroit de Scylla , et qui fut ainsi le précurseur des grands iconographes de nos jours. ^ Une preuve encore subsistante du grand nom- bre d'espèces que les Grecs étaient parvenus à connaître, c'est qu'il s'est conservé dans leur 1. Athénée, 1. m, c. 53; l.VIU, c. 5. 2. Vojez dans Athénée, 1. VIII, c. 5, les plaisanteries sans fia dont il fut l'objet. 3. Athén.,l.Vm,p.34i. 1 4 LIVRE PREMIER. langue plus de quatre cents noms pour desi- gner des poissons, ce dont certainement aucune autre langue n'approche, et, comme le dit très- judicieusement Buffon : <, Cette abondance de « mots , cette richesse d'expressions nettes et « précises ne supposent-elles pas la même abon- « dance d'idées et de connaissances ? ne voit-on « pas que ces gens , qui avaient nommé beau- « coup plus de choses que nous , en connais- «< saient par conséquent beaucoup plus ? '* 11 était naturel qu'en de telles circonstances plusieurs écrivains travaillassent , soit sur les poissons eux-mêmes , soit sur leur pêche , soit sur l'emploi que l'on eu faisait dans l'art de la cuisine et sur les précautions que l'hygiène recommandait dans leur usage. On peut juger par les citations nombreuses d'Athénée, qu'il existait en effet beaucoup de livres sur ces matières. Malheureusement Athé- née n'a point marqué l'époque oii vécut chacun des auteurs qu'il cite; et parmi les traits qu'il rapporte, il s'en trouve rarement de propres à la faire connaître, en sorte qu'il n'est pas facile de savoir de plusieurs s'ils ont précédé Aristote , ou s'ils l'ont suivi ; ni de distinguer entièrement ceux dont les travaux ont pu être utiles à ce premier des naturalistes, de ceux qui ont au contraire prolité de ses ouvrages. Soi- HISTOIRE DE l'iCHTYOLOGIE. 15 gneiix comme il le fut, de recueillir les livres de ses devanciers , et l'un des premiers qui ait formé une bibliothèque', on ne peut douter qu'il n'ait mis à contribution tous les auteurs qui pouvaient lui fournir quelques faits intëres- sans, et cependant il ne cite aucun de ceux dont Athënée fait mention comme ayant parlé des poissons, pas même ceux qui ont du être au moins ses contempoi ains , tel c^vl Archestirite ^ ce maître passé dans l'art de la bouche , dont la gastrologie^ guida, dit-on, Epicure dans la recherche de la volupté. Les seuls noms rappelés dans ses livres sur les animaux sont ceux d'Eschyle , d'Alcméon , deCtésias, deDiogëne d'ApoUonie, d'Hérodore, d'Hérodote , d'Homère , de Musée , de Polybe , de Simonide , de Syennésis ^ , d'Empédocle , de Démocrite et d'Anaxagoras/ H est vrai que, par une pratique trop suivie de nos jours, Aristote ne cite guère que les 1. Strab.,1. XIII,p. m. 608. 2. Archestrate, de Sjracnse o\\ deGela/était l'auteur d'un poëme dont on rapporte le titre diversement : Gastronomie , Hédjpathie, Deipnologie , Opsopée , et qui traitait de tout ce qui regardait la bonne chère. 3. C'est le catalogue mis par Sylburge en tète de son édition d' Aristote, des auteurs dont il est question dans l'histoire des ani- maux. 4. Ces derniers sont cites dans les livres sur la génération. 1 6 LIVRE PREMIER. auteurs qu'il veut réfuter, et on l'a même accusé d'ingratitude envers Hippocrate , dont il ne prononce pas le nom, quoiqu'il ait dû lui emprunter plus d'une idée. Je ne pense pas au reste qu'il ait fait grand tort aux ichtyologistes qui l'ont précédé, s'il y en a eu avant lui; ceux des fragmens con- servés par Athénée que l'on pourrait leur at- tribuer, n'annoncent point qu'ils aient traité leur sujet avec méthode ou avec étendue; et tout nous fait croire que c'est sous la plume ^Aristote seulement que l'ichtyologie , comme toutes les autres branches de la zoologie , a pris pour la première fois la forme d'une véritable science. * Ce grand homme, secondé par un grand prince, rassembla de toute part des faits, et ils parurent dans ses onvrages si nombreux 1. L'histoire d'Aristote est assez connue, et nous n'en rappelons ici que les principaux traits. Il naquit à Stagire, en Macédoine, 584 ans avant Jésus-Christ, de Nicomachus, médecin d'Amjntas, père de Philippe, et appar- tenait H une branche des Asclépiades. Il étudia d'abord la méde- cine sous son père. Orphelin à dix-huit ans, il se rendit ù Athènes, et V subsista en vendant des drogues, ce qui lui a valu de la part d'Athénée l'épithète de pharmacopoîe. Il j suivit les leçons de Platon, et ouvrit lui-même une école quelque temps avant la mort de son maître. Plùlippe l'avait désigné dès 55G pour ctre le précepteur d'Alexandre ; et la guerre ayant éclaté entre Philippe et jîVthèneS; en 346; il quitta cette ville, et se réfugia près d'Hermias , HISTOIRE DE l'iCHTYOLOGIE. 1 7 et si nouveaux, que pendant plusieurs siècles ils excitèrent la dëliance de la postérité. Les personnages d'Athénée se demandent où Aris- tote a pu apprendre tout ce qu'il raconte des mœurs des poissons , de leur propagation et des autres détails de leur histoire qui se passent dans les ahymes les plus cachés de la mer. ^ Athénée lui-même repond à cette question, puisqu'il nous dit qu'Alexandre donna à Aris- tote, pour recueillir les matériaux de son his- toire des animaux , des sommes qui montèrent à neuf cents talens^ (plus de trois millions) ; à quoi Pline ajoute que le roi mit plusieurs milliers d'hommes à la disposition du philo- sophe , pour chasser, pêcher et ohserver tout ce qu'il désirait connaître.^ Ce n'est pas ici le lieu d'exposer en détail le parti qu'Aristote tira de cette munificence, d'analyser ses nomhreux ouvrages d'histoire prince d'Ataine, en Mjsie. Celui-ci avant été trahi et tué par les Perses, Aristotc épousa sa sœur. Alexandre lui fut confié à treize ans, en 345. On croit qu'il le suivit dans son expédition jusqu'en Égjpte. En 35 1 il revint à Athènes, et j rouvrit son école dans le Lycée. Après la mort d'Alexandre, arrivée en 52 4, les démagogues, secondés par les sophistes et les platoniciens , l'accusèrent d'im- piété; et, pour épargner aux Athéniens un second attentat contre la philosophie, il se retira avec ses disciples en Eubée, où il mou- rut en 522, âgé de soixanle-trois ans. 1. L. Vm, p. 352. — 2. L. IX, p. 398. ~ 3. Pline, 1. VIII, c. iG. i 8 LIVRE PREMIER. naturelle ^ , et d'ëniimérer l'immense quantité de faits et de lois qu'il est parvenu à constater ; nous ne nous occuperons pas même de montrer avec quel génie il jeta les bases de l'anatomie compaiëe, et établit dans le règne animal, et dans plusieurs de ses classes , d'après leur orga- nisation , une distribution à laquelle les âges suivans n'ont presque rien eu à changer. C'est uniquement comme ichtyologiste que nous avons à le considérer , et dans cette branche 1. Pline, i.VlIIj c. 16, en porte le nombre à cinquante livres. Il ne nous en reste que vingt-cinq ; savoir : neuf de l'histoire des animaux, quatre des parties des animaux, cinq de la génération des animaux, un de la marche des animaux, un des sensations et de leurs organes, un du sommeil et de la veille, un du mouve- ment des animaux, un de la brièveté et de la longueur de la vie, un de la jeunesse et de la vieillesse, un de la vie et de la mort, un de la respiration. L'on en trouve encore douze autres dans une énumération, d'ailleurs très-incomplète, de Diogène Laërce ; sa- voir : huit de descriptions anatomiques, un d'extraits anatomi- ques, un des animaux dont la nature est composée, un des ani- maux fabuleux, et un des causes qui empêchent la génération, qui est peut-être celui que l'on range d'ordinaire comme le neu- vième de l'histoire dts animaux. On lui attribue aussi le traité De viirahilibus auscultatiuiiihus , dont la meilleure édition est celle de Bechnan; Gœtlingue, 178G, in-/,." L'iiisloire des animaux, qui nous intéresse particulièrement, doit être lue dans l'édition gé- nérale des OEuvres d'Aristote de Duval , Paris, 1629; ou dans l'édition particulière de J. C. Scaliger, Toulouse, 1619; et sui'tout dans celle de Schneider, Leipzig, i8ii, 4 vol. in-8.". Camus l'a publiée, avec une traduction française en général assez exacte, Paris, 1785, 2 vol. in-4.°; mais il y a joint des notes qui malheu- reusement ne sont pas d'un naturaliste. Il y en a une traduction allemande par Strack , avec dgs noies ; Francfort, 1 8 1 6, 1 vol. in-S." HISTOIRE DE L ICHTYOLOGIE. 19 même de la zoologie, n'eùt-il traité que celle- là, on devrait encore le reconnaître comme un homme supérieur. Il a parfaitement connu la structure géné- rale des poissons. « Le cou leur manque, dit-il; leur queue est continue avec leur corps, si ce n'est dans les raies, oîi elle est longue et grêle; ils n'ont ni mains , ni pieds , ni scrotum , ni membre viril , ni mamelles. « On doit en distinguer les animaux marins qui produisent des petits vivans, tels que le dauphin , qui a ses mamelles cachées dans des sinus près de la vulve. « Le caractère spécial des vrais poissons con- siste dans les branchies et dans les nageoires : la plupart ont quatre nageoires ; mais ceux de forme alongée, comme les anguilles, n'en ont que deux. Quelques-uns, comme la murène, en manquent même tout-à-fait. Les raies nagent avec tout leur corps élargi. Les branchies sont tantôt munies d'un opercule, tantôt elles en manquent ; et c'est le cas des cartilagineux : les uns les ont simples et les autres doubles * ; il a même remarqué que le xiphias a huit branchies de chaque côté : ce qui est vrai dans l. Hist. , I.II, c. 17, et surtout Be partih. , 1. lU, c. i3. 20 LIVRE PREMIER. ce sens que chacime de ses branchies est di- visée en deux peignes. Aucun poisson n'a de poils ni de plumes ; la plupart sont couverts d'écaillés, quelques-uns d'une peau rude ou lisse. Leur langue est dure , souvent armée de dents ; quelquefois tellement adhérente qu'ils paraissent en manquer ^ , et cela parce qu'ils doivent avaler rapidement ; c'est pourquoi aussi leurs dents sont généralement crochues^. Leurs yeux manquent de paupières. On ne voit point leurs oreilles ni leurs narines^; car ce qui tient lieu de narines est une cavité aveugle"^. Ils jouissent néanmoins des sens du goût , de l'odorat et de l'ouïe; ce que l'auteur prouve par de nombreuses expériences^. Tous ont du sang : tous les écailleux ont des œufs ; mais les cartilagineux, si l'on excepte la baudroie, font des petits vivans^. Tous ont un cœur, un foie et un fiel; et à cet égard il entre dans des détails très- particuliers et très -vrais sur les vésicules biliaires du callionjme et de l'amia; mais il se trompe en refusant aux poissons des reins et une vessie. ^ « Leurs intestins varient beaucoup ; il y en a, tel que le muge, qui ont un gésier charnu 1. Hist., 1. II, c. iJ. — '2. J)e pariib. , 1. III, c. i. ~ 3. Hlst., 1. II, c. i3. — 4. L. m, en. — 5. Ihid. -^ 6. L. II, c i3. — 7. L. ll,c. i4. HISTOIRE DE LICHTYOLOGIE. 21 comme les oiseaux ; d'autres n*ont presque pas (l'estomac apparent \ Des appendices aveugles adhèrent près de leur estomac, très-nombreuses dans quelques-uns , beaucoup moins dans d'autres. Il y en a même qui n'en ont point du tout, comme la plupart des cartilagineux.^ « Le long de l'épine régnent deux organes qui tiennent lieu de testicules, dont les canaux excréteurs aboutissent à l'anus , et qui gros- sissent beaucoup dans le temps du frai.^ « Leurs écailles durcissent avec l'âge '^. N'ayant pas de poumons , ils n'ont pas de voix propre- ment dite, et cependant il en est plusieurs (qu'il nomme) qui font entendre des sons et une espèce de grognement^. Ils sont sujets au sommeil comme les autres animaux^. Dans la plupart des genres les femelles sont plus grandes que les mâles. Dans les raies et les squales le mâle se distingue par des appendices des deux côtés de l'anus.^ '' Non-seulement Aristote avait fait les nom- breuses observations, d'où il avait déduit des règles si exactes; mais il avait représenté par des figures ces différentes conformations.^ 1. l)eparilb.,\.ni, c. i4.— 2. Hist., l.ll, ci j, et De partit., l.in,c. i4.— 3. L.m,c. 1.— 4. L. m, cil.— 5. L.1V,c.9. — 6. L.IV, c. lo.— 1. L.V,c. 5. — 8. L. III, Cl. Il y désigne les parties par des lettres, comme on le fait encore. 22 LIVriE PREvnER. Quant aux espèces, Aristote en connaît et en nomme jusqu'à cent dix -sept, et il entre, sur leur manière de vivre, leurs voyages, leurs amitiés et leurs haines , les ruses qu'elles em- ploient , leurs amours , les e'poques de leur frai et de leur ponte et leur fécondité , la manière de les prendre, les temps oii leur chair est meilleure, dans des détails que l'on serait aujourd'hui hien endjarrassé, ou de contredire ou de confirmer, tant les modernes sont loin d'avoir ohservé les poissons comme ce grand naturaliste paraît l'avoir fait par lui-même ou par ses correspondans. Il faudrait passer plu- sieurs années dans les îles de l'Archipel , et y vivre avec les pécheurs , pour être en état d'a- voir une opinion à ce sujet. * Aristote admet à la vérité la génération spontanée; mais on doit convenir qu'il appuie cette théorie sur des faits assez spécieux. Ce qu'il dit du moins de la difliculté de trouver des anguilles dans l'état propre à la généra- tion, est très-fondé, et les naturalistes de nos jours n'ont guère de lumières plus certaines que les anciens sur la procréation de cette espèce. On a même constaté dans ces derniers temps 1. Vojez I. V, c. 4; 1. VI, c. lo, 11, 12, i3, i4 » i5, i6, 17; l.Vm,c. 2, i3, 20, 5oiLl\,c.3y',Degemr.,l.m,c.Ji, 5. HISTOIRE DE l'iCHTYOLOGIE. 25 une de ses assertions les plus paradoxales ; celle que le clianna se féconde lui-même , et que tons les individus de l'espèce produisent des œufs. Ce que Ton doit le plus regretter dans cette masse d'instructions si précieuses , c'est que l'auteur ne se soit pas douté que la nomen- clature usitée de son temps pût venir à s'obs- curcir, et qu'il n'ait pris aucune précaution pour faire reconnaître les espèces dont il parle. C'est le défaut général des naturalistes anciens ; on est presque oblige de deviner le sens des noms dont ils se sont servis ; la tradition même a cbangé , et nous induit souvent en erreur : ce n'est que par des combinaisons très-pénibles, et le rapprocbement des traits épars dans les auteurs, qu'on parvient sur quelques espèces à des résultats un peu positifs; mais nous sommes condamnés à en ignorer toujours le plus grand nombre. Nous avons donné à dessein quelque éten- due a cet extrait des travaux d'Aristote sur les poissons, parce qu'il est non -seulement le premier, mais le seul des anciens qui ait traité de leur bistoire naturelle sous un point de vue scientifique et avec quelque génie. A la vérité son éeole marcba pendant quel- que temps sur ses traces. 24 LIVRE PREMIER. Théophraste^ , son pins digne élève, ajouta même quelques faits intéressans à cette partie de la science. Dans son traité des Poissons qui Tjii^ent à sec , il parle clairement des poissons des Indes, décrits depuis peu sous le nom d'o- phicéphales , et du misgurn {cobitis fossilisj jL.) 5 qui demeure vivant dans la vase après le dessécîiement des marais qu'il habitait. Le fameux médecin et anatomisf^e Erasis- trate, petit-fils d'Aristote , son élève et celui de Tliéopliraste , écrivit un ouvrage intitulé '0-v^a^7/î<à, ou des alimens tirés des poissons. Cléarque, un autre des disciples d'Aristote^, avait fait un traité général des animaux aquati- ques, dont Atliénée rapporte des passages sur l'adonis ou exocet, et sur les poissons qui font entendre une voix.^ Il y en avait un sur les poissons , composé 1. Théopkraste , né 3^o ans avant l'ère clirétleniie, dans l'ile de Lesbos, d'un foulon nommé Mélanthe, s'appelait d'abord Tyrtame, Aristote le surnomma Théophrasie , à cause de son éloquence di- vine. Il avait été en premier lieu disciple de Lcucippe et de Platon. Tendrement aimé d'Aristote, il lui succéda dans sa chaire en 324, et eut plus de deux mille élèves : il forma un des premiers jardins de botanique. Ses deux principaux ouvrages d'histoire naturelle sont les neuf livres de l'Histoire des plantes, et six des Causes des plantes, espèce de plijsiologie végétale : il est beaucoup plus connu par ses Caractères, traduits et si beureusement imités par Labruyère, On dit qu'il vécut près de cent ans, et que le peuple d'Athènes assista en corps à ses funérailles. 2. Athén., 1. VII, p. 275. — 3. Idem, 1. VIU, p. 552. HISTOIRE DE l'ichtyologie. 25 par Dojion^ , qui doit avoir ete à peu près de cette époque , si toutefois c'est le même dont on rapporte de nombreuses plaisanteries, et qui était cité par Lyncée, disciple de Théopliraste." Plusieurs ouvrages d'hjgiëne peuvent aussi être rapportés à cette époque et à l'influence de la philosophie péripatéticienne. Je range dans ce nombre celui de Diodes^ de Cariste, dédié à Antigonus ; le traité des choses salubres aux gens en santé et aux malades de Diphile de Siphne , contemporain de Démétrius , fds d'Antigonus; celui des alimens de Philotinie, disciple de Praxagoras et contemporain d'Héro- phile; et un autre sur le même sujet d^Icesius^ disciple d'Hérophile. On voit, par les citations d'Athénée , qu'il y était souvent parlé de pois- sons. Je rapporterais encore volontiers à cette influence, si l'on avait quelque certitude sur l'âge oîi vécurent leurs auteurs, le poëme sur les travaux de mer de Pancratius, Arcadien; les Halieutiques de NuméniiiSy d'Héraclée ; les poèmes sur les poissons de Coclus, d'Argos , et de Posidonius , de Corinthe, très-différent du grand philosophe Posidonius d'Apamée ; les traités en prose de SeleucuSj de Tarse, et 1. Athén., l.VII, p. 297, et dans plusieurs autres endroits de ce livre. — 2. Idem, 1. VIII, p. SS;. 26 LIVRE PREMIER. de Léonide y de Byzance, et le livre sur les poissons sales ^Euthj dénie ^ d'Athènes ; mais tous ces écrivains ne nous sont plus connus que par quelques mots qu'en a dits Athénée.* Toujours voit- on que les poissons étaient chez les Grecs un objet général d'attention , et il est probable que, si l'on avait continué de marcher sur les traces d'Aristote, l'ichtyologie aurait fait de grands progrès; mais, pour qu'il reparût des Aristotes, il aurait fallu qu'il re- naquît des Alexandres. L'histoire naturelle positive exige des travaux et des dépenses auxquelles un particulier sans protection ne peut pas se livrer. Ptolomée - Lagus , élève lui-même du philosophe de Stagire , et son fils Ptolomée -Philadelphe , donnèrent, il est vrai, tant qu'ils vécurent* des encouragemens de tous les genres aux sciences , mais leurs indignes successeurs ne s'en occupèrent plus, et l'école qu'ils avaient fondée à Alexandrie, trouva plus commode de cultiver l'érudition, la géométrie et la métaphysique , que de se fatiguer à la recherche des productions de la nature. Par une conséquence naturelle la phi- losophie péripatéticienne , surtout en ce qu'elle 1. L. I, c. S , et alibi passim. 2. Alexandre mourut 524 ans avant Jésus -Christ , Ptolomée- Lagus en 284^ et Ptolomée-Philadelphe en 246. HISTOIRE DE L ICHTYOLOGIE. 27 avait d'expérimental, tomba par degrés dans une sorte de mépris; Tacadémie et le portique prirent le dessus, et l'on tourna les observateurs en ridicule. Les plaisanteries de Lucien, qui nous montre un péripaléticien examinant la durée de la vie d'un cousin et la nature de l'ame des huîtres*, avaient probablement été faites long-temps avant lui, et ces sortes d'études devinrent si peu communes que, lorsqu'Apulée fut accusé de magie, l'un des principaux ar- gumens que l'on employa contre lui, fut qu'il s'occupait de rechercher les poissons rares et singuliers.^ Les Romains ne favorisèrent jamais les sciences de pure spéculation ; ils s'occupèrent cependant des poissons, mais dans des vues d'intérêt, et ensuite pour assouvir un luxe qui, malgré ses excès, ne pouvait épuiser les richesses du monde , accumulées par ses op- presseurs. 1. Lucien Eieav Trpa^d;, p. m. 38o. Tout le monde connaît Lucien rie Samosate, ce fameux satirique, contemporain d'Anto- nin , de Marc-Aurèle et de Commode. 2. yipulée [Lucius Apuleius) , deMadaure, en Afrique, auteur du roman singulier de l'Ane d'or, fut aussi contemporain des Anto- nins : il emploie vingt pages de sa première apologie à se justifier de la curiosité qu'il mettait à rechercher les poissons, et à prouver que ce n'était pas pour des opérations magiques. On voit dans ce discours qu'il avait beaucoup écrit sur cette classe d'animaux; mais il n'en reste rien. 28 LIVRE PREMIER. Varron * et Columelle^ ont écrit dans le pre- mier de CCS buts. On v oit par ces auteurs que déjà du temps de Cicéron et d'Auguste les vi- viers d'eau douce étaient une chose vulgaire , et que les gens riches en avaient formé sur les bords de la mer , alimentés d'eau salée , dont l'entretien était fort cher^. Licinius Muraena en avait donné l'exemple "^j qui fut bientôt suivi par les hommes de la première noblesse, les Philippus et les Hortensius. Plusieurs de ces établissemens étaient d'une grandeur faite pour étonner. Hirrius prêta un jour à César deux mille murènes prises dans les siens ^. On élevait dans ceux d'eau salée des turbots et des soles, des dorades, des sciènes et toute sorte de coquillages ^. Chaque espèce de poisson y avait son compartiment. ^ Les amateurs n'y plaignaient aucune dé- pense. LucuUus fit couper une montagne près de Naples, avec des frais immenses, pour in- 1. Marais Terentius\KV,\{o, qui passe pour le plus érudit des Romains, naquit l'an iiG avant Jésus-Christ, et mourut Tan 28. Nous n'avons à parler ici que de son traité De re rustica. 2. Lucius Junius Moderatus Columeli.a, né à Cadix, contempo- rain de Claude ; auteur d'un ouvrage en douze livres : De re rus- tica. 3. Varron, De re rustica, 1. III, c. 17. Potins masupium domini exaniniunt quam implent. — 4. Plin., 1. IX, c. 54- — &• Idem^ c. 55. — 6. Columell., LVUI, c 16. — 1. Varr,, l.III, c. 17. HISTOIRE DE LICHTYOLOGIE. 29 trodiiii e l'eau de la mer dans un de ces viviers , au sujet de quoi Pompée l'appelait plaisam- ment un Xerxès en toge \ L'on dit qu'un maître, Yedius Pollion , poussait la cruauté au point d'y faire jeter ses esclaves pour nourrir ses poissons. ^ Nous verrons ailleurs avec quelle passion on faisait venir jusque dans l'intérieur des apparte- mens, au moyen de petites rigoles pratiquées exprès , les muUes que l'on voulait voir mourir avant de les manger^, et quels prix extra vagans on donnait d'un de ces poissons, pour peu qu'il excédât ses semblables pour la taille. ^ Les espèces du pays ne suffirent bientôt plus à ces riches blasés sur toutes les jouissances. Un amiral fut employé pour empoissonner la mer de Toscane du scare, qui auparavant ne vivait que dans la mer de Grèce ^. Du reste, les grandes pêches et les établissemens de salaison n'avaient fait que s'étendre : on allait chercher des pois- sons jusque hors des colonnes d'Hercule, et des milliers d'hommes étaient occupés à en appro- visionner la capitale du monde. On conçoit tout ce que cette abondance au- rait eu de favorable pour la connaissance des 1. Plin., 1. IX, c. 54. — 2. Senec, De ira, 1. UI, c. 4o ; et De clément. , 1. I, c. 18 3. Idem, Nat. quœst. , 1. III, c. 18. — 4. Idem, Epist., 96, — 5. Plin., 1. IX, c. 17. 30 LIVRE PREMIER. poissons, si le goût de l'observation et les inétlio- des d'Aristote se fussent conservés ; mais loin qu'il en fut ainsi, on n'écrivit plus d'après la nature, et tous les ouvrages des Romains , tons ceux des Grecs qui ont vécu sous leur empire, ne consistent qu'en compilations prises d'Aristote ou de quelqu'un des auteurs de son école : des extraits de voyageurs plus récens, trop souvent remplis de fables, sont les seules augmentations que l'iiistoire naturelle y ait acquises. Je n'en excepte pas le petit poëme des Ha- lieutiques, attribué à Om/e* par Pline , qui a cru y trouver des noms de poissons inconnus aux autres auteurs, et qu'Ovide, ajoute -t -il, aura peut-être vus dans le Pont, près duquel il avait commencé cet ouvrage. Malgré l'autorité de Pline, on conteste beau- coup aujourd'bui que le poëme soit d'Ovide; ce qui est certain , c'est que trois des noms que Pline dit ne pas se trouver ailleurs , orphiis, mormyrus , ch/json (qui dans le poëme est écrit chrjsophrjs) , sont dans Aristotc. Ce petit poëme de cent trente -quatre vers 1. Ovide n'est pas de ces hommes dont nous ajons besoin de rap- peler l'histoire. Il nous suffira de marquer l'année de sa naissance, 43 ans avant Jésus-Christ; celle de son exil, 10 après Jésus-Christ, et celle de sa mort, l'an 17. C'est dans ces sept dernières années qu'aurait été composé son poëme des Halieutiques, s'il était d« iui. HISTOIRE DE LICHTYOLOGIE. 34 nomme en tout cinquante -trois poissons , et donne sur les habitudes de quelques-uns des détails intéressans ^ , mais qui sont aussi très- probablement empruntés d'ailleurs. La faculté qu'il attribue au channa de concevoir sans mâle, que Pline dit n'être avancée que par lui, est déjà dans Aristote ^, mais le philosophe ne la présente qu'avec l'expression du doute : il était plus poétique de ne pas douter, et il faut avouer que , quelque singulier que le fait puisse paraî- tre, il y a de fortes raisons d'y croire.^ Pline lui-même est bien connu pour n'avoir fait que rassembler dans son immense ouvrage, sans beaucoup d'ordre ni de critique, ce qu'il trouvait dans Aristote et dans quelques autres Grecs , ou dans des historiens et voyageurs ro- mains plus récens/ 1. Les Halieutiques sont imprimés dans les OEuyres d'Ovide, et dans le recueil des Poetœ latini minores. Certains critiques les attribuent à Gratius Faîiscus. 2. H«/.,l.VI,c.i2. 3. Voyez le Traité de Cavolini, sur la génération des poissons. 4. Pline l'ancien ( Caius Punius secundus), l'un des hommes les plus laborieux et les plus érudils de l'antiquité, naquit à Vérone, l'an 25 de l'ère chrétienne, étudia à Rome, visita les côtes d'Afri- que, servit dans les armées romaines de Germanie, séjourna en Espagne pendant les guerres civiles qui suivirent la mort de Néron, et mourut, commandant des flottes romaines, l'an de Jésus-Christ 7Q, pour avoir voulu observer avec trop peu de précaution la grande éruption duVésuve. Son Histoire naturelle, en trente-sept livres^ dédiée à Titus, est le seul ouvrage qui nous reste de lui. Il 52 LIVRE PRETER. Son IX.*^ livre est particulièrement consacre aux poissons et à leur histoire, il donne dans le XXXIl.^ , ch. H , la liste des animaux aqua- tiques dont il avait trouvé les noms, et qu'il porte à cent soixante-quatorze ; mais en retran-k chant les coquillages , les cétacés et les autres animaux qui ne sont pas de vrais poissons, il ne reste guère de ceux-ci que quatre-vingt-quinze ou quatre-vingt-seize, parmi lesquels on peut encore soupçonner quelques doubles emplois. Une trentaine environ paraissent ne pas se rencontrer dans Aristote , même par leurs équi- valens grecs. L'auteur cite , comme ses garans , pour le IX.^ livre huit auteurs grecs et dix-huit auteurs latins. Il n'existe plus des premiers que deux , Aristote et Théophraste , et des autres que trois, Cicéron, JNépos et Sénëque. Parmi ses garans pour le XXXII.^ livre, il ajoute encore sept auteurs grecs , dont un seul , Nicandre , nous est resté , et cinq latins , dont nous ne pos- sédons plus que le poëme attribué à Ovide. Ce résumé de trente-huit auteurs ne laisse pas avait employé une grande partie de sa vie à en rassembler les matériaux avec une ardeur et une persévérance qui passent toute imagination. Elle se compose d'extraits de plus de deux mille volumes, dus à des auteurs dont nous ne possédons plus qu'en- viron quarante. HISTOIRE DE L ICHTYOLOGÎE. 35 que d'offrir des faits curieux , dont plusieurs , concernant les poissons de la mer des Indes , sont encore dus aux Grecs, sujets d'Alexandre ou de ses successeurs. Ceux de la mer du Nord , la scie , le cachalot , commencent à y paraître ; mais on y voit aussi des hommes, des femmes, des taureaux de mer, produits de l'imagina- tion des voyageurs. La pêche des muges dans les étangs du Languedoc y est décrite , et il s'y trouve beaucoup de détails intéressans sur le luxe des Romains, relativement aux poissons. Il serait dilïicile de déterminer plusieurs des espèces dont Aristote a parlé, si l'on n'avait à ajouter à ce qu'il en dit quelques-unes des par- ticularités que Pline en rapporte ; mais Pline lui-même ne pourrait souvent être entendu, si on ne l'expliquait par des passages d'Horace, de Sénèque, de Juvénal et de Martial'; car tout ce 1. Pour des auteurs si connus, et dont les écrits n'ont pas un rapport direct avec notre sujet, nous crojons devoir nous borner à marquer les temps où ils ont vécu. Horace {^Quintus Horatius Flaccus) , né àVénuse, l'an 66 avant Jésus-Christ, mourut, âgé de cinquante-sept ans, l'an g avant la même époque. Sénèque ( Lucius Annœus Seneca) , né àCordoue, l'an 2 ou l'an 3 de Jésus-Christ, mis à mort l'an 68, par l'ordre de Néron son élève, a écrit aussi sur la phjsique dans ses sept livres des Ques- tions naturelles; il j parle des poissons qui vivent sous terre, et de la passion des Romains pour les mulles. Martial (^Matcus Valerius Martialis) , naquit à Bilbilis , en 1. 3 54 LIVRE PREMIER. qui a rapport à la gourmandise est mentionné par les moralistes et par les poètes , avec encore plus de soin que par les naturalistes. Au reste , la science proprement dite , dans ee qu'elle a de général et de méthodique , n'est aucunement avancée par la compilation de Pline ; il tire d'Aristote toutes ses généralités et le peu qu'il donne sur l'organisation des poissons. ^ Les auteurs d'histoire naturelle , venus après Pline, et qui ont écrit en grec, Oppien, Athé- née, Élien, n'ont pas plus ohservé que lui, et leurs ouvrages, comme le sien, n'ont pour la Celtibérie, vers l'an 4o de Jésus-Christ, et mourut vers l'an loo. Il écrivit principalement sous Domilien. Jménal [Decius Junius Juvenalis), conlemporain de Martial, parait lui avoir survécu. On ne sait avec précision ni l'année de sa naissance ni celle de sa mort. Nous aurons occasion de citer beaucoup de passages de ces deux poètes, surtout de Martial. 1. La meilleure édition de Pline est la deuxième d'Hardouin, de 1723, en trois volumes in-folio, reproduite par Frantzius , de 1778 à 1791, en dix volumes in-S." On peut j joindre la traduc- tion de Poinsinet de Siviy, avec les notes de Guellard et de Des- marest; et pour les animaux, celle de Gueroult, avec des notes extraites de BufFon , de Bomare et d'autres naturalistes : mais tous ces commentateurs étaient trop étrangers à la connaissance de la nature, pour avoir pu expliquer leur auteur, et distinguer, dans ce qu'il dit, ce qui est fondé sur la vérité et ce qui ne dérive que de rapports faux ou exagérés. J'ai essayé une autre méthode dans mes notes sur les livres de Pline relatifs aux animaux, insérées dans la nouvelle édilioi? de M. Lcmaire ; Paris, 1827. HISTOIRE DE L ICHTYOLOGIE. 55 science d'autre mérite que d'avoir conservé des articles tirés d'écrivains et de voyageurs main- tenant perdus. Les Halieutiques d^Oppien^ sont un poëme en cinq chants sur la pêche , dans lequel on peut croire qu'il a réuni tout ce que ses pré- décesseurs avaient d'intéressant. Plusieurs faits s'y retrouvent les mêmes que dans Aristote , dans Ovide , dans Pline , etc. ; mais il y en a aussi qui ne sont point ailleurs. Tous sont expri- més dans un langage poétique, et avant d'en faire usage, il convient de les dépouiller des ornemens dont l'imagination a su les enrichir. Appréciés à leur juste valeur, ils peuvent con- courir à la détermination de quelques espèces. Les poissons qu'Oppien nomme vont à cent vingt-cinq; parmi lesquels il y en a vingt-six 1. Oppien, d'Anazarbe, en Cilicie, naquit, vers la fin du règne de Marc-Aurèle, d'un sénateur de cette ville, qui tomba dans la disgrâce de Sévère, et fut condamné à l'exil. Les poésies d'Oppien plurent tant à Caracalla, qu'il lui accorda, dit-on, la grâce de son père et un statère d'or pour chaque vers. Ainsi on peut eu fixer la date au commencement du troisième siècle. Il mourut d'une contagion dans sa ville natale, à l'âge d'environ trente ans. On a perdu le cinquième livre de ses Cjnégétiques et toutes ses Ixeutiques, où il traitait de la chasse aux oiseaux; mais ses Ha- lieutiques sont conservées en entier. M. Limes vient d'en publier une traduction française; Paris, 1817, in-S." Bein de Ballu a tra- duit les Cjnégétiques, et en a donné une bonne édition grecque et latine; Strasbourg, 1786. La meilleure édition entière d'Op- pien est celle de Schneider; Strasbourg, 1777- 36 LIVRE PREMIER. qu'on ne trouve pas dans d'autres auteurs, et dix, ou à peu près, qui ne sont que dans Elien, Athénée^ j dans une conq)osition aussi froide qu'invraisemblable , suppose que plusieurs éru- dits, faisant ensemble un grand repas, disser- tent sur les mets , et sur tout ce qui y a rapport de près ou de loin , et récitent ou lisent sur ce sujet une foule de passages souvent trës-longs, pris dans des auteurs de tous les âges, qui vont à plus de huit cents, et dont le plus grand nombre n'a ccliappé à l'oubli que parce qu'ils sont cités dans ce livre. On conçoit que l'histoire naturelle est continuellement intéressée dans 1. Athénée, auteur des Deipnosophistes , ou des savons à table ^ était de Nauciale, eu Egjfple. Le diner qu'il raconte, et auquel il assistait, est supposé fait chez un homme (Larenlias) que Marc- Aurèle avait honoré d'emplois de confiance : par conséquent il a vécu dans le second siècle, et néanmoins il cite Oppien , qui n'a du écrire que dans le commencement du troisième. 11 est vrai que Beiin de Ballu suppose que la citation n'est pas d'Athénée, mais de celui à qui l'on doit l'abrégé des deux premiers livres de son ouvrage. En effet , l'on n'a ces deux premiers livres que sous une forme abrégée; les autres sont entiers, ou à peu près. 11 j en a quinze en tout. La meilleure édition a été long-temps celle de Connnelin; iSgy, in-folio, avec la traduction de Daléchamps et les commentaires de Casaubon : mais M. Schvveighaeuser vient d'en donner une de beaucoup préférable; Strasbouig, i8oi et années suivantes, i4 vol. in-8.° Lefebvre de Villebrune en a pu- blié xme traduction française; Paris, 1789, 5 vol. in-^.", assez imparfaite encore, surtout à l'égard de l'histoire naturelle, quoi- qu'elle soit bien supérieure à celle de l'abbé de Alarolle; Paris, 1680, 1 vol. ia-4.° HISTOIRE DE l'iCHTYOLOGIE. 57 leurs propos, et en effet elle peut tirer un grand parti de ces nombreux passages pour déterminer la nomenclature ; mais de toutes ses branches il n'en est aucune qui puisse en profiter davantage que l'ichtyologie. On y nomme à peu près cent trente poissons, et parmi ces noms il y en a trente qui paraissent pour la première fois. Des poètes, des historiens, des médecins , des naturalistes , sont également mis à contribution. Comme on peut s'y attendre, les citations souvent n'éclaircissent rien; mais quelquefois il en jaillit des traits de lumière, sans lesquels on ne pourrait deviner le sens de beaucoup de noms employés par les anciens. C'est là surtout que l'on apprend comlîien les poissons étaient un objet important dans toutes les habitudes de la vie. Claude Élien^ a laissé un traité des proprié- tés des animaux en dix -sept livres. Jamais il n'y eut d'esprit plus contraire à toute méthode 1. L'âge d'Elien, auteur de l'Histoire des animaux, est incer- tain ; cependant on le place en général dans le second siècle ou au commencement du troisième, parce qu'on a cru le retrouver dans un Claude Elien, de Preneste, qui enseignait la rhétorique à Rome , après le règne d'Antonin , selon Suidas , ou dans un Élien sophiste, dont Philosfrate a écrit la vie, et que les uns font mourir après Commode, d'autres après Élagabale. Il ne serait pas impossible que ces deuxÉliens fussent le même; mais il n'est dit ni de l'un ni de l'autre qu'il ait écrit sur l'histoire naturelle. o8 LIVRE PREMIER. que celui qui présida à cetle compilation, où tout est pêle-mêle; mais les faits précieux et vrais qui s'y rencontrent sont extrêmement nombreux. Elien a eu surtout de bien meilleurs renseignemens que ses devanciers sur les ani- maux de l'Afrique et des Indes ; ce qui prouve que les relations avec ces pays étaient devenues plus faciles. Il nomme environ cent dix pois- sons , dont quarante à peu près ne sont point dans Aristote, mais correspondent en partie à ceux d'Athénée, à ceux de Pline et à ceux d'Oppien, qu'Aristote n'a point.* Ausone^ est peut-être le seul des Latins qui ont parlé des poissons, dont on puisse dire qu'il n'a pas été un compilateur ; c'est d'après sa propre observation qu'il a décrit ceux de la Moselle, et il les décrit presque autant en na- turaliste qu'en poëte. Il en nomme quatorze , 1. On n'a eu d'abord qu'un extrait d'Elien , traduit et mis dans un ordre tout difTérent par Gillius : Lyon, i555, in-4.° Conrad Gesner publia le texte, et compléta la traduction en i556. La plus belle édition est celle d'Abraham Grono-vins : Londres, i 744? 2 vol. in-4.*' C'est celle qu'a suivie M. Schneider; mais en y faisant quel- ques additions utiles, entre autres un catalogue méthodique des animaux dont il est parlé dans l'ouvrage; Leipzig, 1784? in-8." 2. Decius Magmis Ausonius , né à Bordeaux, précepteur de l'empereur Gratien, consul en 579, mort en àÇ)^\, a parmi ses poésies un ])etit poëme de la Moselle, où il traite des poissons de ce fleuve : on le trouve dans toutes les éditions de se»-OEuvres et dans les Poetcg latini minons. HISTOIRE DE l'iCHTYOLOGIE. 39 tous reconnaissables par ce qu'il en dit, et la plupart inconnus des Grecs et des Romains, ou du moins autrement nommés par eux. C'est là que l'on voit pour la première fois la truite saumonée , la truite commune , le barbeau et quelques autres poissons d'eau douce. Que l'on joigne aux ouvrages dont nous venons de donner une courte analyse, quelques passages de Strabon \ de Pausanias ^, de Plutar- que^, d'Apulée "*, ce que Dioscoride et Marcel de Seide disent des poissons employés comme re- mèdes ^, ce que Galien ^ a extrait de Pbilotime sur 1. Strabon, l'auteur de la Géographie, était né à Amasée, en Capadoce, environ 5o ans avant Jésus-Christ, et mourut sous Ti- bère. Il nomme quelques poissons du Nil dans son XVJI/ livre, et parle en d'autres endroits de la pèche des thons et des pelamjdcs. 2. Pausanias, auteur du Voyage en Grèce, llorissait sous Anto- nin. Il compare dans ses Messéniaques les poissons de la Grèce et ceux de l'Egjpte. 3. Plutarque , de Cl>sronée , en Béotie , consul et intendant d'Illjrie sous Trajan , mort l'an i4o de Jésus-Christ. Il j a dans ses Traités philosophiques quelques traits pris de l'Histoire des poissons. 4. Vojez sur Apulée la note 2 , p. 27. 5. Pedacius Dioscoride, d'Anazarbe , en Cilicie, que l'on croit avoir vécu sous Néron, cite cinq ou six poissons dans le 11/ livre de sa Matière médicale, mais seulement par rapport à leurs qua- lités nuisibles ou à leurs vertus médicales. On n'a de Marcel/us, surnommé sidetes , contemporain d'Antonin , qu'un fragment de poëme, où il nonune une soixantaine de poissons, mais sans autre indication. 6. Galien est encore un de ces hommes trop connus pour que nous en rappelions autre chose que des dates. Né à Pergame vers 40 LIVRE PREMIER. leurs qualités comme alimens, et ce qu'Oiibase* a extrait de Xénocrate' sur le même sujet, et l'on pourra se faire une idée assez complète des connaissances des anciens en ichtyologie; car ce n'est guère la peine de rappeler ici quelques commentateurs du premier chapitre de la Genèse, les Ambroise^, les Eusthathe"^, les Pisides^, qui n'ont dit sur les poissons que des choses communes et empruntées. Si je voulais i5i , ajant étudié à Alexandrie, il se rendit à Rome en 169, fut médecin de Marc-Aurèle, et retovnna après la mort de ce prince à Pergame, où il mourut en 200. Il est le dernier des anatomistes de l'antiquité. C'est dans son traité De nlimentonim faculiate , 1. III, c. 24 — 3i , qu'il parle d'un assez grand nombre de poissons rela- tivement aux qualités de leur chair. 1. Orihase était médecin de l'empereur Julien au milieu du troi- sième siècle. Dans le II.'' livre de ses Collecta medicinalia , après avoir copié les chapitres de Galien dont nous venons de parler, il en ajoute un assez long, c. 58, tiré d'un Traité de Xénocrate, sur les alimens que fournissent les poissons, où l'on trouve quel- ques noms et quelques traits utiles. 2. On ne sait pas bien quel a été ce Xénocraie. Quelques-uns supposent assez légèrement qu'il est le même que le philosophe académicien, le deuxième successeur de Platon. 3. S. AmhroUe, archevêque de Milan, né vers 3^0, mort en 397. Les onze premiers chapitres du V.* livre de son Hexcemeron sont consacrés aux poissons. 4. Eiisialhius, archevêque d'Antioche, l'un des prélats du con- cile de Nicée, ne dit dans son Uexœmeron , ou commentaire sur l'œuvre des six jours, p. 18 — 22, que quelques mots de la scie, du scare, de l'écheneis et du renard marin. 5. Ce sont à peu près les mêmes dont George Pisides, diacre de Conslantinople au septième siècle , parle dans un poème grec, qui porte aussi le titre de i^a.i!ifXiPov « Koafxovp'yia.. HISTOIRE DE L ICHTYOLOGIE. 41 descendre jusqu'à Phile% ce ne serait plus d'un ancien , mais d'un écrivain de la lin du moyen âge que je parlerais. Au surplus, bien qu'un peu plus étendu , ce n'est, comme les autres , qu'un copiste des auteurs des bons siècles. Or, de la comparaison soigneuse de tous ces ouvrages , il me paraît résulter que les anciens avaient distingué et nommé environ cent cin- quante espèces de poissons, ce qui fait à peu près toutes les espèces comestibles de la Mé- diterranée ; mais ils n'en avaient point nette- ment fixé les caractères , et n'avaient pas même songé à les distribuer métbodiquement , en sorte qu'ils étaient eux-mêmes sans cesse em- barrassés dans leur nomenclature. Quant à l'organisation de cette classe en général, per- sonne depuis Aristote ne s'en était occupé. La décadence de l'école péripatéticienne avait fait tomber toutes les recbercbes directes sur la nature ; son histoire n'était plus traitée que par des compilateurs qui n'entendaient rien au fond des choses , et , par rapport à cette 1. Manuel Pmi.^, né àEphèsevers 1275, mort vers i34o, a mis en vers politiques des traits de l'histoire des animaux empruntés d'Elien. Son poème est intitulé, comme le livre d'Elien , Tnp} t,oSv IS'iolifloç {De proprietaie animallum). La meilleure édition est celle de Corneille de Pauw ; Utrecht, lyôo, in-4.'' 42 LIVRE PREMIER. branche des sciences , les barbares n'eurent rien à faire : elle n'existait déjà plus lors de leur invasion. Les neuf siècles qui suivirent ne lui furent pas plus favorables; les moines, à peu près uniques dépositaires des connaissances pendant ce long sommeil de l'esprit humain, n'avaient dans leurs cellules aucun moyen de se livrer à l'observation , et ceux d'entre eux qui montrèrent le plus de curiosité ou de génie, furent réduits à faire des extraits des exem- plaires imparfaits qui leur étaient restés de Pline ou d'Aristote. Ce dernier même, à une certaine époque ne leur fut plus connu que par des traductions faites , non pas sur le grec mais sur l'arabe. Ce caractère de compilateur ignorant s'aper- çoit déjà dans les chapitres (i[\\ Isidore consacre à l'histoire naturelle , dans son Traité des ori- gines. Dans celui ou il parle des poissons ' , il en nomme trente et quelques espèces, et cherche l'étymologie de leurs noms, mais d'une manière puérile , tirant quelquefois un mot grec du 1. Originum 1. XII, c. 6. S. Isidore , évcque de Séville, a vécu, à la fin flu sixième siècle, du temps de rempereur Maurice et du roi Rccarède ; et a composé beaucoup d'ouvrages de théologie , d'histoire et d'érudition. Le XII.'' livre de ses Origines est le seul de ses écrits qui intéresse les naturalistes. On le trouve dans l'édi- lion de ses Œuvres imprimée à Paris, en i6oi, i vol. iu-folio. HISTOIRE DE l'iCHTYOLOGIE. 43 latin, ou s'attacliant à la ressemblance maté- rielle des sons. Cependant il s'y trouve un ou deux traits caractéristiques que l'on chercherait vainement ailleurs. Albert le grand \ digne d'urt meilleur siècle, avait conçu son traité des animaux sur un plan vaste et régulier ; mais pour l'exécution il paraît n'avoir eu sous les yeux que des copies très- fautives de Pline, et peut-être une version latine d'Aristote faite sur quelque version arabe. Dans son chapitre des poissons c'est surtout Pline qu'il cite , mais en l'estropiant ; écrivant par exemple, tygrius pour thynnus, solaris pour silurus, prenant le mot exposita ^ qui est dit d'Andromède , pour le nom du poisson auquel Andromède fut exposée, etc. ; il détourne le sens de plusieurs noms, et en donne un grand nom- bre d'absolument barbares. Cependant, parmi les soixante-trois poissons dont il parle, il en est 1. Albert, dit le grand, de la famille des comtes de Bolhtedt, naquit à Lauingeii, en Souabe , en iigô. Après avoir étudié à Padoue, il vint enseigner la philosophie d'Aristote à Paris , et j acquit une grande réputation comme professeur. Il entra, en 1221, dans l'ordre des frères prêcheurs ou dominicains, et devint pro- vincial d'Allemagne en 12 54 ; puis, maître du sacré palais à Rome ; et, en 1260, évèque de Ratishonne : il finit par rentrer dans son couvent, où il mourut en 1 280. Ses OEuvres de l'édition deLjon, i65i, occupent vingt-deux grands volumes in-folio; son Traité des animaux en fait le sixième, et leXXÏV.*liyre de ce traité est relatif aux poissons. 44 LIVRE PRETER. quelques-uns qu'il avait observés lui-même, tels que son deuxième Alech , qui est le hareng; son Amger , qui est l'orphie ; son premier Esox , qui est le bécard , une de ses murènes , qui est la petite lamproie de rivière, etc. Son contemporain et son confrère d'ordre, Vincent de Beauvais ' , a consulté des sources plus nombreuses , et surtout un auteur ano- nyme de la nature des choses , que l'on ne connaît que par ses citations , et qui paraît avoir rapporté plusieuis faits d'après sa propre observation. Il avait aussi de meilleures copies de Pline qu'Albert , et a beaucoup employé les Origines d'Isidore. Au reste , ses articles sur les poissons, à peu près aussi nombreux, mais beaucoup plus étendus et plus corrects que ceux d'Albert, pourraient bien être antérieurs 1. Vincent de Béarnais, dominicain que l'on prétend être mort en 1256, et à qui Albert le grand aurait survécu vingt-quatre ans, a compilé un ouvrage vraiment prodigieux par le nombre des objets qu'il embrasse, et que l'on peut appeler l'encyclopédie du mojen âge. C'est sa Bihliothcca mundi sive Spéculum majus , divisé en quatre parties, dont la première, intitulée Spéculum naturale, embrasse en un énorme volume in-folio toute la pbj- sique et l'bistoire naturelle. On prétend que le roi (les uns disent Philippe-Auguste, les autres Samt-Louis) lui procura des livres, et lui fournit les copistes et les aides qui lui furent nécessaires pour cette immense composition. C'est dans le XVn." livre qu'il traite des poissons. La meilleure édition de ses OEuvrcs est celle de Douai, 1624. HISTOIRE DE l'iCHTYOLOGIE. 45 à ceux-ci, qui eu auraient été extraits : ce qui est certain , c'est que leur ressemblance est telle qu'ils doivent au moins avoir été puisés à des sources communes dans ce qu'ils ont d'étran- ger aux anciens. Yincent parle aussi du ha- reng , et fait mention de la saison oii il paraît et de l'usage oii l'on était déjà de son temps de le saler et de l'envoyer ainsi au loin. Il vint entin des temps meilleurs. Un grand mouvement avait été excité dans les esprits dés le treizième et le quatorzième siècle par les Dante , les Pétrarque , les Bocace ; la fin du quinzième siècle fut le moment de sa maturité. Les Grecs chassés de Constantinople avaient fait connaître plus généralement les anciens classiques de leur nation ^ ; ils avaient donné surtout de meilleures traductions d'Aristote ^ ; l'imprimerie avait été inventée^; l'Amérique découverte "^ les Indes occupées ^ ; les lettres renaquirent , et avec elles l'histoire naturelle , qui en même temps vit s'ouvrir à ses recherches un théâtre infiniment plus vaste. 1. Après la prise de Constantinople en i453, et même aupara- vant, pendant les guerres et les calamités qui précédèrent cet évé- nement. ■ 2. Celle des livres sur les animaux, par Théodore de^aza, Grec de Thessalonique, venu en Italie en 1^29, mort en 1478, parut pour la première fois à Venise, en 1476. 3. Un pou avant i46o. — 4. En 1492. — 5. La même année. 46 LIVRE PREMIER. L'ichtyologie fut des premières à se relever sous ces heureux auspices. Le premier soin de ceux qui sy livrèrent fut de reprendre ce qui restait des anciens, et de chercher à l'expliquer; c'était là que dans ces premiers momens on espérait trouver toutes les vérités. Dès le commencement du seizième siècle MassaHa essaya de commenter le IX." livre de Pline. ^ L'éloquent \mtOY'\Gx\,PaulJove, ne dédaigna point dans un ouvrage exprès de rechercher les anciens noms des poissons romains ^. Il en dé- crivit quarante-deux d'après l'ordre de la gran- deur ou à peu près , et intercala dans leurs articles quelques particularités qui encore au- jourd'hui ne sont pas sans intérêt pour les naturalistes. Gjllius^ se proposa à peu près le même oh- 1. Francise. MassARii in nonum Plinii de naturali historia lihrum casiigaliones et annoiationes ; Bâle, iSàj, 111-4." Il j en a aussi une édition de Paris, Vascosan , 1 5^2 , in-4.", avec le IX/et le XXXII/ livre de Pline. 2. Paul Giovio, né ù Côme en 1 485, mort à Florence en i 552 , est assez célèbre comme un des écrivains italiens les plus élégans. Son premier ouvrage, moins connu que les autres, est un traité latin sur les poissons : De romanis piscibus Libellus ad ludovicum Borhonium, cardinalem, Rome, i524, in-folio, et iSaj, in-8." Il y en a une traduction italienne par Zancnruolo ; Venise, 1 5Go, iu-B." 3. Pierre Gilles {(r^llius) , naquit à Alby en i490j vovagca en Italie, et fut envojé dans le Levant par François L^' Obligé, HISTOIRE DE l'iCHTYOLOGIE. 47 jet dans son Traité des noms français et latins des poissons de Marseille. Ses articles sont phis ai)régës, mais bien plus nombreux. Il y parle de quatre-vingt-treize poissons , et donne cpielquefois d'assez heureuses solutions sur l'ancienne nomenclature. Le même auteur rendit d'ailleurs un service réel en traduisant Elien , en le mettant dans un meilleur ordre, et en y joignant des ex- traits de quelques autres anciens , dont cet ordre , quoii[ue encore assez imparfait, rendait l'ëtude moins fastidieuse.^ Les livres XI, XII et XIII traitent des pois- sons , et l'on y trouve rassembles sous chaque nom les divers articles qui s'y rapportent, et qui sont épars dans Elien et ailleurs; mais, comme Gyllius ne cite point , on ne peut re- monter aisément aux sources. Le même mérite et le même défaut se trou- faute de secours, de s'enrôler dans les troupes de Soliman II, il se racheta, revint par la Hongrie et l'Allemagne, et mourut à Rome, chez le cardinal d'Armagnac, en i555. Son petit traité De nominibus gnllicls et latinis piscium massiliensium , imprimé en i535, à la suite de son Histoire des animaux, extraite d'Elicn, etc., est antérieur à son vojage dans le Levant. 1. C'est le livre dont nous venons de parler ; Ex tEliani Historia per Petruni Gyllium latini facti , itenique ex Porphjrio, Heliodoro, Oppiano, lumeodem Gjllio luculent'is accessionibus aucti, libri XVI, de vi et natura animalium ; Ljou, Gryphe, i555, in-4.'' 48 LIVRE PREMIER. vent dans le livre d'Édouairî FFotton \ sur les Différences des animaux. Composé unique- ment de traits empruntés aux anciens, il les met en ordre et les rend dans un style uniforme; il en fait, en un mot, un seul ouvrage, mais il ne cite point ses sources, ou ne le fait que de loin en loin. Le YIII.'' livre est celui qui traite des poissons : il ne me semble pas qu'il y ait rien de nouveau. Lonicerus ^ qui a donné quelques pages sur les poissons dans son Histoire naturelle, n'a pas même l'avantage d'avoir bien copié les anciens ; ses traductions des noms en langues modernes sont fausses et ses figures imaginaires. Mais les trois grands auteurs qui ont vé- ritablement fondé l'ichtyologie moderne , pa- rurent au milieu du seizième siècle , et , ce qui est remarquable , presque en même temps : Belon, en 1553; Rondelet, en 1554 et 1555; SaMani, de 1554 à 1558. 1. ÉdouardVl OTTos, médecin d'Oxford, a vécu dans la première moitié du seizième siècle. Son livre intitulé : J)e differentiis ani- mallum libri X , et dédié au jeune roi Edouard VI, est imprimé à Paris, parVascosan, en i 552, i vol. in-folio, remarquable par la topographie. 2. Naturalls hisloriœ opus noi>ujn , in quo traclatur de nalura et viribus arborum fructicum , herbarum, animant iiimque terresirium, volatilium et aqualilium, etc. , per Adaw.um Lomcerum ; Franclort , i55i, in-folio. HISTOIRE DE LICHTYOLOGIE. 49 Tous les trois , bien diiïeiens des compila- teurs qui , après Aristote et Thëophraste , rem- plissent notre liste , ont vu et examine par eux-mêmes les poissons dont ils parlent, et les ont fait représenter sous leurs yeux avec assez d'exactitude; et cependant, trop fidèles à l'esprit de leur temps, ils s'attachent Ijeaucoup plus à rechercher les noms que ces poissons portaient dans l'antiquité, et à composer leur histoire de lambeaux pris dans les auteurs oîi ils croient avoir retrouvé ces noms , qu'à les décrire d'une manière claire et complète, en sorte que, sans leurs figures, il serait presque aussi difficile de déterminer leurs espèces que celles des anciens. Bélon ^ est celui dont les figures sont les moins bonnes, mais ce n'est peut-être pas celui dont les conjectures sont les moins heureuses; 1. Pierre Biioy , né dans le Maine vers i5i8, ctudia en Alle- magne sous Valerius Cordus, voyagea en Italie et dans tout le Levant, et revint à Paris en i55o. Charles IX lui avait donné un logement dans le château de Madrid , au bois de Boulogne^, et il s'y occupait à traduire Dioscoride, lorsqu'il fut assassiné dans ce bois, en venant à Paris, en i564. On a de lui en ichtyologie VHistoire naturelle des étranges poissons marins; plus, les figure et description du dauphin; Paris, i55i,in-4.*' De aquatilibus librill ; Paris, i 553, in-8.° oblong: une traduction française du même ouvrage, sous le titre : Nature et diversité des poissons ; Paris, i 555 , in-8.°ob!ong. Ses Observations de plusieurs singularités et choses mémornlles , trou- vées en Grèce, en Asie , en Judée, en Egypte , etc., Paris, i555, i554, i555, in-4.'\ contiennent aussi divers articles sur les poissons. 4 50 LIVRE PREMIER. comme il avait voyagé en Turquie et en Egypte, il donne des lumières précieuses sur la nomen- clature aujourd'hui usitée dans l'Archipel, qui conduit quelquefois à retrouver celle des an- ciens Grecs. Dans son ouvrage De aquatilihus il repré- sente cent dix poissons, dont vingt-deux cartila- gineux, dix-sept d'eau douce, le reste poissons de mer; et il parle en outre d'une vingtaine dont il ne donne pas de figures. La plupart de ces figures sont reconnaissables, quoique grossière- ment dessinées. Presque tous les poissons de mer soiit de la Méditerranée, et il s'y trouve néan- moins quelques espèces du marché de Paris. Une partie des figures sont reproduites dans son petit traité des Etranges poissons de mer, et dans ses Ohseri>ations il a ajouté celle d'un poisson qu'il croît le scare des anciens et que personne n'a revu depuis lui. ^ Les figures de Sahdani ' sont moins nom- breuses, mais beaucoup plus belles, et gravées en taille douce, sur une assez grande échelle : 1. M. de Lacépède en a fait sa chcllim scare. 2. Hippoljte Salviani, de Citta di Castello, né en i5i5, mort en iSya, médecin du cardinal Ceivin, qui fut pape six semaines sous le nom de Marcel H, ainsi que de son successeur le pape Jules III, a publié son AqiuiliUum animallum hisloria, in-folio, de i554 à i557 : elle a été réimprimée à Venise en i6oo et lG02. HISTOIRE DE LICHTYOLOGIE. 54 il en est plusieurs qui n'ont pas été surpassées dans les ouvrages plus récens. Leur nombre est de quatre-vingt-dix-neuf, presque toutes de poissons d'Italie et quelques-unes d'IUjrie et de l'Archipel , sans compter quelques mol- lusques. Rondelet ' est bien supérieur à ses deux émules , par le nombre des poissons qu'il a connus , et quoique ses ligures , gravées en bois, 14e soient pas à comparer pour la beauté à celles de Salviani, elles sont d'une exactitude plus grande, et surtout très-remarquables pour les détails caractéristiques. L'artiste qui les a dessinées est certainement un des hommes qui ont été le plus utiles à l'ichtyologie , et il est 1. Guillaume Rondelet, né à xMontpelliei' en loo-j, fils d'un dro- guiste, nommé professeur en cette ville en i545, vojagea avec le cardinal de Tournon en France, en Italie et dans les Pajs-Bas, et revint à Montpellier en i55i. Il fut secondé dans la composition de son livre sur les poissons, par Guillaume Pellicier, évèque de cette ville. La première partie, Libri de piscibus marinis in quibus verœ piscium effigies expressœ sunt , parut à Ljon, en i554, in- folio. Elle est divisée en dix-huit livres : les quatre premiers trai- tent des généralités; les suivans, jusqu'au quinzième, des dilFé- rens poissons ; le seizième, des cétacés, des tortues et des phoques: le dix-septième, des mollusques; le dix-huitième, des crustacés. La seconde partie, {Jnwersœ (UjuaiHium hisloriœ pars altéra, cum veris ipsorum imaginibus , est de i555, et comprend deux livres sur les testacés, un sur les vers et zoophjtes, trois sur les pois- sons d'eau douce, et un sur les amphibies. Il j a une traduction française ai)régée de cet ouvrage, Ljon, i558, i"-4-% intitulée : L'histoire entière des poissons, de M." Guillaume Rondelet, etc. 52 LIVRE PREMIER. bien à regretter que l'on ignore son nom. Il y en a cent quatre-vingt-dix-sept de poissons de mer, et quarante-sept de poissons d'eau douce, sans compter les cétacés, les reptiles et les mol- lusques. Personne, jusqu'à M. Risso , n'a aussi bien connu les poissons de la Méditerranée que Kondelet ; et encore aujourd'hui il serait impossible d'en donner, sans le consulter, une histoire un peu complète; on verra même, dans le cours de notre ouvrage, plus d'une espèce qu'il avait déjà connue et que nous avons été ensuite les premiers à retrouver. 11 donne sou- vent aussi sur leur anatomie des observations dont nous avons été à même de constater la justesse. Sans avoir précisément une méthode dans l'acception oii nous prenons aujourd'hui ce mot, on voit pourtant qu'il a un sentiment très-vrai des genres, et qu'il rapproche plu- sieurs espèces à peu près comme elles doivent l'être : les sciènes, les labres, les blennies, les dupes, les scombres, les centronotes, les muges, les gades, les trigles, les pleuronectes , les raies, les squales, les murènes, les cyprins, les truites, sont déjà groupés dans son livre de manière que Willughby , et après lui Ârtedi et Linnaeus, ont eu bien peu de peine à en former des genres véritables. Lorsque ces trois om rages parurent, Ges- 55 ne?^^ était occupé de la partie de sa Grande histoire des animaux, qui traite des animaux aquatiques : au lieu de suivre rexcellent plan qui l'avait dirigé dans les deux parties précé- dentes , c'est-à-dire de ranger sous certaines rubriques les passages des auteurs de tous les âges concernant chaque espèce , il inséra les articles de Eélon et de Rondelet, et plusieurs de ceux de Salviani, tels qu'ils étaient dans leurs livres, ajoutant seulement sous le titre de Co- rollaire les passages qu'ils n'avaient pas cités. Ce procédé a rendu cette partie de sa compila- tion beaucoup moins utile, parce qu'on ne peut y démêler ce qu'ont dit les anciens qu'au tra- vers des idées et des systèmes de ces modernes ; du reste Gesner a ajouté à leurs figures, qu'il a fait copier, beaucoup d'autres ligures et d'ar- ticles sur les poissons de Venise, d'Angleterre et d'Allemagne, qu'il avait observés ou dont ses 1. Cowr/'r <^ Gesner j le plus savant naturaliste du seizième siècle, né à Zurich en i5i6, mort en i565, a, parmi une multitude d'autres ouvraoes , laissé un sfrand monument dans son Histoire des animaux, en cinq livres, que l'on relie d'ordinaire en trois volumes in-folio. Le IV.* livre, qui traite des animaux aquatiques, et forme le plus épais de ces volumes : Historiœ animalium liber IV, qui est de piscium et aquatilium animaniium naiura^ parut à Zurich, en i558. On en a une édition moins belle, mais pins complète, imprimée à Francfort en 1 6o4 , et une de 1 620 , ainsi qu'un abrégé intitulé : Nomenclaior aquatilium animantium ; Zuiich , i56o, avec les mêmes fisfurcs. 64 LIVRE PREMIER. amis lui aA^aient envoyé des notices. Le nombre des figures y est, des la première édition, de plus de sept cents ; mais en y comprenant les cétacés, les mollusques et en général tout ce qui vit dans l'eau. Il n'y a aucun essai de mé- thode , et tout y est disposé d'après l'ordre alphabétique. Gesner a été, pendant le reste du seizième siècle, pendant tout le dix -septième et même pendant une partie du dix-huitième, l'auteur capital pour tous les animaux vertébrés. Pour ce qui concerne les poissons en parti- culier , Aldrovande * et son éditeur Uteiverius n'ont guère fait que l'abréger , le réduire à leur plan, et ajouter aux figures qu'ils en avaient tirées, un certain nombre de figures nouvelles, parmi lesquelles il en est à la vérité plusieurs faites d'après nature et qui conservent encore de la valeur, quoique grossièrement gravées en bois. 1. Ulysse Aldr,ovandi, né à Bologne en 1527, d'une famille noble qui subsiste encore, emploja sa vie et sa fortune à rassem- bler les matériaux de sa grande Histoire naturelle, en treize vo- lumes in-folio, dont il n'a publié lui-même que quatre, savoir, trois sru' les oiseaux et un sur les insectes. Il mourut en iGo5, à soixante-dix-buit ans. Le volume des poissons et des cétacés, rédigé en partie sur ses notes, par son successeur à Bologne, Corneille Utervi:iiuts , n'a clé imprimé qu'en 161 5; mais on l'a réimprimé à Bologne, en iG58 et en iG44« et à Francfort, en 163.5, 1629 et iG4o. 55 La plupart venaient des mers d'Italie , mais il y en a aussi quelques-uns des pays éloignés qui commençaient à être mieux connus. En effet , les découvertes se continuaient dans les deux Indes; il s'y établissait des colo- nies ; on en écrivait des relations qui piquaient la curiosité par les productions naturelles sin- gulières que l'on y faisait connaître; des savans formaient des cabinets et y rassemblaient ces productions pour les y étudier à loisir. Petit à petit il en paraissait dans divers ouvrages des descriptions et des figures, et les poissons n'y étaient pas toujours négligés. Ainsi Thei^et j dans ses Singularités de la France antarctique , parlait du callicîite et du marteau '. Lerj ^ nommait plusieurs poissons du Brésil , et sa nomenclature s'accorde souvent avec celle que Margrave donna dans la suite. 1. J ndré Tn£\i.T, cordelier, natif d'Angoulème , qui avait ac- compagné Gjllius clans son vojage en Grèce, en i55o, suivit Villegaignon lors de son expédition au Brésil, en i555, et a pu- blié ses observations, en i558, à Anvers, sous le titre de Sivgu- larités de la France antarctique; petit in-8.", avec figures en bois : il n'j parle que de deux ou trois poissons. 2. Jean dk Leey, de la Margalle, près Saint-Seine, en Bourgo- gne, né en i554j ministre protestant, se rendit au Brésil, en i556, sur la demande de Villegaignon. Il publia l'iiistoire de son vojage à Rouen, 1578, in-8.'' : elle a été réimprimée plusieurs fois, et insérée dans diverses collections. Le chapitre XII _y traite des poissons, et n'est pas sans intérêt. Il n'j a point de figures. 56 LIVRE PREMIER, Clusius^ , clans ses Exodca, donnait la chi- mère, plusienrs diodons, nn ostracion , un ba- liste. IJelaët , dans sa description du nouveau monde ^ , représentait le trichiure , le cliiro- necte, le gai, et quelcpies autres poissons. Niereniber^^ réunissait une partie de ces documens dans son Histoire naturelle étran- gère, et en joignait quelques autres tirés d'ou- vrages manuscrits. Il arriva aussi vers cette époque une chose des plus favorables à la science : c'est que les 1. Charles de l'Ecluse, en latin Clusius , né à Arras en i526, directeur des jardins des empereurs Maxlmilien II et Rodolphe II; mort en 1609, professeur à Lejde. Le livre dont nous parlons, intitulé Caroli Clusil Exoikorum libri X , a paru à Anvers, chez Plantin , en i6o5, 1 vol. in-lblio. 2. Jean Delaët, né à Anvers sur la fin du seizième siècle, mort en 1649, directeur de la Compagnie hollandaise des Indes occiden- tales, grand promoteur de la géographie, éditeur de Margrave, etc., est auteur de plusieurs ouvrages, parmi lesquels figure au pre- ipierrang son Novus orbis ; Lejde, iG55, 1 vol. in-folio. Oaj voit, p. 570, un chapitre sur les poissons du Brésil, tiré de renseigne- mens manuscrits. 3. Jean-Eusèbe Nieremberg, jésuite, né à Madrid en i5go, d'une famille originaire du Tyrol , mort en iG58, a fait de nomhreux ouvrages, dont celui rpie nous citons, son flislona naturœ maxi- me père grina , libri Wl , parut à Anvers, en iG55, in-folio. C'est une compilation d'un style pédautesque, et qui n'annonce pas dans son auteur de connaissance des objets : il y donne cepen- dant quelques articles dus à des écrivains alors manuscrits, tels que Hçrnandès, etc.; il traite des poissons dans le XI.' livre. HISTOIRE DE l'iCHTYOLOGIE. 57 maîtres des nouvelles conquêtes voulurent en connaître plus exactement les richesses , et y envoyèrent des hommes en état de les étudier et de les décrire. Hevnandes fit au Mexique , par ordre de Philippe II , un recueil de figures avec des explications qui aurait eu de l'intérêt s'il avait été publié immédiatement; mais qui ne parut qu'en extrait, long-temps après sa rédaction, et avec des commentaires qui l'obscurcirent beau- coup plus qu'ils neréclaircirent^; il n'y est parlé que de très-peu de poissons et fort en abrégé. 1. François Hernandès , praiiier médecin de Philippe 11 au Mexique, avait composé une histoire naturelle de ce pajs, or- née de plus de douze cents figures peintes des plantes et des ani- maux. Comme il n'arrive que trop souvent, ce travail, qui avait coiité soixante mille ducats, est resté manuscrit, et on ne sait ce qu'il est devenu. François Ximemès en donna un abrégé, sans figures, à Mexico, en i6i5, petit in-4.° Un Italien, nommé Nardo yintonio Recchi , premier médecin du royaume de Naplcs, en avait fait des extraits en dix livres, qui furent acquis par le prince de Cesi, et publiés à Rome, en i65i, en un volume in- folio , sous le titre de Rerum medicariim Noi;œ Hispaniœ thésau- rus , seu plantarum , animaUum , mineraliuni mexicanorum histo- ria, etc. , avec beaucoup de figures en bois, et de longs commen- taires de Jean Terrentius, médecin de Constance ; de Jean Faber, médecin de Bamberg, tous deux établis à Rome, et du célèbre Fabius CoLUMNA. On j ajouta des commentaires bien plus longs encore sur certaines figures de plantes et d'animaux que Recchi avait laissées sans description, et dont plusieurs représentent des objets étrangers au Mexique , et même des animaux d'Asie et d'Afrique, que l'on donne conime s'ils étaient américains. Le fond du texte de cette partie repose sur les assertions verbales d'un 58 LIVRE PREMIER. Les Hollandais ayant aclievé , en 1 657 et 1 658, sous la conduite du comte Jean-Maurice (le Nassau, la conquête du Brésil septentrio- nal , Guillaume Pison \ médecin de ce général , capucin, nommé Grégoire de Bolivar , recueillies par Faber. A la fin du volume sont six traités de François Fernandès, qui ne diffère point de liernandès , et qui me paraissent ses propres ori- ginaux en ce qui concerne le règne animal et le règne minéral ; originaux d'où Recchi a extrait son IX. *" et son X." livre. Quand on fait usage de cette bizarre compilation, il est nécessaire de bien examiner de qui est l'article que l'on consulte : au surplus il y est peu question de poissons, et seulement dans le V.*' livre des petits traités dits de Fernandès. 1. Guillaume Pison fui envoyé au Brésil par la Compagnie hollandaise des Indes occidentales, dirigée par !)<'/«<■■/, pour servir comme médecin sous le comte Jean-Maurice de Nassau-Siegen, qui gouverna ce pajs de 1637 à i644j et en même temps pour recueillir les productions naturelles de la contrée. Delaëi lui donna à cet effet pour collaborateurs deux jeunes médecins allemands, George Margrave, né à Meissen en iGio, et Henri Cralitz. Celui-ci mourut piompîement : mais Margrave résista au climat, et dé- crivit avec soin beaucoup de plantes et d'animaux, en même temps qu'il fit des observations astronomiques et physiques de tout genre : il mourut dans un voyage en Guinée en iG44- Pison obtint du comte Maurice de fiiire remettre ses papiers à Delaët; et ce qu'il avait fait sur l'Jiisloire naturelle fut publié à Levde, en 1648, in-folio, à la suite d'un traité de Pison, sur la méde- cine du Brésil , sous le titre d'Hisioria naturalis Brasiliœ. Le travail de Margrave j est divisé en huit livres, dont le IV.*" est celui qui traite des poissons. Les descriptions sont entièrement de lui, et Deiaët y a seulement ajouté quelques notes. Les figures sont prises de deux collections peintes par les ordres du comte de Nassau, et qu'il prêta à cet effet à Delaët. Maurice, revenu du Brésil en i644? entra ensuite au service de Brandebourg, fut fail gouverneur deWesel, grand-maitre de l'ordre de Saint-Jean, HISTOIBE DE LICHTVOLOGIE. 59 charge d'examiner les productions du pays dans leurs rapports avec la salubrité publique , eut le bonlieur d'être aidé dans ce travail par un jeune étudiant en médecine, Saxon, George et élevé au rang de prince en i654 : il mourut ^ en 1679, gouver- neur de Berlin. Ces deux collections, qu'il avait fait arranger par le docteur Mentzel, et dont l'une est peinte à l'huile et l'autre à la gouache, passèrent dans la bibliothèque rojale de cette ville, où on les conserve encore. La première, dont on ignore l'auteur, j est restée presque inconnue jusqu'en 1811, qu'Illiger la con- sulta pour lever les doutes auxquels le livre de Margrave donnait lieu. La seconde, que les uns croient de Margrave, les autres de Maurice lui-même, fut annoncée au public par Schneider, en 1786, et Bloch en a fait copier plusieurs figures dans sa grande Ichtyologie, mais sans paraître douter qu'elles ne soient dessinées par le prince, et, ce qui est bien plus repréhensible, en j ajou- tant, en Y retranchant et en j changeant plusieurs choses fort arbitrairement. Nous verrons, par exemple, qu'il rt entièrement- dénaturé la figure de Xholocentrum pour en faire son bodianus pentacanthus, etc. Ces détails sont tirés de la préface de la sixième partie de la grande Ichtyologie de Bloch , et surtout de trois mémoires de \{. Lichlcnstein , insérés parmi ceux de l'académie de Berlin, depuis 1817 jusqu'en 1821 ; mais nous avons été assez heureux pour les confirmer en partie par nos propres jeux. M. Valenciennes ayant obtenu des conservateurs de la bibliothèque la permission de copier ces recueils, nous sommes aujourd'hui en état de les comparer aux copies de Bloch et à la nature, et de fixer défini- tivement les genres et les espèces auxquels chaque poisson doit être rapporté. Les travaux de Margrave sur l'astronomie, principal objet de ses études, n'ont pas été si heureux. Remis à Golius, ils n'ont jamais paru. On a lieu de croire cependant qu'il j avait devancé l'abbé de la Caille dans la détermination de beaucoup d'étoile^ australes. 60 LIVRE PREMIER. Margrave y certainement, de tous ceux qui ont décrit l'histoire naturelle des pays lointains dans le seizième et le dix - septième siècle , le plus habile , le plus exact , et surtout celui qui a le plus enrichi l'histoire des poissons. 11 en fait connaître cent, tous nouveaux à cette époque pour la science, et en donne des descriptions bien supérieures à celles de tous les auteurs qui l'avaient précédé. Les figures qui les représen- tent sont très-reconnaissables , malgré la simple gravure en bois par laquelle on les a rendues ; et lorsqu'il en a reparu quelques-unes dans le magnifique ouvrage de Bloch , elles n'y ont pas toujours été copiées aussi ildèlement. C'est là que Ton voit pour la première fois la malthée {Lophius vespertilio, L.), l'holocen- trum, la fistidaire, les bagres, le rhinobate, le pasteiu-, le glossodonte, beaucoup de characins, l'érythrinus, la loricaire, le carape, l'istiophore, le polynème, le batrachus, le mégalope, sans parler d'une foule d'espèces intéressantes ap- partenant à des genres déjà connus. Pison y dans sa seconde édition ' , ajoute 1. En i658, Pison donna une nouvelle édition, fort augmen- tée, de son traité de la médecine du Brésil , sous le titre : De Indice utriusque re naturali et medica. Le travail de Margrave, qui avait été imprimé en entier et textuellement à la suite de la première, ne parut plus dans celle-ci qu'eu extraits incorporés au corps HISTOIRE DE L ICHTYOLOGIE. 61 quelques figures à celles - là ; mais dessiuées d'uue autre main , et beaucoup moins cor- rectes. Vainqueiu's des Portugais dans les Indes orientales comme au Brésil , les Hollandais y envoyèrent aussi leurs naturalistes. Bontius ^ donna le premier quelques pois- sons de Batavia ; mais avec moins de précision et des dessins moins exacts que Margrave n'avait fait pour le Brésil. Nieuhof^ en ajouta quelques autres, mais en petit nombre. de l'ouvrage, et Pison j ajouta ses propres observations et plu- sieurs nouvelles figures ; mais il en retrancha aussi beaucoup, en sorte que l'un des deux livres ne peut pas tenir lieu de l'autre. On ne voit pas comment quelques écrivains ont pu accuser Pison d'élre le plagiaire de Margrave : il lui rend, au contraire, partovxt justice dans ses deux éditions. 1. Jacques BoNDT, ou Bontius, médecin de la ville de Batavia en 1625 , mort en i63i, auteur d'un traité intitulé : Ilistoriœ natu- ralis et ined'icœ Indiœ orientalis libri VI, imprimé, en i658, ù la suite de la deuxième édition de Pison, et qui a déterminé le titre de cette édition : De Indice utriusque re naturali et medica. La partie purement médicale avait paru, dès 1642, avec le traité de Prosper Alpin I)e medkina jEgyptiorum. '2. Jean Nieuhof, natif de Bentheim, en Westphalie, employé en diverses qualités par les Compagnies des Indes hollandaises, et pendant quelque temps gouverneur de Ceilan, périt à Madagas- car en 1671. Son livre intitulé : Voyages par mer et par terre à différens lieux des Indes orientales , Amsterdam, 1682 et i6g3, in- folio, contient vingt figures de poissons, la jdupart iatéressans : elles sont copiées à la fin des planches de Wiilughbv. 62 LIVRE PREMIER. Etablis plus tard en Amérique d'une manière solide , ce ne fut guère que vers la lin du dix- septième siècle que les Français écrivirent sur riiistoire naturelle de cette partie du monde. Dutertre^ emprunte même de Margrave la plupart de ses ligures, et Rochefort^ copie les siens dans Dutertre. Néanmoins le premier donne de bonnes observations sur quelques espèces. Cependant cette abondance de productions étrangères ne faisait pas négliger celles de l'Eu- rope; elle excitait au contraire à leur donner une nouvelle attention. Matthiole^ ^ dans les dernières éditions de son Commentaire sur Dioscoride, ajouta quel- 1. Jean-Baptiste Dutlrtre , inoine dominicain, missionnaire aux Antilles, né en 1610, a composé une Histoire générale des Antilles. La première édition est de j654, en un volume in-4.'' j la seconde, de 1667, en trois volumes in-/f-% est beaucoup plus complète. 2. RocHEFORT, ministre protestant à Rotterdam, a emprunté de la première édition de Dutertre la plus grande pai lie de son Histoire naturelle et morale des Antilles; Rotterdam, 1608, in-4.° 3. Pierre-André MArrioLi , né à Sienne en 1 5oo , successive- ment médecin à Rome, à Trente, à Gorice et à Prague, mort à Trente en 1677, est célèbre par sou Commentaire sur Dioscoride, imprimé d'abord en italien, à Venise, en i544 et i548, et en latin en i554 et i565. Cette dernière édition, par Valgrisi, est la meilleure : on j voit de très-belles figures en bois de plusieurs poissons, dont quelques-unes cependant sont prises de Salviani et de Rondelet. On a traduit et réimprimé cet ouvjage beaucoup de fois. HISTOIRE DE LICHTYOLOGIE. 65 ques poissons à ceux cle Gesner et de ses trois prédécesseurs. Ferrante Imperato ^ en donna deux ou trois de ceux de la Méditerranée. Fabius Colimina^ et Augustin Scilla^ trai- tèrent, par occasion, de deux ou trois autres. Schwenkfeld^ publia un catalogue et de courtes descriptions de ceux de Silésie. Schonei'elde ^ composa une histoire assez 1. Ferrante Imperato , médecin napolitain , auteur d'une liis- loire naturelle en italien , presque toute chimique et minéralo- gique. Imprimée d'abord en iSgg, in-folio, puis en i6io, in-4-% et à Venise en 1672. On y voit un écheneis , un gjmnètre. '2. Fabius CoLUMNA, né à Naples, en 1567, '^''^" bâtard du car- dinal Pompée Colonne, mort vers i65o, donne une figure de mylobate dans ses Ohservaiiones aquatilium, et entre dans son Traité des glossopètres dans des détails intéressans sur les dents des squales. 3. Les dents des squales furent aussi un objet d'étude pour le peintre sicilien Augustin Scilla , dans son ouvrage sur les pétri- fications, intitulé : La vana speculazione disingannata dal senso , Naples, 1670, petit in-4.°, dont on a une traduction latine, inti- tulée : De corporibus lapidescentibus , Romej 1752, in -4.° H J donne aussi une figure du marteau et une autre d'une espèce rare de squale à sept évents. 4. Cédecin des rois Jacques I.'' et Charles I.''"', l'illustre inventeur de la circulation générale, était élève de Fa- bricius d'Aquapendente. On voit même que ses découvertes sont une suite des idées de son maître. 5. Volcher Coiter, né à Groningue en 1 534 , médecin à Nurem- berg, mort en 1600 en France, où il était venu comme médecin d'une armée allemande, avait publié dès i566 à Bologne un Traité des cartilages. On a de lui Diversorwn animalium sceUtorum ex- plicationes, etc.; Nuremberg, 1570, in-folio. 6. La famille des Bartholin , à qui l'anatomie doit beaucoup de travaux, était danoise. Caspar Bartholin, né à Malmoë, en Scanie, en i585, mort en i65o, est auteur des Institutioncs ana- tomicœ et d'un traité De unicornu. Cinq de ses fds produisirent des ouvrages. Erasme, né en i6o5, mort en 1698, a écrit sur le cristal d'Islande et sur d'autres sujets phjsico- mathématiques. Thovias , né en 1619, mort en 1680, inventeur des vaisseaux lymphatiques, est celui qui nous intéresse. Dans son traité De luce animalium, Lejde, 1647, ^^ Copenhague, 166g; dans ses Hisioriarum anatomicarum et medicarum centuriœ VI , Copen- 68 LIVRE PREMIER. L'anatomie des poissons en profita beaucoup. Une réunion de jeunes médecins d'Amster- dam 5 parmi lesquels étaient Gérard Blasius ^ et l'immortel Jean Swaminerdaiii^ , s'occupa de leurs viscères et fit connaître ces nombreuses appendices qui tiennent lieu de pancréas au plus grand nombre des espèces , et le canal qui dans plusieurs unit la vessie natatoire à l'estomac. ^ Il n'y eut pas jusqu'aux pores de leur peau qui furent l'objet d'une dissertation de Rivin,'^ hague, i654 — 1661 , et dans les Acta medica et philosophica hafniensia, 1672 — 1679, 5 vol. 111-4.", '1 a donné plusieurs faits relatifs à l'anatomie des poissons, entre autres, dans la centur. V, une note de Rhodius sur la couleur tantôt rouge tantôt verte du foie de la lamproie. Caspar II, fils de Thomas, a donné une disser- tation De glossopetrîs ; Copenhague, 1774, i"-4-% et 1706, in-x2. 1. Gérard'QhkSivs, né auprès de Bruges en 1682 , mort à Ams- terdam, où il exerçait la médecine, auteur de nombreux ouvrages d'anatomie. 2. Jean Swammerdam , le célèbre auteur du Biblià naturœ , était né à Amsterdam en 1637, et, après avoir vojagé en France et en Allemagne, mourut dans sa patrie en 1680. Ses papiers pas- sèrent par plusieurs mains, et furent achetés par Bocrhaave, qui publia ce grand ouvrage en 1737. 3. Ces faits et plusieurs autres sont consignés dans deux petits écrits, intitulés, l'un, Ohservationes anaiomicœ selectiores coUegii privati Jmstelodamensis , Amsterdam, 1667, in-12; l'autre, Obser- vationum anaiomicarum colle gii, primii Amstelodamensis , pars altéra, in quibus prœcipue de piscium pancreate ejusque siicco agiiur, Amster- dam , 1670, in-12. 4. Aug. Quirin. Rivisus, Observ. circa poros in piscium eu le no- tandos. Act. Lips. , 1687, p. iGo — 162. HISTOIRE DE LICHTYOLOGIE. 69 Duuernej^ enfin, au commencement du dix- huitiëme siècle , fit connaître en détail les or- ganes de leur respiration et tout son mécanis- me, ainsi que leur circulation branchiale % et compléta ainsi , jusqu'à un certain point , les idées que l'on pouvait se faire de leur organi- sation. Les descriptions particulières, appelées mo- nographies , devinrent fort nombreuses. Boccone ^ donna des observations sur les squales; Valisnieri^ sur l'anguille.^ 1. Joseph-Guîchard Duterney, né à Feurs en i648, professeur d'anatomie au Jardin du Roi en 167g, mort en lySo, auteur avec Claude Perrault des Mémoires pour servir à l'histoire des animaux et de plusieurs mémoires d'anatomie humaine et com- parée, rassemblés en deux volumes in-4."'; Paris, 1761. 2. Son Mémoire est imprimé parmi ceux de l'académie des sciences pour 1701, p. 224 — ^Sg, et dans ses OEuvres anato- miques, t. II, p. 4g6 — 5io. Walbaum l'a réimprimé dans sou Ariedius renovatus , t. XI, p. 167 — i83. 3. Paul-Sjh'iiis Boccone, de Palerme, où i! naquit en i633, voyagea en France et en Angleterre, et publia à Amsterdam en 1674 des Recherches et observations d'histoire naturelle, 1 vol. in-12, où il donne des figures du xiphias, de l'ammodite, et des observations sur les squales et leurs dents; réimprimées dans Valentin, 2. ''par- tie, p. 118. Dans son Museo di Jisica ,Yenhe, i6g7, In-4-''j H représente le lavaret. Il entra dans l'ordre de Citeaux en 1682 , et mourut en 1704. 4. yî/«/oiW Valisnieri , né en 1661 dans l'Etat de Modène, élève de Malpighi, professeur à Padoue en 1700, mort en 1700, grand observateur, a écrit sur la génération des insectes, sur celle des animaux en général, sur le caméléon et l'autruche, etc. 5. Réimprimées dans Valentin, p. jg6 et suivantes. 70 LIVRE PREMIER. Gauthier Needham ' disséqua le brochet , la carpe , l'alose ^ , et traita de la respiration des poissons et de ses organes, ainsi que de leur vessie natatoire. Schelhammer^ et Thomas BarthoUn firent Fanatomie du xiphias^; le premier y ajouta celle du lump et de la donzelle. ^ Il y eut surtout un assez grand nombre de ces descriptions anatomiques d'espèces dans les Mémoires des curieux de la nature ^ ; on y 1. Gauthier Needham, médecin de Londres, mort en 1691, auteur d'un traité De fonnato fœiu, Amsterdam, 1668, in-12, où il traite les sujets indiqués dans le texte, dans une digression sur la respiration , qu'il intitule De Biofychnio, parce qu'il v soutient le sjstème de l'analogie de la respiration avec la combustion , alors généralement admis chez les Anglais, et reproduit de nos jours par Crawford et Lavoisier. 2. Le traité De formato fœtu est réimprimé dans la Bibliothèque anatomique de Manget , t. I, p. 689 et suivantes, et il y en a un extrait, en ce qui concerne les poissons, dans Valentin, p. 126 et suivantes. 3. Gonthier-Christophe Schelhammer , né à léna en 1 649, professeur à Helmstœdt, à léna et à Kiel, mort dans cette dernière ville en 1716. C'est à Kiel qu'il a disséqué les poissons nonnnés dans le texte. 4. La Dissertation de Bartholin est réimprimée dans Blasius, p. 307 ; celle de Schelhammer; dans Valentin, p. 102. 5. Autre Dissertation de Sclieihammer dans Valentin, p. ro8 et 109. 6. L'académie impériale des curieux de la nature, dont les membres étaient épars dans l'Allemagne, fut fondée en i652 par Bausch, médecin de Schweinfurt. Le premier volume de ses Miscellanea curiosa , sive ephemeridum medico-physicarum , dec. I, ann. ij parut en 1670. HISTOIRE DE l'iCIITYOLOGIE. 7\ trouvait celle du saumon par Pejer^ , de la truite - et de la lote ^ par Murait , du silure par Hartmann^ , de la baudroie par Kœnig^^ de la lamproie par TValdschniidt ^. Kœnig y décriA it l'estomac singulier du muge. ^ Les mémoires des médecins de Copenhague*, offraient l'anatomie de l'orphie ^ par Boîtî- chius^°', celles de l'anguille", du scpiale centri- na '^, de la torpille ^^, de la lamproie ^^ par Jaco- hœiis. ^^ L'académie des sciences de Paris , qui , dans ses commencemens , avait eu le projet de dé- crire et de disséquer les animaux de la ména- gerie de T ersailles , et qui a poussé en effet cette I. Miscell. nat. eut: , dec. II, ann. \, ohs. 85 ; réimpr. Valenlin, 2." partie, p. 120. — 2. Dec. II, ann. 1 ; Valent., p. 121. — 3. Dec. Il, ann.\,obs Ifi., p. 124 ; Valent., p. i52. — 4. Dec. II, ann. 7, obs. 4o ; Valent., 2.* partie, p. 101. — 5. Dec. III, ann. 2, p. 2o4; Valent., p. i34. — 6. Dec. III, ann. 5 et Ç>; Valent., p. i5i. — 1. Dec. II, ann. 5, p. 208. 8. Acta medica et philosophica hafniensia ; collection formée par Thomas Bartholin et quelques-uns de ses amis : il j en a cinq volumes, de 1672 à 1679. 9. Vol. II, p. i4g ; réimprimé dans Valeniin, 2.* partie, p. 1 ig. 10. Olaus BoRRicHius, né à Borchen , en Danemarck , en 1627, professeur à Copenhague, cliimiste et naturaliste, mort en 1690. II. Vol. V, p. 261 et 262. — 12. Vol.V, p. 251 — 253. — 13. Vol.V, p. 253 — 259. — 14. Vol.V, p. 259 et 260. 15. liger i kco%i£.\iS , naturaliste danois, né à Aarhus en i65o, allié des Bartholin, professeur à Copenhague, mort eu 1701. H a décrit le Musée rojal de Copenhague. 72 LIVRE PREMIER. entreprise assez loin dans ses Mémoires pour servir à llnstoire des animaux ^, y a donné des observations anatomiqnes snr le squale faux. ^ Une partie de ces monographies a été ras- semblée dans les collections de Blasiiis ^ et de Valentin, "^ Mais on n'y trouve pas les observations les plus précieuses de l'époque sur ce sujet, celles qu'offre le système anatomique de Samuel CoUins^y oii se voient, en vingt-huit planches très-bien erravées , les viscères et les cerveaux de vingt et quelques poissons ; la représenta 1. Les Mémoires pour serm' à ïhîstoire des animaux (le tome III des Mémoires de l'académie des sciences, Avril, 1699) sont Tou- yrage de Perrault et de Dui^emej. Le rédactevir, C/^/?/,^/^' Perrault, médecin et architecte, célèbre auteur de la colonnade du Louvre, né à Paris en i6i3, mourut en 1688. 2. Réimprimées dans Valentin, 2. *" partie, p. 82. 3. Gérard ^hKSivs , professeur à Amsterdam, dont nous avons déjà parlé à la p. 68. Anatome animalium terrestrium volatilium ^ aquatilium, etc., structuram naturnlem , ex veterum recentiorum propriisque observai ionibus proponens ; Amsterdam , 1681 , in-^." 4. Mic/ie/'Bernard \ A.iv.miy , professeur à Giessen, né dans cette ville en 1667, mort en 1726. Amphitheairum zooiomicuni , tabulis œneis quam plurimis exhihens hisloriam animalium anatomicam , etc.; deux parties en un volume in-folio, Francfort, 1720. 5. iSflrnMé-'/CoLLiNS, médecin anglais, attaché pendant un certain temps au czar de Russie, puis à la reine, femme de Charles IL Son ouvrage, intitulé : A sysiem ofanalomy treating ofthe body ofinan., Ifensts, hirds,fishy etc.', 2v. in-fol., 74pl.,Lond., i685, est remarqua- ble par (le belles et nombreuses figures sur l'anatomie des animaux. Ç, La dorée, l'ange, la pastenague , la raie , Vémi^sole , la lote^ HISTOIRE DE L ICHTYOLOGIE. 76 tion des cerveaux était surtout importante et pendant long-temps n'a point été égalée. On de^ait désirer que tant de matériaux fussent réunis dans un corps d'ouvrage. Vers le milieu du dix-septième siècle, un médecin de Silésie , Jean Jonston \ avait entrepris cette taclie pour tout le règne animal ; mais il l'avait fait en simple compilateur, sans connaissance personnelle des choses et en négligeant d'ailleurs entièrement l'anatomie. Son volume des poissons en particulier n'est qu'un abrégé assez élégant à la vérité d' Aldrovande , et des auteurs qu'Al- drovande lui-même avait suivis; le YI."^ livre, qui traite des poissons étrangers , n'est tiré que de Margrave et de INieremberg. C'est aussi de ces différens auteurs et de Schonevelde qu'il a copié ses planches; mais dans l'édition de 1 71 8, qui porte le titre de Theatrum animalium'^ la brème, la perche, Véperlan, le goujon, le muge , le surmulet , Xanguille , le grondin, le merlan, la plie, \& flet , la lamproie, le gadus virescens, la tanche , la carpe, la baudroie. 1. Jean Jonston, né à Lessno , ou Lissa, dans le palatinat de Posen, en i6o3, d'une famille originaire d'Ecosse, mort en 1676, a été un compilateur laborieux, et a publié de nombreux ou\rages. Son Histoire naturelle des animaux parut par parties à Francfort : les poissons et cétacés en 1649, ^^^ oiseaux en i65i, les quadru- pèdes en 1662, les insectes et serpens en i653, in-folio. Le tout a été réimprimé à Amsterdam, eu 1657. 2. Fréderic-HenrilkvYSCH , éditeur de celte troisième édition de 74 LIVRE PREMIER. on a ajoute des figures de poissons des Indes, dont nous aurons occasion de reparler dans la suite. Jonston a essayé de ranger les poissons d'après une espèce de méthode, mais très-mal conçue ; car il y mêle des distinctions prises de leur séjour, à celles qui sont tirées de leur conformation; et ces dernières même sont mal choisies et encore plus mal suivies dans le dé- tail ; les poissons rangés sous chaque chapitre n'ayant pas tous , à beaucoup près , les carac- tères indiqués dans le titre. C'est à Raj ' et à Wilhtghhj ' qu'était ré- servé l'honneur de donner pour la première fois une ichtyologie oii les poissons fussent décrits clairement et sur nature, et distribués d'après des caractères tirés uniquement de leur Jonston, faite à Amsterdam par les W^etsiein , était fils du célèbre anatomisle du même nom , et mourut avant son père. 1. Jean Ray, ouWray, en latin Rauis, théologien anglais, et l'un des grands naturalistes du dix-septième siècle, né à Blak- Notlej, dans le comté d'Essex, en 1628, mort en lyoS, a porté l'esprit de la vraie méthode dans toutes les branches de l'histoire naturelle, et contribué plus que personne à la marche régulière que cette science a prise pendant le siècle suivant. 2. François VsitLVGiîhX , d'une maison ancienne d'Angleterre, dont plusieurs branches ont eu ou ont encore des pairies, élève de Rav, né en i635, mort en 1672, s'était associé avec Raj, son maître et son ami, pour travailler à l'histoire naturelle des ani- maux. HISTOIRE DE L ICHTYOLOGIE. 7S conformation , où leur histoire enfin fût dé- barrassée de tous ces passages des anciens, rapportés si arbitrairement aux diverses espèces par les auteurs du seizième siècle, et dont un si grand nombre sont en eux-mêmes ou invrai- semblables ou inintelligibles. VHistoria piscium , bien qu'elle ne porte sur le titre que le nom de Willuabby, est en grande partie le fruit de leurs travaux com- muns \ Ils en avaient recueilli les principaux matériaux dans un voyage qu'ils firent en France, en Allemagne, et surtout en Italie, de IfiGS à 1006; voyage pendant lequel Wil- lugbby décrivit et disséqua tous les poissons qu'ils purent se procurer. Ray les rangea sous des classes et des familles, fondées en première ligne sur la nature cartilagineuse ou osseuse du squelette ; puis sur la forme générale , sur les dents, sur la présence ou l'absence des nageoires ventrales, sur la nature des rayons des nageoires mous ou épineux , et enfin sur 1. FrawaW WiLLUGHBEii , armigtri, de historia piscium lihri IV, jussu et sumplibus societatis regiœ Londinensis editi , etc. , totum opus recognovit , coaptaçit , supplevit , lihrum etiam primum et secun- diim adjecit Jo/«. Raius; Oxford, 1686, 1 vol. in-folio, avec 1 vol. de planches, au nombre de cent quatre-vingt-huit, qui est de i685. Les frais de la gravure furent faits par les membres de la Société rojale : le président, Samuel Pepys , à lui seul, en fit gra- ver soixante. 76 LIVRE PREMIER. le nombre des nageoires dorsales ' ; mais ne s'ëtant pas bien rendu compte de ce qu'on 1. Voici une idée de la méthode de Ray et deWillughbj. On remarquera seulement que, pour abréger, nous avons mis à la dernière colonne des noms de genres tels qu'on les reçoit aujour- d'hui ; mais qu'ils n'ont nommé que les espèces, et ne les ont pas toujours bien rapprochées. CARTÎLAGINEI , Thjnni. LOKGI, Truttœ. St/uali. Gohii. Zjgœmi, etc. Lumpus. LATI, Atherina, etc. Baiœ. Pinna dorsali i , Parthiacce. Corjphenœ. Afjuilœ , etc. Chœtodnntes. Rana piscatrix. Cliipeœ. OSSEI, Al gentina. Belone. PLANI, Saurus. Pleuronectes. Exocetus. NON PL J NI , Lucius. AKGtJlLLIFORMES, Stuiio. Murœnœ. Cyprini. Anguillœ. Cobitis. Lampetrœ. Tœniœ. Acanthopierjgii , Pinnis dorsalibus 2 , Remoja. Gtinnellus. Mus te la. Silurus. Lahrax. Sphyrœna. Mugiles. Triglœ. Gobio, etc. .1 1 If, "c. Mulli. CORFORE CONTRACIIORE, Callyonimi. SINE rENTRALIBUS, Trachini. Orbes. Batrachus. Batistes. Perça. Stromateus. Faber et vomer. Aciis. Gluucus. Xiphias. Sciœnœ. eVM VENTRALIBVS, Pinna dorsali i. Spari. Labri. Malacopfeiygii , Pinnis dorsaljbus 3, Serrani. Gadi. Scorpœnœ. Pinnis dorsalibus 3, Cerniuv. Merlucii. Gasterostei. HISTOIRE DE l'iCHTYOLOGIE. *!! devait entendre par rayons épineux et par squelette cartilagineux, il ne place pas toujours les espèces comme elles auraient dû l'être dans sa méthode. Ainsi l'esturgeon demeure parmi les poissons osseux ; le thon parmi ceux qui n'ont pas d'épines aux nageoires, etc. Il n'y a pas non plus des genres bien définis et bien limités ; mais les poissons ne laissent pas , en beaucoup d'endroits , d'être rapprochés très-naturellement et de manière qu'il suffisait de peu de mots pour former de ces réunions plusieurs des genres qui ont été reçus de- puis. Quant aux espèces , on y trouve rassemljlées non -seulement celles que les auteurs ont vues et décrites sur nature , qui sont au nombre de cent soixante -dix -huit; mais toutes celles des auteurs précédens, dont ils intercalent les descriptions parmi les leurs, en les arrangeant, autant qu'ils le peuvent, d'après la forme qu'ils ont adoptée. On voit dans ces additions une preuve de la prodigieuse sollicitude que Hondelet avait mise à rechercher les poissons et des succès qu'il avait oljtenus. Willugh])y s'étonne souvent du grand nombre qu'il n'a pu retrouver , et qui n'avaient pas échappé au naturaliste de Montpellier. Après Rondelet c'est Margrave qui eu a fourni le 78 livrp: premier. plus. Willuglîby s'aide aussi beaucoup pour les poissons d'eau douce du manuscrit d'un pécheur de Strasbourg, nommé Baltner'^ } et à la lin Ray ajoute un supplément tiré de INiewhof , et quelcpies poissons étrangers fournis par Lister. Le nombre total est de cpiatre cent vingt; mais les auteurs n'ont pas toujours su reconnaître l'identité de certaines espèces tirées des ouvrages précédens, en sorte cpie l'on trouAc déjà ici des doubles emplois, ce fléau de l'histoire na- turelle, toujours prêt à s'introduire sitôt que l'on n'apporte pas dans une compilation la critique la plus sévère. Le second volume , intitulé Ichtjo^raphia et composé en entier de planches , offre des copies de toutes les figures de Salviani , de Rondelet, de Margrave , de Clusius , de INiewhof et des autres ichtyologistes , avec un certain nombre de ligures nouvelles marquées d'un -h. Elles sont bien gravées en taille -douce; mais elles n'ont, comme on devait s'y attendre, cpie le degré de fidélité des originaux. Le Sjnopsis piscium^ j, ouvrage posthume 1. Cet ouvrage, qui existe encore à la bibliothèque publique de Strasbouig, nous a été communiqué : il contient des ligures médiocres de quarante-cinq poissons d'eau douce et de plusieurs autres animaux. '2. Joannis Raii Sjnopsis melhodica piscium; Londres, lyiS, 1 vol. in-8.° 79 de Raj^ n'est guère qu'un abrégé de l'ichtyo- logie, avec quelques supplémens tirés de Du- tertre, ou fournis par Sloane et par nn curé du pays de Cornouailles nommé Jago. Ces derniers ont de l'intérêt comme poissons d'Eu- rope qui n'avaient point encore été décrits. L'onvrage de Willugliby forme une époque , et une époque heureuse, dans l'histoire de l'ich- tyologie. Assujettie désormais à des formes mé- thodiques, cette science put prendre une marche régulière, distinguer les espèces nouvelles des anciennes, les ajouter à la masse en les plaçant d'une manière sûre, et elle eut surtout un modèle assez parfait de descriptions ; cependant, comme Willughby n'avait point de nomenclature qui lui fût propre, ni de noms fixes pour ses genres, son influence sur les auteurs qui le suivirent immédiatement, ne fut pas très -sensible. A peine l'aperçoit-on dans les écrits où l'on traita en ce temps-là , et même long-temps après , de l'histoire naturelle des différentes provinces de l'Angleterre ^, quoique l'on y décrive quelques poissons ; ni même dans des écrits destinés à 1. Wallace, Account of the islands of Orhnej ; 1700. Leigh , Naiural hisior)- of Lancashire , Cheshire and the peak of Derbjshire ; Oxford, 1700, in-folio. Morton, JSat. hist. of Northamptonshire; Londres, 1712 , in-folio. Ejd. ISat. hist. of Nottinghamshire ; Lon- dres, 1712, in-folio. CoKER,SufrejofDorsets/iire; Londres, ij^2, iu-folio. SilkiTAYLOK, Hùi. ofantiquiies of Harmch, avec un ap- 80 LIVRE PREMIER. l'histoire de poissons particuliers ; tels que celle du hareng de DodcL ' Elle se remarque un peu mieux dans ceux oîi l'on décrivit les productions des colonies an- glaises, notamment dans ce que Sloane^ donna sur les poissons de la Jamaï(jue, et Catesbj sur ceux de la Caroline. Le premier ne décrit que trente-neuf poissons , et les figures en sont mal exécutées d'après des échantillons desséchés as- sez grossièrement. Les descriptions elles-mêmes sont faites seulement sur ces échantillons , et le plus grand nomhre des espèces est déjà dans Margrave ou dans Du tertre. Catesbj^ a des figures mieux dessinées, et pendice sur l'histoire naturelle par J«mM Dale; Londres, 1752, in-4.° On peut même étendre ce jugement à Bori.ase , Nat. hist. of Cornwallis , Londres, 17 58, in-folio, où l'on voit cependant plusieurs poissons intéressans, notamment le pompile, ou ccn- trolophe ;^t à \^LLis, Hist. nat. of Northujnherland ; Londres, 1769, 4 vol. La plupart de ces auteurs semblent avoir pris pour modèle Y Histoire naturelle de l'Oxfordshire de Robert Plott, qui est de 1677, Oxford, in-folio, plutôt que les ouvrages de Raj et de Willuglibj. Plott donne des figures du lamprillon et d'un cyprin. 1. An essaj townrds a natural history of the herring, bj J. S. DoDD ; Londres, 1752, in-8.° 2. Hans Sloane, ne à Killilej, en Irlande, en iGGo, médecin du duc d'Albemarle, gouverneur de ce royaume en 1687, mort président de la Sociclé royale en 1753, a donné son ouvrage en anglais sous le titre de Voyage aux îles de Madère, des Barbades , de Nièves, de Suint-Christophe et de la Jamaïque; Londres, 1707 et 1727 , 2 vol. in-folio, avec deux cent soixante-quatorze planches. 3. Marc Catesby, né eu 1G80, après avoir passé en Virginie HISTOIRE DE l'ichtyologie. 81 coloriées d'après le frais ; ce qui leur donne un mérite trop peu commun. Il y en a quarante-trois de poissons, et comme ils sont pris plus au Nord , ils rentrent moins dans ceux qui avaient été décrits auparavant. Hughes ^j, dont l'histoire de la Barbade n'a paru qu'en 1 750 , n'a pas même l'air de con- naître Willughby dans ce qu'il dit des poissons, quoiqu'il parle d'une vingtaine d'espèces. Edwards^ compte à peine parmi les icli- tyologistes ; on ne trouve dans son recueil que quatorze poissons, et encore la moitié en étaient déjà connus : il n'eut donc guère d'occasion de marquer dans cette partie son adhésion à de 1712 à «719, y retourna aux frais de Dale , de Sherard et de Sloane, de 1722 à 1726. Son Histoire naturelle de la Caroline , de la Floride et des îles de Bahama, en deux volumes in-folio, Lon- dres, 1731 et 1743, avec deux cent vingt planches, surpassait alors pour la beauté des figures tout ce qui avait paru : on en a une édition faite en Allemagne en i^5o. 1. GrIJjith Hughes, curé anglican à Sainte-Lucie, dani l'ile de Ja Barbade, a donné en anglais une Histoire naturelle de cette île; Londres, 1760, in-folio. De ses vingt poissons deux seulement sont représentés en figures. 2. George Edwards, peintre anglais, bibliothécaire de la Société rojale, a donné deux recueils, qui font suite l'un à l'autre, et contiennent en tout trois cent soixante-deux planches ; l'histoire naturelle des oiseaux, en quatre volumes in-4.", de 1745 à i-]^i , et les Glanures d'histoire naturelle, en trois volumes, de 1768 à 1764- Ses figures sont très-exactes, et au nombre des meilleures du dernier siècle : il suit dans chaque volume la méthode orni- thologique de Willuglihv. 1. ^ 6 ©25 LIVRE PREMIER. Willugbby, qu'il suivit du reste avec fidélité dans sa disposition des oiseaux. Willugliljy exerça encore moins d'autorité sur le continent qu'en Angleterre ; on le né- gligea même dans les ouvrages oii l'on traita des pêches ou de l'histoire naturelle des pays du ]Nord; Zoi^gcha^er^, E^ede'^y Anderson^ , Horrebow^ , et même Crantz^ , n'en prirent aucune connaissance. Il est vrai qu'ils s'occupèrent encore plus 1. Comeille-Gisberl Zougouager, auteur d'un ouvrage très-em- brouillé sur la pèche de la baleine du Groenland et de la morue de Terre-Neuve, imprimé en hollandais à Amsterdam, en 1720 et 1728, et en allemand à Nuremberg, en 1720 et 1750. 2. Hans Egede, ecclésiastique norwégien, partit en 1721 pour le Groenland, par zèle pour la religion, et j passa jusqu'en 1756. C'est sous sa direction que les frères moravcs y ont établi une mission en 1753. Son Histoire naturelle du Groenland est impri- mée à Copenhague, en danois, in-4.'', 1741? et en français, in-8.% 1765. II j en a une traduction anglaise; Londres, 1745. 3. Jean Anderson, négociant et bonrguemestre de Hambourg, né en 1674? mort en 1743, auteur d'une Histoire naturelle de l'Islande, du, Groenland, du détroit de Davis, et d'autres pays situés sous le nord, imprimée en allemand à Hambourg, en 17467 et en français à Paris, en deux volumes in-12, 1750. 4. Nicolas HoRREBow, ecclésiastique danois, envojé en Islande par le roi de Danemarck, en a donné une Description physique , historique, etc. , imprimée en danois à Copenhague, en 1752 ; en allemand, en 1758, et à Paris, en français, en 1764? 2 vol. in-12. 5. J9«w'J Crantz, missionnaire morave, auteur d'une Histoire du Groenland, imprimée en allemand à Barbj, en 1760 et 1770, 2 vol. in-8.°; en anglais», à Londres, en 1767, in-S." Il v en a un extrait dans le dix-neuvième volumo in-4.'* ^^ l'Histoire générale des vojages en 1770. HISTOIRE DE l'iCHTYOLOGIE. 85 des cétacés et des phoques que des poissous proprement dits ; ils ne parlent de ces derniers qu'autant qu'ils sont des objets de grandes pêches. Pontoppidan ^ , qui aurait dû connaître et Artedi et Linnaeus , ne cite encore que Wil- lughby, et une ou deux fois seulement, tant ces prétendus naturalistes topographes sont ordinairement en arrière des connaissances acquises. Toutefois il y eut des exceptions; quelques auteurs eurent soin de consulter le grand ich- tjologiste anglais, et de se conformer à sa mé- thode dans leurs descriptions. Marsi^li ^ doit être mis au premier rang 1. Eric Pontoppidan, né à Aarhus en 1698, évéque de Bergen, en NorAvége, mort en 176^, a publié en danois une Histoire na- turelle de Norwége , Copenhague, 17 52, in-4-°, dont on a une traduction anglaise, Londres, 1755, in-folio, et une allemande, Copenhague, 1763 et 1754, 2 vol. in-4.% et Flensbourg, 1759. Il V parle des poissons, mais en naturaliste peu instruit et trop cré- dule. 2. Louis -Fcrdinajid comte De Marsigli , noble bolonais, né en i658, officier au service d'Autriche en 1682, prisonnier en Turquie en i683, cassé en 1705 pour avoir rendu Fribouig, fon- dateur de l'Institut de Bologne en 1715, mort en 1 73o , a donné en 1726 une description du cours du Danube, et des productions qui naissent dans ses eau\ ou vivent sur ses bords, en six volumes grand in-folio, sous le titre de Damibius pannonico-mjsicus. Le quatrième volume, consacré aux poissons, contient de très-belles figures de cinquante-trois espèces : l'anatomie du hausen est dans le tome VI. 84 LIVRE PREMIER. pour ce qu'il a fait daus son histoire du Danube sur les poissons de ce fleuve, qu'il a rassemblés avec soin , décrits avec assez d'exactitude , et représentés sur des planches magnifiques , aux- quelles il a ajouté une anatomie fort exacte de l'Esturgeon hausen. Le nombre de ses espèces est de cinquante- trois; on y voit entre autres une poécilie qui n'est point ailleurs. C'est à peine si l'on doit nommer ici quel- ques V03 ageurs de cette époque , tels que les Bosman \ les Léguât " , les Lahat ^ , les he- 1. Guillaume Bosman, emplojé de la Compagnie hollandaise des Indes occidentales en Afrique, a donné en lyoS, à Ulreclit, in-12, un Voyage en Guinée, avec des descriptions et des figures d'animaux plus nombreuses et plus exactes cpi'elles ne le sont dans la plupart des ouArages de ce genre. 2. François Leguat, né en Bresse vers i638, expatrié lors de la révocation de l'édit de Nantes , confiné à l'ile Rodrigue de 1691 à 1693, revenu en Europe en 1698, mort à Londres en 1755, a publié en. 1708, à Londres, in-i2. Les voyages et aven- tures de François Léguât et de ses compagnons , etc. Il y donne des figures de quelques animaux, mais faites, à ce qu'il parait, de mémoire. 3. Jean-Baptiste Labat, dominicain, né à Paris en i663, mis- sionnaire à la Martinique en 1G94; revenu en Europe en 1706, mort à Paris en 1738, a donné quatre ouvrages qui intéressent à quelques égards l'histoire naturelle : 1." ISomeau voyage aux îles Antilles; Paris , 1722 , 6 vol. in-12 : il v en a des éditions de La Haje, 1724 et 1758; de Paris, 1738 et 1742, et des traduc- tions en allemand et en hollandais. 2." Nomelle relation de Fylfri- que occidentale , d'après les Mémoires de Bruej Paris, 1728. 5 vol. in-12 5 réimprimé en 1732 et 1768. 3." Voyage du chemlier Des HISTOIRE DE LICHTYOLOGIE. 85 brun\ les Paul Lucas % les Kolhe^, qui n'é- taient point naturalistes , et n'ont donne sur les poissons que des figures en petit nombre, peu exactes, et des articles le plus souvent mêlés de contes populaires. Mais nous ne pouvons pas traiter aussi lé- gèrement deux recueils de poissons, faits dans les colonies hollandaises des Indes orientales, Marchais en Guinée et à Cayenne, fait en 1725 — ^727; Paris, 1730, 4 vol. ia-12 ; réimprimé en 1731 à Amsterdam. 4-° Rela- tion historique de l'Ethiopie occidentale (Congo, etc.), traduite en partie de l'italien du capucin Cavazzi; Paris, 1752, 5 vol. in-12, 1. Corneille Lebrun, peintre hollandais, auteur de deux vovages où il a donné quelques objets d'histoire naturelle, et notamment quelques poissons : Voyage au Lemnt , en Egypte , en Syrie , etc.; Amsterdam, 1714, 1 vol. in-folio. Voyage , par la Moscoi'ie , en Perse et aux Indes orientales; Amsterdam, 1718, 2 vol. in- folio. 2, Paul Lucas, né à Rouen en i664, mort en 1737, a fait de nombreux vojages dans le Levant , et a donné des relations de trois, sous ces titres : Voyage au Lemnt; Paris, 1 704, 2 vol. in-12. Voyage dans la Grèce , l'jlsie mineure , la Macédoine et l'Afrique ; Paris, 1710, 2 vol. Voyage dans la Turquie, l'Jsie, la Sourie , la Palestine, la haute et la basse Egypte; Paris, 1719,3 vol. Ces ouvrages ont été souvent réimprimés. On j trouve des poissons du Nil. 3. Pierre Kolbe, né en 1675 à Wunsiedel , dans le pajs de Bareuth, envojé au Cap en 1704, revenu en Europe en 1712 , mort en 1726, a publié en 1719, en allemand, une relation de son vojage , Nuremberg, 3 vol. in-folio, qui a reparu en alle- mand en deux volumes, Amsterdam, 1727 : on en a une traduc- tion française fort abrégée; Amsterdam, 1741? 3 vol. in-12. Il parle de quelques poissons, mais mal observés. Les figures parais» sent avoir été faites en Europe après son retour. 86 LIVRE PREMIER. et qui ont servi de matériaux aux publications de Rujschj, de Valent jn et de Renai-d, Le premier ayait été exécuté pour Corneille de Vlamin^\ par un artiste qui n'est pas nom- mé. Il a servi d'original à la première partie des poissons des Indes de Renard^. Le second, ouvraj^e d'un nommé Samuel Fallours , et moins conforme à la nature , est gravé dans la deuxième partie de Renard , dont le recueil n'a paru qu'en \ 754 , quoiqu'il fut préparé plus 1. Corneille De Vlaming avait été maître d'équipage de la Compagnie hollandaise des Indes an Bengale, et ramena comme amiral la flotte de 1715. Son recueil original est aujourd'hui conservé au Muséum d'histoire naturelle ; il est intitulé : Zee~ Tooneel, et il j est dit qu'il a été dessiné d'après nature par l'ordre et sous l'inspection de Vlaming. 2. Poissons , écrevisses et crabes de diverses couleurs et figures extraordinaires , que l'on trouçe autour des Moluques et sur les côtes des terres australes, etc.; Amsterdam, 1764, in-folio. Louis Renard , agent du roi d'Angleterre à Amsterdam , avait préparé sa publication dès 1718 ou 1720; mais sa mort en retarda long-temps l'émission définitive, qui n'eut lieu qu'en 1754, par îes soins de Vosmaer. Renard donne un certificat de Frédéric- Jules Co^yett, portant que les dessins de cette première partie ont été faits dans la maison de son père, Balthasar Co\£tt , gouver- neur d'Amboine. Cette assertion ne peut se concilier avec ce qui est dit sur le titre du recueil de Vlaming qu'en supposant qu'il en fût fait deux exemplaires, l'un pour Vlaming, l'autre pour Cojett. 3. Samuel F Xhtouns , consolateur des malades à Amboine, re- venu aussi en 1715, se reconnaît l'auteur de cette seconde collec- tion dans une lettre, publiée également par Renard, en tète do ses Poissons des Indes. HISTOIRE DE l'iCHTYOLOGIE. 87 de trente ans auparavant; mais dès 1718 ils étaient mêlés l'un et l'autre dans la publica- tion faite par Rujsch, en tête de la troisième édition de Jonston, sous le titre commun de Theatrum aninialium '; et, en \ 736, Valentyn avait emprunté des figures à tous les deux , et leur en avait joint un certain nombre d'au- tres dans le troisième volume de sa grande Histoire des Indes orientales. " Les descriptions de Puiysch et de Yalentyn sont faites d'après les figures, et les histoires fpi'y ajoute ce dernier paraissent fort suspectes, 1. Ruysch attribue ses figures, qui sont manifestement les mêmes que celles des deux parties de Renard , à une seule et même personne : Quœ , ibi, dit-il, conciones ad populum habebat , et cœteras res quœ pertinent ad religionem per oliquot annos cura- bat; désignation qui semble se rapporter à Fallours; ce qui me fait croire que l'exemplaire acquis par les Wefstein, et publié par Rujsch , était une copie faite par Fallours, non-seulement de ses propres dessins, qui remplissent la seconde partie de Renard, mais encore de ceux qui avaient été faits auparavant, soit pour Coyett, soit pour Vlaming : ceux-ci sont de beaucoup meilleurs que les siens. ^. François Valentyn, ministre protestant à Amboine , né à Dort eu i66o, fit un premier séjour dans l'archipel des Indes de i685 à 169/î, et un autre de 1706 à lyi/j. Il est auteur d'un grand ouvrage hollandais, en cinq volumes ia-fo!io, imprimé à Dort et à Rotterdam, de 172^ à 1726, et intitulé : L'Inde orien- tale ancienne et nouvelle. C'est dans le troisième volume, qui traite d'Amboine , qu'il a donné beaucoup de choses sur l'his- toire naturelle, mais souvent hasardées, et rédigées comme pou- vait le faire un homme entièrement étranger à cette science. 88 LIVRE PREMIER. mais les figures elles-mêmes, surtout celles de la première partie, ne sont point imaginaires, comme on l'a cru pendant long -temps : Pallas a déjà soutenu , et avec raison , qu'elles sont pour la plupart faites d'après nature , et cliacpie jour, en effet, il nous arrive, en preuve de la bonne foi des dessinateurs, cpielqu'une des es» pèces qui y sont représentées. 11 est vrai que, suivant que l'artiste a été plus ou moins habile ou scrupuleux , la nature y est plus ou moins bien rendue, et presque jamais les caractères délicats n'y sont exprimés avec précision; il n'y a surtout jamais été donné d'attention aux nombres des ra) ons : toutelbis, malgré leurs défauts , ces recueils sont encore indispensables , soit pour donner l'idée des cou- leurs naturelles des espèces connues, soit pour faire reconnaître les espèces nouvelles que les voyageurs nous apportent journellement de ces mers si fécondes. Le nombre de ces figures est dans Renard de quatre cent cinquante-neuf, dans \ alentyn de cinq cent vingt-sept, dans Riiyscb de trois cent quatre-A ingt-seize ; mais il y a beaucoup de répétitions, et il faut en retranclier un assez grand nomljre de crustacés. On peut ra|)procber de ces dessins faits aux Indes , les dilïérens recueils de peintures ou HISTOIRE DE l'iCHTYOLOGIE. 89 de gravures venus de la Chine ou du Japon , et on peut même les leur préférer; car ils éga- lent souvent , pour l'exactitude du trait , nos meilleurs ouvrages européens. Parmi les gi-avures on doit citer surtout XEncjclopédie japonaise, et un volume par- ticulier sur les poissons, fait aussi au Japon, et qui se trouve dans quelques bibliothèques ^ ; les espèces y sont très-reconnaissables, et il n'est pas douteux que ces livres ne puissent fournir quelques notions sur l'ichtyologie de ces ré- gions peu fréquentées. Les recueils de peintures offrent des figures encore meilleures; mais ils sont bien plus rares. " 1. U Encyclopédie japonaise est à la bibliothèque du Roi, en nombreux petits volumes in-4.° : la partie consacrée aux poissons en contient soixante-dix-neuf espèces. L'autre ouvrage est dans celle du Muséum d'histoire naturelle et dans celle de feu Joseph Banks. M. de Lacépède l'a cité sous le litre inexact de Manuscrit chinois. C'est un imprimé petit in-folio, contenant beaucoup de figures d'animaux aquatiques, dont quatre-vingt-trois de poissons, gra- vées sur bois et coloriées, en grande partie semblables à celles de l'Encjclopédie. M. Abel Rémuzat a bien voulu nous déchiffrer quelques articles de ces livres ; nous avons cru pouvoir en citer hardiment les figures, celles des espèces connues nous ajant appris à apprécier la fidélité des autres. 2. Nous avons consulté plusieurs de ces recueils, entre autres un très-beau , qui est à la bibliothèque du Muséum d'histoire naturelle, et dont M. de Lacépède a aussi fait usage. Il contient cinquante- quatre feuilles in-folio transverse, supérieurement peintes. M. Dussumier nous en a communiqué plus récenmieut un autre, où il s'en trouve encore de plus soignées au nombre de 90 LIVRE PREMIER. Kœmpfer^ a fait graver quelques-uns de ces poissons dans son Histoire du Japon, et y a ajouté quelques détails tirés de livres japo- nais , et la comparaison des espèces avec celles que les Hollandais prenaient de son temps aux Moluques. Cette partie de son travail a été copiée par Charlevoix.^ Nous devons faire remarquer cependant que tous ces documens cliinois et japonais, secs et mêlés de fables, sont a peu près inutiles quant aux textes; on ne peut tirer parti que des figures, vingt-quatre. M. le duc de Rivoli en possède un superbe, rapporté du Japon par feu Titsingk , et où les noms japonais sont ajoutés en caractères européens : il a bien voulu nous permettre d'en pren- dre connaissance. Le nombre des poissons y est de trente-un. 1. Engelbert K^mpfer, né à Lemgow, dans le comté de la Lippe, en i65i, vojagea en Perse en i684, s'embarqua en 1688 sur une flotte hollandaise qui croisait dans le golfe Persique, arriva en 1689 à Batavia , et se rendit de là au Japon , en repartit vers la fin de 1691, revint deux ans après en Europe, et mourut en 1716 médecin du comte de la Lippe. Il publia en 1712 ses Amœnitates exoiicœ, en cinq livres, et laissa en manuscrit et en allemand son Histoire naturelle civile et ecclésiastique duJayon, qui fut acquise par Hans Sloane, traduite en anglais par Scheuchzer, et imprimée à Londres en 1727. Il v en a une traduction française, La Haye, 1729, 2 vol. in-folio. Les planches XII — XIV représentent des animaux aquatiques, parmi lesquels sont douze espèces de pois- sons. 2. Pierre-François-Xaoier de Charlevoix , jésuite, né à Saint- Quentin en 1682, mort à La Flèche en 1761. Dans son Histoire du Japon, Paris, 1736, 2 vol. in-/i.", il copie Ka'mpfer, et ne le nomme que lorsqu'il le réfulc. C'est à la fin du second volume, dans un supplément, qu'il place l'article sur les poissons. HISTOIRE DE l'iCHTYOLOGIE, 91 les artistes étant de beaucoup supérieurs aux écrivains. Mais un voyageur de l'épocpie dont nous par- lons, qui avait travaillé en vrai naturaliste, et à qui l'ichtyologie aurait été éminemment rede- vable, si son ouvrage avait pu voir le jour de son vivant; ce fut le i^ere Plwnier^. Sa réputation comme botaniste d'un ordre supérieur, est faite depuis long-temps; mais il n'était pas moins bon zoologiste, et, sur les poissons en particu- lier, il avait fait, soit en Provence, sa patrie, soit aux Antilles, une suite nombreuse de des- sins remarquables par leur finesse et par leur exactitude , et dont on peut dire qu'il ne leur manque presque que d'avoir rendu correctement les nombres des rayons , et d'avoir exprimé les 1. Charles Plumier, né à Marseille en i646, minime en 1662, instruit en Italie par Boccone, ami de Toiunefort et deGaridel, fit im premier vojage à la Martinique en 1688 et 1689, et y re- tourna deux autres fois avec des missions du gouvernement : il visita aussi les îles voisines et même le continent. Il mourut en 1-704 au port Sainte-Marie, près de Cadix, lorsqu'il était au moment de partir pour le Pérou. Outre ses Plantes d'Amérique (Paris, 1696; in-folio), ses Nouveaux genres (Paris, lyoS, in-4.°), ses Fougères (Paris, lyoS, in-folio) et les Fascicules publiés par Burman, à Amsterdam, de inSS à 1760, il a laissé une grande quantité de manuscrits, qui étaient restés à la bibliothèque des minimes de la place Rojale, et qui sont déposés aujourd'hui à la bibliothèque du Roi et à celle du Muséum d'histoire naturelle. On peut en voir la notice par M. Duvau dans la Biographie uni- verselle, t. XXXV; p. 95. 92 LIVRE PREMIER. dentelures des pièces opei culaires dans quelques espèces où l'épiderme les masque pendant que l'animal est frais. ^ Malheureusement Fauteur, peu considéré des moines ignorans " chez lesquels il était revenu, mourut avant d'avoir puhlié cette partie de ses recherches; ses manuscrits demeurèrent négligés dans son couvent^, et il n'en parut que quelques extraits dans le voyage de FeuiUée ^, et dans les journaux d'un nommé Gauthier Dagotj^j qui 1. Les dessins de poissons se trouvent aujourd'hui à la biblio- thèque du Roi , au dépôt des estampes , reliés en trois volumes de grandeur différente, intitulés, l'un, Poissons, oiseaux, lézards et insectes, qui contient cent cinquante-sept poissons; le second. Poissons d'Amérique, qui en renferme cent; le troisième, Pois- sons et coquilles , qui en contient quatre-vingts : mais plusieurs sont répétés, et il j en a beaucoup de nos eaux de France. On voit encore à la plupart les trous qui ont servi à poncer les des- sins, sans doute pour la copie dont Bloch s'est ser\i. 2. C'est une chose digne d'être remarquée que le ton méprisant dont Labat parle d'un honune qui lui était à tous égards si supé- rieur, Voyage aux îles de V Amérique , I, 287, et ailleurs. 3. M. de Jussieu m'a assuré qu'ils servaient de tabourets aux moines pour s'asseoir près du feu. 4. Louis FeuillÉe, minime, né à Mane, près Forcalquier, en 1660, voyagea comme astronome au Levant en 1699 , aux Antilles et à la Nouvelle-Espagne en 1705, au Pérou et au Chili de 1708 à 1711 : il mourut en 1732. Dans son Journal d'obsenations de physique, etc., Paris, 1714, 2 vol. in-4.% et la suite en un volume, 1728, il a inséré beaucoup de choses pillées dans les papiers de Plumier, son confrère d'ordre; mais il n'j a pris que peu d'articles sur les poissons. 5. Jacques-Gauthier Dagoty, peintre, auteur de nombreux ou- HISTOIRE DE l'iCHTYOLOGIE. 93 était hors d'état de les apprécier. Ce ne fut qu'à la lin du dix-huitième siècle cpi'une copie , pré- parée par l'auteur lui-même, tomha dans les mains de Bloch ^, qui en inséra les figures dans son grand ouvrage; mais quelque-fois avec des altérations semhlables à celles qu'il a fait éprou- ver aux figures du prince Maurice. ^ Une autre copie , faite pour la grande collec- tion desYélins, ^ax Aiihiiet , le célèbre peintre de Tournefort, copie peu exacte et trop chargée vrages ornés de planches en couleur, exécutées par un procédé qui lui était propre. Il a inséré plusieurs dessins de Plumier dans sesObsenations sur la plijsique, l'histoire naturelle et la peinture, de 1752 à 1755, 6 vol. Son fils les a continuées avec Toussaint en 1756 et lySy, 3 vol. Le Journal de physique de Rozier et de La Métherle est lui-même une continuation de celui-là. 1. Bloch rend compte de' ce manuscrit dans la préface de la sixième partie de sa grande Ichtyologie. Il paraît qu'il avait été préparé par Plumier lui-même, dans l'espérance de le faire im- primer en Hollande. Un Français, au service de Prusse, le porta à Berlin, et il fut vendu dans un encan. Son titre était Zoographia americann , pisces et volaiilia continens , auctore R. P. C. Plumier. Il se composait de cent soixante-neuf pages in-folio, mais conte- nait beaucoup d'autres choses que des poissons , en sorte que Bloch n'en a tiré que trente-quatre figures pour son grand ouvrage, et trois pour son système posthume. On ne sait ce qu'il est devenu à la vente des livres de Bloch. 2. Par exemple, il a changé volontairement la forme de la tète du poisson appelé vive à la Martinique, et qui est un malacanihe , pour en faire une coryphène : c'est son CoryphœnaPlumieri, pi. 1 76. Voyez Bloch, édit. de Schn., p. 299. M. de Lacépède en donne la vraie figure, telle qu'elle était dans Plumier, t. I, pi. 8, fig, 1 , mais en le laissant toujours parmi les coryphènes, sur l'autorité de Bloch. 94 LIVRE PREMIER. en couleur, a été en partie gravée dans l'histoire des poissons de M. de Lacépède * ; mais ce dernier n'ayant pas toujours reconnu que ces figures étaient primitivement les mêmes que celles qui avaient déjà paru dans l'ouvrage de Bloclî, il en est résulté plusieurs doubles em- plois; la même figure a donné lieu quelquefois non-seulement à établir une espèce , mais un genre imaginaire.* Cette incurie des éditeurs de Plumier ne doit rien faire perdre au respectable et laborieux ob- servateur de l'estime qui lui était due ; encore à présent on ne connaît quelques espèces que par lui, et ses manuscrits nous ont prouvé que la plupart des erreurs , glissées dans les publica- tions que l'on en a faites, lui étaient étrangères. Ce ne fut que vers le premier tiers du dix- 1. Il paraît *i\vCyîuhriet , qui était payé à tant la feuille pour continuer la grande collection, commencée dès i64o pour Gaston d'Orléans, frère de Louis XIII, déposée aujourd'hui au Muséum d'histoire naturelle, prenait des originaux où il pouvait, et qu'il avait eu connaissance des dessins de Plumier, mais qu'il avait enluminé ses copies seulement d'après les descriptions , ou même d'après son imagination : rien ne prouve qu'il ait travaillé sous l'inspection de l'auteur primitif. M. de Lacépède a fait graver trente-sept de ces figures d'Aubriel. 2. Par exemple, le harpe bleu doré, t. IV, pi. 8, fig. 2, de Lacépède, est le même que le sparus falcatus , Bl., pi. 2 58; le chéilodipûre chrysoptère , t. III, pi. 33, fîg. i , le même que le sciœna Pîumieri, Bl., pi. 3oC, etc. HISTOIRE DE L ICHTYOLOGIE. 95 huitième siècle que parut l'ouvrage destiné à donner enfin à l'histoire naturelle des poissons une forme Araiment scientifique, en complétant ce que Willughby et Piay avaient commencé ; nous voulons parler de l'ichtyologie du Suédois Pierre Artedi. ^ Passionné dès son enfance pour l'étude des poissons , et né avec un vrai génie pour la méthode, ce naturaliste s'aperçut promptement que Willughby seul avait bien décrit cette classe d'animaux; mais il remarqua en même temps que l'ichtyologiste anglais n'avait pas entière- ment atteint son but, faute d'avoir bien déter- miné ses genres, de les avoir désignés par des noms fixes et convenables , et d'avoir assigné à ses espèces des caractères abrégés et compara- bles, pris dans leur conformation. Il travailla dès-lors sans relâche à remplir cette lacune de la science. Après avoir donné, 1. Pierre Artedi naquit dans la paroisse d'Anunds, en Anger- manie, en 1705, d'un pasteur. Destiné à l'église, on le mit en 1716 au collège d'Hernœsand , et en 172^ à l'université d'Upsal , où le goût de l'alchimie le détermina à embrasser la médecine. C'est là que Linnseus fit sa connaissance en 1 728, et se lia à lui de l'ami- tié la plus tendre. Artedi partit pour Londres en 1734, et vint en 1735 retrouvera Leyde son ami Linnaeus, qui le présenta à Seba comme l'homme le plus capable de rédiger la partie des poissons dans la grande Description de son cabinet. Artedi se noja dans un des canaux d'Amsterdam, le 5 Septembre de cette année, à l'âge de trente ans. 96 LIVRE PREMIER. dans sa Bihliotheca ichtjolo^ica , une liste des auteurs qui avaient traité avant lui des poissons, il analysa, dans sa Philosophia , toutes les parties intérieures et extérieures de ces animaux , créa une terminologie précise pour les différentes formes dont ces parties sont susceptibles, se traça des règles pour la nomen- clature des genres et des espèces, et subdivisa enfin la classe plus exactement rpie Willugbby. Ses ordres sont fondés uniquement sur la con- sistance du squelette , les opercules des bran- cbies et la nature des rayons des nageoires , sans égard au séjour ni a rien d'étranger à la conformation ; il les nomme acanthoptérygiens, malacoptérygiens , brancliiostèges et cliondrop- térygiens. iNous ne parlons pas ici de ses pla- giures, qui sont les cétacés. L'ordre des bran- cliiostèges, mal défini et mal composé, ne peut subsister; mais les trois autres sont naturels, et rien de ce qu'on a essayé de faire depuis n'a pu les remplacer. Dans ses Gênera pisciuni il fixa pour chaque genre un nom substantif invariable, et des ca- ractères positifs et tranchés, fondés en général sur le nombre des rayons de la membrane des ouïes, dont il remarqua le premier l'importance; sur 11 position relalive des nageoires, sur leur nombre, sur les parties de la bouche oii il se HISTOIRE DE L ICHTYOLOGIE. 97 trouve des dents , sur la conformation des écailles , et même sur des parties internes telles que l'estomac et les appendices du cœcum. Ces genres, au nombre de cpiarante-cinq ', sont si bien constitues , qu'ils ont presque tous dû être conservés , et que les subdivisions que le nombre toujours croissant des espèces a obligé d'y introduire, ont très -rarement été telles qu'il ait fallu les éloigner les unes des autres. Treize autres genres^ sont indiqués plutôt 1. Genres d'Artedi : I. Malacoptérygiens. Anathichas. Syngnathus. Murœna. Cohilis. Ophidium. Cjprinus. yinahleps. Clupea. Gjmnotus. Al gentina. II. AcawthoptÉrycieks. Exocœlus. Blennius. Coregonus. Gohius. Osmerus. Xiphias. Salmo. Scomher, Esox. Mugil. Echeneis. Labrus. Coryphœna. Sparus. Ammodyfes. Sciœna. Pleuronectes. Perça. Stromateu9. Trachiiius. Gadtts. Trigla. 2. Genres indiqués dans les supplémens : 1.° Dans le supplément des Gênera: Tœnia (lescépoles); Sllu- riis; Mustela [hUnn. vu'iparus) , phjcis ; Sphyrœna. 2." Dans le supplément du Synonymia : Cicla (des labres); Hepatus; Capriscus (baliste); Pholis; Citharus ; Atherina; Lipa- ris; Cheîon (des muges). 1. 1 Scorpœna. CotLiis. Zeus. Chwtodon. Gasterosteus. III. Bp.anchiostèces. Balistes. Ostracion. Cfclopterus. Zophius. IV. CHOIVDROPTÉRYGIE^S. Petromyzon. Acipenser. Squalus. Raia. 98 LIVRE PREMIER. qu'établis dans l'appendice de cette partie et de la suivante , et , sur ces treize , Linna^us en a pris trois , et quelques autres ont été repris par ses successeurs. Sous chaque genre se trouve aussi une liste des espèces assez bien connues pour que l'auteur ait cru pouvoir les classer avec leurs définitions et des descriptions abrégées. Dans sa Sjnonjmia pisciiun sont rangés sous chaque espèce, avec une grande érudition, tous les articles des auteurs précédens oîi il en est question, les figures où elle est représentée, et les noms qui lui ont été donnés; Artedi y place même les noms grecs et latins, mais plutôt d'après les idées de Rondelet que d'après ses propres recherches. Il admet, dans sa liste, deux cent soixante-quatorze espèces de poissons pro- prement dits , rejetant tous ceux dont l'existence ou les caractères ne lui paraissent pas assez éta- blis; dans l'appendice il en ajoute dix-sept autres comme appartenant aux genres qui y sont in- diqués; enfin, dans ses Species , il décrit les es- pèces qu'il a pu a oir par lui-même, au nombre de soixante-douze , d'apiès sa terminologie , avec autant de détail que de clarté. Rien d'approchant n'existait encore en ich- tyologie, et bien qu' Artedi ait certainement eu sans cesse Willughby sous les yeux , en coinpo- HISTOIRE DE LICHTYOLOGIE. 99 sant son livre , il n'est pas moins vrai qn'il lit faire à la science nn pas prodigieux, et qu'il surpassa infiniment son dcA ancier. L'auteur n'eut pas le bonlieur de publier lui-même son ouvrage; mais il trouva un édi- teur digne de lui dans son ami de jeunesse, le célèbre Linnaeus , qui racheta ses manuscrits des mains de son bote , et consacra près d'une année de son temps à les revoir, à les compléter, et à les disposer pour l'impression. Il les fit paraître à Leyde en 1758; mais, dès 1735, il s'en était servi, pour la partie des poissons, dans la premièie édition de son Sjsteina naturœ, celle qui parut à Leyde cette année-là en trois grands tableaux d'une feuille chacun. Linnœiis^ , qui lui-même devint dans la suite 1. Peut-être n'est-il pas nécessaire de s'étendre sur la vie si con- nue deLinnœus, de ce grand réformateur de la nomenclature, de ce naturaliste qui a exercé sur son siècle l'influence la pluî incon- testée, et dont le langage se parle dans toutes les contrées où l'his- toire de la nature est cultivée : nous nous bornerons à en placer les principales dates, pour soulager la mémoire de nos lecteurs. Charles L\^^M.vs naquit à Rœshult, en Smaland, le 24 Mai 1707. Envojé au collège deVexiœ en 1717, passé à l'université deLund en 1727, et l'année suivante à Upsal, il eut à braver toutes les privations jusqu'en 1728, que Olaus Celsius et Olaus Rudbeck l'employèrent dans leurs travaux. C'est chez Rudbeck qu'il jeta les premières bases de sa Philosophie botanique. En 1732 il fit son vojage de Laponie, s'établit ensuite momentanément à Fahlun, et se rendit en Hollande, où il soigna pendant quelque temps les jardins d'un riche négociant, nommé Clifïbrt. C'est dans cette \ 00 LIVRE PREMIER. une si grande autorité en ichtyologie, n'osa pas d'abord s'écarter des Iraces d'un ami (;ui, dans cette science, avait été son maître; mais, dès sa deuxième édiûon, il eut le très-grand mérite de donner les nombres des rayons des nageoires de chaque espèce. Cette attention , imitée par ses successeurs, a produit des avantages inap- préciables pour richtjologie, non pas précisé- ment pour la détermination des espèces, mais pour faire reconnaître les genres et sous-genres naturels auxquels chaqne espèce doit être rap- portée. C'est souvent le seul guide qui puisse nous conduire dans un si grand nombre de descriptions confuses et incomplètes dont les livres sont remplis. position qu'il publia ses ouvrages iiilitulés : FundameTita lotnnica, Bibliotheca boiarnca , Melhodus sexualis , Musa Cliffortiana , Cri- iica botanica. Gênera jlantdrum , Flora laponica, Hor/us Clifforiia- nus , Classes planiarurn , et surtout, pour ce qui nous intéresse en ce moment, son Systema naiurœ ç.\\ 1705, et l'Iolityologie d'ArtecU en 1708. Chargé en 1708, par la protection du comte de Tessin et du baion Charles de Ccer, d'enseigner la botanique à Stockholm, il j publia le Muséum Tessininnum , le Muséum Adolplii Fredcrici et le Muséum IJlricœ reginœ. Il fut nommé en 1741 professeur à Upsal , et exerça celle charge jusqu'à sa mort, arrivée en 1778. C'est là qu'il fît paiailre sa Philosof Ma bolanica en i 76 1, ses Species plan- tarum en 1753, ses Maniissa jlnniarum en 1767 et 1771 , les dis- sertations nombreuses qui remplissent les dix vohnnes de ses Amœrtitaies ocademicœ , cl les quatre dernières éditions oiigi- nalcs de son Systema naiurœ. En 1773 sa mémoire avait déjà faibli, et deux attaques d'apoplexie, en 1774 et en 1777, avaient fort altéré sa santé. 101 Dans sa sixième édition ' Linnaeus ajouta seulement deux genres à eeux d'Aitedi, les as- prèdes et les calli dites, qu'il supprima par la suite. La neuvième, réimprimée à Leyde par les soins de Gronovius% ne reçut que les nou- 1. Les éditions originales du Systcma naturœ se lédnisent à six. La première, de Lejde, lySS; la deuxième, de 17^0 : la sixième, de 174^; la huitième de 1765 : toutes les trois en un volume. La dixième, de 1768, en trois volumes; et la douzième, de 1766, en quatre. Les cinq dernières sont toutes de Stockholm. La troisième, de Halle, 1740, est une copie de la première; la quatrième, de Paris, 1744? est mie copie de la deuxième, faite par les soins de Bernard de Jussieu, qui j ajouia les noms fran- çais. Il en est de même de la cinquième, de Halle, 1747? à laquelle on a joint les noms allemands. La septième, de Leipzig, 1748, et la neuvième, deLejde, 1756, sont prises de la sixième; mais dans la neuvième la partie des poissons est augmentée de plusieurs genres par l'éditeur Gronovius. La dixième a été réim- primée à Halle en 1760, et à Leipzig en 17G2: mais il faut que Linnœus n'ait pas connu la réimpression de Halle, puisqu'il ne compte celle de Leipzig que pour la onzième. La douzième a été réimprimée à Vienne sous le nom de treizième, en 1773, ce qui n'a pas empêché Gmelin de donner ce numéro de treizième à sa grande édition de 1788, qui est la dernière, mais qui elle-même a été réimprimée à Lvon en 1790 et années suivantes, "2. La famille de Gronovius, originaire de Hambourg, et établie à Lejde , a produit plusieurs érudils célèbres et deux naturalistes. — Jean- Frédéric, deuxième du nom, frère à^ Abraham éditeur d'Elien , a donné plusieurs dissertations sur les poissons, et sur- tout Pisces Belgii, dans les Mémoires d'Upsal pour 1741, et Pisces Belgii rariores , i'uid. , pour \ ■j^'i. Le même sujet est traité dans ses Animaliuin Belgii centuriœ V, in<;érées dans le cinquième volume des Aciu hehetica. II a décrit particulièrement le misgurn, Trans. ■phil. , t. XLIV ; le callionjme , Act. Ups. , i 74 1 ; le bécard , ibid. ; le maquereau et la perche, ibid., \.']l\l\. On lui doit la méthode 1 02 LIVRE PREMIER. veaux genres que cet éditeur venait d'établir dans son Muséum; les silures, les solénostames , de préparer les peaux de poissons en manière d'herbier, qu'il décrit dans les larcins, phll. , vol. XLII. — Laurent -Théodore , aussi le deuxième du nom, neveu du précédent, a publié un Muséum ichthyologicum, en deux cahiers in-folio, Lejde, 1764 et lySG, avec sept planches, où il décrit et représente plusieurs poissons nouveaux. Ils reparaissent avec d'autres dans le premier cahier de son Zoophjlatlum , imprimé en 1765; le deuxième, contenant les insectes, est de 1764, et le troisième, qui est consacré aux vers, n'a paru qu'après sa mort, en 1781. On trouve dans ces ouvrages l'indication de genres qu'Arledi n'avait pas faits, et dont quelques-uns ont été adoptés par Linnœus, et d'autres par ses successeurs. Son s^vstème dans le Muséum est le même que celui d'Artedi ; mais il range autrement quelques genres, et il en porte le nombre à cinquante-trois. MalacoptÉrygieks, Osmerus. Sjni^natkus. Salmo. Cohitis. Charax. Gadits. Uraiwscppus- yitherina. Plecostomus. Callichthjs. Gjmnolus. ACAKTH OPTER YGIEKS. Poljnemus. Blenahis. Scomber, Mjstus. Mugit. Lnlius. Sparus. Sciœna. Hotocentrus. Dans le Zoophylaciurn , au contraire, il abandonne la division d'après les épines, et diAise d'après la position des ventrales. Il transporte plusieurs poissons ordinaires dans les branchiosté|fes , Cyprimis. Ctupea. j4rgentina. Siturus. Asprcdo. Exocœtus. Esox. Solenostomus. Anahleps. Echeneis. Ammodytes. Pleuronectes. Anarliichas. Murœna. Gjmnogaster. Coregonus. Perça. Tracfiinus. Trigta. Scorpœna. Cottus. Zeus. ChcBtodon. Gasterosteus. Branchiostèges. Batistes. Ostracion. Cjctopterus. Loptiius. Chondroptérygiens. Calloihjnchus. .Acipenser. S/jualus, Raia. Pelromyzon. HISTOIRE DE LICHTYOLOGIE. ^ 05 les gymnogastres , les cbarax, les uranoscopes , les atliéi ines , les plécostomes , les polynèmes , comme on peut le voir au tableau ci-joint. Le nombre des genres y est de soixante-dix-huit. Chowdropterygii , Pinnis vciitraliljus prœscnt., Acipenser. Callorhjnchus. Squalus. Raia. Pinnis ventralibus null., Petromyzon. Branchiostegi , Pinnis ventralibus null., Murœna. Qymnotus. Syngnathus. Ostracion. Pinnis ventralibus spuriis, Batistes. Cyclopterus. Cjclogaster. Pinnis ventralibus veris, Gonorhynchus. Cobitis. XJranoscopus. Lophius- Branchiales, Pinnse ventr. sub pectoralibus, Pinnâ dorsi solitaria, Sciœna. Cfnœdus. Sparus. Holocentrus'. Coracinus. Scarus. Chœtodon. Labrus. Callyodon. Pleuronectes. Echeneis. Blennius. Encheliopus. Pholis. Pinnis dors, una pluribus, Cottus. j4mia. Trachinus. Gobius. Eleotris. Trigla. Mallus. Perça. Scomber. Zeus. Gadus. Dans ces quatre der- niers genres il y a des espèces à une et à trois dorsales. Pinn. ventr. inter pinn. pector. et anal. , Pinna dorsi solitaria, Clarias. Silurus. Aspi edo- Albula. Crprimis. Clupea. Argentina. Sjnodus. Hepalus. Erjthrinus. Vmlra. Cataphractus. Exocœtus. Anableps. Esox. Solenostomus. Belone. Pinnis dorsal. 2, posteriore spuria, auipc Salmo. Anostomus. Charax. Mystus. 404 LIVRE PREMIER. les mystes , les holocentres , les callorhynques , et encore la plus grande partie de ces nouveaux genres avait-elle été indiquée dans les supplé- mens d'Artedi, ou dans le manuscrit du troi- sième volume de Se])a , préparé par Artedi et dont Gronovius avait eu connaissance. Ce ne fut que dans sa dixième édition, pu- bliée en 1 758 , que Linnaeus , se fiant à ses propres forces , créa une méthode iclity ologique nouvelle , divisa quelques genres , en réunit d'autres , donna aux espèces des noms triviaux et des phrases caractéristiques , et en ajouta plusieurs à celles qn'Artedi avait admises comme sulïisamment constatées. Le plus convenable des changemens dans la distribution générale fut d'éloigner les cétacés des autres poissons , avec lesquels ils étaient demeurés dès le temps des anciens. Déjà Aris- tote avait fait remarquer qu'ils ont le sang chaud ; qu'ils respirent par des poumons ; qu'ils font des petits vivans; qu'ils les allai- tent ; enfin que toute leur conformation inté- Pinn. dors, du.ib. vadiatis, Ophidion. Callichtj's. Mnsiacembelus. Plecostomus. uimmodrtes. Centriseus. Gasterosteus. Mugil. Channa. Polynemus. Casteiopelecus. yitherina. Xiphias. Pinnis ventralibus vnris nullis, Lepiocephalus. ^naihichas. G^mnogaster- HISTOIRE DE L ICHTYOLOGIE. i OS Heure est celle d'un quadrupède vivipare. Ray , Artedi , avaient rappelé ces caractères , et ce- pendant ils avaient continué de ranger les cé- tacés avec les poissons. Brisson ^ , le premier , les en sépara, et en fit une classe à part, qu'il plaça immédiatement après celle des quadru- pèdes vivipares ; Linnœus les y réunit , et forma de leur réunion sa classe des mammifères. Il ne fut pas si heureux en transportant les poissons cliondroptérygiens d' Artedi parmi les reptiles , sous le titre à^An^hihia nantes. On ne comprend même pas comment il put leur supposer des poumons, surtout lorsqu'il y lais- sait l'esturgeon et qu'il y ajoutait la baudroie, qu' Artedi avait mise dans ses branclnostèges. Linnaeus porta cette contravention à l'ordre naturel beaucoup plus loin , dans sa douzième édition, lorsqu'il joignit à ces Amphihia nantes le reste des brancbiostèges d'Artedi , c'est -a- dire les coffres, les tétrodons, et jusqu'aux syn- 1. Mathurin Brisson, né à Fontenaj-le-Comte en 172.3, aide de Réaumur pour l'arrangement de ses cabinets, ensuite membre de l'académie des sciences et professeur de physique au coilége de Navarre, mort à Paris en 1806, avait commencé une zoologie générale, sous le titre de Règne animal , divisé en neuf classes; Paris, 175G, 1 vol. in-^." Ce premier volume, qui contient les quadrupèdes et les cétacés, fut suivi d'une ornithologie en s!x volumes in-4-", 1760; mais Brisson abandonna l'histoire naturelle après la mort de Réaumur, et sur la fin de sa vie il n'avait con- servé nul souvenir qui se rapportât à ses premiers ouvrages. 106 LIVRE PREMIER. gnatlies , qu'Artedi rangeait dans ses malacop- tërygiens. Ce ne fut pas , à mon gré , une innovation meilleure, quoiqu'elle ait été conservée beau- coup plus long-temps , que d'avoir supprimé la division des poissons ordinaires, reçue des le temps de Willugliby, en acanthoptérygiens et en malacoptérygiens , pour la remplacer par une distribution fondée sur la présence ou l'ab- sence des nageoires ventrales , et sur leur posi- tion relativement aux pectorales. Rien ne rompt davantage les vrais rapports des genres que ces ordres des apodes , des jugulaires , des tbo- raciques et des abdominaux; le xiphias, par exemple, s'éloigne des scombres; la spliyrJène, qui est presque une percbe, va se confondre parmi les brochets, etc. Linnaeus, dans cette édition , supprime quel- ques-uns des genres d'Artedi et de G r on o vins , nommément les holocentres , qu'il joint aux perches; les anableps, qu'il joint aux cobites; les corrégones, les osmères et les charax, qu'il joint aux saumons; les asprèdes, les callichtes et les mystes, qu'il joint aux silures : mais il en divise d'autres, séparant les tétrodons et les diodons des ostracions ; les callionymes des vives; les mulles des trigles : et il en ajoute d'entièrement nouveaux , les mormyres , les HISTOIRE DE l'iCHTYOLOGIE. 1 07 centrisques et les pégases ; en sorte que le total en est porte à cinquante-sept. De plus il change quelques-uns des noms de Gronovius : les plé- costomes de l'iclityologiste hollandais devien- nent des loricaires; ses solénostomes, des fistu- laires; ses gymnogastres, des trichiures, et ses callorhynques, des cliimères. Le nombre des espèces va à quatre cent qua- torze: les unes prises de quelques ouvrages imprimés depuis Artedi , tels qu'Edwards ', le deuxième volume de Catesby% l'Histoire natu- relle de la Jamaïque de Brown^, et surtout les Dissertations de Jean-Fréderic Gronovius et le Muséum de Laurent Théodore ; les autres ob- servées parLinnaeus lui-même dans ses voyages"^ et dans les cabinets^, ou qui lui avaient été 1. Vojez ci-dessus , p. 8i. 2. Ce volume n'a paru qu'en 1743. 3. Patrice Brown, médecin à la Jamaïque, dans son Histoire civile et naturelle de cette ile , imprimée en anglais in-folio, Londres, 1756, décrit quatre-vingt-treize poissons d'après l'ordre d'Artedi , et beaucoup mieux que n'avait fait Sloane. 4. Linnpeus avait fait comme naturaliste des vojages dans quel- ques provinces de Suède, et en a publié des relations, où il ne manque guère de décrire quelques poissons, tels sont celui d'OE- land, en 1741 ; de Gothland, en 1741 ; de Westrogothie, en 1746; de Scanie, en 1749' 5. Linnseus a décrit quelques collections qui contenaient des poissons en partie nouveaux. 1° En 1746, celle que le prince héréditaire yidolphe-Vréderic avait donnée à l'université d'UjJSal : Muséum principis , dans les Aménités académiques, t. I. 2.° En 1754 , celle que le même prince, devenu roi, avait rassemblée au 1 08 LIVRE PREMIER. procurées par les élèves* que déià il avait fait envoyer dans divers pays éloignés. Les plus zélés de cette époque , pour l'iclityrtlogie, fu- rent Hasselqiiist^ , Osheck^ et Lœjling.^ château d'Ulrichsdal : c'est un volume in-folio, intitulé : Muséum Adolphl Fredtrici; Stockholm, 1764 : il V a de belles figures de poissons, au nombre de trente-six, Une seconde partie, que Lin- n?eus cite aussi dans sa douzième édition, a été imprimée in-8.% et sans figures, en 1764. Le nombre des poissons qu'il y décrit est de quatre-vingt-treize. 3." La même année 1754» celle que Magnus Logerstrœm. , directeur de la Compagnie suédoise des Indes orientales, avait reçue de la Chine : Chinensia Lagerstrœ- miana, dans le t. IV. *■ des Aménités académiques. 1. Il a donné lui-même la liste de ces jeunes voyageurs anté- rieurs à sa dixième édition : TervsUœm , en Asie, 1745 : Knlm, en Pensjlvanie et au Canada, 1 747 ; Montin, en Laponie, 1 749 "■ Hnssel- quist, en Egypte et en Palestine, 1749; Toren, à Surate et au Mala- bar, 1 750 ; Osbeck, à Java et à Canton, 1 760; Lœfling, en Espagne et en Amérique, 1751 ; Kœhler, eu Italie, 1762 ; Rolander, à Surinam et à Saint-Eustache, 1765. Dans l'intérieur de la Suède, Bergius était allé en Laponie en 1752, et Solander en 1765. Presque tous lui envoyèrent les productions naturelles qu'ils purent recueillir. 2. Frédéric Hasselquist voyagea en Palestine et en Egjpte de 1749 à 1762 ; il mourut en Février de cette année. Son Vojage a été publié par les soins de Linngeus; Stockholm, 1757, in-8.° Par- mi beaucoup d'objets d'histoire naturelle, il j décrit trente- un poissons, et fort en détail. Il y en a une traduction allemande de 1762, et une française de 17G9 par Keralio, mais dont on a retranché la seule chose utile, Tliisloire naturelle. 3. PiVrre Osbeck était, ainsi que Toren, aumônier de vaisseau. Son Voyage en Chine, imprime en suédois à Stockholm , en 1757, in-8.", contient la description de seize poissons. Il y en a une traduction allemande par Georgii; Rostock, 1766. Osbeck a don- né aussi dans les Nova acta nahirœ cur'iosorum , t. IV, imprime en 1770, des Fragmenta ichfyohgiœ hlspanicœ. 4. Linnseus ne cite encore de Flcne Lœfling dans cette dixième HISTOIRE DE LICHTYOLOGIE. 4 09 La douzième édition , de 1 766 , fut enrichie de plusieurs autres espères et de bonnes citations tirées du Zoophylacium de Gronovius ^ , du troisième volinne de la Description du cabinet de Seha^, volume précieux par des figures de poissons étrangers , supérieures à toutes les pré- cé lentes, et dont le texte avait été préparé dès 1754 et 1755 par Artedi, quoiqu'il n'ait pu être livré au public qu'en 1758, aux frais et par les soins de Gduhius. Linnaeus profita au^.^i pour cette édition de l'iîi toire naturelle d'Alep àe RusseP, de l'iiis- cdition que des leUres mainiscrilos. Le voyage de ce naturaliste dans l'Aniéiique espagnole, fait en lySi, n'a été imprimé qu'en 17G8, à Slockliolm. Il v décrit neuf poissons. On en a une tra- duction allemande par Kœljiin; Berlin, 1776. 1. Le premier cahier du Zoophylacium , qui contient les pois- sons, avait paru en 1763. 2. Albert Seba, riche pharmacien d'Amsterdam, né en Ostfrise en i665, mort en 1736, avait rassemblé à grands frais un cabinet d'histoire naturelle très-considérable, dont une partie, achetée par Pierre le grand, a été portée à Pétersbourg, et dont le reste a été dispersé à la mort du propriétaire. Il l'a fait décrire et graver magnifiquement eu quatre volumes in-folio, format d'atlas; Ams- terdam, 1754, 1735, 1758 et 1765; les deux derniers posthumes. Le texte du troisième volume contient sur les poissons de très- bons articles d'Artedi , qui se distinguent avantageusement du resie de l'ouvrage. Il était demeuré en manuscrit long-temps après la mort de l'auteur et la dispeision de son cabinet; mais Grono- vius l'avait connu en cet état, et en avait fait usage dans son Muséum en 1764. 3. Alexandre Russel, médecin écossais établi à Alep, mort en Ï768, a publié en 1756, à Londres, in-4-"> en anglais, une i 1 LIVRE PREMIER. toire de quelques perches du Danube de Schœf- fer^y des premières descriptions de poissons du muséum de Pétersbourg , données par Kœl- reuter^ ; de celles qu'une société formée à Drontheim^ par les soins de l'évéque Gunnery commençait à faire paraître, et d'observations manuscrites , mais publiées depuis , faites sur l'espadon par Kœlpin y et même il recueillit quelques citations dans des livres plus anciens, Histoire naturelle d'Alep et de la contrée environnante , où il donne de bonnes figures de quelques poissons de l'Oronte. 1. Piscium Bavaro Ratisbonensium penlas; Ratisbonne, 1761, in-4.°, \>ar Jacques -Christian Sch>effer, né à Qiierfurt en 1718, pasteur à Ralisbonne en 1 74 1> mort en 1 790, le même qui a beau- coup écrit sur les insectes. Ce petit ouvrage, qui ne traite que de cinq espèces, est remarquable par son exactitude. 2. J. T. Kœlreuter, de Carlsruhe, le célèbre producteur des mulets végétaux, s'était aussi occupé des poissons. Il j a de lui deux mémoires dans les JSovi commentarii de Pétersbouig, t. VIII et IX, 1765 et 1764 , où il en décrit et représente fort exactement neuf espèces : t. XIV, 1770, il donne le narwaga , et t. XV, le la- varet; t. XVI et XVII, l'anatomie du sterlet; t. XVIII, le salmo albula ; t. XIX, la lote, etc. Il a continué ce travail jusque dans les Nova acta, t. XIII, pour 1791 , où il a mis un dernier mémoire sur le flet. 3. Les Mémoires de la société de Drontlieim, assez ricbes en objets d'histoire naturelle du Nord, ont commencé à paraître à Copenhague, en 1761 , 1 vol. in-12, en danois; le deuxième volume, de 1763; le troisième, de 1766, et le quatrième, de 1768, contiennent des articles importans sur des poissons. Le fondateur et le principal collaborateur fut Jean- Ernest GliNner, évèque de Drontheim , né en 1718, mort en 1775. llans Strœm, qui a aussi travaillé à ce recueil, a donné se* parement une description ph^ysique et économique du bailliage HISTOIRE DE LICHTYOLOGIE. 111 le Muséum de Gottorp cVOlearius^ et le Gazo- phjlacium de PetU'er'. 11 y inséra enfin quel- ques poissons de la Caroline , qu'il dut à Alejccmdi^e Garden^y et il en mit deux de plus, venus de la même source , dans l'appendix de sa Mantissa plavtarum^. Il aurait pu tirer encore quelque parti de J. D. Mejei- ^ , àe de Sœndmœr, en Nonvége, imprimée en danois à Soroë, 1762 et 1766, 2 vol, in-4-'', qui renferme quelques bonnes descrip- tions de poissons. Il était pasteur de l'église d'Eger, et était né en 1726. 1. Jdam Olearius, ou OEiiLscHiiEGER, né en 1600, dans le pajs d'Anhalt, secrétaire du duc de Holstein , compagnon de Man- delslohe dans son voyage en Perse, a décrit le cabinet de Gottorp: il mourut en 1671. 2. Jacques Petiver, apotbicaire de Londres, mort en 1718, au- teur de plusieurs écrits dont les planches ont été réunies en deux volumes in-folio, sous le titre de Petiverii opéra seu Gazophyla- cium ; Londres, 1764. H J en a trois cent six qui représentent pêle-mêle une foule d'objets d'histoire naturelle, quelques pois- sons s'j trouvent épars, mais assez mal dessinés. 3. Alexandre Garden, était un médecin écossais, né en 1730, établi dans la Caroline du Sud, mort à Londres en 1791. On trouve dans la Correspondance de Linnœus a^^ec divers savans ^ publiée par sir J. Ed. Smith, en anglais, Londres, 1821 , 2 vol. in-8.°, les lettres de Garden qui accompagnaient les objets en- voyés au grand naturaliste suédois, et qui sont souvent utiles à l'explication des articles que celui-ci en a tirés. 4. Le Mantissa plantarum est un supplément à la sixième édition des Gênera, et à la deuxième des Species ; l'appendice est une addition au règne animal du Systema naturœ : il ne contient que trois poissons. 5. Jean-Daniel Mpyek, peintre de Nuremberg, a publié en allemand, sous le titre de Représentation de toutes sortes d'ani- maux avec leurs squelettes, Nuremberg, 1748 et 1756, 3 vol. -112 LIVRE PREMIER. HilP, de Knorr^y de Salerne^, et surtout de Kramer^, qui s'était conformé à ses méthodes , et où il aurait trouvé un genre nouveau, la pœcilie. Une multitude de ces descriptions par- ticulières que l'on nomme monographies , au- raient pu encore lui servir ; mais leur obscurité ou leur peu d'importance les lui fit négliger. Ce qui est remarquable et ce qui ne venait in-fol., un recueil de deux cent quarante planches médiocres, mais où les squeletles avaient alors quelque intérêt. H J a plu- sieurs poissons communs. 1. Jean Hill, pharmacien et ensuite médecin à Londres, mort en 1775, auteur d'une grande quantité d'ouvrages, a donné entre autres, en trois volumes in-folio, Londres, 1748 — 17^2, en anglais, une Histoire naturelle générale, dont le premier volume, qui traite des animaux, contient un chapitre étendu sur les poissons, disposé d'après Artedi. Les figures sont pour la plupart empruntées de Willughbj. 2. George-TVol/gang KjiOKR, peintre et graveur de Nuremberg, a publié plusieurs recueils de figures, dont celui qui est intitulé : Deliciœ naturœ selectœ , Nuremberg, 17G6 et 1767, 2 vol. in-fol., contient quelques poissons ; le texte est de Statius Muller , le traducteur allemand du Sjstema naturœ , naturaliste ignorant et écrivain de mauvais goût. 3. Arnaud de NoBLrviLLE et Salerne, médecins d'Orléans, dans leur Traité d'histoire naturelle des animaux, Paris, 1756, 6 vol. in-12, parlent des poissons au deuxième tome. Ce n'est qu'une mauvaise compilation et sur des poissons usuels. 4. Guillaume -Henri Kramer , médecin de Dresde, établi à Bruck sur la Leitha, frontière de l'Autriche et de la Hongrie, a donné dans son Elenchus vegetabilium et animalium per Aus- iriam inferiorem observatorum , Vienne, 1756, trente-huit poissons, qu'il range d'après les premières méthodes de Linnkidiiim. Gasterosteus. Spiraculis composilif i, Stromaleus. Scomber. Pelromjzon. Xijjhias. Mullus. liai a. PiSCES JUCULARES, Trigla. Squalus. Callionjinus. PiSCES ABD0W1KALE5 Chimœru. Vraiwsrojnis. Cohitis. Spiraculis solitariis, Trachinus. Amia. Lophius. Gadus. Silurus. Acijieiiser. Bleniiius. Teuthis. Cjclo/jterus. PiSCES TnoRACicr . Loricaria. Balistes. Ccpola. Salmo. Ostracion. Echeneis. Fistularia, Telrodon. Coryphtcna- Esox. Diodoit. Gchius. Elops- Centriscus. Coltiis. Argentina. Sjngnathus. Scoipa-iia. Mherina. Pegasus. Zeus. Mugil. PiSCES APODES, Pleuroiicclcs. Mormjrus. Muitena. Chietodon. Exocatus. Gjmnolus. Spiirus. Polyncmu.'' Trichiuius. Lahrus. Clupea. Jna, hichas. Sciivna. Cyprimis- Atitmodytes. Perça. M7 cent soixaiite-dix-sept. Mais les augmentations numériques sont ce qu'il y a le moins à con- sidérer dans les travaux de cet illustre natura- liste ; la précision des caractères , la commo- dité d'une terminologie bien fixée, la facilite qu'offraient à la mémoire les noms triviaux donnés aux espèces , cette nomenclature binaire introduite dans l'ichtyologie, comme dans tout le reste du système de la nature , étaient des avantages Lien autrement importans. Ce furent eux qui donnèrent à Linnaeus cette prééminence avouée en quelque sorte par tous les naturalistes de son temps, et constatée par l'adoption à peu près universelle de sa nomen- clature , et même par l'emploi presque exclusif de ses distributions , quelque impaifaites et ar- tificielles qu'elles fussent. Si quelques écrivains, tels que Duhamel ^^ 1. Henri-Louis Duhamel du Monceau, physicien et agronome habile et laborieux, mais très-mauvais icbtjologiste, né à Paris en 1700, mort en 1782, parmi une multitude d'ouvrages, a composé avec //. L. de Lamarre (je ne trouve rien de cer- tain sur la personne de ce collaborateur de Duhamel), un Traité général des pêches, qui a paru par sections de 1769 à 1782, in-folio. Il j traite aussi de l'histoire naturelle des pois- sons, mais de la manière la plus confuse, et qui ne suppose pas ]a moindre idée de ce que l'histoire naturrlle doit être. Néanmoins cet ouvrage est nécessaire aux ichfjologistes, à cause des nombreuses figures dont il est orné, et dont plusieurs sont très-belles et très-fîdéles , bien qu'il s'j en mêle aussi de i 1 8 LIVRE PREMIER. coiîtinuèrtent a suivre les anciennes routines ; ce fut par ignorance plutôt que par un dessein prémédité de résister à la révolution qui s'opé- rait. Pour l'ichtyologie en particulier, les véri- tables naturalistes qui écrivirent immédiate- ment après Linnaeus , ou se soumirent entière- ment à lui , ou n'eurent rien d'assez original ni même d'assez bon en soi dans les cbange- mens qu'ils proposèrent , pour avoir pu en- traîner les sutYrages. Pennant \ dans sa Zoologie britannique , s'il eut le mérite de remettre dans la classe des poissons les amphihia nantes , sous le nom de cartilagineux, eut le tort d'y remettre aussi les cétacés; et pour les poissons ordinaires il con- serva la division de Linnaeus, en apodes, jugu- laires , thoraciques et abdominaux. Son ou- vrage fut utile cependant par quelques bonnes figures et par des détails historiques peu connus. Gouan % sous le titre trop étendu d'Histoire très-rautives , selon les sources dont elles venaient. On j trouve aussi quelques faits intéressans fournis à l'auteur par ses cor- respondans. 1. Thomas Pennant, gentilhomme gallois, ne à Downing, dans le comté de Flint, en 1726, moit en 1798, a traité des pois- sons dans le troisième volume de la Zoologie britannique , im- primée en 17(^9, in-8.°;, et une seconde fois en 1776, in-4-" Il y a aussi quelque chose sur cette classe dans sa Zoologie arc- tique, et dans son petit essai sur la zoologie indienne. 2. Antoine Gouan, professeur de botanique à Montpellier, a HISTOIRE DE L ICHTYOLOGIE. 119 des poissons , n'en donna que les genres, qu'il décrivit à la vérité avec beaucoup de détail , quoique sous des formes pédantesques. Sa dis- tribution fut celle d'Artedi, d'après la consis- tance du squelette et des rayons des nageoires, et il subdivisa ses classes d'après la position des nageoires, à la manière de Linnaeus, met- tant même , comme Linnœus l'avait fait dans sa dixième édition, les chondroptérygiens avec les amphibies. Ce n'était rien gagner pour la méthode; mais Gouan ajouta trois genres bien faits , les lépadogaster , les lépidopes et les tra- chiptères , à ceux que son maître avait établis. Forster\ dans son Enchiridion , ramena les nantes aux poissons , comme Pennant , et prit le contrepied de Gouan pour les poissons os- seux , qu'il divisa d'abord d'après labsence ou la présence des ventrales et leur position , et subdivisa d'après les rayons épineux ou mous, 11 ne fut pas même fort exact sous ce dernier été l'un des premiers propagateurs des mélhodes et de la no- menclature de Linnieus en France. Son Hisioria pîscium, im- primée à Strasbourg, in 4-°? fn latin et en français, en ijjo, n'était probablement que l'introduction à une véritable histoire générale de ces animaux, mais il ne l'a point exécutée. 1. Nous reparlerons un peu plus bas de Jean-Reinliold Forster, comme voyageur. 11 n'est question ici que de son En- chiridion historiœ naturali inseniens ; Halle, 1788, in-8.° On en a une traduction française, par M. Leveillé; Paris, 1799, i"-^°" 120 LIVUE PRECHER. rapport ; car il regarde le stromatée , le lépi- doj>e, l'athérine, comme des malacoptérygiens ; ropliidhim et l'elops comme des acaiithoptéri- gieas, ce qui est contraire à la vérité. Il ne propose que deux genres nouveaux , Y echidna ^ qui est une murène, eiYharpuruSy ne s'apercevant pas que c'est le même que le teutliis de Linnaeus. P allas \ qui à cette époque avait déjà aperçu, en homme de génie, une partie des vrais rap- ports des animaux confondus par Linnaeus sous le nom de i^ers, ne donna sur les poissons que quelquec> descriptions particulières , qui ne pouvaient entrer en comparaison avec les tra- vaux réunis de Linnaeus et d'Artedi ; il en a 1. Pierre Simon Pallas , le naturaliste du dix-liuitième siècle qui a eu pent-élre le plus d'étendue et de justesse dans l'esprit, naquit à Berlin en 1741 , et commença en Hollande, en 17G6, sa carrière scientifique par son Elenchus zoophytornm et ses Miscellnnecf zoologica ; après avoir passé ses dernières années en Crimée, il est venu mourir dans sa ville natale en 1811. Les cahiers sept et huit de ses Spicilegia zoologica, imprimés eu 17G9 et 17795 contiennent des descriptions et des figures très- Lien faites de vingt-six poissons étrangers, intéressans par leurs caractères. Son grand vojage en Sibérie dura de 1769 à i774' Il j paile aussi de quelques poissons et en décrit dix-huit nou- veaux, et il en a décrit d'autres dans les Mémoires de l'acadé- mie de Pétersbourg; mais son principal travail sur cette classe est dans le troisième volume de sa Zoogrnphia liossica, ouviage posthume imprimé sous la surveillance de M. Tilesius, et dont nous repailerons. HISTOIRE DE l'iCHTYOLOGIE. 121 inséré quelques autres dans les Mémoires de Pétersbourg: mais son principal ouvrage sur cette classe, le troisième volume de sa Zoogra- pliie russe, composé vers la lin de sa vie, n'est pas même encore livré au public. D'ailleurs l'impulsion que l'inlliience de Lin- Uccus a donnée aux reclierclies , quand il n'au- rait que ce mérite , suflirait pour immortaliser son nom. En rendant l'histoire naturelle facile , ou du moins en la faisant paraître telle, il en inspira généralement le goût: les grands s'en occupèrent avec intérêt; des jeunes gens pleins d'ardeur se précipitèrent dans toutes les direc- tions , seulement avec l'intention de compléter son système; et dn moins pour ce qni regardait les espèces des êtres, la nature fiitpartont mise à contribution au profit de l'édifice dont cet homme cxtiaordinaire avait tracé le plan. Une émulation noble, dont le roi d'Angleterre George III eut l'honneur de donner l'exemple \ et qui porta vers ce temps-là les souverains à ordonner de grandes expéditions maritimes , dans la seule vue d'étendre la connaissance du gloI)e , fournit à cette ardeur des naturalistes 1. Les premières expéditions faites dans cet esprit, furent celles deBjron, de Wallis et de Carteret , décrites par Hawkes- worth, avec la première de celle de Gook; Londres, lyyJ, r» vol. in -4." 4 22 LIVRE PREMIER. tous les moyens de s'exercer avec fruit ; et ils s'empressèrent de profiter de ces occasions pour étendre leurs découvertes. Comnierson ^ embarqué avec Boiigairn^ille', fut Liissé au retour à FLlr-de-ïrance pour en reconnaître les productions, et fit de Là une excursion à Madagascar. Infat'gaî ie au travail, plein d'ardeur et de .sagacité, il lit des collec- tions immenses dans le6 trois règnes , et laissa sur l'ichtyologie particulièrement une suite de descriptions plus exactes, plus détaillées qu'au- cune de celles de ses prédécesseurs; elles em- brassaient des poissons de l'Atlantique , de la cote du Brésil , de tout l'Arcbipel des Indes , et spécialement de l'Isle-de-France et de Mada- 1. Philibert Commerson, né à Clialilloii-les- Bombes en 1727, se livra avec passion à l'histoire nalurclle, dès le temps où il étudiait en médecine à Montpellier. On prétend même qu'il j fit, sur l'invitation de Limi;tus, une collection des poissons de ]a Méditerranée pour la reine de Suède, ce qui nous étonne- rait d'autant plus que Linnrrus n'en a jamais pai!é. F^mbarqué en 1766 avec Bougainvillo, il visita la cô'e du Brésil, Monté-Vidéo, Buénos-Ajres, les Malouines, la Torre-de-Feu, Otaïti , des îles voisines de la Nouvelle-Guinée, Java, demeura à l'Isle-de- France et j mourut en 1773. 2. Louis- Jntoine de Bougainville, né à Paris en 1729, célèbre par sa bravoure sur terre et sur mer, mort sénateur et membre de l'Institut en 1811, forma, en 1763, un établissement aux îles Malouines, qui a été décrit par doni Pernrltv, et a fait, de 1766 à 1769, le vojaîje autour du monde, dont il a publié lui-même la relation; Paris, 1771 , in-4% et 1772, 2 vol. in-S.*" lîTSTOIRE DE L ICHTYOLOGIE ' 425 gascar, au nombre de plus de cent soixante espèces, dont plus des deux tiers étaient nou- velles alors. Il y établissait plusieurs bons genres, qui ont dû être conservés. Des dessins, faits les uns par Sonnerat ou par Commerson lui-même, les autres , par un peintre nommé Jossigny , accompagnaient le texte ; et pour que l'on pût toujours en vérifier l'exactitude, Commerson y avait joint les poissons eux-mêmes, desséchés à la manière de Gronovius. Malheureusement ses travaux eurent le même sort que ceux de Plumier , auxquels ils étaient bien supérieurs. Les papiers et les collections qui les contenaient, envoyés après sa mort au ministère , turent re- mis à Buffon, qui en inséra quelques lambeaux dans son Histoire des oiseaux, et négligea le reste. Une partie de ce qui regardait les pois- sons a été employée depuis par M. de Lacépède, qui a aussi fait graver une partie des dessins; mais, n'ayant eu que des brouillons assez mal en ordre des descriptions, qu'il n'a pu tou- jouis rapporter aux ligures, l'usage qu'il en a iait n'est pas exempt d'erreurs et de confusions.' 1. li lui est arrivé tirs-souvent de faire trois ou quatre pois- sons différcns, de la description, des fijjurcs, et des phrases /■crites au dos de ces figures , et même de placer ces poissons imaginaires dans des genres diffcrens. Nous en verrons beaucoup d'exemples. ^ 24 LÏVRE PREMIER. INotre bonheur a voulu que M. Dumëril retrou- vât, il y a quelques années , les poissons des- sécliés, qui depuis le temps de Buffon étaient demeurés encaissés dans les greniers du Mu- séum, et que l'on découvrît, il y a quelques mois , dan > la bibliothèque de feu lïermann , de Strasbourg , deux manuscrits mis au net de la main de Commerson lui-même , sur les ani- maux de risle-de-France et de Madagascar , avec des renvois précis aux ligures, ce qui nous mettra à même de rendre enfin luie justice complète à cet excellent observateur , et de tirer de ses travaux un meilleur parti pour l'ichtyologie. Nous ferons connaître également les récoltes iclityologiques de Sonnerat \ l'un des collabo- ratesïrs de Commerson , mais qui était resté auK Indes , et •ï'était établi définitivement à Pondichéry. Prévenu en France eu \ 81 4 , il nous a remis les poissons qu'il avait rassemblés 1. Pierre Sonnerat, né à Lyon, neveu chi célèbre Poivre intendant de l'Isle-de-France, mort à Paris en i8i4 5 le jour même de la prise de cette ville par les coalisés, est bien connu du public par ses deux vojages : le premier à la Nouvelle- Guinée , en 1769, imprimé en 1776, in-4-°; le second aux Indes et à la Chine , de 1774 à 1781 , imprimé en 1782 , 2 vol. in -4." Il y donne beaucoup de planches de quadrupèdes et d'oiseaux, mais n'j parle pas des poissons, qu'il réservait pour un autre ouvrage. HISTOIRE DE l'iCHTYOLOGIE. 1 2l> 8iir cette cote et desséches à la manière de Com- nierson et de Gronoviiis; mais l'histoire qu'il en avait écrite , et que nous avons vue , est de- meurée dans les mains de ses héritiers , et nous ignorons ce qu'elle est devenue. Des hasards non moins singuliers nous avaient aussi réservé l'avantage de profiter , les premiers , d'une grande partie des récoltes faites vers la même époque par Banks ^ et Solander^, et peu de temps après par les deux Forster. Banks, accompagnant volontairement le ca- pitaine Cook^ dans son premier voyage au- 1. Joseph Bakrs, né à Londres en ijl^'^ , mort en 1820, conseiller privé, chevalier du Bain et président de la société royale, honnne recommandable pour avoir fait servir sa fortune à l'avancement des sciences et son crédit à la protection des savans. 2. Daniel Solander , né en Nordlande en 1736, élève de Lin- nœus , établi ea Angleterre , compagnon de Banks pendant le premier vojage deCook, de 1768 à 177* > mort en 1781. 3. Jacques Cook est encore un de ces hommes dont il n'est pas nécessaire que nous rappellions l'histoire. Nous marquerons seulement ici les dates de ses trois grands vojages , si féconds en découvertes, qui elles-mêmes ont élé si avantageuses à l'his- toire naturelle. Le premier, où furent Banks et Solander, dura de 1768 à 1771; il fut décrit par Hawkesworlli en 1773. Le second, où il emmena les deux Forster, de 1772 à 1775, a été décrit par lui-même, Londres, 1777? 2 vol. in-4.°, et par le jeune Forster, la même année, en deux volumes, traduits en allemand à Berlin: l'année suivante Forster, le père, publia séparément ses observations en un volume in-4.", Londres, 1778. Dans le troisième, commencé en 1776, et où Cook perdit la vie, il ne voulut plus ayoir de naturalistes; terminé en 1780, sous î 26 LIVRE PHEMIEK. ioiir du monde, avait cuimené avec lui Solaii- der, l'un des meilleurs élèves de Linnyeus. Ils recueillirent beaucoup de poissons dans ces plages si fécondes de l'Archipel des Indes et de la mer du Sud , et en fn ent dessiner plusieurs par Sidnej Parkinson^ ; mais, si l'on en ex- cepte dix espèces, que Broussonnet^ publia dans sa première et seule décade iclityologique, les poissons et les dessins sont demeurés dans le cabinet de Eanks. Heureusement des échantil- lons des poissons qu'il avait donnés à Brousson- net pour continuer son ouvrage, et qui étaient restés à Montpellier jusqu'à ce jour, viennent la conduite de Clcike et de Gore, il a été décrit par King; Londres, 1784? 4 >ol- 111-4." Tous les trois ont été traduits eu français: le premier, en 1789; le deuxième, en 1778, avec les observations des deux Forster, 5 vol. in-8."; le troisième, en i785, 4 vol. in-S." i . Sidnej Pakkinson, peintre anglais, emplojé dans le premier voyage de Cook, en a donné une relation; Londres, 1775; in-4.'' •2 . Pierre-Marie-Auguste Broussonnet , né à Montpellier en 1761 , secrétaire de la société d'agriculture de Paris, puis consul à Maroc, mort professeur à Montpellier en 1807, s'était fort occupé des poissons : on dit même qu'il en avait préparc une histoire générale, où il devait eu décrire douze cents es- pèces; mais il n'a publié que le fragment qui en conlirnl dix, imprimé à Londres en 1782 et dans le Recueil de l'aca- démie des sciences, un mémoire sur les squales, où en sont décrits vingt-sept, dont neuf nouveaux ; des mémoires sur l'anar- ihique, sur le voilier, sur le silure électrique, et des recher- ches sur les vaisseaux spermatiques des poissons, sur leurs çcaillcs et sur la reproduction de leurs nageoires. 427 de nous être communiqués avec beaucoup de libéralité par la faculté de médecine de cette ville ; et ce que l'on peut encore extraire de nou- veau des dessins de Parkinson, a été mis à notre disposition par M. Brown. Il en a été de même des dessins des deux F'oj^ster\ Ces savans naturalistes allemands fu- rent, comme on sait, appointés par le gouver- nement anglais pour accompagner Cook dans son second voyage , de \ 772 à i 775 ; et les pois- sons ne furent point oubliés dans leurs obser- vations : maiss'étant brouillés à leur retour avec l'amirauté, Forster , le père, se vit obligé de laisser ses dessins dans les mains de ses créanciers, d'oii ils passèrent dans le cabinet 1. Jenn-Reinhold Forster, né à Dirschau, dans la Prusse polonaise, en 1729, ministre protestant près de Danlzis^, trans- planté en Piussie , puis en Angleterre , paraît avoir été d'une humeur peu conciliante: il se brouilla avec Cook, et fut tniité fort durement à son relour par l'amirauté. Il se décida alors à passer au service de Prusse, et a été professeur à Halle de 1780 à 1798, qu'il j est mort. Nous avons à citer, parmi ses nombreux ouvrages, son Sficilegium zoologiœ indicœ rarioris; Halle, 1781 : réimprimé Londres, 1790? et Halle, i79'^- Jean- George -yl dam Fohster, fils de Jean Reinhold, né en 1754, compagnon et aide de son père pendant le vojage autour du monde, professeur à Cassai en 1778, à AVilna en 1784, puis à Majence, mort sur i'écliafaud révolutionnaire à Paris en 1794;. a concouru aux remarques de physique et d'histoire naturelle faites par son père, et qu'on trouve dans les f'dilions françaises du yojage. 128 LIVRE PREMIEK. de Banks , oîi ils sont encore. Le manuscrit de ses descriptions fut acheté , après sa mort , pour la bibliothèque royale de Berlin, ou Schneider en a pris des extraits , qu' il a insérés , en 1 80 1 , dans le Système posthume de Bloch. ^ La facilité que nous avons eue de consulter les dessins ^ , et de compléter par là ce que les descriptions laissaient encore de vague et d'in- certain sur les caractères des espèces 9 nous a donné moyen d'éclairer beaucoup de points obscurs de cette partie de l'ichtyologie , de rap- procher plusieurs de ces espèces de celles de Commerson, et de supprimer ainsi une quan- tité de ces doubles emplois si nuisil^les aux vrais progrès de la science. Plut à Dieu que nous eussions eu le même bonheur relativement à un observateur de ce temps-là, non moins zélé ni moins habile, et qui a aussi décrit beaucoup des mêmes poissons. iSous voulons parler de Forskal^ , envoyé en 1. Vojez la préface de ce système, p. XIV. 2. Madame Bondich, si connue par le courage avec lequel elle a accompagné son mari dans des expéditions périlleuses, et par les talens distingués qu'elle a consacrés à une science aimable, a bien voulu (avec l'agrément du dépositaire actuel, le grand botaniste, M. liohert Brown) nous l'aire des copies de tous ces dessins. Nous mettons au rang de nos premiers devoirs de lui marquer ici notre reconnaissance. 3. Pierre FonsRAL, né en Suède en lyôG, choisi par le roi de Danemarck, sur la recommandation de Linnœus, pour l'aire HISTOIRE DE l'iCHTYOLOGIE. 1 29 Arabie par le roi de Danemarck Frédéric Y , généreux protecteur de toutes les connaissances. Il s'attacha particulièrement à étudier les nom- breux et beaux poissons qui peuplent la mer Rouge. Ses descriptions ont été publiées après sa mort par les soins de son ami Niehuhr^, mais sans figures. Comme il n'avait , lorsqu'il les fit , d'autre guide que la dixième édition de Linnaeus , il a souvent été embarrassé sur la vraie classification, au point qu'il prend le si- lure électrique pour la torpille , le centriscus scolopax pour un silure , l'élops pour une ar- gentine , etc. ; et malheureusement ses succes- seurs n'ont pas au qu'il se trompait, ce qui leur a fait inscrire autant de fausses espèces dans leurs systèmes. Cette partie de son ouvrage n'en est pas moins au nombre des plus précieuses productions ichtyologiques de l'époque. Il y dé- partie, comme naturaliste, de l'expédition savante envoyée en Arabie en 1761 , mourut dans ce pajs en 1765. Niebuhr rassembla ses papiers, et en tira les Dcscriptiones animalium quœ in itinere orientali observavit P. Forskal; Copenhague, 1775, in-4.''; Flora œgjptiaco-arabica, ib. , i']']^ , et Icônes rerum na- turalium qiias in itinere orientali depingi curavit , 1776. 1. Carsten Niebuhr, né en 1755 à Ludingsworth, dans le Lauembourg, mort en 181 5, de simple paysan devenu ingé- nieur, employé comme tel dans l'expédition d'Arabie, revenu seul en 1767, a donné en 1772 une description de l'Arabie, et en 1774 et 1778, en deux volumes in-4."? une relation du YOjage qu'il j avait fait. 1- 9 I 50 LIVRE PREMIKtl. dit, aussi bien qu'aucun des autres élèves de l'école linnéeune, cent vingt- une espèces ou variétés; et c'est dans son livre que paraissent pour la première fois les genres des scares et des sidjans. Pendant que les naturalistes de la France et de l'Angleterre parcouraient les mers et prépa- raient avec tant de peines et de dangers des tra- vaux qui devaient rester négligés dans leur pays, la Russie faisait faire par les siens une explora- tion générale de son vaste territoire , et prenait des mesures pour que les résultats en fussent plus utiles au public , en quoi elle se réformait elle-même et donnait aux autres Etats un exem- ple digne d'être suivi. Ses premiers voyageurs avaient aussi été fort négligés. Messerschniidt^j qui avait parcouru toute la Sibérie , de 1 720 à 1 72(> , par ordre de Pierre le Grand , et y avait fait d'importantes récoltes, était mort de chagrin et de misère en 1 7oS. Ses papiers demeurèrent dans les archives de l'académie, qui ne prit au- cun soin pour leiu' publication. Une expédition envoyée par l'impératrice Anne, petite-fille de Pierre, composée de plusieurs savans", avait 1. Daniel-Théophile jVIesser.schmidt , de Danlzig, né en i685, nioit en lyjB. Ses recherches paraissent avoir clé immenses. C'est à lui que l'on doit le premier crâne d'élcpliant fossile. "2. Delisle de la Croyère , astronome; iMiiller, Fischer, historiens: HISTOIRE DE LICHTYOLOGIE. 131 examiné le même pays avec beaucoup plus de soin, de i 755 à 1 745. Le hotankte, Jean-George Gnielin \ parvint .DI. Pallas et Tilesius en ont fait connaître quelques fragmens. Catherine II, conseillée par le comte Wla- Tchirikof, Behring, marins; Gnielin, botaniste; Sieller, zoologiste, etc. 1. Jean-George Gmelin, né à TuLIngue en 1709, suivit à Pétersbourg ses compatriotes Biilfmger et Duvernoj, et y rem- plit les chaires de botanique et de chimie. Après son retour de Sibérie, il donna les deux premiers volumes de la Flore de ce pays; Pétersbourg, 1747: et son neveu publia les deux au- tres en 1770. Retourné à Tubingue en 1749? il J mourut en 1755. Il a publié la relation du vojage auquel il avait pris part; Gœttingue, 1751 et 1762, en allemand, 4 vol. in-S." On en a un extrait français en deux volumes in-12, par Keralio, et un autre dans le dix-huitième volume in-4.'' de l'Histoire générale des voyages : il j parle peu des poissons. 2. George-Guillaume Stei.leu, un des plus courageux et des plus habiles naturalistes rjue la Russie ait eus à son service^ el 1 32 LIVRE PREMIER. dimir Oilof , veilla non-soiilement à ce que la troisième exploration, qu'elle ordonna en 1708, fût faite avec encore plus de soin et de régula- rité , mais à ce que la science profitât aussitôt qu'il serait possible des efforts des hommes qui y furent employés \ A cet effet, elle ordonna de ceux qu'elle a traités avec le plus d'ingratitude , était né en 1709 à Winsheim , en Franconie; il étudia, dans plusieurs universités allemandes, la théologie, la médecine et l'histoire naturelle, et fut admis comme médecin dans l'armée russe qui assiégeait Danlzig en ijS^. Le baron de Korff", président de l'académie de Pétersbourg, l'envoya en ijSS pour se joindre à l'expédition partie dès i734- Behring, qui devait reconnaître les îles situées entre la Sibérie et l'Amérique, l'invita en ly/ii à l'accompagner; il souffrit horriblement dans ce vojage, et se vit à la fin trompé sur toutes les promesses que ce capitaine lui avait faites. Se rendant à Pétersbourg pour réclamer jus- tice, on trouva mojen de lui faire envojer l'ordre de retourner à Irkutzk , pour se justifier lui-même de je ne sais quelle faute, qu'on lui imputait : il revenait de nouveau, lorsqu'il reçut un second ordre de la même nature, et cette fois la garde qui le conduisait le laissa geler sur une grande route, en 1746. Sa description du Kamtschatka a été publiée en allemand en 1774? pai' les soins de J. B. Scherei; employé des affaires étran- gères de France. Il j a de lui dans les Mémoires de Pétersbourg (devixième tome des Novi coinnientarii) , un excellent mémoire sur les phoques et les lamantins, et dans le troisième, des ob- servations générales sur les poissons, d'après lesquelles on peut juger qu'il les avait étudiés avec soin. 11 avait compose une ïcliijologie de la Sibérie, dont MM. Palîas et Tilesius ont donné d'intéressans fragmens dans leurs propres ouvrages. 1. 11 J eut dans l'expédition de 1768, outre les astronomes et les géomètres, cinq naturalistes et quelques élèves. Pallas se dirigea vers le Jaïk, la mer Caspienne, visita les HISTOIRE DE LICHTYOLOGIE. i 53 que l'on rédigeât les observations pendant clia- que quartier d'hiver, et qu'on les envoyât aus- sitôt à Pétersbourg- , avec les collections faites pendant l'année ; précaution qui se trouva d'au- tant plus sage que trois des naturalistes , Falk ^^ Gmelin ^ et Guldenstedt ^y perdirent la vie ou mines des monls Ourals, celles des monts Allais, dans le district de Kolywan, traversa le lac Baïkal, et s'approcha des frontières de la Tartarie chinoise; en revenant il toucha au Caucase. Gmelin marcha vers le Sud, vit les étahlissemens des cosa- ques du Don et Astracan, et fit deux excursions en Perse. Falk examina la province d'Orembourg et les pajs adjacens jusqu'à rOb. Georgi fut d'abord son adjoint et ensuite celui de Pal las. Guldenstedt se chargea particulièrement du Caucase. Lepechin visita surtout l'Oural , Astracan et les côtes de la mer Blanclip. 1. Jean-Pierre Faik, né en Suède en 1726, fut élève de Lin- nsus et ensuite professeur de botanique au jardin des apothi- canes de Pétersbourg : affecté d'hypocondrie et de souffrances de tout genre, il se lua à Casan en Mars 1774- Son voyage a été publié, par les soins de Georgi, en trois volumes in-4.'', 1785 et 178G. 2. Samuel-Théophile Gmelin, né à Tubingue en 1745, était le neveu de Jean-George , membre de l'expédition de 1733. Les trois premiers volumes de son vojage parurent de 1770 à 1774. Mais, étant mort cette année prisonnier du kan des Khaï- takes, la rédaction du quatrième fut confiée à Guldenstedt, et après sa mort à Pallas, qui le fit paraître en 1784- On y trouve quelques descriptions et trois figures de poissons, et beaucoup de détails sur les pêches. 3. Jean-Antoine Guldenstedt, né à Riga en 174^, étudia a Berlin : la faveur du czar de Géorgie lui procura beaucoup de facilités pour l'examen du Caucase ; mais il gagna dans ce pajs des maladies qui l'affaiblirent. 11 revint néanmoins à Pétersbourg, I 34 LIVRE PIŒMIEK. pendant le voyage , on dn moins avant de pou- voir mettre la dernière main aux relations qu'ils en avaient rédigées. Mais leurs collègues, et surtout Pallas , y suppléèrent, et rien ne fut perdu pour la science. L'ichtyologie a gagné à ces voyages la con- naissance de plusieurs poissons des rivières de la Sibérie, du lac Baïkal et de la mer Cas- pienne; et a ces premiers produits en ont bien- tôt succédé d'autres. Les correspondances éta- blies par les voyageurs ont fait arriver à Pé- tersbourg des espèces de la mer Orientale ; et en général c'est dans les Mémoires de l'académie où il niouiul en 1780, à trente-six ans, d'une fièvre putride qui j régnait. Son Voyage a été imprimé, sous la direction de Pallas, en deux Toluines in-4-°j 1787 et 1791 ; il y décrit quelques poissons. II en a de plus décrit et représenté plusieurs dans Jes Novi commen- iarii de Pétershourg, t. XVI, XVU et XIX. Jean-Théophile G^o^ci , né en Poméranie en 1758, envoyé en 1770 pour s'adjoindre à Falk, a aussi donné son vojage en deux volumes in-4-"j en 1776. Il j décrit quelques poissons. Sa Descrip- tion de la Russie, en huit parties iu-8.°, de 1797 à 1802, contient dans Ja septième une histoire des poissons de cet empire, mais incomplète. Lvnn Lfpechin, né vers 1750, mort en 1802, avait étudié à Pétersbourg et à Strasbourg, et fut en 1780 secrétaire de l'acadé- mie russe. Il a publié son voyage en iiisse, en trois volumes in-4.'', 1771, «772, 1780. On en a une traduction allemande, par Hase; Alten'.murg, i77:î> '775 et 1780. Il j décrit plusieurs poissons. Nicolas FiYTSCHKOw, l'un des élèves attachés à cette expédition, a aussi donné le sien en russe, et Hase l'a également traduit en alleniaïul; Riga, i774> in-8." HISTOIRE DE LICHTVOLOGIE. i 5i) des sciences de Russie que cette partie de l'his- toire naturelle a été traitée avec le plus de suite. Pallas et d'autres meud^rcs de ce corps ont continué à y donner des poissons intéressans jusqu'au moment oii j'écris/ Toutes ces reclierches, toutes ces descrip- tions étaient faites méthodiquement dans le style et dans l'esprit de Linnaeus. A la même époque , des naturalistes isolés s'occupaient des poissons des mers du Nord et les décrivaient avec une égale exactitude. Fahriciiis'^ , le célèl)re entomologiste en Nor- wége; un autre Fahricius^, sur les cotes glacées 1. Outre Jes nombreux mémoires de Kœlreuter dont nous avons déjà parlé et qui vont jusqu'au tome IX des Nova acla (pour 1791), on a dans les Nova acta , t. V (pour 1787), un carape, par Basile Zuiew : t. IX (1791), un esturgeon par Le- f.echin; t. XU (1794),, l'histoire du saumon de la mer Glaciale., par Oserezhovskj. 2. Jean-ChrisiianYA'ÈKmvs. né à Tondern, dans le duclié de Sleswic en 1742, professeur à Kiel, mort en 1807. Ses travaux immenses sur les insectes n'appartiennent pas à notre sujet ; nous ne citerons que son Vojage en Norwége, en allemand; Hambourg, 1779, in-8." : il j parle de quatorze poissons. Cet ouvrage a été traduit en français, par Millin. 3. Othon Fabkicius, ecclésiastique, employé dans la colonie danoise du Groenland, et ensuite en Norwége et en Dane- marck , est auteur d'une Fauna Groenlandica , Copenhague et Leipzig, 1780, in-8.% l'un des meilleurs ouvrages de ce genre, où il décrit exactement quarante-quatre espèces de poissons, et donne sur l'histoire de plusieurs des détails fort intéressans. D faut cependant se défier quelquefois de sa nomenclature. 156 LIVRE PREMIER. du Groenland; Olafsen et Powelsen^, sur celles de l'Islande , s'etïbrçaient d'appliquer aux pro- ductions de ces tristes climats les nomenclatures de Linnœus. Ils n'étaient pas toujours heureux; mais leurs descriptions, surtout celles à^Othon Fabjicius y suffisent pour réparer les petites erreurs dans lesquelles le défaut de secours littéraires les a induits. Ascanius^ donnait des ligures coloriées de quelques espèces de la mer d'Allemagne; Mïdler^ en introduisait dans sa 1. Le voyage en Islande dJEggert Olafsen, naturaliste islan- dais, né en 1726, mort en 1768, et de Biorn Powelsen, pre- mier médecin de cette île, mort en 1778, a été publié en da- nois à Soroë, en 1772 ; en allemand, à Copenhague, en 1774? 2 vol. in-4.° On j trouve des descriptions de poissons et (\e& figures , mais un peu grossières. Il y en a une traduction fran- çaise, par Gautier de la Pcjronnie; Paris, 1802, 5 vol. in-8.°, avec un atlas , où la nomenclature d'histoire naturelle est sou- vent estropiée. 2. Pierre Ascanius, inspecteur des mines de la Norwége sep- tentrionale , a donné plusieurs figures enluminées de poissons , dont quelques-unes sont nouvelles, dans ses Icônes rerum natu- ralium, ou Figures enluminées d'histoire naturelle du Nord; Co- penhague et Genève, 1767 — ^IJ^y in-folio. 3. Olhon-Fréderic Muller, né à Copenhague en 1700, mort en 1784; l'un des observateurs les plus laborieux et les plus exacts du dix -huitième siècle, et que ses découvertes micros- copiques ont rendu si célèbre, a donné quelques poissons dans la Zoologia danica , commencée en 1779» in-folio, et son exem- ple été suivi par ses continuateurs, MM. Abildgaardt , Viborg et Rathke. Il a inséré le catalogue général de ceux des pajs danois dans son Prodromus zoologiœ É^aw/fCE,- Copenhague, 1777? in-8." HISTOIRE DE LICHTYOLOGIE. \ 37 Zoologie danoise^ de toutes les côtes alors soumises a la couronne de Danemarck. Quel- ques autres donnaient des mémoires particuliers dans les recueils des académies du Nord sur les poissons de leur pays , et y joignaient même quelcpies poissons étrangers/ Thunbei^g^ y insérait des descriptions de ceux qu'il avait rapportés du Japon ^, et les récoltes qu'il y avait faites servaient aussi de matériaux à des mémoires de JIouttujn\ im- primés dans des recueils hollandais. Il paraissait aussi , mais en moindre quantité , quelques mémoires sur des poissons dans les Transactions philosophiques. ^ 1. On en trouve en grand nombre clans les collections de l'académie des sciences de Stockholm, de la société rojale de Copenhague, de la société des sciences de Noi-wége. Les auteurs les plus notables de ces mémoires sont Strœm , Euphrasen , Briiunich, Strupenfeld, Gissicr, Ankarscrona , Tonning, Vahl , Hornstedt, Holm, Relzius, Montin, etc. '2. Charles-Pierre Thunberg , né en i'j^5, élève de Linnaîus , professeur à Upsal. 3. Mémoires de l'académie de Stockholm, 1790, 1792 et 179J. Il V a aussi de lui une dissertation sur la murène et l'ophichte. 4. Martin Houttuyn, naluraiisle laborieux, mais peu instruit, qui a traduit et paraphrasé en hollandais le Sjstema naturœ; Amsterdam ,1761 — 1785. 5. Dans les Mémoires de la société des sciences de Harlem , t. XX, 2/ partie. 6. Jean-Fréd. Gronovius , sur lemisgurn, Trans. phil , t. XLIV, p. 45i ; Parsons, sur la baudroie, t. XLVI, p. 126; Cromw. Mortimer, sur le zeus luna, ihid., t. XLVI, p. 5x8; Farrington, 138 LIVRE PREMIER. Mais, si l'on excepte Broussonnet\ peu de Français s'occupaient alors de ces animaux d'une manière scientifique. Ce fut un Danois, Martin Brunnich^, cpii le premier, depuis les ichtyolo- gistes du seizième siècle, vint examiner les pois- sons de Marseille et de l'Adriatique, et s'efYorça de les ranger d'après le système de Linnaeus. Cetti^ donnait quelque indication de ceux de Sardaigne, mais légère, et telle qu'on pou- vait l'attendre de l'état oii se trouvait alors sur la truite des Alpes, ib. , t.XLIX, p. 210; Ferguson , sur la baudroie, t. LIU, p. 170; J. Alb. Schlosser, sur Je chœtodon rostraius, ib., t. LIV , p. 89, et LVI , p. 186; P. Sim. PaJlas, sur le toxotes, ih. , t. LVI, p. 187: Midi. Tjson , sur une perche de la mer du Sud , ib. , t. LXI , p. 247 ; Daines Barrington , sur la truite, ib., t. LXIV, p. 5io; Tlioni. Brown, sur l'exocet, ib. , t. LXVTII, p.79i;Will.Walson, sur le squale glauque, t.LXVIII, p. 78g; Will. Bell, sur le chœtodon nodosus , ib. , 1793, p- 7. 1. Broussoxnet, Mémoire sur le Aoilier, académie des sciences de Paris, 1786, p. 45o; sur différentes espèces de chiens de mer, 1780, p. 64 1, et dans le Journal de physique, t. XXVI, p. 5i. '2, Martin-Thomas Brunmcu , professeur à Copenhague, au- teur de Vlchtyologia ma'JJ^7/<;72J^.f, Copenhague et Leipzig, 1768» in-8."; il j décrit assez exactement cent et une espèces, dont quelques-unes étaient nouvelles. Il ne faut pas toujours se fier à sa nomenclature; son Perça pusilla , par exemple, n'est que le Zeus aper. A la fin est un appendice intitulé : Spolia maris Âdriatici , où il en indique encore treize espèces , mais qui ren- trent en partie dans les premières. 3. François Cetti, ex-jésuite, auteur de la Storia naturale cli Sarde gna , en quatre volumes in-12; Sassari, de 1774 ^^ ^71^- Il traite des poissons dans le troisième, mais assez en abrégé, si l'on excepte ce qui regarde le Thon. HISTOIRE DE l'ichtyologie. 1 Ti{) l'histoire naturelle dans le midi de l'Europe, oii les ouvrages de Linnaeus n'avaient pénétré cpi'avec lenteur. Yers la lin de cette épocpie, un travail ana- logue à celui de Cetti, mais plus détaillé, était exécuté sur les poissons de Gallice par Cor- mde\ et ini autre Espagnol, Antoine Parra, en pujjliait un sur ceux de l'ile de Cuba, infi- niment plus précieux, à cause des figures dont il l'enricliissait.^ Les Allemands, à leur ordinaire, se mon- traient plus laborieux et plus au courant de l'état de la science. Les recueils de leurs sociétés , parti- culièrement ceux de la société des naturalistes de Berlin^, l'ouvrage périodique intitulé le 1. Don JûJ^é-^^/i CoRMDE , régidor de Sant-Iago, auteur d'un Essai d'une histoire des poissons et autres productions mannes de la côte de Gallice, selon le système de Linné, en espagnol, 1788, in-12. 2. Description de différens objets d'histoire naturelle, surtout de productions marines , par Don Antoine Parra , en espagnol ; La Havane, 1787 , petit in-4.", avec soixante-quinze planches. C'est un des ouvrages les plus utiles à la connaissance des poissons du golfe du Mexique, non tant à cause du texte, qu'à cause des figures fort exactes où ils sont représentés. 3. La société des Amis scrutateurs de la nature de Berlin a commencé à publier ses ouvrages en 1775, in-8.", eu allemand. Les quatre premiers volumes portent le litre d'Occupations [Be- schdftigungen) ; les six suivans, de 1780 — 1785, (YEcrits {Schrif- ten); les cinq derniers de ce format, de 1787 — 179^? à' Ob- servations et découvertes [Beobachtungen und Enidechungen)', ensuite elle les a publiés iu-4.", sous le titre de Nouveaux écrits, etc. La 440 LIVRE PREMIER. Naturaliste^ y e<^c., recevaient un grand nom- bre d'écrits sur les poissons de l'Allemagne. FFiiJfp dressait, d'après le système de Linnaeus, un catalogue de ceux de la Prusse; Fischer^, de ceux de la Livonie; Birkholz^y de ceux du Brandebourg ; Sander ^ , de ceux du Rhin ; Seetzen ^^ de ceux de Westphalie. Leske ^ décri- collcclion in-8.° contient , pour l'époque dont nous parlons , plusirurs mémoires d'ichtyologie de Bloch , de Wartman, de Sander, de Scliœpf, de Walbaum , de Scliranck , d'Abildgaardt. 1. En allemand Naturforscher; recueil intéressant, imprime à Halle, de 1774 à 1793, en vingt-sept cahiers. Il j a des mé- moires ichtyologiques de Hermann , de Sander; un de Schœpf, sur une perche d'Amérique, ao/cah., p. 17, etc. 2. Jenn- C/iris/optie WvLFF , médecin de Kœnigsberg : Ichtjo- logia ciim amphihiis regni horussici meihodo linnœnna disposita; Kœnigsberg, 1765. C'est un catalogue de cinquante-trois es- pèces, quelquefois mal nommées; il fait, par exemple, im cjprin de la marène. 3. J. B. Fischer, Essai d'une histoire naturelle de Livonie, en allemand; Kœnigsberg, in-S.", 1778, réimprimé en 1791; il y parle de quarante espèces. 4. Jean-Christophe BmKiiOLz a donné avant Bloch, en allemand, une Description économique des poissons qui se trouvent dans les eaux de la marche électorale de Brandebourg ; Berlin, 1770, in-8." 5. Il j a de Henri Sander , dans le quinzième cahier du Na- turforscher, des Matériaux pour l'histoire des poissons du Rhin, et dans le vingt-cinquième, des remarques sur ce mémoire, par Bernard-Sébastien Nau. 6. Seetzen a donné le catalogue de ceux de la seigneurie de Jever, en Westphalie, dans le premier volume des Annales zoologiques , de Meyer, etc. 1. ISnthanaël-Godefroi Leske, professeur à Leipzig : Ichtyolo- gice lipsiensis spécimen, Leipzig, 1774? in-S." Ce sont des des- criptions délaillées de dix-sept espèces de cyprins. HISTOIRE DE l'iCHTYOLOGIE. 1 41 vait les cyprins des eaux de Leipzig; Meidinger" donnait de belles figures des poissons de l'Au- triche; Schrcmk' en décrivait quelques-uns de la Bavière. Pour les contrées plus éloignées, on avait, dans la Zoologie indienne de Pennant ^, un squale et un labre dessinés à Ceilan par Lot- sen , gouverneur de cette île. L'histoire naturelle de Sumatra par Marsden^, celle du Chili par Molina^, en offraient un plus grand nombre, mais décrits avec moins de précision. Forster^ en donnait d'Amérique et surtout de la baie 1. Charles baron de Meidinger, secrétaire des empereurs Jo- seph II et Léopold II, auteur d'un recueil de belles figures enluminées, intitulé : Icoves fiscium Austriœ indigenorum , en cinq décades, in-folio, Vienne, lySB — 179^, où sont repré- sentés plusieurs poissons intéressans du Danube et de ses af- fluens. 2. François de Paule Schrank , professeur à Ingolstadt, né en 17/17. Dans un Voyage de Buiière , Munich, 1786, il décrit une ou deux truites. 3. Indian zoology ; Londres, in-folio, avec douze planches : la seconde édition est de 1790, in-4.° 4. Will. Marsden, Uist. of Sumatra ; LonAies , 1784. Il j en a une traduction française; Paris, 1788, 2 vol. in-8.° La troi- sième édition est de 1811, in-4.° 5. Ignace Molina, ex-jésuite, a écrit de mémoire en Italie son Saggio sulla storia naturale del Chili; Bologne, 1782, in-8. : traduit en français par Gruvel ; Paris, 1789, in-8.° La seconde édition italienne est de Bologne, 1810, in-^." Ce livre contient plusieurs descriptions qui auraient besoin d'être confirmées. 6. J. Reinh. Forster, Catnl. of the animais of N art h- America ; Londres, 1771 , in-8.", et Account offishs sent from Hudsons haj. Trans. phil., t. LXUI, p. Ug- f 42 LIVRE PREMIER. d'Hudson ; ScJiœpf\ des États-Unis; Peunanf , de tout le nord du globe. Quelques genres nouveaux se montraient dans ces diiïerens écrits: c'est ainsi qu'Houttuyn^ a fait le genre Centrogaster ; le même que le Buro de Commerson et l'Amphacanthus de Bloch ; que Hermann "^ a décrit le genre Sternoptyx qui a été conservé; que Scopoli^ avait voulu séparer le cottus japonicus de Pallas sous le nom de per- cis, et le corypliaena vèlifera ou pleraclis de Gro- novius sous celui de pteridium; que Sevastianof avait fait avec les gi relies à long museau le genre Acarauna^. Tous ces genres ont reparu sous 1. Dans les Observations de la société des naturalistes de Berlin, t. n, 3.*" cahier, p. i38. C'est un mémoire remarquable, et ce que l'on avait de mieux avant M. Mitcliill. 2. Dans son Arctic zoology, t. 111. 3. Martin Houttuyn, outre le mémoire sur les poissons du Japon, que nous avons déjà cité, en a publié un sur quelques poissons étrangers (Mémoires choisis, en hollandais, t. X); un autre, sur les œufs des squales, ih., t. IX. 4. Jean Hermann, professeur d'histoire naturelle à Strasbourg, né en ijSS, mort eu i8oo, auteur de plusieuis mémoires in- sérés dans des collections allemandes, entre auties, de la des- cription du genre Sternoptyx. Il y a des vues sur les rapports des poissons dans sa Tabula aJJiniUitum anlmalium, 1782, 1 vol. in-4.'', et des espèces nouvelles dans ses O'oseixationes zoologicœ posthwnœ, ib. , i8o4j in-4.'' 5. Jean-Antoine Scopolf, né dans l'é^èché de Trente en 1723, professeur à Schcmnilz et ensuite à Pavie, a parlé de quelques poissons dans ses Deliciœ florœ et faunœ insiibricœ. 6 Nov. ad. petrop. , tome XIII, pi. 11. HISTOIRE DE l'iCHTYOLOGIE. . 1 45 d'autres noms dans les écrivains postérieurs. Bloch^ préludait, dès i780, par quelques mémoires particuliers ^ au grand et magnili- que ouvrage dont il a enrichi Ficlityologie. Mais c'est ce grand ouvrage qui l'a mis hors de pair et qui le fait considérer encore aujourd'hui comme l'un des auteurs capitaux sur l'histoire des poissons. Nous en devons donc à nos lecteurs inie analyse étendue à aussi bon droit que de ceux de Willughhy, d'Artedi et de Linnœus. Il se compose de deux parties essentiellement distinctes; l'Histoire économique des poissons 1. Marc-Eliezer Bloch, chirurgien juif de Berlin, était né à Anspach en lyaS, de parens très-pauvres, ne chercha que fort lard à suppléer à son défaut d'éducation, et n'j suppléa que très-imparfaitoment, comme il est aisé de s'en apercevoir dans ses écrits. Ce n'est qu'à l'âge de cinquante-six ans qu'il com- mença à écrire sur les poissons, et il lui a fallu des prodiges de persévérance et d'industrie, pour amener à bien une entre- prise aussi considérable que sa grande Ichtyologie. Il est mort en 1799, âgé de soixante-seize ans. "2. Par exemple, dans les Occupations des naturalistes de Ber- lin, t. IV, 1779? Histoire naturelle de la Marène. C'est son début. Il a aussi donné, dans les Ecrits des mêmes, t. 1, 1780, une histoire naturelle économique des poissons des Etats prussiens, surtout des Marches et de la Poméranie. Plus lard on a de lui , dans les Nova acta de Pétersbourg, 1785, deux espèces de pleu- ronectes; dans les Mémoires de Stockholm, 1789, deux espèces de scorpènes ; dans les Nouveaux mémoires de la société des sciences de Copenhague, t. III, deux espèces de perches; dans les Obser- vations des naturalistes de Berlin, t. III, 1792, une description de deux poissons nouveaux et des remaïques sur le mémoire d'Abildgaardt , relatif au mjxine. ]AA LIVRE PREMIER. d'Allemagne et l'Histoire des poissons étran- gers'. La première, résultant principalement des observations de l'auteur, et ornée de figures dessinées sous sa direction et d'après le frais, contient de bonnes descriptions, des images fidèles et des observations intéressantes et vraies. Il y traite de cent quinze espèces, dont quel- ques-unes, dans les genres des Cyprins et des Saumons, n'étaient pas bien connues ou bien démêlées avant lui; mais il n'y comprend pas celles qui sont propres à la Méditerranée, bien que, par la côte de l'Istrie autricliienne, elles appartinssent aussi à l'Allemagne. Blocb a même en général très-peu connu les poissons de la 1, L'Histoire économique des poissons d' Allemagne a paru en allemand en trois volumes in-4.'', avec cent huit planches in-folio; Berlin, 1782, lySS et 1784, et in-S.", 1783, 178/1 et 1785, et en français, in-folio, en 1785 et 1786. L'Histoire naturelle des poissons étrangers, en neuf volumes in-4.°, avec trois cent vingt-quatre planches in-folio, de 1785 à 1795, et in-8.% de 1786 à 1796; en français, in-folio, de 1787 à 1797- Le tout a été réuni en français en douze volumes in folio, avec quatre cent trente-deux planches sous le titre d'Ic/itjologie ou Histoire naturelle générale et particulière des poissons , titre qui promet beaucoup trop; car l'auteur n'a eu ni l'intention, ni la prélen- tion de traiter de tous les poissons connus, mais seulement de ceux dont il pouvait donner des figures originales. Il j en a aussi une édition in-8.° M. Castel a réimprimé le texte, en le rangeant d'a|>rcs le système de Linné, mais en supprimant les svnonvmes et les autres citations savantes, à la suite du BuRTon do Déler- ville, eu dix petits volumes in-i 2 , avec tXcs figures très-rapelissées. HISTOIRE DE L ICHTYOLOLIE. 145 Méditerranée, ce qui n'est point étonnant, quand on songe à la position défavorable oii il vivait au milieu des sables du Brandebourg. Ce qui est plus extraordinaire, et ce que nous-méme avons eu peine à novis persuader, c'est qu'il y a des poissons très -communs dans l'Océan qu'il n'a pas bien connus. L'atlierine, par exemple, qu'il représente très-mal; la sardine, à laquelle il substitue , pi. 29 , une autre petite espèce de la Baltique , et l'alose , au lieu de la- quelle il donne, pi. 20, une figure de la feinte. Déjà dans ses poissons d'Allemagne Bloch mêle quelques figures de poissons étrangers, empruntées aux manuscrits de Plumier et de Margrave, beaucoup moins autbentiques ou moins correctes que. celles qu'il avait fait faire sous ses yeux. Il en a fait un usage encore plus fréquent dans la seconde partie, celle oii il traite ex professo des poissons étiringers , et qui se compose d'élémens très-dilférens. Les espèces que l'auteur possédait en nature, soit dessé- cbées, soit dans la liqueur, y sont le plus souvent bien dessinées et bien décrites, aux couleurs près, qui presque toujours sont fausses pour les nuances, parce que l'art ne peut les conserver après la mort. Leur bistoire est assez exacte lorsque les détails lui en ont été fournis avec les poissons par des voyageurs connus., 1. lO 446 LIVRE PREMIER. tels que le missionnaire John^ y l'iui de ceux qui lui ont été le plus utiles ; mais pour les espèces qu'il a achetées dans des ventes ou chez des marchands, c'est souvent au hasard qu'il indique leur origine et leurs habitudes, selon qu'il avait été plus ou moins heureux à les retrouver dans des auteurs qu'il était peu en état de consulter en critique éclairé. Il lui arrive en effet plus d'une fois de pren- dre une espèce pour une autre, d'en confon- dre une des Indes a^ec une d'Amérique, de regarder comme identiques des espèces qui ne sont que voisines , etc. , et même il s'est permis en quelques cas d'altérer les figures qu'il en donnait, pour les faire cadrer aA ec ses opinions, et en d'autres, les artistes qu'il employait ont été si négligens, que nous n'aurions pu recon- naître ses espèces, si nous n'avions eu la facilité d'examiner les originaux. Les figures qu'il emprunte aux manuscrits du prince Maurice et de Plumier, sont les moins sûres de toutes; non -seulement il y laisse la plupart des fautes que devaient avoir des ori- ginaux exécutés à une époque où l'on ne s'était pas fait des idées bien justes sur la structure des poissons; mais lorsqu'il veut corriger ces 1. Missionnaire danois à Tranquebar, sur la côte de Coromandol. HISTOIRE DE L ICHTYOLOGIE. 1 47 fautes, il le fait quelquefois d'une manière peu heureuse, et en les changeant seulement contre des foutes différentes : ce n'est que par con- jecture qu'il compte les nomhres des rayons, auxquels les auteurs des dessins n'avaient ja- mais pensé à donner attention/ Assez peu au fait de l'anatomie des poissons, Bloch ne s'élève guère à des considérations phi- losophiques sur leurs rapports et leur distri- bution; néanmoins il a établi quelques genres^ fondés sur de bons caractères et sur des analogies réelles ; mais il en a aussi quelques-uns de pure- ment artificiels ^, et d'autres qui ne doivent être regardés que comme de simples subdivisions, plus ou moins bien faites, des genres naturels d'Artedi et de Linnseus/ Dans ce grand ouvrage, Bloch suit la mé- thode de Linnaeus, telle que Pennant l'avait modifiée, c'est-à-dire, en ramenant dans la classe des poissons, les aniphibia nantes, et 1. Voyez Schneider, dans la préface du Sjstema de Bloch, p. XV 5 et les Mémoires de M. Lichtenstein, dans les volumes de l'académie de Berlin de 1820 et 1821. 2. Ses batrachus , où il rapproche heureusement certains gades et certains cottes de Linnœus. 3. Par exemple, ses luijans , où il rassemble des perches, des sciènes et des labres, uniquement parce que leur préoperculc est dentelé. 4. C'est ainsi qu'il a séparé des perches ses epinephelus , ses anthias, ses holocenirus , ses bodianus , ses gymnocephalus. 148 LIVRE PREMIER. en les divisant, comme Artedi, en deux ordres, les bjYincMostèges et les chondj^optérygiens. Toutefois, dans ses poissons d'Allemagne, il renverse l'ordre de Linnœus et commence par les ab dominai LT y parce que c'e^t parmi eux qu'il y a le plus d'espèces susceptil)les d'être élevées avec profit. Mais sur la fin de sa vie, BIocli avait préparé un système général', où il plaçait non -seulement les espèces décrites dans son grand ouvrage, mais toutes celles dont les auteurs lui fomnissaient des descriptions suffisantes, et il avait imaginé pour les classer une méthode fondée uniquement sur le nombre des nageoires, conmie le système sexuel de Linnaeus l'est sur le nombre des étamines, et en subdivisant, d'après la position relative des ventrales et des pectorales, ce même caractère dont Linnaeus s'était servi pour sa division première. ^ 1. M. E. Blochli Sjstema ichthjologiœ iconibus CX illusiratum, posl obiium auioris opus inchoalum, ahsohit , correxil , interpolavit ^ Joh. Goitl. ScHKEiDER; Berlin, 1801, 1 roi. in-S.", avec cent dix planches. 2. Disposition des genres dans le sjslème posthume de Bloch, I. Hendecapterygii, 3. Abdominales, Ealrachus. Lepadogaster. Polrnemus. Uranoscopus. 11. DECAeTE;(YGll, III. Enneapterygii, Enchelyopus. 1. Jugularcs, Scomher. Trachinus. Gadus. IV. OCIOFTERYGII, PlO-cis. _ 2. Thoracici, 1. Jugulares, 2. Tlioracici, Trigla. Callionjmus. Piatrcephalus, HISTOIRE DE l'iCHTYOLOGIE. 1 49 Il n'aurait pu mieux faire, s'il avait eu l'in- tention de tourner en ridicule les méthodes artificielles et de prouver à quels rapproche- mens absurdes elles peuA eut conduire. Jamais, en effet, il n'y en a eu de plus étrange; l'atlié- rine se trouve à côté du centrisque, la lori- caire près du squale; la raie est très-loin du squale et près du silure et du brochet ; les anguilles et les tétrodons sont dans la même classe, etc., etc. Des genres entiers y sont for- més par des rapprochemens non moins bizarres d'espèces : dans ses girwumstes , par exemple. Cnltus. Loricaria. Ophicephalus. Peiiophtalmus. Squalus- Lepidopus. Eleotiis. V. Heptaptebygii, Echeneis. Gobius. i. Jugiilares, Cepola. Johnius. Lophius. Labrus. Mullus. Pi er a dis. Spams. Sciœna. Pleuronectes. Scarus. Perça. Kfrtus. Corjphœna. Xiphias. Trichogaster. Epinephdus. Zeus. Cenlronotus. jdnthias. Brama. Blennius. Cephalopholis. 3Ionocentris. Perds. Calliodon. Lonchurus. Trichonotus. Holocentrus. Macrurus. 2. Thoracici, Liitjanus. ^gonus. Monoceros. Bodiaims. Ecjues. Grammistes. Cichla. 3. Abdominales, Scorpœna. Gjmnocephalits. Cataphractus. Synaiiceia. 3. AbUoniiriales, Sphjrœna. Cydopteriis. Adpenser. Atherina. Amphipi-ion. Chimœra. Centriscus. Awphacanthus. Pristis. Fistularia. Actinlhtirus. fihiiia. MugU. Chœtodon. hhinobatus. Gasterosteus. Alphestes. Raia. 1 50 LIVRE PREMIER. il en a rassemblé de dix-huit genres naturels difïerens, qui ne se tiennent que par les lignes longitudinales dont leur corps est marque; dans ses cichla de sept, etc. 11 y en a cepen- dant aussi de bons, qu'il a établis le premier; ses sjnanceia, par exemple, que l'on confon- dait avec les scorpënes , et il en a adopté avec raison plusieurs de Gronovius, de Brunnich et de quelques autres de ses prédécesseurs.' La plus grande utilité de cette production singulière consiste en ce que l'auteur y a in- séré plusieurs espèces nouvelles , qu'il avait re- Platyslacus. 2. Anali carentes, Tœnioides. Silurus. Trachypterus. Sfrlephorus- ^nahleps. Gymnelrus. IX. Triptekygii , Acanthonotus. YII. Pentapteryou, 1. Apodes, Esox. Apodes, Gymnonolus. Srnodus. Ophidium. 2. Acliiri, Salmo. Pomatias. Sjnhranchus. Clupea. Gnathoholus. Gymnothoiax. Exocœtus. Murœna. X. Dipterygii, Chauliodus. Stiomateus. 1. Apodes, Elops. Ammodjtes. Ovum. Alhula. Sternoptjx. 2. Apodes et achiri , Cobitis. jdnarrhichas. Petrowyzon. Cjprinus. Channa. Leptucephalus. jémia. Sternarchus. XT. Mokopterygii, Pœcilia. Ostracion. Apodes et achiri, Pegasiis. Tetrodon. Gastrobranchus- Monnjrus. Orthagoriscus. Sphagebranchus. Polyodon. Diodon. Fluta (monoptère). Argentina. Sjngnathus. Typhlobranchus. TI. HEXArTERYGll , Vni. Tetrapterygii , I. Ajiodes , Apodes, Batistes. Trichiurus. M/nchoLdella. Bogmarus. HISTOIRE DE l'iCHTYOLOGIE. 151 eues depuis que son grand ouvrage était ter- mine. Son éditeur, M. Schneider, y a fait lui- même des additions importantes, prises des papiers de Forster et de quelcpies auteurs plus récens. Il y a inséré aussi plusieurs remarques critiques dignes d'attention, et quelques ob- servations auatomiques, en sorte que c'est un recueil à peu près complet sur les poissons connus au commencement du siècle actuel. Le nombre des genres y est de cent treize; celui des espèces , de quinze cent dix-neuf. Mais dans le nombre il y en a bien une centaine de dou- teuses ou de répétées deux et trois fois. Ayant eu l'avantage , grâce à la complai- sance des naturalistes de Berlin, de pouvoir remonter aux sources employées par Bloch , d'examiner les poissons mêmes qu'il possédait dans son cabinet, et de ramener à leurs es- pèces tous les doubles emplois, nous ferons connaître dans le cours de cet ouvrage les a vé- ritables genres des espèces qu'il a ainsi dépla- cées, et nous n'y donnerons que trop souvent la preuve de la négligence avec laquelle il a travaillé. C'est pour ne point séparer les ditTérens écrits de Elocb , que nous avons conduit notre histo'ne jusqu'à son système posthume. Main- tenant il faut revenir sur nos pas, et rendre 152 LIVRE PREMIER. compte des ouvrages iclityologiques publiés pendant qu'il travaillait aux siens. L'apparition des premiers Aolumes de sa grande Histoire des poissons semble avoir été le signal de la reprise des travaux généraux sur cette classe d'animaux. A la vérité , Haiiy ne se doutait pas encore de son existence, dans le Dictionnaire icbtyo- logique de l'Encyclopédie métbodique qu'il ré- digea sous le nom de Daubenton , quoiqu'il ne Fait publié qu'en 1787; mais ce Dictionnaire, fait par un bomme qui ne connaissait nullement les poissons, ne consiste guère qu'en extraits de Williioldjv et des autres auteurs cités dans la ■&■ douzième édition de Linnaeus , des cabiers de Rîein et des Spicilegia de Pallas. Il n'y a point d'observations ni de vues propres à l'auteur. Bonnaterre'j cbargé de recueillir des figures 1. René - Jusi Hauy, né en 1745, devenu si illustre par ses découvertes cristal lographiques el par les excellens ouvi'ages dont il a enrichi la minéralogie, morl en i8a2, professeur au Muséum d'histoire naturelle, passa sa jeunesse dans les fonctions obscures de régent des basses classes d'un collège ; Daubenton , dont il suivit les cours , lui inspira le goût de l'histoire naturelle , et l'engagea à travailler à l'Encyclopédie mé- thodique sous sa direction et sous son nom. On peut remarquer que ce n'est qu'après la mort de Daubenton que Lacépède l'a cité comme auteur de ce Dictionnaire. '2. N. BoNNATiiRRE, prêtre du Rouergue, mort en i8o4, profes- eçiir à l'école ceutrale de Rhodes, avait été chargé par le libraire HISTOIRE DE l'iCHTYOLOGIE. i 53 pour la même entreprise, se crut obligé de re- faire un texte plus au niveau de l'e'tat de la science; dans les planclies d'ichtyologie, pu- bliées en 1 788 , il copia tout ce qui avait paru alors de Bloch, et compléta son travail avec des figures de Pallas, de Rœlreuter, de Gro- novius, de Broussonnet, du musée d' Adolphe- Frédéric, de Pennant, et, lorsque ces auteurs ne lui en fournissaient point , par celles de Catesby et de Willughby, et même de Rondelet et de Margrave ; il en réunit ainsi plus de quatre cents, mais cette collection, utile pour ceux qui ne possèdent pas les originaux , a besoin d'être consultée avec précaution. Elle n'a pas plus que le Dictionnaire d'Haûy une connaissance effective des objets pour base ; quand Bloch, Pallas et Broussonnet ne guident pas l'auteur, il suit les citations données par Linnaeus, et s'y perd quelquefois lui-même au point de mettre (n."* 24 2) Vonihre d'Auvergne Panckoucke de diriger la partie des planches de l'Ericjclopédie méthodique pour les mammifères, les oiseaux, les reptiles, les poissons et les insectes, comme Bruguière le fut pour les vers, et M. de Lamarck pour les végétaux. Bonnaterre rédigea un texte étendu sur les classes qu'il eut à faire représenter : il a eu pour continuateur, quant aux mammifères, M. Desmarest, plus en état que lui de remplir une pareille mission. Pour les vers , M. de Lamarck a succédé à Bruguière , et M. Lamouroux à M. de Lamarck. ^54 LIVRE PREMIER. {sahno thjmallus) à la place du sciœna um- bray et (ii.° 120) le pilote (scornber ductor) à la place du corjphœna pentadactjla , qui est un rason, etc. On doit porter un jugement peut-être en- core plus sévère de VArtedius j^enovatus , de TValbauin^, commencé aussi en 1788. C'est le texte d'Artedi , augmenté dans des notes d'additions prises de tous les auteurs posté- rieurs : Linnaeus, Forskal, Pallas, Gronovius, Blocli, etc. , et entassées sans comparaison, sans critique et dans les termes mêmes de ces écri- vains. Schneider a prouvé que Walbaum con- naissait fort mal les poissons, et sa compila- tion montre qu'il avait aussi peu de goût que de jugement.^ JNéaumoins ces sortes de livres sont néces- saires : si l'on ne peut s'en rapporter à leur seule autorité, ils donnent l'indication des autorités primitives, et épargnent ainsi beaucoup de temps a l'homme qui veut approfondir une 1. Jean- Jules Walbaum, médecin de Lubeck , né en 1724, mort en 1800. La Bibliothèque et la Philosophie de son Artedius renovatus parurent en 1788 et 1789; les Gênera, en 1792; les deux dernières parties, en 1793. Sous chaque genre il place les espèces décrites par les écrivains postérieurs à Artedi, et à la fin du volume les nouveaux genres avec leurs espèces. 2. Vojez la préface du Sjstema de Bloch , p. x\i. HISTOIRE DE L ICHTYOLOGIE. i 55 branche spéciale de la science. Malheureuse- ment ils ne pourraient être bien faits que par ceux qui l'auraient déjà approfondie, et ce qu'il y a de plus rare, c'est que de tels hommes ne se croient pas au-dessus d'une tâche de cette nature; aussi la voit-on presque toujours tom- ber dans des mains incapables. C'est ce qui arriva à cette époque, d'une manière bien fâcheuse, pour le Sjstema na- turœ. Un second Linnaeus aurait été néces- saire pour en donner une nouvelle édition et pour y introduire les richesses acquises depuis trente ans, et ce fut un chimiste médiocre, à peu près étranger à l'histoire naturelle , Jean- Fréderic Qmeu^ ' enfin, qui se chargea de cette entreprise si vaste, et qui aurait pu être si honorable. Je crois qu'il n'avait pas vu un seul des animaux qu'il devait y ranger, peut-être même ne lut-il pas les ouvrages dont il y inséra des 1. Jean-Fréderic Gmelin , né à Tubingue en ly^S, de la même famille que les yojageurs en Sibérie , professeur de chimie à Gœltingue, mort en i8o4, auteur d'une multitude d'ouvrages, a donné son nom à la treizième édition du Sjstema iiaturœ; mais il suffit de dire qu'il en a fait paraître les sept premiers volumes, comprenant tout le règne animal , et formant plus de quatre mille pages, dans l'espace de trois ans, de 1788 à 1790, pour que l'on puisse juger que, malgré l'imperfection de sa compila- tion, il n'j a pas travaillé seul. 156 LIVRE PREMIER. extraits ; mais , comme il n'arrive que trop sou- vent en Allemagne, le travail s'exécuta en fa- brique, un certain nombre de jeunes gens se chargèrent de faire ces extraits, et l'éditeur se borna à les rassembler et à les classer. On accumula donc sous les genres de Lin- naeus les espèces indiquées ou décrites par Pallas, par Brunnicb, par Rlein, par Olaf- sen , par Soujew, par Strœm, par Forskal, par Fabricius , par Molina, par Hermann, par Houttuyn, par Pennant, par Meidinger, par Broussonnet , et surtout celles dont Blocb avait traité à cette époque, c'est-à-dire, dans ses Poissons d'Allemagne et dans les deux pre- miers A olumes de ses Poissons étrangers. On en recueillit aussi dans les différens voya- geurs dont nous avons cité les écrits , et l'on y ajouta, autant qu'il fut possible, les citations des auteurs plus anciens dont Linnaeus n'avait pas fait usage. Comme indication pour remonter aux sour- ces, ce grand recueil de citations est certaine- ment très-précieux ; on ne parviendrait qu'avec un très-long travail à en ré u air un aussi grand nombre : mais qui voudrait se fier aux résul- tats exprimés dans le livre, serait souvent in- duit en erreur. Gmelin range les espèces comme les auteurs d'oii il les tire; toutes les sciènes. HISTOIRE DE L ICHTYOLOGIE. 4 57 les perça de Forskal, sont des sciènes et des perça pour lui; il ne manque pas de placer, comme ce voyageur , le centrisque dans les silures; le macroure, qui avait paru à Gunner une corjpliène, en e.^t une aussi pour Gmelin; il suit tout aussi aveuglément Houttujn, et comme ces diffërens observateurs ne se fai- saient pas les mêmes idées de leurs genres , comme plusieurs d'entre eux n'en avaient point de justes des genres de Linnœus, il ar- rive souvent que les espèces sont fort loin de leurs places , et plus souvent encore qu'une seule est multipliée deux et trois fois, ou da- vantage. Il est vrai que d'un autre côté des espèces différentes sont confondues comme si elles n'en faisaient qu'une; mais au total, le nombre ap- parent des espèces , qui est de liuit cent vingt- six, doit être diminué : il y en a au moins cin- quante de trop. Cinq genres seulement, les ster- noptyx, les leptocéphales , les kurtus, les scares et les centrogastres , sont ajoutés aux soixante- un de Linnaeus, en sorte que le total n'est que de soixante-six; les espèces qui composaient les autres genres nouveaux décrits par d'autres auteurs, sont réparties dans les genres anciens et souvent fort au liasard; mais pour la dis- tribution des ordres, Gmelin cède à l'opinion ] 58 LIVBE PREMIER. générale, ramené les cartilagineux dans la classe des poissons et les y place à la fin, comme Artedi, sous les dénominations de brancliiostëges et de cliondroptérygiens. Pour terminer l'histoire de l'ichtyologie avant M. de Lacépède, il nous reste à parcourir les travaux des anatomistes sur les poissons pen- dant le dix-huitième siècle , comme nous avons exposé] précédemment ceux des anatomistes du seizième et du dix-septième sur la même classe. Le zèle pour l'anatomie comparée s'était ra- lenti au commencement du dix-huitième siècle, lorsque les médecins eurent reconnu avec raison que l'homme devait être étudié sur l'homme lui- même, et que pour tous les détails de la structure d'une espèce, l'anatomie d'une autre espèce peut devenir un guide trompeur. Il resta néanmoins quelques imitateurs de Duverney, qui firent des observations comparatives sur dilïerens organes, et qui y comprirent quelquefois ceux des pois- sons. Ainsi Pou? fou7^-Dupelit\ dans ses Recher- ches sur les yeux, fit connaître les proportions du globe dans cette classe , la forme presque sphérique de son cristallin.^ 1. François Pourfour-Dupetit, né à Paris en i6G4, long-temps médecin des armées, membre de l'Académie en 17:^2, mort en 174'. 2. Mémoire sur plusieurs déconcertes faites dans les yeux de i59 Divers auteurs d'anatomie humaine donnè- rent aussi par occasion des figines de sque- lettes d'animaux ou de leiu's parties. Pour les poissons en particulier, Cheselden ^ représenta dans les vignettes de son Ostéograpliie le sque- lette de la raie et les mâchoires et les dents du brochet, du scare et du glossodonte. Il y eut d'ailleurs de ces figures de squelettes et d'autres parties intérieures de poissons dans des ouvrages , tels que ceux de Meyer et de Duhamel^, dont nous avons déjà parlé, et qui n'étaient consacrés essentiellement qu'à leur histoire naturelle. Mais vers le milieu du siècle, Ilaller rendit à l'anatomie comparée un nouvel éclat , par les applications importantes qu'il en fit à la physiologie générale; à peu près à la même épo- que, Buffon et Daubenton montrèrent qu'elle n'a pas moins d'importance pour la simple histoire naturelle et pour la distinction des l'homme , des quadrupèdes, des oiseaux et des poissons ; Mém. de l'académie des sciences de Paris, 1726, p. 69. Mémoire sur le cristallin de l'œil de l'homme, des animaux à quatre pieds, des oiseaux tt des poissons; ihid. , 1750, p. 4 — 26. 1. Guiilnume CuEsr.LD^y , célèbre chirurgien anglais, né en 1688, mort en 1762, auteur d'une Osiéographie ornée de belles planches j Londres, 1755, grand in-folio. '2. Mejera représenté ceux de toutes les espèces qu'il a figurées. Duhamel donne ceux de la carpe, de la raie, de la torpille , du tarrelet. ] 60 LIVRE PREMIER. animaux entre eux, et, à leur imitcition, les Monro, les Camper, leslhmter, les A icq-dWzyr^ les Scarpa s'en occupèrent sous ces nouveaux points de vue, et firent des de'couvertes dont la classe des poissons profita, comme toutes les autres, quoique les iclitjologistes de ce temps, renfermés dans les limites étroites des systèmes linnéens, les aient peu fait entrer dans leurs considérations. Ainsi Haller^ a donné lui-même d'excel- lentes descriptions de TœiP et du cerveau "^ de plusieurs poissons; il a surtout fait connaître les divers modes de sus])ension de leur cristal- lin , et cherché à déterminer la correspondance des différentes parties de leur encéphale avec celles du nôtre. 1. Albert DE Haller , poëte, botaniste, anatomiste , savant presque universel , célèbre principalement par ses ouvrages pbj- siologiques, né à Berne, d'une faiiiille patricienne, en 1708, professeur à Goettingue de lySG à 1755, ensuite l'un des magis- trats de sa patrie, où 11 mourut en 1777. La liste de ses ouvrages est immense; mais on peut la trouver partout, et ceux que je marque dans le texte sont les seuls qui nous intéressent pour notre objet. 2. Dans un mémoire envojé à l'académie des sciences de Paris en 17G2, et plus en détail dans un mémoire adressé à la société rovale de Goettingue en 1765, réimprimé dans ses Opéra minora, t. in,p. 25o. 3. Dans le tome IV de ses Élémcns de physiologie, p. 5g 1, et dans un mémoire envoyé à l'académie hoUaiKlaisc de Harlem en 1760, et réimprimé dans ses Opéra minora, l. 111, p. i<)8. HISTOIRE DE l'iCHTYOLOGIE. 161 Pierre Camper^, vers la même époque, a par- faitement décrit l'oreille des poissons, et donné en même temps des observations intéressantes, quoicpie incomplètes, sur leur cerveau, dans la morue, dans la raie, dans la baudroie, etc.^ Et cependant les sectateurs rigoureux de l'é- cole linéenne, attachés uniquement aux carac- tères extérieurs, ne donnaient aucune attention à ces découvertes. Qui croirait, par exemple, qu'en 1770, dans sa partie anatomique, Gouan assure encore gravement que le cerveau de ces animaux n'a c[ue trois lobes, et qu'ils ne pos- sèdent ni oreille interne ni oreille externe "^P 1. P/tf/-r<; Camper , analomiste plein de génie, et peut-être celui qui a le plus excité à l'étude de l'anatomie comparée par les dé- couvertes piquantes qu'il j a faites, né à Lejde en 1722, profes- seur à Franeker en 1749? ^ Amsterdam en 1765, à Groningue en 1763, membre du conseil d'Etat des Provinces-Unies en 1787^ mort de pleurésie à La Haje en 1789. Il n'a point publié de grand ouvrage; mais on a de lui une multitude de mémoires, insérés parmi ceux des principales académies. Après sa mort, son fils, Adrien Camper, a rédigé sur ses notes, et d'après ses dessins, ses Descriptions anatomiques de l'éléphant et des cétacés. 2. Dans un mémoire imprimé en 1762, dans le septième vo- lume de ceux de Harlem (il est réimprimé dans le premier volume, 2.''cab., de la traduction allemande de ses Opuscules parHerbell); et dans un mémoire envojé en 1767 à l'académie des sciences de Paris, et imprimé en 1774 dans le VI. ''tome des Savans étrangers, p. 177. Celui-ci est dans Herbell , t. Il, 2.*'cah., p. 1. On ne trouve ni l'un ni l'autre dans la collection française publiée par Jansen. 3. Gouan, Histoire des poissons, p. 2 et 79. Nous devons remarquer cependant que l'anatomie qu'il donne de celte classe 1. 1 1 162 LIVRE PREMIER. Ce ne fut que quelques années après que Ficq-d'Azyr^ commença à rattacher un peu davantage l'anatomie des poissons à leur his- toire naturelle. 11 lit entrer leur cerveau et leur oreille dans les comparaisons qu'il donna de ces deux organes dans les animaux vertéhrés. Il a fait aussi de cette classe, prise en général, l'ob- jet d'un examen comparatif; mais la division même qu'il y établit, en cartilagineux, en an- guilliformes et en osseux, qu'il appelle épineux, prouve qu'il n'en avait encore qu'une connais- sance assez légère. Ses figures le prouvent encore mieux. Toutefois ses mémoires contiennent plu- ofFre une nijologie assez nouvelle pour l'époque : mais l'ostéolo- gie n j est qu'ébauchée. 1. Félix Vicq-d'Azyr , médecin et anatomiste célèbre, et écrivain brillant , né à Valognc en 1748, secrétaire de la société royale de médecine en lyyJ, niembre de l'académie des sciences en 1774? et de l'académie française en 1788, professeur à l'école vétérinaire, mort en 1794- H a publié sur le cerveau plusieurs mémoires et un grand ouvrage orné de plancbes magnifiques , et il avait com- mencé pour l'Encjclopédie méthodique une suite de descriptions anatomiques particulières d'espèces extraites de toutes sortes d'au- teurs. M. Hippoljte Cloquet la continue. Les écrits dont nous parlons dans le texte sont, 1.° deux mémoires pour servir à l'his- toire anatomique des poissons, dans le tome VU des Savans étrangers, imprimé en 1776, p. 18 et 233; 2.° un mémoire sur la structure du cerveau des animaux, comparé à celui de l'homme; Acad. des se, 1783, p. 468 — 5o4- îls sont réimprimés dans la Collection des œuvres de Vicq-d'Azyr par M. Moreau , t. V, p. i65 et suivantes. On trouve aussi en tête de cette collection une vie de Vicq-d'jVzjr et une indication de ses écrits, rédigées l'une et l'autre avec beaucoup de soin pai l'éditeur. HISTOIRE DE L ICHTYOLOGIE. 163 sieurs observations intéressantes qui n'avaient pas été faites avant lui. Mais l'auteur capital sur cette matière, c'est Alexandre Monro ^ le fils'. Dans son Traité du système nerveux ^ , il donne des figures du cer- veau et d'une partie des nerfs de la morue; clans son Traité de l'anatomie et de la physiologie des poissons^, il fait connaître les parties molles de ces animaux , et surtout leurs intestins , leur circulation , leur système nerveux , leurs or- ganes des sens, leurs a aisseaux muqueux, par de grandes et belles planches ; enfin , dans son Traité de l'oreille, il a parfaitement représenté celle de la raie.^ Après ces auteurs qui ont traité de tout ou de plusieurs parties de l'anatomie des poissons , nous devons aussi mentionner ceux qui se sont attachés seulement à quelqu'un de leurs organes en particulier. 1. Alexandre Monro , le père, né à Londres en 1697, pi'ofesseur à Edimbourg, mort en 1767, a lui-même laissé un petit traité d'analomie comparée, imprimé après sa mort. Celui dont nous parlons est son fils , nommé aussi Alexandre , et professeur à Edimbourg^. '2. Obseri^ations on the structure and functions of the nervous Sys- tem; Edimb. , 1783, in-foi. — 3. The structure and phjsîologj of fishes explained and compared u-ith those ofman and other animais; Edimbourg, 1785 , in-fol. Il j en a une traduction allemande par Scbneider. — 4. Observations on the organ of hearing in man and other animais, Edimbourg, «797, in-4.° 164 LIVRE PREMIER. Leur ouïe a occupé les physiciens non moins que les anatomistes. Klein, dès 1740, avait décrit les pierres de leur oreille \ Nollet , en 1743, avait fait des expériences qui prou- vent que l'on peut entendre sous l'eau \ Ar- deron en fit de directes en 1748, sur la fa- culté que les poissons ont d'entendre^. Geof- froy décrivit en 1 7iS5 le labyrinthe osseux de la raie'^; et indépendamment des découvertes de Camper et de Monro dont nous avons parlé tout à l'heure , sur le labyrinthe membraneux des divers poissons , lesquelles vinrent à la suite du mémoire de Geoffroy , il parut sur ce sujet en 1782 un mémoire de John Hiinter^, oii il assure avoir connu cet organe dès avant l'année 1 760 , et oîi il décrit pour la première fois l'orifice extérieur de l'oreille dans les chondrop térygiens. En 1789, M. Scarpa fit paraître son beau Traité^ de l'odorat et de l'ouïe, et y représenta 1. Dans le premier cahier de ses Missus , etc.. dont nous avons parlé ci-dessus p. iij. 2. Mémoires de l'académie des sciences de Paris pour 174^? p. 19g. — 3. Trans. plnl., t. XLV, n.''486, p. 149. — 4. Mém. des savans étrangers, t. il, p. iG4 j dans un mémoire sur l'oreille des reptiles. 5. Dans le tome LXXII des Transactions , p. 579, réimprimé dans ses Observations sur l'économie animale, p. G9 , et dans la deuxiénie édition, p. 81. 6. /inatomicœ disquisitiones de audit u et olfadu; Tioiai, 1789, HISTOIRE DE Lf CHTYOLOGIE. 1 61S les organes de ces deux sens dans les poissons par de fort belles ligures. Cojnparetti donna la même année un ou- vrage ' sur l'ouïe , oîi il décrivit aussi leur oreille avec beaucoup de soin, mais sans en donner des dessins aussi bien exécutés. En \ 788 , M. Ebel, dans ses Observ ations névrologiques ^, a décrit les cerveaux de plu- sieurs de leurs espèces. On puljlia aussi quelcpies observations sur les dents des poissons. Hérissant^ , en 1749, décrivit celles du requin ^ ; plus récemment , André a représenté celles de l'anarique et du cbétodon. ^ Broussonnet a écrit en 1785 nn mémoire sur leur respiration^; Spallanzani en a fait l'objet d'expériences importantes'^, qui ont été complétées par M. Silvestre^ , et à la fin de in-folio; par Antoine Scarpa , l'un des plus habiles anatomistes de nos derniers temps , professeur à Pavie. 1. Observationes anniomicœ de aure interna comparnin ; Padoue, 1789 , in-4/; par André Comparetti, professeur à Padoue. 'J. Obsermtiones nevrologicœ ex anatonie comparata , auct. J. Got. Ebel; Francfort sur l'Oder, 1788, in -8.°; réimprimé dans les Scriptores nei'rologici minores de Ludwig, t. III, p. i48. 3. François- David HtRisskfiT, anatomisle habile, membre de l'académie des sciences, né à Rouen en 1724, mort en 1773. 4. Mém. de l'Académie pour l'année 1749- — 5. Trans. phil., t. LXXIV. — 6. Mém. de l'acad. des se. de Paris, 1785, p. 174; réimprimé dans le Journ. de phjs., t. XXXI, p. 28g. — 7. Dans son Traité de la respiration.— 8, Bull, delasoc. phil., t. I,p 17. 166 LIVRE PREMIER. la période (en 1795) M. Gottîielf Fischer a appelé l'attention sur les rapports que leur vessie natatoire pourrait avoir avec cette fonc- tion'. Déjà en 1776 Erxlehen avait fait des recherches sur l'usage de ce singulier organe et sur l'origine de l'air qu'il contient.^ Quelques descriptions anatomiques d'espèces ajoutèrent à ce que l'on connaissait sur leurs viscères, et principalement sur ceux de l'ab- domen. ^ Il n'y eut pas jusqu'à leurs vaisseaux lym- phatiques qui ne devinssent pour Hewson^ l'objet de recherches suivies et difliciles. ^ Réaiunur^ avait fait co?:naître en 1716 la 1. Essai sur la vessie natatoire des poissons (en allemand); Leipzig-, 1795, in-8." 2. Dans ses Mémoires physiques et chimiques, p. 543. 3. Kœlreuter, dont nous avons déjà mentionné les Mémoires ichtjo logiques, imprimés dans divers volumes de l'académie de Pétersbourg , depuis i yôS jusqu'en 1 791, j- a joint beaucoup d'ob- servations sur leur splanchnologie, et il en a donné séparément sur les viscères de l'Esturgeon hausen et du sterlet. [iSovi comment. , t.XVI,p. 5ii,ett. XVU,p. 52 1.) Sieller disséquait aussi avec soin les poissons qu'il recueillait, et les descriptions extraites de ses papiers , soit dans les vo- lumes de l'académie de Pétersbourg, soit dans le tome III de la Zoographie de Pallas, offrent de très -bonnes observations splanchnologiques. 4. Guillaume Hewson, chirurgien de Londres, mort en 1774- 5. Transactions pliilosophiqnes, t. LIX, p. 198, et Journal de physique, introduction, t. I, p. 35o et 4oi. 6. René'Anioine Ferchaud de Réaumur , intendant de l'ordre de HISTOIRE DE l'ichtyologie. 1 07 matière qui colore les écailles des poissons, et que l'on en détache pour l'employer a la fabrication des fausses perles.' Baster décrivit les écailles de quelques pois- sons^, et il y eut aussi sur ce sujet un mémoire particulier de Broussonnet. ^ L'organe qui remplit le museau de certains squales, et qui sécrète une mucosité si abon- dante, fut décrit par Lamorier.'^ Les poissons électriques et les organes par lesquels ils exercent leur singulière faculté, occupèrent aussi beaucoup , pendant ce siècle , les anatomistes et les physiciens. En i714, Réaumur^ avait donné une idée de la structure de ces organes dans la tor- pille, mais en l'accompagnant d'une explica- tion très-fausse de leurs effets, La force de cette faculté dans le gymnote, donna lieu à s'en faire des idées plus justes. Richer l'avait éprouvée dès i677 à Cayenne; Saint-Louis, membre de l'académie des sciences, savant dans tous les genres, mais célèbre surtout par ses admirables mémoires sur les insectes, était né à La Rochelle en i683 , et mourut à Paris en 1757. 1. Académie des sciences, année 1716. p. 229. — 2. Dans ses Opuscula suhseciva et dans les Mémoires de Harlem, t. \T, p. 746. — 3. Journal de physique, t. XXXI, p. 12. — 4. Académie des sciences de Paris, année 1742, p. 02. 5. Son Mémoire sur la torpille est dans le volume de l'Académie pour 1714? p- 544- 1G8 LIVRE PREMIER. mais Allamand \ en 1 755 ^ , réveilla sur ce sujet rattention des physiciens, en annonçant qu'elle dépendait de la même cause que le phénomène de la bouteille de Leyde , qu'il ve- nait de découvrir. Adanson avança la même chose sur le silure en 1757^ Vandej^-Lott^^ Bancroft^, rendirent la conjecture d' Allamand de plus en plus probable, et fValsh la démon- tra en 1775^, par des expériences précises, laites non-seulement sur le gymnote, mais siu' la torpille. A cette occasion , John Hunier donna en \ IT^ une anatomie nouvelle et exacte des organes électriques de ces deux poissons ^ ; en 1787, Paterson ajouta un Tétrodon à la liste des poissons qui jouissent de cette faculté. ^ L'intérêt engagea plusieurs observateurs à traiter de la fécondation naturelle^ ou artifi- 1. Jean-lSicolas-Sébastien Allamand, professeur de physique et d'histoire naturelle à Leyde, né en lyiS, mort en 1787, connu, indépendamment de ses découvertes en électricité, par les sup- plémens qu'il a donnés aux animaux de BufFon. 2. Dans le deuxième Aolume des Mémoires de Harlem. — 3. Dans son Histoire naturelle du Sénégal, p. i54. — 4. Dans le sixième volume des Mémoires de Harlem. — 5. Dans son Histoire naturelle de la Guiane. — 6, Trans. j)hil. , t. LXJII , p. 4tji. — 7. Ihid., t. LXm, p. 48i, et t. LXV, p. 095. — 8. Ihid. , t. LXXVI, p. 582 , et Journal de physique, t. XXX, p. 19G. 9. André Helland , sur la génération du saumon, Mém. de Stockholm , 1745; If^. Grant , sur le même sujet, ibid- , i'jS2; Ferris , sur le même sujet, Journ. de phys. , t. XX, p. 021 ; Àr~ ^illander, fécondation du brochet, Mém. de Stockholm, 1765; HISTOIRE DE l'icHTYOLOGIE. 469 cielle* des espèces utiles, de l'âge auquel elles pai viennent ^ de la manière de les nourrir^, de les transporter''; des dommages que quel- ques-unes causent ^ , de leurs maladies ^ et même de leur castration. ^ Broussonnet fît des observations sur leurs vaisseaux spermatiques^. Bloch s'attacha à prou- ver que ces appendices singulières qui tiennent aux nageoires ventrales des raies et des squales mâles ne sont pas des pénis. ^ Houttuin, reproduction des squales, Méin. cliois. holland., t. IX, p. 480; Baiarra, de celle des raies, Mém. de Sienne, t. IX, p. 553; Thomas Harmes , fécondation des poissons , Trans. phil. , t. LVII. 1. Gleditsch, fécondation artificielle de la truite et du saumon, Mém. de Berlin , 1 764 ? 1 767. 2. Martini, sur l'âge des poissons, Recueil de Berlin, t. VIII; Hans Hederstrœm, sur l'âge des poissons, Mém. de Stockholm j 1 769 ; Baldinger, sur l'âge d'un brochet , Med. Journ. , S.*" cahier : il était panenu, disait-on, à deux cent soixante-sept ans. 3. J. lleinh. Forster, sur la méthode d'élever les carpes dans la Prusse polonaise, Trans. phil., t. LXI, p. 5io. 4. Manvitz, sur le transport de quelques poissons, Occup. des natural. de Berlin , t. IV, p. 91 5. 5. Martini, Recueil de Berlin , t. VU; Anderson , sur les poissons venimeux , Trans. phil. , t. LXVI, p. 544. 6. Antoine-Kolandson Martin, sur la gale des poissons, Mém. de Stockliolm , 1760 ; idem, sur les vers des poissons, ïbid., 1771 ; Bekman, sur le fie des poissons , Mag. de Hanovre, 1769. 7. Tull, sur la méthode de châtrer les poissons, Trans. phil., t. XLVni, et dans les Mém. de l'acad. des se. de Paris , 1 742 , p. 01 . 8. Acad. des se. de Paris, 1785, p. 170. — 9, Écrits de la soc. des natural, de Berlin . t. VI, p. 377 ; Observ. de la même société, 1. 11, p. 9. 1 70 LIVRE PREMIER. La reproduction de rangiiille fut surtout un problème dont on chercha beaucoup la solu- tion , et dont encore à présent on ne l'a peut- être pas trouvée. Allen\ Dale^ , s'en étaient occupés dès le siècle précédent; dans celui-ci, Valisnieri ^ , Marsi^li ^ , De^éer ^ , Monti ^^ Mondini^ , Spallanzani^ et plusieurs autres en firent l'objet de leins recherches. CavolinPy dans ses Observations sur la gé- nération des poissons, confirma entre autres faits curieux, celui de l'hermaphroditisme cons- tant du serran, qui déjà avait été annoncé parAristote. Des hermaphroditismes accidentels furent observés dans plusieurs autres espèces. ^° Tels étaient les progrès de la science ichtjo- logique vers la fin du dix-huitième siècle, lors- 1. En iGgSjTransact., t. XIX , p. GG/j. — 2. En 1698,, idem, t. XX , p. 90. — 3. Dans ses OEuvres, t. U, p. 89, et dans les Mém. des curieux de la nat. , App. ad cent., 1. 1 et II, p. i53. — 4. Giornale dei litierati d'Italia, t. XXIX , et dans les Act. vratisL, ient., t. y, p. 1690. — 5. Mém. de l'acad. de Stockholm, ijSo, p. ig4. — 6. Mém. de l'institut de Bologne, t. VI, p. 392. — 7. Ibid., t. VI, p. 4o6. — 8. Dans sesVoj'. dans les Deux-Siciles, taduction française , t. VI. 9. Philippe Cavolini , Memoria sulla generazione dei pesci e dei granchi; Naples, 1787, in-4." : traduit en allemand par Zinuner- mann; Berlin, 1792, in-8.° 10. Dans la carpe, par Alischer {BresL Samml. . ij^S) et par Brukmann [Commerc. lilltr. Norimb. , Noi\ 1734); da"s •» niorue, par Link [^Act. vralisl. , t. XyUI, p. G17). HISTOIRE DE l'iCHTYOLOGIE. i 7\ que M. de Lacépede'^ commença à en faire l'objet de ses ouvrages. Pendant les cent vingt années qui s'étaient écoulées depuis Williighby, des moyens aA aient été découverts d'assurer la nomenclature des poissons; un nombre consi- dérable de leurs espèces avaient été constatées par des descriptions détaillées et des figures cor- rectes; on avait essayé pour leur classement des distributions méthodiques très - diverses ; pres- que tous leurs systèmes organiques avaient été étudiés par des anatomistes habiles ; on avait fait des observations curieuses sur leurs habi- tudes et sur leur économie ; et il n'est pas dou- teux que cet écrivain éloquent , qui avait conçu le plan de son livre d'une manière grande et élevée , et dont le talent a su faire trouver du charme à l'histoire de ces êtres qui semblent 1. Berntud-Gennain- Etienne de la Ville, comte de LacÉpède, ne à Agen en i yBG , garde du Cabinet du Roi en i ySS , professeur au Muséum d'histoire naturelle en i 796 , membre de l'Institut en 1796, du sénat en 1800, grand-chancelier de la Légion d'honneur en 1802 , mort en 1826, écrivain d'une grande élégance, et homme d'une bonté parfaite, a publié des ouvrages sur la musique, sur la physique générale, sur l'électricité, et des histoires des qua- drupèdes ovipares, des serpens, des poissons, des cétacés, qui font suite à la grande Histoire des quadrupèdes vivipares et des oiseaux, dont les matériaux, rassembles en partie par Daubenton, Gueneau de Montbéiiard, elBexon, ont reçu du talent de Buffon une forme si admirable. L'histoire des poissons est imprimée en cinq volumes in-4.'' et en dix volumes in-12. i72 LIVt\E PREMIER. nous toucher si peti et n'éveiller par aucun coté notre i ma i^i nation; il n'est pas douteux, disons-nous, cpi'il n'eut élevé un monument imposant , s'il se fut trouvé dans des circons- tances moins défavorables ; mais ayant écrit son livre pendant les années les plus orageuses de la révolution, lorscpie la France était séparée des peuples voisins par une guerre cruelle, il ne put profiter de beaucoup de matériaux con- tenus dans de ^ ouvrages étrangers , et même la grande Ichtyologie de Blocli, cet ouvrage ca- pital, qui était entièrement terminé lorscpi'il commença à publier le sien \ ne lui était pas encore parvenu en entier , et ce ne fut que dans le quatrième de ses volumes qu'il com- mença à citer les six derniers de l'icbtyologiste de Berlin, comme Bloch lui-même, en compo- sant son Sjstema y publié après sa mort, et même son éditeur Schneider , n'eurent con- naissance que des deux premiers volumes de M. de Lacépède. On doit toujours faire atten- tion à ces circonstances , lorsque l'on veut com- parer les ouvrages de ces deux célèbres ichtyo- logistes. 1. Le douzième volume du Bloch fiançais est de 1797- Le pre- mier tome, in-4.", de l'Histoire des poissons de M. de Lacépède est de 1798 ; le deuxième, de 1800 ; le troisième et le quatrième, de i8o2 , et le cinquième, de i8o3. HISTOIRE DE l'iCHTYOLOGIE. i 75 Une difriculté non moins grande , à nne épo- que où nous avions perdu toutes nos colonies, et où aucun de nos vaisseaux n'osait se hasar- der sur les mers , c'était celle de se procurer des poissons des mers éloignées et de les examiner sur nature. Le naturaliste français se vit donc obligé de prendre pour base principale de son travail les listes des poissons rédigées par Gmelin et par Bonnaterre, et c'est de là cpi'il tira les carac- tères de ses divisions et du plus grand nombre de ses genres , en y ajoutant cependant des es- pèces provenues de différentes sources. Le Cabi- net du Pioi lui en fournit quelques-unes; il en trouva davantage dans le Cabinet du Stad- houder, que l'on avait apporté à Paris en 1795. Un petit nombre lui fut donné par Le Blond, médecin à Cayenne. M. Bosc, savant naturaliste, qui avait été pendant quelque temps consul a New-York , lui remit des des- sins qu'il avait faits dans ce pays. Quelques particuliers, surtout M3L Noël et Mesaize , de Rouen , lui adressèrent des dessins et des notices des poissons que le hasard leur fournissait, et qui leur paraissaient remarquables; mais ses matériaux les plus abondans provinrent des manuscrits de Commerson , et des dessins qui avaient été faits sous les yeux de cet obser- 474 LIVRE PREMIER. vateur, auxquels il joignit ceux qu'Âubriet avait copiés dans les manuscrits de Plumier pour la collection des vélins. Malheureusement, comme nous l'avons dit plus haut, il ne put profiter des poissons eux-mêmes que Commer- son avait envoyés avec ses dessins, mais qui étaient demeurés inconnus depuis la mort de Buffon. Ces différens matériaux n'étaient pas de la même valeur. Les hommes qui fournissaient des notes, n'étaient pas tous à beaucoup près des ichtyologistes de profession. Les copies d'Aubriet avaient en plus d'un endroit altéré les originaux, et ces originaux eux-mêmes avaient souvent omis des caractères essentiels. Les dessins de Commerson n'étaient pas tou- jours rapportés à ses descriptions , et bien des fois M. de Lacépède fit une espèce de la description, et une autre du dessin; mais, ce que l'on croira diflicilement, il lui est arrivé plus d'une fois aussi de faire encore une es- pèce de la phrase caractéristique écrite sur ce dessin. On ne peut s'expliquer ces singulières aberrations que par cette circonstance, qu'il composa ses articles à la campagne, où le régime de la terreur l'avait exilé , loin des papiers qu'il avait consultés , et seulement avec les notes qu'il en avait prises, et par cette autre qu'il HISTOIRE DE LICHTYOLOGIE. ] 75 nomma les figures gravées sur ses planches suivant ce qu'il crut y reconnaître, et non pas d'après ce qui était écrit sur le dessin original qu'il n'avait plus sous les yeux. Comme beaucoup d'autres naturalistes, M. de Lacépède a aussi été exposé à ne pas recon- naître certaines espèces que des auteurs plus anciens avaient déjà décrites, soit parce que ses individus avaient perdu leurs couleurs ou leurs formes , soit parce que les descriptions elles-mêmes avaient été faites sur des individus altérés, soit enfin parce qu'il n'en avait pas sufîisamment saisi les expressions. Il est résulté de là qu'aux doubles emplois qui existaient déjà dans les écrivains systé- matiques auxquels il s'était rapporté avec trop de confiance, il en a ajouté un grand nombre d'autres, et que la totalité de ses espèces, qu'il porte à quatorze cent soixante-trois, doit être réduite de plus de deux cents; mais ses multi- plications de genres ont contribué bien plus puissamment encore à mettre de la confusion dans son ouvrage. La première source de ces multiplications a été encore ce défaut d'une comparaison suffi- sante entre les figures et les descriptions de Commerson. Tel genre fondé sur une note de ce voyageur, reparaît ensuite sous un autre nom 1 76 LIVRE PREMIER. d'après ses dessins, et souvent il se reproduit une troisième fois d'après quelque autre natu- raliste. ' La confiance implicite accordée à tous ses devanciers, a été une autre source de ces gen- res imaginaires. Toutes les fois que Brunnich, Houttuyn, Forskal, Gmelin, placent un pois- son sous un de leiu^s genres, M. de Lacépède, ne pouvant croire qu'ils se sont trompés, lui suppose tous les caractères^ communs de ce genre , et trouvant ensuite dans sa description particulière quelque trait qui lui paraît propre à le distinguer, c'est de la première supposi- tion et de ce caractère spécial qu'il compose son nouveau caractère générique. Il lui est arrivé enlin de faire des genres nouveaux d'après des poissons qu'il observait en natiue, sans remarquer qu'ils étaient déjà 1. Ainsi un dessin de Commerson est gravé sous le nom de synode renard. La note inscrite sur ce dessin donne lieu à établir le genre butirin et l'espèce du hulirin banane. Un autre dessin du même poisson, par Plumier, parait sous le nom de dupée macrocé- phale. Ce dessin de Plumier revient dans le Bloch de Schneider sous celui à'albula Phanieri; et ni M. Schneider, ni M. de Lacépède ne se sont aperçu que ce poisson est le même que Y'argentina glos- sodonta, qu'ils ont adoptée d'après Forskal. 2. C'est ainsi que le cenirisciis scolopax de Linn.xus , méconnu par Forskal, et donné par lui pour un silure, nommé silurus cornutus , est devenu dans M. de Lacépède le genre macroram- phose. HISTOIRE DE l'iCHTYOLOGIE. i Hl dans son livre d'après d'autres auteurs et sous d'autres noms/ D'ailleurs les motifs d'après lesquels il s'est déterminé à détacher des espèces d'un genre ou à les y laisser, ont été sujets à des variations singulières. Il laisse, par exemple, les anchois dans le genre des Harengs, quoiqu'ils n'aient aucun des caractères qu'il assigne à ce genre, et il en distingue les clupanodons, qui diffèrent à peine des autres harengs. La distrihution générale, étahlie par M. de Lacépède, est celle de Pennant, en cartilagi- neux et osseux, avec la subdivision de Linnaeus d'après les ventrales, appliquée aux uns comme aux autres; mais entre ces deux partitions il en intercale une qui est fondée sur la présence ou l'absence des opercules et des rayons bran- chiostèges. Quand même les faits auraient été exactement suivis, cette division intercalaire aurait encore le défaut d'être bien peu natu- relle , puisqu'elle séparerait , par exemple , les murènes et les synbranches, des anguilles; mais ce qui est bien plus à reprendre, c'est que les caractères assignés aux classes n'existent pas toujours dans les poissons qui y sont rangés; 1. Tel est son genre pogonias , qui ne diffère en rien, pas même pour l'espèce; du pogonai/ie , qu'il donne d'après Commerson. 1. 12 478 LIVRE PREMIER. ainsi les baudroies, les balistes, les mormyres, ont des opercules, quoique M. de Lacëpède sup- pose le contraire ; et il y a des opercules et des rayons dans les murènes, les synbranches et les autres genres démembres des anguilles, aux- quels il rel'u; e les uns et les autres. ^ 1. Voici le tableau de la méthode de M. de Lacépède. CLASSE. POISSONS, i/* Sous-classe. Poissons cartila- gineux. I/^Div. Sans opercules ni mÉin- Lranes branchiales. 1."^ Ord. Apodes. Petromyzon. Gastrobranche. 2.* Ord. Jugulaires. 3.' Ord. T1. loracins. 4.* OiiD. Abdominaux. Raie. Squale, ^odon. II.* Div, Point d'opercules , une membrane branchiale. f>.* Ord. Apodes. 6." Ord. Jugulaires. Lophie. 2." 7.* Ord. Thoraclns. Balisle. 8.* Ord. Abdominaux. Chimère. IIÎ.* Div. Un opercule, point de membrane branchiale. 9." Oki). Apodes. 10.'' Ord. Jugulaire;, 11.*" Ord. Thoraciiis. 12.' Ord. Abdominaux. Polfodon. Esturgeon. IV.* Div. Un opercule et une membrane branchiale. 13." Op.d. .Apodes. Ostracion. Tétrodon. Ovoïde. Diodon. Sphéroïde. Syngnathe, i^." Ord. Jugulaires. i5.' Ord. Thoracins. Cjycloptère. Lépadogastere. 16.' Ord. Abdominaux. Macrorhynque. Pégase. Centristjue. Sous-CLASSE. Poissons osseux. I.'*Div. Un ojicrrule et une mem- brane branchiale. ly.*"" Ord. Apodes. Ce cilié. Monopt'ere. Leptocéphiile. Gymnote. Trichiure. I\'otoptèr e. Ophisurc. Triure. .4ptéronote. HISTOIRE DE l'iCHTYOLOGIE. '| 79 L'histoire naturelle des poissons que Son- Régalec. Odontognathe. Murène. Amviodyte. Ophidie. Macrognathe. Xiphias, Makaiia. ^■4narfn(jue. Coméphore. Stromatée. Rhomhe. s 8.* Ord. Jugulaires. Murénoïde. Callionjme. Calliomore. Uranoscope. Trachine. Gade. Batrachoïde. Blennie. Oligopode. Kurte. Chrysostrome. 19." Ord. Tîioracins. Lépidope. Hialule. Ce pôle. Tœnioide. Gohie. Gobioïde. Gobiomore. Gobiomoroïde. Gobiésoce. Scombre. Scomhéroïde. Caranx. Trachinote. Caranxomore. Casio. Ctvsiomore. Caris. Gomphose. Wason. K)' phase. Osphramene. Trichopode. Monodactyle. Pleclorhinijue. Pogonias. Bostjjche. Bostrj choïde. Echenéis. Macroure. Coryphene. H émiplê ronole . Corjphéuoïde. Aspidophore. yéspidophoroïde. Cotte. Scorpene. Scoinhéromore. Gastérastée. Centropode. Cenlrogastere. Centronote. Lepisacanthe. Céphalacanthe Dactjlopt'ere. Prionote. Trigle. Péristédian. Istiophore. Gj'ninetre. Mulle. Apagon. Lonchure. Macrapode. Labre. Chéiline. Chéiladiptere. Ophicéphale. Hologymnose. Scare. Oslorhjnque. Spare. Diptéradon. Lutjan. Cer.tropanie. Badian. Tcenianoie. Sci'ene. Microptere. Holac entre. Pers'eque. Harpe. Piméleptere. Chéilian. i 80 LIVRE PREMIER. nini a fait imprimer à la suite de son édition de Pomalome. Léiustome. Centrnlophe. ChevaLier. Léiognathe. C'lu\:todon. ^canthinion. Chtxitodipthre. Pomacenire. Pomadasjs. Pomacanthe. Holocanthe- Enoplose- Glj'phisodon. yicanthure- ^spisure- ^canthopode. Séiene. Argyréiose, Zée. Gai. Chrrsolose. Capros. Pleuronecte. Achyre. ' Ord. Abdominaux. Cirrhite. Chéilodactjle. Cobite. Misgurne. Anahleps- Fondule. Coluhrinc. Amie. Butjrin . Triptéronote. Ompok. Silure. Macropi é ronote Malaptérure. Pimélode. Doras. Pogonathe. Cataphracte. Plotose. Agenéiose. Macroramphose. Ceniranodon. Loricaire. I/jpostome. Corydnras. Tachj sure. Salmone. Osmere. Corégone. Chararin. Serrasalme- Elope. Mégalope. Notacanthe. Ésoce. Synode. Sphyr'ene. Lépisostée. Polypt'ere. Scnmbrésoce. Fistulaire. Aulostome. Solénostome. Argentine. Athérine. Hydrargyre. Stoléphore. Muge. Mugiloïde. Chanos. Mugilomore. Exocet. Polynème. Polydactylc- Buro. Clupée. Myste. Clupanodon. Serpe. Mené. Dorsuaire. Xystère. Crprinodon. Cyprin. IL* Div. Un opercule, point de membrane branchiale. 21.' Ord. Apodes. Sternoptix. 22.' Ord. Jugulaires. HISTOIRE DE L ICHTYOLOGIE. ] 81 Biij[fon\ et qu'il a donnée sous son propre nom, oîi il a même placé son portrait, n'est qu'une co- pie presque littérale de celle de M. de Lacépède, avec des articles préliminaires tirés d'Artedi, sur les auteurs d'ichtyologie, sur la terminologie, et avec quelques mémoires de Duverney et de Broussonnet sur diverses parties de l'organisation. On a commencé une traduction allemande de l'ouvrage de M. de Lacépède, par Philippe Loos; Berlin, in-8.'' ^ TeUe qu'elle est, cette histoire des poissons de M. de Lacépède forme aussi une époque en ichtyologie, et elle a servi, conjointement avec le grand ouvrage de Blocli , de base principale à ce qui a été écrit sur cette science jusqu'au moment présent. 23.* Ord. Thoracins. IV.* Div. Point d'opercule ni d» 24.' Ord. Abdonainaux. ■i III.* Div. Point d'opercule , une membrane branchiale. membrane branchiale. 29."" Ord. Apodes. Murène. GYtnnomiir'ene. Murénoblenne- 25." Crd. Apodes. Styléphore. S'ftagclranche. Unib ranch ayerture. 26.* Ord. Jugulaires. 3o.* Ord. Jugulaires. 27.' Ord. Thoracias. 5i.* Obd. Thoracins. 38." Ord. Abdominaux. 32.' Ord. Abdominaux. Mormyre. s 1. Histoire naturelle générale et particulière des poissons ; Paris, i8o3eti8o4, i3vol. in-S." 2. Le premier et le deuxième volume sont de 1799; le troisième, de i8o3i le quatrième, de i8o4. Je ne sais s'il en a paru davantage. 182 LIVRE PREMIER. A la vérité, cela ne s'applique point encore à \ Histoire des poissons de Fisagapatam de RusseP. Quoique imprimée en 1803, comme elle avait été composée aux Indes plusieurs an- nées auparavant, elle est encore entièrement calquée sur la méthode de Pennant, et il n'y a d'ajouté qu'un genre pris de Bloch. Mais, malgré ce que l'on peut y trouver de hasardé dans le placement des espèces, c'est incontestahlement l'ouvrage le plus important que l'on ait sur les poissons des mers orientales, et la compagnie anglaise des Indes, en ordonnant de le publier, s'est acquis un grand titre à la reconnaissance des naturalistes. Les espèces y sont au nom- bre de deux cents, très - exactement dessinées par un artiste du pays, et gravées avec soin en Angleterre. Il n'en est presque aucune qui ne présente suffisamment tous les caractères nécessaires pour la distinguer, et même pour la placer dans le genre et le sous-genre oîi elle doit aller. L'auteur ajoute dans le texte l'indi- cation de leurs principales coideurs et des faits intéressans sur leur histoire. L'influence de M. de Lacépède se marque davantage dans la partie des poissons de la 1. Descriptions and figures of iwo hundred fishes coUected at Ve- zagapatam on the coast of Coromandel , hy Patrick RrssEt, m. d.j Londres, i8o3, 2 vol. in-folio. HISTOIRE DE L ICHTYOLOGIE. 1 85 Zoologie générale de Shaw \ Ce n'est guère qu'un développement du système de Gmelin , augmenté d'espèces tirées de Bloch et de Lacé- pède, et seulement de quelques-uns de leurs genres , les autres ayant été fondus dans ceux de Gmelin; du reste, nulle critique, ni sur les doubles emplois , ni sur la vraie place des es^ pèces. Un très-grand nombre des nouvelles sont réparties dans les anciens genres d'une manière que l'on peut qualifier d'absurde; par exemple, dans ses spares Sliaw place des serrans, des crénilabres, des girelles, des sciènes; dans ses labres il met des sciènes, des perches, etc. Pres^ que toutes les figures sont copiées deLacépède et de Blocli, si ce n'est cinq ou six, prises de pois- sons que Shaw avait observés dans le Muséum brit^innique , dont il avait la garde. L'un de ces poissons forme un genre nouveau , le Stjle- phorus; mais dont il serait dillicile de détermi- ner les affinités d'après ce qu'en dit l'auteur, et 1. George Shaw, né en 1 761 à Bicston , dans Je comté de Buckingham , mort en i8i5, garde de la partie zoologique du Muséum britannique, auteur de plusieurs mémoires parmi ceux de la société linnéenne de Londres, d'une collection de planches intitulée : Natumlists Miscellanj , d'une Zoologie de la Nouvelle- Hollande , etc., et surtout d'une compilation intitulée : General Zoologj, dont il a paru dix volumes de 1800 à 1816. Les lomes IV et y, divisés chacun en deux parties, et qui contiennent les poissons, ont été publiés en i8o3 et i8o4 , immédiatement après les derniers volumes de Lacépède. 1 »4 LIVRE PREMIER. d'après la figure qu'il en donne et qui est faite sur un individu altéré. ^ Les deux ouviages généraux rédigés vers cette époque par M. Duméril , pour l'usage des étudians, son Traité dhistoire naturelle (de 1804) et sa Zoologie analytique (de 1806), concoururent a rendre l'ouvrage de 31. deLacé- pëde plus populaire , en donnant plus de faci- lité pour déterminer ses genres. Le dernier surtout les disposa dans des tableaux synop- tiques, et les distribua dans des ordres et des familles dont les distinctions étaient fixées avec précision ; mais il y prit aussi pour base les caractères tirés de l'absence prétendue d'oper- cules et de rayons aux brancbies, que M. de Lacépède avait mis en avant. ^ 1. M. de Blainville en a donné une figure et une description beaucoup préférables. (Journal de physique, t. LXXXVII, p. G8.) 2. Voici un tableau des familles et des genres de M. Duméril ; mais, pour en faire sentir tout l'avanlage, il aurait fallu pouvoir j marquer les divisions et subdivisions par lesquelles il arrive des familles jusqu'aux genres. La place ne nous Ta pas permis. pQjj^l^Qjyi^^ Avec nageoires ventrales. CAKT.I.AGINFXX. ' ^°"*=^" transversale. Sans opercules. 2." Fam. Plagyostomes Sans membranes. Torpille. I.*"" ORD. Trématopnés. Haie. Bhinohate. Sans nageoires iienii aies, _ Bouche circulaire. qua me Sauale. i." Fam. Cyclostomes. Ao^on Lamproies. Gastrobranches. HISTOIRE DE l'iCHTYOLOGIE. \ 85 Dès-lors l'ouvrage de l'iclityologiste français A membranes. IL* ORD. Chismopnés. 3."= Fa.u. Baudroie. Lophie. Batiste. Chimère. A opercules. Sans membranes. III.' ORD. Éleuthéropomes. ^.^ f'am. Pvlyodon. Pégase. Acipenser. A membranes. IV.'' ORD. TÉLÉOBRANCHES. A ventrales. Abdominales. 5.' Fam. Aphyostomes. Macrorhintjue. Solénostome. Centrisque. Thoraciques. 6/ Fani. Plégoptères. Cjclopthre. Lépadogastere. Sans ventrales. 7.*Fani. OstÉodermes. Ostracion. Tétrodon. Diodon. Syngnathe. Ovoïde. Sphéroïde. OSSEUX. A opercules. A membranes branchiales. V.* ORD. HOLOERANCHES. Sans Ventrales. I." Sous-ORD. Apodes. Manq. encore d'autres nag. 8.* Fam. Peroftères. Cécilie. Ophisure. Notoptere. Leptocéphale. Trichiure. Gymnote. Monoptere. Aptéronote. Régalée. Ne manq. d'aucune autre, g.* Fam. Partoptère. Murène. Ophidie. Anarrhique. Coméphore. Macrognathe. Xiphias. Ammodite. Stromatée. hhomhe. A ventrales sous la gorge. 11." SoL'S'ORD. Jugulaires. 10." F. Aochéaoptères. Callionjyme. Uranoscope. Batrachoïde. Murénoïde. Oligopode- Blennie. Calliomore. Vive. Gade. Chrysoslrome. Kurte. A ventrales thoraciques. 111." Sous-ORD. Thohaciqves. Corps alongé en lame. 1 1." Fam. PÉTALOSOMES. Bostrichte. Bostrichoide. Tœnioide. Lépidope. Gjmnètre Cépole. Corps arrondi. En cylindre. Ventrales réunies. i?..'Fam. Plécofodes. Gobies. Gobioïdes. 1 86 LIVRE PREMIER. fut pris par les auteurs de plusieurs traités Ventrales libres. i3.'F. Eleuthéropodes. Echenéis. Gobioinoroïde. Gobiomvre. En fuseau. i4.*Fani. Atbactosomes. Scombéroïde. Scombéromore. Trnrhinote. Scomhre. Gastérostée. Centronote. Cœsiomore. Lépisacanlhe. Céphalacanthe. Cœsio. Caranxomore. Pomatome. Centropode. Carnnx. Istiophore. A corps épais. Comprimé. Tête ordinaire. Lèvres charnues. Opercul. sans épines dent. iS.^Fam. LÉioroMEs. Chéiline. Labre. Ophicéphale. Chéilion. Chéilodiptere. Soloiiymnose. Monodactyle. Trichopode. Osphronème. Hiatule. Coris. Gomphose. Plectorinque. Pogonias. Spare. Diptérodon. Mulet. Màclioires osseuses. 16.* Fani. OsTÉObTOMES. Léiognathe, Scare. Ostkorinque. Dorsale très-longue. 17." Fain. LoPHioNOTES. Tœnianote. Coijph'ene. Centrolophe. Héiniptéronote. Cotjphéno'ide. Chevalier. Tête fort grosse. 18.* Fam. CÉPHALOTES. Asp idophoroïde. Aspidopbore. Scorpene. Gobiésoee. Cotte. Quelq. ray. isolés aux pect. 19.' Fam. Dactvlés. Péristédion. Prionote. Triple. Dactylopt'ere. A corps très-mince. Presque aussi haut que long. Yeux d'un côté. 20.' Fam. HÉTEROSOMES. Pleuronecte. .Ac.hjre. Opercules épin. ou dent. 21. 'Fam. AciNTHOPOMES. Holocentre. Pershqiie. Tœnianote Bodian. Microptere. Sciene. Lutjan. Centropome. Yeux des deux côtés. 22.' Fam. Leptosomes. Holaranthe. Enoptose. Pomaranthe. Pornarenlre. Poinadasjs. Acanthinion. HISTOIRE DE L ICHTYOLOGIE. i 87 particuliers pour base de leurs travaux. Ainsi Chœtodon. Agenéiose. Chœtodiptere. Loricaire. Asyisure. Hypostome. Acanthure. Plusieurs flexibles. Glyphisodon. 26.' Fam. DiMÉRÈDES. Acanthopode. Chéilodactyle. Zée. Cirrhite. Argyréiose. Polyneme. Gai. Poljdactjle. Silène. Point de '. ray. dist. aux pect. Chrjysotose. Operci lies écailleux. Capros. Bouc! le sans dents. A ventrales sous l abdomen. 27.' Fam. LÉPiDOPOMEs. IV ' Soi:s-OBD. Abdominaux. Exocet. A corps cjlindrique. Mugilomore. Bouche au bout d'un long Chanos. museau. Dorsales à rayons. 23.'Fam. Siphonostomes. 28.' Fam. Gymkopomes. Antostome. Hydrargyre. Fistulaire. Argentine. Solénostome. Cyprin. Bouclie non prolongée. Stoléphore. 24.° F. Cylindrosomes. Athérine. Anableps. Buro. Amie. Mené. Misgurne. Xystere. Colite. Dorsuaire. Bulyrin. Serpe. Fondule. Chipée. Triptéronote. Clupanodon. Colubrine. Myste. Ompok. Mâcb cire simple. A corps coniq. ou comprimé. Dorsale adipeuse. Raj. aux pector. lib. ou dist. 29.' ' Fam. Dermoptères- Un seul, roide. Serrasalme. 25.' Fam. OrLOPHoRES. Characin. Silure. Salmone. Macroptéronote. Osmère. Malaptcrure. Corégone. Cataphracfe. Opercules lisses. Pogonaie. Mâch, . très-dével., ponct. Tachysure. 3o. " Fam SiAGo»OTES. Plotose. Élope. Macroramphose. Synodon. Corjdoras. Me g a lape. Centranodon. Èsoce. Doras. Lépisostée. Pimelode. Sphyrene. i 88 LIVRE PREMIER. M. delà Rocke^, jeune naturaliste, enlevé trop tôt aux sciences , ayant recueilli beaucoup de poissons à Iviça, à Majorque et à Bayonne, en donna , en i 809 , un catalogue de cent cinq es- pèces, d'après la méthode de M. de Lacépède, avec des notes sur leurs habitudes et leurs usa- ges, y ajoutant des descriptions détaillées de trente-deux espèces et des ligures de dix-huit, ou nouvelles ou mal déterminées jusque-là.® Ce travail, auquel il a joint des observations suivies sur les vessies natatoires, a été par son exactitude un accroissement d'autant plus im- portant pour l'ichtyologie, que l'auteur a déposé ses individus au Cabinet du Roi, oii l'on pourra toujours en vérifier les caractères. La première édition de l'Ichtyologie de Nice de M. Risso^j publiée en 1810, était également Polyptère. Sans membranes branchiales. Scombi ésoce. -.rTTT e r\nr>. r\ , , . , VIII* ORD. Ophichtites. Sans membranes branchiales. •'a « p VI. ^ ORD. Sternoptyges. * ,r . .^ j^-^ '' ' „ ■ Gymnomurene. Sternoptyx. Murénohlenne. Sans opercules. Vnibranchape,- Avec membranes branchiales. ture. VII.« ORD. CrvptoBRANCHES. Sphagebr anche. 32.* Fani. Siyléphore. Monnaie. 1. François-Etienne de la Roche, né à Genève en 1789 , mort à Paris en 1812. 2. Dans le tome XIII des Annales du Mus. d'hist. nat. , p. 3i5. 3. j4. Risso , pharmacien et professeur à Nice : Ichtyologie de HISTOIRE DE l'iCHTYOLOGIE. i 89 disposée, pour l'ensemble et les détails, d'après la distribution de Lacépède , même dans ce qu'elle a d'erronné ; car les murènes y sont en- core indiquées comme manquant d'opercules et de membranes branchiales. Mais l'intérêt de cet ouvrage tenait surtout à la connaissance qu'il donnait d'un grand nombre de poissons de la Méditerranée presque oubliés depuis Rondelet, ou même inconnus à cet ancien naturaliste, et par des détails neufs et précieux qu'il rap- portait sur leurs habitudes. Trois cent dix-sept espèces y sont décrites , et d'après nature , ayant toutes été vues par l'auteur, qui en a même déposé les plus intéressantes au Muséum d'histoire naturelle. Plusieurs sont nouvelles; quarante de ces dernières sont représentées; mais la nomenclature des anciennes n'y est pas toujours sans erreur, et il était en effet bien difficile de la constater d'après un ouvrage tel que celui de M. de Lacépède. L'auteur, qui a présenté à l'Listitut en i818 un supplément contenant encore des espèces in- téressantes, et qui en a décrit quelques autres dans les Mémoires de l'académie de Turin \ a Nice, ou histoire naturelle des poissons du département des Alpes maritimes; Paris, 1810, i vol. in-8.° 1. Tome XXV, p. 262; quatre scopèles et un nouveau genre, qu'il nomme alépocephale. \9Ù LIVRE PREMIER. travaille ensuite à une nouvelle édition de son Iclît} ologie , ou il a cherché à profiter des pro- grès de la science, et qu'il a augmentée encore de plusieurs espèces nouvelles ; elle est insérée dans le tome 111 d'un ouvrage général qu'il vient de faire paraître sous le titre ^Histoire naturelle de r Europe méridionale^ . Nous verrons ailleurs la méthode d'après laquelle il l'a disposée. La même année i 81 0, oii parut l'ichtyologie de M. Risso , un naturaliste d'origine française , étahli alors en Sicile, M. Rajînesque-Schmulz, publia deux petits ouvrages qui ont aussi de l'importance pour l'histoire des poissons de la Méditerranée : ses Caractères de quelques nou- i^eaux genres d animaux et de plantes de Si- cile^j, et son Catalogue d'ichtyologie sicilienne,^ Celui-ci, qui est le plus nouveau, porte le nombre des espèces à trois cent quatre-vingt- dix; environ cent quatre-vingts sont décrites comme nouvelles dans l'un ou dans l'autre , et soixante -treize y sont figurées. Un grand nombre sont nouvelles , en effet ; mais il s'en 1. Paris, 1827, 5 vol. in-S." 2. Caratteri di alci^ni nuoçi generi e nuoçe specie di animali e pianle délia Sicilia, etc. ; Palerme, 1 8 1 o, in-8." La (Jéclicace est du i ."Avril. 3. Indice d'ittiologia Siciliana, ossia catalogo meiodico dei nomi laiini, itallani e siciliani dei pesci che si rii'engono in Sicilia, disposti seconda un metodo naiurale , etc. ; Messine . 1810, iii-8. " La dédicace est du i5 Mai. 191 faut beaucoup que cette qualification puisse s'appliquer à toutes celles qui sont données pour telles, même en faisant abstraction de l'ouvrage de M. Risso. L'auteur ne paraît pas avoir eu à sa disposition tous les écrits de ses prédécesseurs, et surtout les mémoires épars parmi ceux des académies, ce qui l'a empê- ché de reconnaître que plusieurs de ses pois- sons avaient déjà été décrits. 11 a d'ailleurs inscrit dans son Catalogue sans examen tou- tes les espèces données par Lacépëde et par Linnaeus comme de la Méditerranée, ce qui lui en a fait compter plusieurs qui sont pure- ment imaginaires, et cela s'étend même à ses genres : ainsi son aodon, pris de Lacépëde, est la raie céphaloptëre ; son macroramphose, tiré de la même source, est le centrisque. Il a beaucoup multiplié les genres, et quelquefois sur des caractères légers, en sorte que, sans compter ceux qui sont étrangers à la Méditerra- née, il en a cent trente-neuf, et malgré sa faci- lité a les diviser, il ne le fait pas dans des cir- constances où cela serait impérieusement com- mandé par les lois de la méthode; il laisse, par exemple, les anchois dans le genre des harengs, les plies dans celui des soles, et avec le seul genre des squales de Linnaeus il en forme seize. La distribution générale dans le nremier & pn 1 92 LIVRE PREAUER. ouvrage est celle de Lacépède; dans le second, l'auteur l'altère seulement en intercalant les poissons cartilagineux avec les autres, leur assignant des places d'après ce que Lacépède dit de leurs opercules et de leurs branchies;^ car, à cet égard, M. Piaûnesque s'en est aussi entièrement rapporte au naturaliste français, et il croit, comme lui, que les baudroies ou les balistes n'ont pas d'opercules, et que les murè- nes n'ont ni opercules ni membranes bran- chiales. Les genres dans chaque division sont répartis en certains ordres, au nombre de soixante -onze; mais sans égard aux rapports naturels : les trachures , les labres , sont dans l'ordre des spares; les muges, dans celui des cyprins; les xiphias fort loin des tétraptures, etc. Ces deux écrits n'en sont pas moins très- dignes d'attention par quelques idées originales et à cause des poissons , dont ils offrent des des- criptions et des figures qu'on ne trouverait pas ailleurs, ainsi que par l'attention que l'au- teur a eue de nous donner les noms siciliens de la plupart de ses espèces. ^ 1. En voici le tableau. SOTTOCLASSE. POMNIODI. Gaidropsarus I Div. Giugulari. 2 Ord- Gadini. I Sez. Corisoflalmi. Gadus. 1 Ord. bleniiidi. Onus. Blennius. Slrinsia. HISTOIRE DE l'iCHTYOLOGIE. i 95 D paraît, d'après ses citations, qu'il a pris une partie de ses matériaux, ou du moins qu'il 3 Ord. Trachinidi. Callionymus. Vranoscopus- Trachinus. Corystion. Oxycephas. 4 Ord. Curtisi. Chrj'sostroma- II Sez. Pleurostomi. 5 Orb. Acherini. Sjymphurus. 6 Ord. Pleronetti. Solea. Scophtalmus. Boihus. n Div. Toracicî. I Sez. Hemisferonoti. 7 Ord. Selenidi. 8 Ord. Zeusidi. Zeus. Capros. 9 Ord. Equenedi. 10 Ord. Chetùdonidi. 1 1 Ord. Acanturini. 12 Ord. Olacantini. II Sez. Tossonoti. i3 Ord. PerciJi. Lepipterus. Perça. Sciana. Lopharis. Centropomus. Holocentrus. Aylopon. Lutjanus. 14 Ord. Scaridi. Scarus. i5 Ord. Acaati. Centronotus, Hypacanthus. Naucrates. Ceulracanthus Notognidion. Gasterosteus. i6 Ord. Scomberini. Scomher. ly Ord. Sparidi. Trachurus. Lepodus. Cheilinus. Symphodus. Labrus- Spicara. Sparus. Diplodus. Dipterodon. Gonenion. Mullus. Apogon. Scorpena. III Sez. Ortonoti. i8 Ord. Dactipli. Daclylopterus. Trigla. Peristedion.ÇChabron- terus.) Oclonus. ( Malarmat.) Lepadogaster. 19 Ord. Echeneidi. Echeneis. 30 Ord. Corifenidi. Coryphœna. Zepimphis. Cottus. Gobius. al Ord. Islioforidi. Tetrapturus. 22 Ord. Cepolidi. Cepola. Lepidopus. z3 Ord. Girinetridi, Argyctius. Cephalepis. 24 Obd. Giniiurini. i3 494 LIVRE PREMIER. les a vus, dans l'ouvrage que Cupani avait préparé sous le titre de Panphjton siculum, et qui d'après cela devait contenir autre chose m Div. Addominali. I Sez. Fossogastri. 23 Ord. Poliiiemidi. 26 Ord. Salmonidi. Salmo. Osmerus. i'] Ord. Clupidi. Clupea. 28 Ord. Ciprinidi. Mu§iL Crprinus. II Sez. Ortogastri. 29 Ord. t'olittcrini. Polypterus. 30 Ord. Sairidini. Sajris. 3i Ord. Esocidi. Sphjrena. Esox. Sudis. 32 Ord. Notacantini. Notacantus. 33 Okd. Centrischini. Ceiitrisciis. 34 Ord. Loricarini. Loricarîa. 35 Ord. Siluiidi. Macvoi ainphosus. 36 Ord. Esocclini. Esocetus. Titus. Mfctophum. ^rgentina. ^therina. 2'] Ord. Ainidi. ^mia. 38 Ord. Rutirinidi. Butirinus. 3q Ord. Colunibriiiiili. 40 Ord. Olostoniidi. IV Div. Jpodi. I Sez. Macrosomi. 41 Ori. Signatidi. Typhle. Siphosioma. Hippocampus- Syngnathus. Nerophis. 42 Ord. Triuridi. 43 Ord. Trichiurini. 44 Ord. Ginnolini. Carapus- Ophisurus. Oxyrus. 45 Ord. Anguillidi. ^4nguilla. 46 Ord. Ofidini. Ophidiiim. y/mmodftes- Scarcina. 47 Ord. Zilidi. Xipluas. 48 Ord. Conieforini. II Sez. Brachisomi. 49 0.1D. Stromatini. Strornaieiis. Liivarus. 50 Ord. Ostracidi. Ostracion. 5i Okd. Odontini. Tetrodon. Diodon. Orthragus. Diplanchias. U SOTTOCL.ASSE. ATELIIVI. I Div. Pomanchidi. 53 Ord. Sternottidi. Slernoptyx. 54 Ord. Sphirionidi. Sturio. HISTOIRE DE LICHTYOLOGIE. i 9S que des plantes ' ; mais c'est un livre que nous ne connaissons pas. On doit aussi compter au rang des écrits idi. 55 Ord. Cogv Cugrtis. II Div. Omnanchidi. 56 Ord. Mormirini. 57 Okd. Chinierini. Piescephalus. 58 Ord. Balisiini. Batistes. Capriscus. 59 Ord. Lofidj. Lophius. 60 Ord. Echelini. Echelus. 61 Ord. Clopsidini. Chlopsis. Nettastoma. 62 Ord. Zitterini. Xypterus. III Div. Ginnanchidi. I Sez. Diplanchidi. 63. Ord. Monotteridi. Pterurus. 64 Ord. Dalofidini. Dalopliis. 65 Ord. Murenidi. 3Iurœna. II Sez. Polianchidi. 66 Ord. Chondropteri. Dalatias. Carcharias. IJeptranchias. 1. François Cupani, né en Sicile en lôSy, entré dans l'ordre des Minimes en 1681 , élève de Boccone, mort en 1711, avait préparé pour son Panphjton siculum jusqu'à sept cents planclies , qui, dit-on, sont conservées dans la bibliothèque du prince de la Gatolica. Bonanni avait commencé à le publier en lyiS. 11 y a des épreuves de soixanle-luiit de ces planches dans la bibliothèque de Banks. ^lopias. I sur us. Cerictius. Stjualus. Oxy notas. Rhiiia. Pristis. ^odon. Etinopterus. Tetroras. Galeus. Sphjrna. Hexanchus. 67 Ord. I^latosonii. haia. Leiobatus. Torpédo. Dipturus. Mohula. Cephaleutherus. Uroxis. .Apterurus. Dasjatis. 68 Ord. Laïupredini. Petromyzon. III Sez. Elteridi. 69 Ord. Atteridi. Orystomus. Helmictis. 70 Ord. Auoftalmini. C te ci lia. 71 Ord. Missinidi. Myxine. 196 LIVRE PREMIER. qui ont concouru à étendre la connaissance des poissons de la Méditerranée, les listes de noms vulgaires et les descriptions particulières données dans divers recueils par les natura- listes italiens ou par ceux cpii ont voyagé en Italie, MM. VivianV, Spinola^y Giorna^, Bon- nelli'^y Otto^y Ranzani^, Falenciennes.^ Je puis mettre également dans ce nombre les monographies que j'ai insérées dans les mé- moires du Muséum.^ 1. M. Dominique VrviANi, professeur à Gènes : Catalogue des poissons de la rivière de Gènes et du golfe de la Spezzia ; Annales du Muséum, t. Vlll (1806) , p. 568. 2. M. ylugust in ^fiiio\.k , naturaliste de la même ville, a décrit un serran, un apogon , un pleuronecte, une mendole, un lophie, etc. Il J a joint un catalogue des noms liguriens de plusieurs poissons; Annales du Muséum, t. X, p. 366. 3. M. GiORNA , professeur à Turin , a décrit le lophote de Lacé- pède dans les Mémoires de Turin, i8o5 — 1808. Je l'ai décrit d'après un individu plus entier; Annales du Muséum, t. XX, p. 393. 4. M. BoNNELLi , aussi professeur à Turin, a fait connaître un trachipterus , ou gjmnètre, dans les Mémoires de Turin, t. XXIV, p. 494. 5. M. Otto, professeur à Breslau, décrit plusieurs poissons de la Méditerranée dans son Conspectus animalium quorundam rnari- iimorwn nondum editorum; Breslau, 1821. 6. M. Ranzani, professeur à Bologne, primicier de la cathédrale de cette ville, a décrit, dans les Opuscoli scientifici de Bologne, un gvmnètre qu'il nomme epidesmus maculatus. 1. Monographie des marteaux , Mém. du Mus., t. IX, p. 266.J description du cnw' (polyprion) , ibid. , t. XI, p. 222. '8, T. I, p. 1, le maigre, ou fegaro, scicena umhra ; p. 228. HISTOIRE DE LICHTYOLOGIE. 197 Les poissons du golfe adriatique ont été étu- dies avec un soin remarquable par MM. Naccari * et Nardo % et d'après le programme que ce der- nier vient de faire paraître, on doit s'attendre de sa part à un beau travail, où ces poissons seront considérés sous tous les rapports. ' La Faune des Orcades"^ de George Low, pu- bliée en 1815, par le docteur Leach, ajoute des détails trës-intéressans à l'bistoire des pois- Yargentlne; p. 236, Yapogon; p. 5i2, Vophidlum imberhe ; p. 324, le razon ; p. 353, le casfagnau; p. 357, les crénilabres , etc.; p. 454 j divers spares ; p. 4^7, le nielet, etc. J'ai ajouté, t. III, p. 48 1 , un mémoire sur les chironecles; t. IV, p. 121 , sur les diodons; p. 444? sur les mjlètes ; t. V, p. 55 1 , sur divers autres salmones et sur le glossodontc. 1. Fortuné-Louis '^^cckKi, vice-consul desDenv-Siciles à Chiog- gia , et bibliothécaire du séminaire de cette ville, a donné dans le Journal de physique de Pavie, déc. Il, t. V (1822), p. 52G et suivantes, un mémoire intitulé : Ittiologia adriatica , ossia cata- logo de pesci del golfo e lagune di Venezin , et y a joint un supplé- ment, intitulé : Aggiunta aW ittiologia adriatica, dans le Journal de la littérature italienne de Padoue, Mai et Juin 1823, p. 188 et suivantes. 2. Dominique Nardo, du même lieu de Chioggia, a donné dans le Journal de Pavie, t. VII (1824), p- 222 et suivantes, des Osser- vazioni ed aggiunte alV adriatica ittiologia del signer Naccari. 3. Ce programme est inséré dans l'Isis, t. XX, 6.''cah. , p. 47^ et suivantes, et intitulé : Prodromus ohserçaiionum et disguisitiontmi ichtyologiœ adriaticœ. Il est disposé d'après l'ordre suivi dans mon Règne animal. 4. Fauna orcadensis , or the natural history of the quadrupeds f hirds, reptils and fishes ofOrknej and Schctland , bj therev. G. Lovv, from a manuscr. , in the possession of\N. Elford Leach 5 Edimbourg/ i8i5 , in-4.'' 198 LIVRE PREMIER. sons de la mer du Nord; mais le nombre des espèces n'est pas considérable : on n'y en compte que cinquante-deux. Feu M. George Montagii a laissé dans les Mémoires de la société wernérienne des des- criptions de plusieurs poissons rares de la côte méridionale de la Grande-Bretagne. ' Un beau mémoire posthume de M. Jiirine, sur les poissons du lac de Genève, vient d'être publié par la société de pliysique de cette ville.* Parmi les recherches particulières faites dans cette période sur les poissons de climats plus éloignés, on doit mettre au premier rang celles de M, Geoffroy Saint-Hilaire , sur les poissons du Nil et de la mer Piouge, insérées, soit dans les Annales du Muséum^, soit dans le grand ouvrage sur l'Egypte "^5 qui nous ont fait con- naître une multitude de silures singuliers, un genre très-extraordinaire, le polyptère, et qui 1. Mem. ofthe Wernerian Nat. kist. soc, t. II, 2/ part., 1818. 2. Dans les Mémoires de la société de plij^icjue de Genève, t. in, i/*^ partie. 3. Annales du Muséum, t. I, p. 67, le polyptère: p. i52, l'achire barbu; t. XIV, p. 46o, les salmones du Nil. 4. Description de l'Egvpte, publiée par ordre du gouvernement français depuis 1809, et qui compte déjà plusieurs volumes in- folio de texte et autant de planches, format d'atlas : la partie d'histoire naturelle forme trois de ces atlas. Il J a une édition in-S." du texte j Paris, Panckoucke, 1821 et suiv. HISTOIRE DE l'iCHTYOLOGTE. 4 99 nous ont procuré des notions plus exactes de beaucoup d'espèces incomplètement décrites par Hasselquist et Forskai. Ces reclierclies tirent un nouveau prix des l^elles figures laites sur le frais, par M. Redouté, le jeune; elles ont d'ail- leurs conduit l'auteur à des travaux importans sur fostéologie de cette classe, sur lesquels nous reviendrons bientôt. M. Isidore Geoffroy, son fils, vient de donner de ces descriptions une rédaction générale qui les présente avec ordre et clarté. M. de Lacépède lui-même a décrit séparé- ment quelques espèces dont il n'avait pas parlé dans son grand ouvrage , et tpii avaient été en- voyées de la mer des Indes par Péron. ^ Les différens dictionnaires d'bistoire naturelle publiés en France^ et dans l'étranger, contien- nent aussi sur les poissons des articles dont plu- sieurs sont importans , et dont il n'est permis de négliger aucun, lorsque l'on travaille sur cette classe. Nous citerons particulièrement parmi les naturalistes qui y ont inséré des observations 1. Annales du Muséum, l. IV, p. 201 et suivantes, une raie, trois lophies, un ostiacion, un tétrodon, un syngnathe, un labre, un prionure, etc. 2. Nouveau Dictionnaire d'histoire naturelle, cliez Déterviile : Dictionnaire des sciences naturelles, chez Levrault; Dictionnaire classique d'histoire naturelle, chez les frères Baudouin, 200 LIVRE PREMIER. originales, MM. Bosc„ B ojj- Saint- Vincent , Desniarest ^ et Hippoljte CÂoquet. Les membres de l'académie de Pétersbourg ont continné à décrire les poissons de la mer du Ramtschatka, et M. Tilesius surtout en a fait connaître de fort remarquables.^ Le tome troisième de la Zoograpbie russe dePallas^, imprimé par les soins de M. Tile- sius, avec de nombreuses additions de l'édi- teur et des extraits importans des observations de Steller, embrasse à la fois les poissons de la mer Noire, de la Baltique, de la mer Glaciale et de la partie septentrionale de l'Océan pacifi- que, ainsi que ceux des lacs et des rivières de tout ce vaste empire. On y trouve surtout des faits intéressans sur les poissons de la mer 1. M. Desmarest a donné une partie de ses articles à part, sous le titre de Décades ichf^ologiques. 2. Dans le t. II (i8o6 et 1807) des Mémoires il j a , p. 382, un mémoire de Pallas sur son genre labrax, où il en décrit six espèces. JM. Tilesius en décrit aussi une, p. 555, et legadus yach- nia, p. 55o. Dans le t. III (1809 et 1810), p. 225 et suivantes, M. Tilesius décrit un gastéroste , un blennie , iine lamproie, un pleuronecte, le cotlus hemilepidotus, le sjnanceja cervus ; dans le t. IV (181 1), quatre agonns, un cjprin, un épinéphélus et un trachinus; dans le t. VU (i8i4), p. 3o6, un baliste sans ventrales, qu'il nomme balistapus. 3. Zoographia rosso-asiaiica; Pétersbourg, i8i 1, 5 vol. in-4.° Cet ouvrage n'a point encore é(é publié; mais j'en dois un exemplaire aux bontés de M. le président de l'académie de Pétersbourg. il pa- rait que la perte des cuivres est ce qui a empêché ce livre de paraître. HÏ&TOIRE DE l'iCHTYOLOGTE. 201 Noire, que Pallas put observer par lui-même lorsqu'il s'établit en Crimée. Il s'en faut cepen- dant beaucoup que toutes les espèces de ces im- menses parages s'y trouvent réunies. Le nom- bre total n'y est que de deux cent quarante , distribuées en trente-buit genres, tous pris de Linnaeus, à l'exception de trois, les ela^orbous {comephorCy Lacép.) , les pbalangistes [a^o- nus, Scbn.) , et les labrax. Ils sont divisés seu- lement en deux ordres, les spiraculata ou cbon- droptérygiens , et les hranchiata , qui com- prennent tous les autres, et ces deux ordres ne forment avec les reptiles nommés pulmo- nata, qu'une seule classe , appelée monocardia ou animaux à sang froid. ^ i. Ces genres j sont peu multipliés, et distribués, sans autre subdivision , d'après certaines analogies extérieures , mais assez peu importantes, et comme il suit. ORDO II. Spiracdlata. Cottus. Scorpœna. Raia. CaUionjmus. Perça. Chimtera. Gohius. Sciœna^ Srjualus. Cohitis. Coracinus. Petromjzon. Blennius. Lahrus. ORDO III. BRàNcjiiATA, Ophidium. Sparus. Murœna. tiadus. Labrax. Cyclopteriis. Clupea. Cfprinus. ^narhichas. Scomber. Esox. Silurus. Mtigil. Salmo. Acipenser. Mullus. Pleuronectes. Phalangistes ( ( otti AmjHodYles. cataphracti). Gasleracanthus (gas- Syngnathus. tejosteus, LianJ. ElœorhousicalU onymuf Trigla. baicalensis). Trachinus. 202 LIVRE PREMIER. A mesure que la prospérité des Etats-Unis prend des accroissemens et que l'amour des sciences y fait des progrès , on en étudie mieux les productions, et au lieu qu'autrefois c'étaient les Européens qui allaient les recueillir, ce sont maintenant des indigènes ou des Européens établis dans le pays qui nous les font connaî- tre, et avec bien plus d'étendue et d'exactitude que ne pouvaient le faire des naturalistes voya- geurs. Ainsi l'on n'avait guère dans le dix-huitième siècle, sur les poissons de l'Amérique septen- trionale, que l'ouvrage de Catesby, et ce que Pennant en a inséré dans sa Zoologie arcti- que. Mais en 1815, le docteur Mitchill, savant naturaliste de New^-York, a donné' une his- toire des poissons qui se pèchent aux environs de cette ville, oîi il en décrit cent quarante- neuf, distribués d'après le système de Linnseus, avec des figures fort bien faites , quoique pe- tites , de soixante des plus intéressans. JN'ayant adopté que deux des genres établis depuis Lin- naeus , les bodians et les centronotes , c'est quel- quefois un peu au hasard qu'il a placé ses es- pèces, et parmi ses ésox, par exemple, il y 1. Dans les Transactions de la société littéraire et philosophique de Neiv-York, t. I, p. 355 , il en avait fait paraître auparavant un premier essai, in.i2, de vingt-huit pages ; New-York, i8i4« HISTOIRE DE l'iCHTYOLOGIE. 203 en a d'assez hétérogènes. Il n'a pas toujours non plus démêlé la véritable nomenclature dans les ouvrages souvent si confus des naturalistes européens; mais il fournit lui-même dans ses descriptions les moyens de rectifier les erreurs qui lui sont échappées, et son mémoire est certainement ce qui a par» de mieux dans ce siècle sur les poissons du Nouveau-Monde. Il a donné depuis quelques espèces nouvelles dans des écrits périodiques.^ L'exemple du docteur Mitchill a excité d'au- tres naturalistes ; M. Lesueur surtout, peintre français , déjà bien connu comme le fidèle com^ pagnon de Pérou, dans son voyage aux terres australes, et qui s'est établi aux Etats-Unis, a publié les descriptions de plusieurs belles es- pèces, avec des ligures très-exactes, dans le Journal de l'académie des sciences naturelles de Philadelphie^ et ilans d'autres ouvrages pé- riodiques. 1. Dans le Journal fies sciences naturelles de Philadelphie, t. 1, a.*" part., p. 407, une anguille, un gade, wn salmone; dans les Annales du Ljcée d'histoire naturelle de New-York, Mars 1824, p. 82, un nouveau genre, le saccopimrjnx , le mèine qui est décrit par M. Harwood dans les Transactions philosophiques de 1827, sous le nom d'ophiognalhus. 2. Dans le t. 1 , 1 /*■ part. (1818), trois espèces de raies, cinq d'anguilles, deux de gades, une de cyprins, quatre d'hjdrargires , le genre entier des catostomus, détaché de celui des cjprins , et dont il décrit dix-sept espèces j dans le t. I, a.'^part. (1818), 204 LIVRE PREMIER. M. Rafinesque, le même dont nous avons cité les écrits sur l'ichtyologie de Sicle, s'étant transporté aux Etats-Unis, oii il occupe une chaire à l'académie de Lexington en Rentuky, s'est occupé aussitôt des poissons de la contrée qu'il hahite. 11 en a décrit trois genres nou- veaux dans le Journal des sciences naturelles de Philadelphie ^ et il en propose dix-sept dans un programme imprimé dans le Journal de physique^ de Paris, de 1819, auxquels il en ajoute plusieurs dans un écrit intitulé Annales de la nature pour i 820. Enfin , dans une his- toire de ceux de l'Ohio ^ et de ses alïluens , qu'il a fait imprimer en i 820 à Lexington , il ajoute deux squales, deux dupés, trois nicgalopes, deux corégones, un genre qu'il nomme platirostrn , un genre qu'il nomme hiodon , quatre ésoces ; dans le t. 11 ( 1821 et 1822 ), trois orphies, trois sciènes, deux exocets, plusieurs petits poissons voisins de la pœ- cilie ; dans le t. IV, 1/" part. (1824), six raies ou poissons de genres voisins; dans le t. IV, a/ part. (1825), deux nouveaux blennies: dans le t.V, i.'^'^part.( i825), quatre mursenophis, deux saurus ; dans les Mémoires du Muséum d'histoire naturelle de Paris, t.V, quelques poissons du haut Canada, six pimélodes, ■un esturgeon, un balrachoïde, un brosme, deux lingues. 1. T. I, 2.*" part., p. 417 > trois nouveaux genres, pomochis , sarchirus , exoglossum. 2. T. LXXXVIII, p. 4» 7? prodrome de soixante-dix nouveaux genres d'animaux, découverts dans l'intérieur des Etats-Unis d'Amérique en 1818 par C. S. Rafinesque. 3. IcHTVOLOCiA Ohiensis, ot Tiatural historj of thefishes inhahiting ihe river Ohio and ils tributarj streams , etc ; Lexington. Kenlu- cky, 1820, in-8.° HISTOIRE DE LICHTYOLOGIE. 205 encore quelques genres , et de'crit cent onze es- pèces, dont un grand nombre sont nouvelles et avaient échappé à MM. Mitchill et Lesueur. Il n'est pas douteux que ce vaste continent de rAmérique , ses côtes si prolongées et si en- trecoupées j ses grands lacs et les fleuves im- menses et innombrables qui l'arrosent , n'aient encore de riches contributions à fournir à l'ich- tyologie, et l'on ne peut trop désirer que les naturalistes qui l'habitent continuent leurs re- cherches avec l'ardeur qui les anime depuis quelques années ; ils rendront et au-delà à l'an- cien continent ce qu'ils en ont reçu d'instruc- tion et de lumières. Un zèle semblable anime aujourd'hui plu- sieurs des Anglais établis dans les Indes ou à la Nouvelle-Hollande, et a déjà produit d'excellens effets. Outre le grand ouvrage de Russel, dont nous avons parlé , il a paru en ] 822 une His- toire des poissons du Gange, par M. François Hamilton Buchanan \ qui en contient deux cent soixante-sept espèces , avec d'excellentes figures, des descriptions soignées et des détails pleins d'intérêt sur leurs habitudes. C'est la plus riche contribution qui ait été reçue des pays 1. yin accounl of the fishes found in the river Ganges and ifs branches, bj Fr. Hamilton [formerlj Buchanan), m. cl. ; Edim- bourg, i82>, in-4.'% avec un atlas de trente-neuf planches. 206 LIVRE PREMIER. lointains ponr l'ichtyologie. L'auteur y suit sim- plement les ordres de Linnaeus ou plutôt de Pennant; mais il adopte les genres de Lacé- pède et y en ajoute plusieurs nouv eaux. Comme tous les auteurs récens, et surtout ceux qui écrivent loin des secours littéraires, il n'a pas toujours bien saisi la nomenclature de Lacé- pède, ni même celle de Bloch, en sorte qu'il donne quelquefois pour nouveaux, des genres ou des espèces qui ne le sont pas; mais son ouvrage ne perd rien de son prix, pour un accident arrivé à tant d'autres. Les découvertes d'histoire naturelle sont au- jourd'hui considérées comme une partie essen- tielle d€ celles cpie doivent faire les grandes expéditions nautiques, et les derniers voyages des Rosses et des Français ont rempli ce Init d'une manière exemplaire. La relation de celui de M. de Krusenstern ^ présente des ligures de vingt espèces de pois- sons avec leurs descriptions , par M. Tilesius. 1. Le capitaine Krusenstern , aujourd'hui amiral , partit de Cronstadt le 7 Août i8o5 , toucha en Angleterre, aux Canaries et au Brésil, doubla le cap Horn, visita les Marquises, les \\t^ de Washington, remonta au Kamtschatka, et en partit pour le Japon, retourna au Kamtschatka, traversa la mer de la Chine, et revint par le détroit de la Sonde, le Cap, Sainte-Hélène et le nord de l'Ecosse : il était de retour à Cronstadt le 9 Août i8ot;. HISTOIRE DE LICHTYOLOGIE. 207 L'expédition du capitaine Baiidin ^ avait aussi procuré une grande quantité de poissons nou- veaux , grâce au zèle de MM. Pérou et Lesueur, mais les descriptions et les figures que ces ob- servateurs en avaient faites , n'ont point paru , et l'on ignore même ce qu'elles sont devenues depuis la mort du premier; heureusement les poissons eux-mêmes sont conservés au Muséum , et nous en protlterons pour notre ouvrage. Le Gouvernement a pris des mesures pour que dorénavant les travaux de nos naturalistes ne soient pas ainsi perdus pour le public, et déjà on a vu paraître la partie zoologique du voyage de M. de Frejcinet , avec des planches magnifiques, dans lesquelles entre autres se trouvent les figures coloriées de soixante-deux espèces de poissons ^ MM. Qiioj et Gajmard, 1. Le capitaine Baudin partit du Havre le 19 Octobre rSoo, avec les corvettes le Géographe et le Naturaliste; il passa aux Cana- ries en Novembre, à l'Isle-de-France en Mars et Avril 1801 , visita \gs côtes sud-ouest de la Nouvelle-Hollande, séjourna à Timor, se rendit à la terre de Van-Diemen, séjourna au port Jackson, revit diverses parties de la Nouvelle-Hollande , et revint par l'Isle-de- France et le Cap : il était de retour en Europe le 16 Avril i8o4- La relation de ce vojage a paru en deux volumes in-4.'' et deux atlas, Paris, 1807 et 1816, et pour la partie géographique, par M. Frejcinet, lui volume in-4.'' ^t un atlas, 181 5. Le Cabinet du Roi a reçu de cette expédition pins de deux cents espèces de pois- sons, mais trop souvent en individus de petite taille. 2. Le capitaine Freycinei , commandant la corvette l'ilranie^ partit de Toulon le 17 Septembre 1817, se rendit par les Canaries 208 LIVRE PREMIER. naturalistes de cette expédition, en ont rap- porté un nombre bien phis considérable, dont nous profiterons aussi. Déjà l'on commence a graver les planches du voyage de MM. Duper- rej et d Urville"^ . Il s'y trouvera plusieurs belles espèces de poissons, recueillies par MM. Lesson et Garnoty et dessinées avec beaucoup d'exacti- tude par M. Lesson. Outre ces auteurs, qui ont servi l'ichtyolo- gie, en faisant connaître des nombres plus ou moins considérables de poissons, il en est qui ont cbercbé à mettre la distribution de la classe à Rio-Janeiro, de là au Gip, à l'Isle-de-France, à Timor, à Rau- wac près de la Nouvelle-Guinée, aux Mariannes, aux îles Sand- wich, et retourna par le port Jackson et la Terre-de-Feu. 11 échoua aux ilesMalouincs, et revint sur un bâtiment américain par Monté- Vidéo et Rio-Janeiro : il était de retour au Havre le 1 5 Novembre 1820. Le Cabinet du Roi en a reçu environ cent cinquante espèces de poissons, et MM. Quoj et Gajmard en ontre présenté soixante- deux dans la partie zoologique qui a paru in-4.°j Paris, 1824 et 1825, avec un atlas in-folio. 1. Le capitaine Duperrey , commandant la corvette la Co- quille, appareilla de Toulon, le 11 Août 1822, se rendit au Brésil, aux Malouines, doubla le cap Horn, visita la côte du Chili e, du Pérou, les îles des Amis, la Nouvelle-Irlande, Wai- glou, les Moluques, doubla la pointe méridionale de la terre de Van-Diemen, se rendit au port Jackson, de là à la Nou- velle-Zélande, aux Carolines, à la Nouvelle-Guinée, et revint par Java, l'Isle-de-France, le Cap, Sainte-Hélène, l'Ascension : il était de letour à Marseille, le 24 Avril iSaS. Le Cabinet du Roi doit à ce vojage deux cent quatre-vingt-huit espèces de pois- sons , recueillies par MM. Lesson et Garnot. HISTOIRE DE LICHTIOLOGIE. 209 plus à la portée des commençans , ou à la per- fectionner, soit en l'établissant d'après de nou- veaux rapports, ou en y introduisant des sub- divisions plus nombreuses et plus précises; mallieureusement ils ont la plupart assez peu consulté les rapports naturels. M. Rafinesque, après la métliode iclityologi- que publiée dans son Catalogue des poissons de Sicile, et que nous avons déjà fait connaître, en a donné une autre, un peu différente, dans un ouvrage général intitulé Analyse de la nature, ou Tableau de V univers, imprimé en 1815.' 1. Paleime, 181 5, in-8." En CLASSE ICHTYOSIA. {les poissons.) sous-cl. holobrancuia. I." Ord. Deripia. I.*"^ Sous-ORD. Chorizopia. i/'Faui. Blemvidia. \.'^ S.-Fam. Monodactylia. Dactjleptus.{Muréiioide, LacépO Pteiaclidus. (Oligopode j Lacép.) 2." S.Fain. Poljdactjlia. Blennius. Phjcis. PhoUdus. Encheijopus. Pacanius j R. Ichtias , R. Dropsarus , R. 2." Fani. Gadikia. i.^^ S.-Fam. Merluccia. Gadus. Merlucciut. voici le tableau. Trisopterus , R. Sirinsui, R. Brosme. 2.^ S.-Fam. Tracliinia. Batrictius.{Batrachoïde, Lac.) Platjcephaliis. Cerintha. Taur.is. Callioiiiorus. Callionjmus. Oxjcephas. {Lepidole- prus.) Uraiwscopus. Trachinus. Corystion. 3.' Faïu. Brachomia. Chiysostroina. Kurtus. 11.^ SoTJS-ORD. Pleuropsia. 4."^ Faai. Plel KOKECTiA. i" S.-Fam. Achiria, Achirus. Syniphurus , R. Monochirus, 14 210 LIVRE PRExMIER. Il part toujours de la supposition que l'ab- sence d'opercules ou de rayons est réelle dans 2." S--Fam. Diplochiria. Pleuronectes. Scophtalinus , R. Bothus, R. Plagiusa- II.* Ord. Thoraxipia. I.*' Sous-ORD. Leptosomia. 5.' Faill. CuiETODONlA. \/^ S.-Fam. Leiobranchia. Chwtodon. Chœtodipterus. Teuthis. Acanthinion. 2." S.-Fani. Odobranchia. Pomadasys. Enoplosus. Holocantha. Pomacantha. Poviacentrus. 6.' Fam. Zfdia. i.^^ S.-Fam. Glyphisodia. Glyphisodon. jdcanthopodus. Acanthurus. Aspisurus. Nasonus. 2.^ S.-Fam. Aplodia. Zeus. Argjreiosus. Setene. Alectis. (Gallus , Lac) y.' Fani. Petalomia. 1." S.-Fam. Cepolidia. Cepola. Trachjpteius. Hostrictis. (Bostriche, L. Pterops. {Boslrichoide , Lac.) Tasica, R. Lepidopus. .'..^ S.Fam. Gymiietria. Gyinnetrus. Nemipus , R. hegalecus. Hiatula. yirgyclius , R. Cephalepis , R. Gymnurus , R. Tœnioides. IL* Sous-ORD. Toxonotia. 8.' Fam. Atractomia. 1." S.-Fam. Scouiberia. Scomber. Polypturus. (Scombéro- viore , Lac.) Orcjnus. (Scombcroide , Lac.) Trachinotus. 2." S.-Fam. Caranxia. Caianx. Trichopterus, R. Centracantha , R. Hypacantha, R. Hypodis , R. Centropodus. Notognidion, R. Centrolophus. Gasterosteus. Naucrates , R. Baillonus , R. Cesiomorus. Centronotiis. 9.* Fam. PoMODiA. i." S.-Fam. Notacandia, Lepisacantha. Gastrogonus. K. Cephiinnus , R. Gymiioceplialus. 2." S.-Fam. Percidia. Lepiptet us , R Holocentrus. Perça. Micropterus. Epinephelus. Sciœna. Bodianus. Pomatomus. HISTOIRE DE l'iCHTYOLOGIE. 211 tous les poissons oii elle est alléguée par La- cépède. Il continue de mettre ensemble les Panotus j R. Tœnianotus. Lutjanus. Johnius. yiptogon, R. Aiithias. Lopharis , R. Centropomus. Cepkacandia , R. Cephalacanthus. Ttachjchtis. Epigonus , R. 10.' Fam. Leiopoma. i." S.-Fam. Osteostomia. Leiognnthus. Scarus. Ostorhjnchus. 2. S.-Fam. Trichopodia. Monodactjlus. Trichopodus. Osphronemus. 3.' S.-Fam. Monotia. Trachurus , R. Cœsio. Qonurus j R. Lepodus, R. Harpe. Cheilinus. Pimelepterus. Hologjmnosus. Lep»inus, R. Pomagonus , R. Maciopodus. Xj-pkonus. Ophicephalus. Sparus. Diplodus , R. Mesopodus , R. Spicara, R. Lahrus. Cjnœdus , R. Pogonias. Acaramus , R. Sjrmphodus i R. Lonchuius. Gomphosus. Ceittrogasier. Plectorhjnchus. 4-' S.-Fam. Mullidia. Dipterodon. Gonenion , R. Leioslomus. Clodipterus, R. (Chéilo- dipt.. Lac.) Mullus.(U y laisse VApo- gon.) Macrolepis , R. III.* Sous-ORD. Orthonota. 1 I. Fani. LOPHIOKOTA. »•' S.-Fam. Isliophoria. Istiophorus. Tetraptuius , R. Guebuctis, R. Makaira. 2.^ S.-Fam. Corjphaenia. Macrui us. Coijphœna. Hemipteronotus. Micropodus , R. Cheilio. Megaphalus , R. Gohiesox. Pomacanthus , R. Leptopus , R. Oxima , R. Eijuetus , R. Branchiostegus. ( Cory- phénoïde, h.) Eleotris. Epipthalmus. (Gobiomo- roide , Lac.) Lepimphius , R. 12.' Fani. Plecopodia. Plecvpodus. (Gobioïde , Lac.) Umbra J Gron. Lepadvgaster. 21 2 LIVRE PREMIER. poissons auxquels il attribue ces caractères né- gatifs, soit qu'ils aient le squelette osseux ou Piecephalus , R. Cyclopterus. Lumpus. Liparius , R. i3.' Faiîi. Cepuoplia. \.''^ S.-Fam. Echenidia. Echeneis. 2.' S.-Fam, Cephalotia. Cottus. ^spidophorus. Perds ^ Scop. {Aspido- phoroide , Lac.) Ajgula. {Coris, Lac.) Scorpœna , L. m.*" Ord. Gastripia. \." Sous-ORD. Brachistomia. i4.^Fam. Dactylinia. 1." S.-Fam. Triglidia. Prionotiis. Trigla. Peristedlon. Octonus j R. 3.^ S.-Fam. Dimeredia. Dactjlopterus. Cirrhitus. 3.* S.-Fam. Poljneinia. Poljdactjlus. Poljnemus. Ch e ilodactylus. i5.'' Fam. Dermoptehia. Sahno. Osmcrus. Coregomts. Chaiacinus. Anostomus, Gasterodon , R. Seirasalmus. 16.'' Fam. Cyprikia. i." S.-Fam. Gaslerogonia Xystercis. Dorsuarius. Menetis. Buronus. Gasteroplecus. Clupea. Thrissa, (Clupanodon.) Mjstus , Gron. 2." S.-Fam. Gymnopomia. Cyprinus. Gonorhjnchus. Megalops , R. Mjctophum , R. Gotiostoma , R. Prinodon, R. Cjprinodon. Matiiacus , R. Edoniusj R. Atherina. y/rgentina. Hydrargyra. Stolephorus. Gonipus , R. Tirus, R. 3.' S.-Fam. Lepomia. Exocet us. Chaiws. Mugil. Myxonum, R. (Mugiloï- de, Lac.) Trichonotus , R.(Mugilo- more , Lac.) Soranus , R. 7.^ Fam. Opi.ophoria. 1.'" S.-Fam. Loricaria. Plecostomus , R. Hypostomus. Cordoiinus. Corydoras. Doras. Cataphracius. Pogonatus. 2.' S.-Fam. Siluridia. Silurus. Platiscus. Bagrus, R. Macropteronotus . Tachysurus. Pimelodus. HISTOIRE DE l'iCHTYOLOGIE. 215 cartilagineux , les chondroptérygiens comme les autres; il repartit ensuite les poissons où Malapterurus. Ploiosiis. u4geneiosus. Centranodon. Macroramphosus. Clarias, Gron. Aspredo , Gron. 18/ Fain. Cylindrosomia. Anahleps. Amiatus. {Ainia , L.) Misgurnus. Cobitis. Fitndulus. l\.^ Sous-ORD. Macrostomia. 19/Fam. SlAGOWlA. 1/' S.-Fam. Sphyrenidia. Sphjrœna. Sudis , R. Sajris.{Scomhresox , h.) Tripteronotus. z.^ S-Favi- Eso\iJia. Esox. liaphistoma. (Béloiie.) Lepisostus. Sjnodus. Megalops. Elops. Slomias , R- 3.',y.-Fûm. Notacantha. Notacanthum. Odamplius , R. Onopionus , R. 20." Fam. SiPHOSTOwiA. \ " S.-Fam. Colubrlnia Butjrinus. Cotubrinus. Gitaris , R. -t/ S.-Fam. Aulostonùa. Aulostomus. Fistularia. Solenostoma. Macrorhjnchiis Cenltiscus. IV.^ Ord. Jpodia. I/' Sous-ORD. Ostopodermia. 21.'^ Fani. Apuyostomia. Syngnathus. fjphlinus, R. Siphostoma , R. Hippocampus. Philophoriis , R. Homolenus , R. Kerophis , R. 22.* F'am. OsTEODiA. t.'" S.-Fam. Ostracidia. Osiracion. Gonodennus , R. 2.' S.-Fam. Odopsia. Teirodon. Orthragits. Diplanchias , R. Diodon. Cephalopsis , R. 3/ S.-Fam. Orbidia. Orbidus. (Sphéroïde, L.) Ovoidiis. {Ovoïde, Lac.) 11.^ Sous-ORD. Malacodermia. 23.'^ Fam. Pantopteria. 1.^' S.-Fam. Slromatia- Rhomhus. ■ Slromafeiis. Luvarus ; R. Tangus , R. Xeptœa , R. Piiatia, R. 2.^ S.-Fam. Xyphidia, Anarhichas. Comephorus. Opictus , R. Xiphias. Macrvgiialhus. ?i' S.-Fam. Aiigiiilliiiia. Eleulhuiiis , il. Mastarembclus. Scavcina , R. Ammodiles^ 214 LIVRE PREMIER. aucun de ces organes n'est supposé manquer, comme Linnaeus , d'après leurs ventrales : il ob- tient ainsi huit ordres, qu'il subdivise en trente familles , dont cbacune comprend deux ou trois sous-familles, et oii il fait entier trois cent soixante-dix-sept genres. Tous les genres de La- cépëde entrent dans ce nombre sans autre exa- men, ce qui reproduit toutes les erreurs et tous les doubles emplois de ce naturaliste. Les genres Ophidium. ^n gui lia. Triurus. Ictiopogon. (Bostrjche, L.-,c.) Pterops , R. ( Bostry- choïde , Lac. ) Ces deux prétendus genres sont déjà à la seiilieuie famille. 24.' Fam. Peropteria. i.^" S.-Fam. Gymnotia. Gymnotus. Carapus , R. Apteronotus. Dameiis , R. Neleus , R. 3.* S--Fam. Trichiuria. Trichiurus. Nemocltirus j R. Diepinolus , R. Symphocles , R. 3.' S.-Fam. Ophisuria. Tiotopleriis. Ophisurus. Leptocephalus. Oxyurus, R. V/ Ord. Ellropomîa. aS." Fam. Pomanchia. i.'" S.-I'am. Slernoplygia. Sternoptyx. Melanictis , R. 2." S.-Fam. Sturiouia. Polypterus. Acipenser. Polyodon. Pegasus. VI.* Ord. Chismopnea. 26.' Fani. Brakchismea. 1." S.-Fam. Cliimeria. Chimœra. Mormyrus. 2.^ S.-Fam. Balistia. Batistes. Capriscus , R. Fetula, R. Epimoiius , R. 3.' S.-Fam. Lophidia. Lophius. Chironectcs. Conomus , R. 27.* Fam. Meiopteria. I." S.-Fam. Echelia. Echelus, R. Stylephorus, 2.' S.-Fam. Chlopsidia. Chlopsis, R. Nettastoma , R. Xypterus , R. Monopterus. HISTOIRE DE l'iCHTYOLOGÏE. 21 S ajoutés font souvent eux-mêmes double emploi; et leurs caractères ni les espèces qu'ils doivent embrasser n'étant pas définis , il est diflîcile de se faire une idée netle de ceux que l'auteur n'avait pas publiés dans ses ouvrages précédens. Au surplus , il suflit de voir les rapprochemens des genres bien connus, celui du polyptëre, par exemple, avec l'estuigeon, et celui du mormyre avec la cbimèi'e, pour juger à quel point il con- Vn.* Ord. Tremapnea. 28.' Faiii. Ophictia. \." S.-Fam. Apteridia. Branderius. (Cérilie, L.) y^iiofisus. {Murénoblenn., Lac.) Gymnopsis. {Gyninomu- rene . Lac.) Helmictis , R. Oxjstomus , R. 2.' S.-Fam. Murœnidia. Rincoxis j R. Zebriscium , R. Poterurus , R. Dalophis , R. Murœna. 3.' S.-Fam. Calremia. Sjnhranchus. Sphagehranchus. 29.^ Fam. Plagiostomia. 1 "^ S.-Fam. Antacea. Carcharias , R. Heptranchias , R. Alopias , R. Isurus , R. Cerictius , R. Tetroras, R. Galeus, R. Sphjrnias , R. Hexanchus y R. Dalatius , R. Si/ualus. Oxjnotus , R. Squatiiia Pris lis. ytodon. Etinopterus , R. 2 ° S.-Fam. Platoso.niia. Rhinohaius. Platopterus , R. Leiohatus , R. Epinotus , R, Lymnea , R. Torpédo. Diplurus . R. Mohula , R. Ictœtus , R. Cephaleutherus , R. Sephenia, R. Me g abat us , R. Dasyatis , R. Uroxis , R. Apturus , R. 3o.' Fam. Cyclostomia. I ."' ly.-i^am. Lampredia. Lampreda. Prictis. ?.' S.-Fam. Myxinia. Gastrobranchus. Myxine. 216 LIVRE PREMIER. timie de demeurer étranger à la méthode natu- relle. Il n'en est pas moins vrai que plusieurs des genres qu'il indique, paraissent de nature à être conservés. M. de Bl'vinville a fait paraître sa distribution en i8I(], dans le tome LXXXIll du Journal de physique , p. 2iS4 , avec une classification générale du règne animal, et il l'a reproduite en 1822, en tète de ses Principes d'anatomie comparée, en la disposant seulement dans un ordre inverse, et en ajoutant des noms grecs à ses subdivisions. Elle ne diffère de celle de Gmelin que parce que les chondroptérygiens, qu'"l nomme dennodontes , y sont distingués des autres poissons appelés ^nathodontes , par les dents adhérentes seulement a la peau , et les branchiostèges , nommés hétérodeimes , des poissons ordinaires appelés squaimnodennes , par une peau (dit l'auteur) de stnictiu^e varia- ble; du reste la subdivision ultérieure repose, comme dans Linnaeus, sur la présence ou l'ab- sence, et sur la position jugulaire, thoracique, ou al)dominale des ventrales, ce qui détruit tout ordre naturel, éloigne par exemple les xiphias des scombres, met les batrachus entre les gades et les pleuronectes, les trichiures entre les am- moditcs et les gymnotes, etc.; les familles ne reposent que sur les caractères pris de la forme HISTOIRE DE L ICHTYOLOGIE. 21 7 du corps, tantôt ordinaire , tantôt siluroide, tantôt longue et en bandelette, ou bien longue et un peu en bandelette. L'auteur n'a cité d'ail- leurs que quelques genres sous chaque division, comme pour servir d'exemples , et n'en a point donné une liste complète, en sorte que pour plusieurs on peut être en doute de la place qu'il leur assignerait. Il a du moins l'avantage de n'avoir point employé ces caractères erron- nés tirés des opercules et des rayons , qui depuis Lacépède avaient été introduits dans plusieurs méthodes. ^ 1. Voici le tableau de la méthode de M. de Blainville, telle qu'on la trouve, en i8i6, dans le Journal de physique, t. LXXXIII, p. 2 54, et, sous une forme un peu différente, en tête de son Ana- tomie comparée. G:\ATH0D0I\TES, ou osseux. Perches. (Acanihopom.) SQUAMMODERMES,ord. écaiU. De forme courte et com- TrxRAPODES. primée, leptosowes. Abdominaux. Chcetodons. De forme ordinaire, Fusiforme, METROSOMES. Brochets. ATRACTOSOMES. Scombres. Harengs. Grosse en avant Saumons. sse en cÉphalosomes. Carpes. Cotles. De forme siluroïde, Trigles. SU.UROSOMÏS. yj^];^ '-ongue et subcylindrique, SUBEKCIIÉLIOSOMES. De forme longue, g^j.^^_ SUHERCHELIOSOMES. Colites. TJioracvptes. CaUionymes. Longue et cylindrique. EiVCHÉMOSOMES. De forme ordinaire, j^^./^ eneis. MÏTBO.SOMES. Ce pôles. Labres. {Léiopomes. Gymneires. 218 LIVRE PREMIER. C'est en 1 81 7 qu'a paru mon tableau du Règne animal; mais j'avais indiqué les bases de ma méthode dès 1815'. J'y ai supprimé l'ordre des brancliiostèges. D'une partie de leurs genres j'ai créé celui des plectognathes, fondé sur un mode particulier d'articulation des mâchoires. Les au- tres ont été répartis dans les ordres des poissons Jugulaires. De forme ordinaire, MÉTEOSOMES. Gades. Très-épais en avant, CÉPHALOSOMES. Batrachoïdes. Non symétrique, hétÉrosomes. Pleuronectes- Longue et suLcompriniée, SUBENCHÏHOSOMES. niPODES. A co rp s f u s i f o r m e , ATRACTOSOMES. Xiphias. Très-comprimé , LEPTOSOMES. Stromateus. Long et un peu en bandel., subténiosomes. uémmodjtes. Long et en bandelette, TENIOSOMES. Trichiures. Long et subcjlindrique, SUEEWCnÉLlOSOMES. Gymnotes. liOng et cylindrique, ENCHÉLIOSOMES. Anguilles- 1. Dans le tome I." fies Méin ENCHELIOSOMES. Murènes. HÉTÉRODERMES, à peau de structure variée. Nageoires ventrales unies, SYNOPTÈBES. Cyclopteres. Nag. thor. en forme de bras, BBACniOPTÈRES. Baudroies. Point de ventrales, PELVOPTÈRES. Ostracions. Diodons. Dorsales épineuses, ACANTHOPTÈRES. Balistes. Très-var., quelquef. nulles, hétÉroptères. Syngnathes. DERMODONTES, ou CARTI- LiAGmEUX. Ventrales avant l'anus, HÉLIOPODES. Esturgeons. Ventrales entourant l'anus , PELVIPODES. Baies. Squales. Ventrales nulles , APODES. Lamproies. oires du Muséum. HISTOIRE DE l'iCHTYOLOGIE. 219 osseux , pour lesquels j'ai rétabli la division fondée autrefois par Artedi, sur la nature des rayons de la dorsale. Les acanthoptérygiens n'ont formé qu'un seul ordre ; mais pour les malacoptérygiens , je n'ai au aucun inconvé- nient à en distribuer les familles d'après la position des ventrales. Démontrant la fausseté des caractères tirés des opercules et des rayons, j'ai pu laisser ensemble beaucoup de poissons que les partisans de ces caractères avaient fort éloignés les uns des autres , notamment tous ceux de la famille des murènes. En général , c'est surtout à bien composer les familles naturelles que je me suis attaché. J'en ai établi vingt-une. ^ 1, Voici le tableau de ma distribution telle qu'elle était en 1817. J'ai cherché à la perfectionner dans le présent ouvrage. Je dois dire au reste que, lorsque j'ai publié mon Règne animal, je n'avais encore aucune connaissance des ouvrages de M. Rafinesque. POISSONS. Grisets. Pèlerins. CHONDROPTÉRYGIENS. Cestracions. A branchies fixes. aiguillais. Humantins. Suceurs. Leiches. Lamproies. Anges. Scies. Lamproies proprem. dites. ^4mmocetes. Raies. Gaslrobranches. Rhinobates. SÉLACIENS. Rhinas. Squales. Torpilles. Roussettes. Raies proprement dites. Stjuales propres. Paslenagues. Her/uins. Mourincs. Laniies. Céphalopteres. Marteaux. Chimères. Milandres. Chimères propres. Emisse tes. Callorinques. 220 LIVRE PREMIER. Tous les genres ont été soumis à un nouvel examen, débarrassés des espèces qui m'ont paru A branchies libres. Sturiokieks. Esturgeons- Poljodons. OSSEUX. PLECTOGN.nnES. Cyminodontes. Diodons. Tétrodons. Mules. SCLÉRODERMES. Balistes. Batistes propres. Monacanihes. y4lutères. Teiracaiithes. Cofi'res. LoPUOBRANCBES- Syngnatlies. Syngnathes propres. Hippocampes. Solénostomes. Pégases. MALACOPTÉRyGIEtlS .iBDOM I N .iV X. Salmones. Saumons. Saumons propres. Truites. Eperlans. Ombres, -argentines. Characins. Curimates. .Anostotnes. Serrasalmes. Piabufjues. Tétragonopt'eres. Raiis. Hydiocjns. Cjtharines. Saur us. Scopeles. Aulopes. Serpes. Sternoptjx. Clupes. Harengs. Harengs propres. Mégatopes. .Anchois. Thrisses. Odoutognathes. Pristigastres- ]\otopteres. Elopes. Chirocentres. Ér;.thrins. Amies. Vastrés. Lépisostées. Po'yptères. ESOCES. Brochets. Brochets propres- Galaxies. Microstornes. Sf'mias. Chauliodes. S al an X. Orphies. Scombrésoces. Demihecs. Exocets. Mormyres. Cypri^'s. Carpes. Carpes propres- Barbeaux. Goujons. Tanches. Cirihines. Brèmes- Labéons. Ahles. Gonorhynques. HISTOIRE DE l'iCHTYOLOGIE. 221 ne leur point appartenir, et subdivisés en sous- genres, propres à faciliter la répartition et la Loches. Anahleps. Pœcilics. Lebias. Oyprinodons. SlLCROÏDES. Silures. Silures propres. Silures spécialement dits. Schilbés. Macho irans. Pimelodes. Shals. Pimelodes propres. Bagres. .-àgénéioses. Doras. Hétérobr anches. Macroptéronotes. Hétérobranches propres. Plotoses. Callichies. Malaptérures. Asprèdes. Loricaires. Hjpostomes. Loricaires propres. MalACOPtÉrYGIEHS SUBBBACaiENS. Gadoïdes. Gades. Morues. Merlans. Merluches. Lotes. Mustiles. Brosmes. Phjcis. Raniceps. Lûpidolèprcî. Macroures. PolSSOKS PLATS. Pleuronectes Plies. Flélam. Turbots. Soles. Monochires. A dures. Discoboles. Lépadogastres. Lépadogastres propres. Gobiésoces. Cjcloptères. Lumps. Liparis. Echenéis. Ophicéphales. MALACOPTÉRyCfENS APODES. Anguilliformes. Anguilles. Anguilles propres. Anguilles spécialement dites. Congres. Ophisures. Murènes. Gjmnomurenes. Sphagébrauches. Aptérichtes. Synbranches. Alabes. Gjmnoies. Gymnotes propres. Carapes. Aptéronotes. Leptocépbales. Donzelles. Donzelles propres. Fierasfers. Equilles. AcANTHOrTÉRrClENS. TiEKIOlDES. Rubans. I.ophotes. Régalées. Gymnètres. Trachyptcres. Gymuogastres- 222 LIVRE PREMIER. reconnaissance des espèces. Je ne doute point que l'on n'ait reconnu dans cette partie de mon ouvrage un travail original, établi sur l'obser- Ceiutures. Jarretières. Stjléphores. COBIOÏDES. Bleniiies. Blennies propres. Pholis. Salarias. Clinus. Gonnelles. Opistogiiathes. Anarhiques. Gobies Gobies propres. Gohioïdes. Tçenioïdes. Périop h talmes. Eléotris. Sillage. Callionymes. Trichonotes. Coméphores. Labroïdes. Labres. Labres propres. Gir elles. Crénilabres. Sublets. Chéilines. Filous. Gomphoses. Rasons. Chrouiis. Scares. Labrax. Pebcoïdes. A dorsale unique. A mâchoires protractiles Picarels. A dents tranchantes. Bogues. A dents en paçé. Spares. Sargues. Daurades. Pagres. A dents en crochets. Dentés. Lutjans. Diacopes. Cirrhiles. Bodians. Serrans. Plectropomes. A dents en velours. Canthères. Gicles. Pris lipomes. Scolopsis. Diagrammes. Chéilodactyles. Microptères. Graiumistes. Priacanlhes. Polyprions. Soghos. demi Iles. Stellitéres. Rascasses. Rascasses propres. Sj'nancées. Ptérois. Tienianotes. A dorsale double. A dorsalt'S très-séparées. Ventiales abdominales. Athérines. Sphyrènes. Paralépis. Ventrales subbrachiennef. MuUes. Po ma tomes. Muges. HISTOIRE DE l'iCHTYOLOGIE. 223 vation directe des objets, et non pas un simple extrait des autres ichtyologistes. M. GoldfusSj, en i 820 , dans son Manuel de A dorsales rapprochées. ^ tête armée. Perches. Perches propres, Centropomes. Enoploses. Sandres. Esclaves. Apogons. Sciènes. Cingles. Omhrines. Lonchures. Sciènes propres. Pogonias. Ololithes. Aucylodons. Percis. Vives. ^ tête cuirassée. Uranoscopes. Trigles. Trigles propres. Malarmats. Pirabebes. Céphalacanthes. Lépisacanthes. Chabots. Chabots propres. y/spidophores. Platj'céphales. Batracoïdes. ^ pector. en forme de l Baudroies. Baudroies propres. Chironectes. Mallhées. SCOMBÉROÏDES. A deux dorsales. Sconihre.s. Maquereaux. Thons. Germons. Caranx. Citules. Sérioles. Pasteurs. Vomers. Sélènes. Gais. Argyreyoses. Tétragonures. A première dorsale divisée en épines. Rhinchobdelles. Macrognathes. Mastacembles. Epinoches. Epinoches propres. Gastrés. Cenfronotes. Liches. Ciliaires. A dorsale unique. Dents en velours. Dorées. Dorées propres. Capros. Equula. Menés. Atiopus. Trachichtes. Chrysotoses. Espadons. Espadons propres. Voiliers. Corjphènes. Centrolophes. Leptopodes. Coryphenes proprei. Oligopodes. Dents tranchantes. Sidjans. 224 LIVRE PREMIER. zoologie , tome II , a aussi cru devoir donner une distribution des poissons, et des noms grecs aux divisions : pour cela il prend tout simple- ment les divisions de Gmelin , en réunissant les jugulaires et les thoraciques sous le nom de steiYiopte/jgii, et les cliondroptérygiens et les branchiostëges sous celui de chondropterjgii ^ au lieu d'apodes, il dit peroptejj^ii ^ et au lieu d'abdominaux, ^asteropteiygii. Cliaque ordre est subdivisé en familles d'après la forme générale, celle de la tête, celle de la boucbe, ou tel autre caractère extérieur, mais de ma- nière que l'atliérine, par exemple, est entre la Acantliures. ylspisures. Prionures. Nasons. Squammipemnes. A dents en soie ou en velours. ChECtodons. Chœtodons propres. Chœlodons spéciale- ment dits. Chelmons. Platax. Héniochus. Ephippus. Hulacanthes. Acanthopodts. Osphroniônes. Osphromenes propres- Trichopodes. Archer». Kuries. Auabas- Cœsio. Castagnoles- A dents sur une seule rangée . Stroiiialées. Fiatoles. Sésérinus. Piniéleptères. Kyphoses. Plcctorliyiiques. Glyphisodons. Pomacenlres. Aiuphiprioiis. Proiiinas. A deux dorsales. Tuianodons. Chevaliers. Polynèiues. Souches en fi-ute. Fistiilaires. Fistulaires propre ^ Auloslomes. Ceiitrisqucs. Centrisijues propres Aiuph isiles. HISTOIRE DE L ICHTYOLOGIE. 225 pœcilie et les cyprins, et le gnathobolus , qui est presque un hareng, à côté du pomatias^ qui n'est qu'une lune {o/^thagoriscus).'^ 1. Voici le tableau de la méthode de M. Goldfuss. Gasteropterygii. I j. Leptocephala. Clupea. Elops. Chirocenirus. S^nodus. {Erythrin.) Amia. Pcecilia. Atherina. Cyprinus. Salmo. Coiegonus. Characinus. Scopelus. Esox. Sudis. Polfpterus. Lepisosteus. 2. Rhynchocephala. Centrisciis. Mormj'rus. Acanihiotus. Fistularia. 3. Aptocephala. Mugil. Sphyrcena. Exocetus. Poljnemus. 4. Platycephala. Loricaria. Cataphractus. Cobitis. Anableps. Malapterurus. Platjstacus. Silurus. 1. III Pteropterygii. 1. Ophioidei. Leptocephalus. Ammodj'tes. Rhynchobdella. Ophidium. 2. Enchelioidei. Gyninoihorax. Apterjchtis. Anguilla. Trichiurus. G^innotus. 3. Xyphonoti. Gnathobolus. Gj'mnogaster. Potnateis. (Triure.) Rhombus. Stromateus. Siernoptjx. 4. Macrorlijnchi. Anarhichas. Step.noptep.ygii. Orthosoniata. Gadus. Mullus. Sciœna. Perça. Lahrus. Ophicephalus. Amphacanthus. Scarus. Xjiichtis. S parus. Lutjanus. Bodianus. Holocentrus. Coryphœna. Tseniosomata. Regalecus. Gyinnelhrus. Trachjpterus- Lepidopus. Cepola. Macroiirus. Lepidoleprus. Lophotes. Leptosomata. Pleuronectes. Pimelopterus. Gljphisodon. Plectorhjnchu Premnas. Monocentris. Gasterosteus- Scnmber. Tetragonurus- Xipbias. Zeus. Atropus. Acanthurus. Monoceros. Chœtodon. Toxotes. Kurtits. Brama. Anabas. Cephalotes. Batrachus. Uranoscopus. Echeneis. Blenniiis Gobius. i5 226 LIVRE PREMIER. Tout nouvellement (1827) M. Risso, dans la nouvelle édition de ses Poissons de Nice , a encore jugé nécessaire de disposer les poissons dans un ordre à lui. A cet effet il a pris pour base les ordres de Linnœus, en y ajoutant à leur nombre mes plectognatlies et mes lopliobran- clies : il a subdivisé ceux des poissons ordinaires, comme Forster, d'après leurs rayons dorsaux mous ou épineux, et y a réparti des genres tirés pour la plupart de mon Piègne animal , en un certain nombre de familles , qu'il appelle natu- relles, et dont plusieurs sont prises de la même source; mais sa première division, d'après Lin- nœus, l'a contraint à en disperser quelques-unes d'une façon qui répond peu à leur titre.' Trachinus. Oslrncion. 3. Macrostomala. Perds. Balisles. Cyclopteriis. Callionjymus- Syngnathus. Lepadogaster. Trigla. Solenostoma. Batrachopus. Scorpcena. Pegasus. Lophius. Cottus. Poljodon- 4. Plagiostomata. IV. Chokdropterycm. Acipenser. Chimœra. 1. Microslomala. 2. Cyciostoniata. Bhinolatus. Gnathodon.{Diodon, Gastrohranchus. Il ai a. Téirodon.) Petroiiiyzon. Srjualus. 1. Tableau de la distribution de M. Risso dans sa deuxième édition, en 1827. 1." SÉR. CHONDROPTÉRYGIENS. Lawla. T." Ord. a branchies fixes. Zygwna. Miislellus. i." Fam. Pétiomyzides. JS'otidanus- Lamproie .-icanthias. 2." Fam. Squalidcs Centrina. Scjltium. Scymnits. Car char ias. Sqiittlina. 227 On voit que les méthodes de la plupart de ces ichtyologistes, toutes variées cpi'elles paraissent dans leurs combinaisons, ne sont autre chose que des répétitions, sous d'autres noms, de celle de Linna^us,. altérée seulement dans quelques- unes par l'introduction de ces classes préten- dues imparfaites, fondées d'après Lacépède sur l'absence supposée de quelque partie des tégu- mens branchiaux, et dans d'autres par des ca- ractères pris de la nature des rayons telle que l'avait employée Artedi. Il était donc également impossible qu'elles n'éloignassent pas des êtres naturellement rap- prochés , et qu'elles n'oifrissent pas des carac- tères que l'on ne pourrait retrouver dans les objets eux-mêmes. Prisiis. IV/ Ord. Lophobranches. Fam. Raièdcs. Syngnathiis. Torpédo. Hippocampus. ^'''''- V/ Ord. Apodes. T, Mjliohatis. I." DIV. Apodes mai.acoptéryq Cephaloptera. i/" Fam. MuréniJes. 11/ Ord. a branchies libres. Murœna. -,." Fam. Eslurgconidcs. Murœnophis. Acipenser. Sphagehranchus AnsuUla. b." Fam. Baiulroi Lophius Congev. Leptocephalus. 11/ SER. POISSONS OSSEUX. 2.- Fam. Ophisurides. m.'' Ord. Plectognathes. Ophisures. Fam. Gyninodontfs. II." DIV. Apodes acahtho?tép>yg. Cepbalns. (Lune.) 3.' Fam. Xiphoïdes. Fam. Balistides. Xiphias. Balisles. Anwiodytes. Oslracion Ophidium. 228 LIVRE PREMIER. M. Oken a essayé d'une autre voie : on sait qu'il a entrepris de résoudre nn grand pro- blème philosophique des idéalistes, celui de déduire à prioîi de l'idée générale de l'être toute la diversité des êtres particuliers , ce qu'il croit pouvoir faire par des combinaisons d'idées de différens degrés. Arrivé à la classe dont nous VI.* Ord. Jugulaires. I/^ DIV. Jugulaires walacoptér. i/'Fam. Gadoïdes. Onos. Lota. Mora. Merluccius. Phycis. Merlangus. 2." Fam- Blennioïdes. Blennius. Salarias. Clinus. Tripterygion. 3.' Fam. Lépidoltprides- Lepidoleprus. 4.* Fam. Pleuronectides. Hippoglossus. Solea. Bhombus. Monochirus. II." DIV. Jugulaires ACAHTHorr- 5." Fam. Trachinidcs- Trachinus. Ufanoscopiis, Callionjmus. 6.' Fam. Dianides. Diane. y\l.'' Ord. Thoraciques. \." DIV. Thoraciques walacopt. ) ." Fam- Echencides- Echeneis. "' Fam. Gobioïdes. Lepadogaster. Gobius. 0. Fam. Fiaioloïdes- Jphie. Fiatole. 4' Fam. Tanioïdes. Lepidopus. Lophotes. Cepola. Gjmnetrus. P'oginarus. II.'DIV.T nORACIQTJES ACARTHOPI. 5." Fam. Labroïdes. Lahrus. Julis. Cienilabius. Coricus. Novacula. G.' ^ Fam . Corypliéiioïdes. Centrolophus. Oligopus. Corjphœna. Lanipris. Ausonia. ■■ Fam . Sparoïdei. Chromis. Smaris. Boops. Sargus. Churax. Aurata. Pagrus. Dentex. Cantharvs. HISTOIRE DE l'ichtyologie. 229 faisons l'histoire, il a du aussi chercher à dé- duire par ce procédé , de l'idée générale de poisson, celle de tous les poissons particuliers, et les combinaisons auxcpielles il a eu recours, descendant de degré en degré , forment une espèce de méthode. Il en a déjà donné trois ou cpiatre essais assez différens les uns des au- 8." Fam. Scorpénides. iS." Fam. Squanimipennes. Holocentrus- Chœtodon. Scorpœna- Brama. Serraniis- Lepterus. Ailopon. \m.' Ord. Abdominaux. Zeus. I.*^" DIV. Abdomikaux malaCopt. Capros. \.^' Fam. Cyprinides. 9.° Fam . Tétragonurides. Cjprinus. Tetragoniirits. Barbus. 10.^ Fam. Mugilides. Leiiciscus. Apogon. 3.' Fam. Exoccides. Mullus. Sioniias. Pomatomus. Chauliodes. Mugil. Belone. ii.« Fam. Triglides. Trigla. Scomberesox. Exocetus. Peristedion. .!.'■' Fam. Clupéoïdes. 12." Fam. Daciylopterus. Pcrcliides. Macrostoma. Alepocephalus. Clupanodon. Cottus. Engraulis. Perça. Alpismaris- Umbrina. -(•' Fam. Sal uionoïdes. Sciœna. Salmo. i3.' Fam. Scombéroïdes. Argent in a. Scomber. Sauras. Thjnnus. Scopelus. Orcjnus. II.'^DIV. AboDMINAI'X ACAKTHOPT. Caranx. 5.^ Fam. Athévinides. Citula. Seriola. Atherina. Sphyrena. 14.^ Fam. Centronotides. Parai épis. Gasterosteus. Microstoma. Centronotus- 6.^ Fam. Centriscides- Lichia- Centriscus. 250 LIVRE PPtEMIER. très , mais dont aucun ne nous paraît avoir groupé les genres d'après des rapports que la méthode naturelle puisse avouer. Nous ne voyons pas même comment l'on pourrait assi- gner à ses subdivisions des caractères précis. Dans sa Philosophie de la nature, en 1811, il se bornait à diviser les poissons, ou ce qu'il appelle ses aniinaux carniers (animaux oh la c!>air domine), selon la prédominance qu'il at- tribuait en eux à chaque partie du corps, en ventriers, thoraciers , membriers et tétiers ^ ; il les comparait respectivement aux infusoires ou aux mollusques, aux univalves et aux sei- ches ou aux méduses. En 181 G, dans le corps de sa Zoologie, il dispose cette classe en sept ordres, de manière à représenter, selon lui, sept des classes dans lesquelles il divise le règne animal" : chacun 1. Oken, Pliil. de la nat. (en allemand), t. III, p. 3oi et suiv. Animaux cerisiers {les poissons). Poissons membriers. Poissons ventriers. Fistulaires , Pégases , Les osseux sans écailles. Diodons, etc. Poissons thoraciers. Poissons téliers. Les écnilleux. . Lamproies, Squales. Raies 2. Oken, Traité de zoologie (en allemand), 2/ part., p. 12. I. POISSONS OSSEUX. 2.' Ord. Poissons vers, 1. Réguliers. Gades,Blennies,Scomhres L VE^TF,4^ES dérangées. 3.' OrD. PoiSSOTiS lïïSECTES, i,"Okd. Poissons zoophytes. Labres, Sciènes jénguilles , etc. HISTOIRE DE L ICHTYOLOGIE. 231 des sept ordres est divise ensuite en quatre sous-ordres ou familles, et chaque famille en quatre genres, ce qui lui fait cent douze genres/ II. Ventrales abdominales. 4.' Ord. Poissons poissons. Muges, Cjprins. 5." Ord. Poissons reptiles. Colites, Silures, Salmones, Esoces. 2. Incguliers. 6." Ord. Poissons oiseaux. CaUionjmes , Gohies , Chœ- iodotis , Pleuronectes. II. POISSOIMS CARTILAGINEUX. •j." Ord. Poissons manimaux. ^cipensers ; Lophies , Dio- dons , Raies, Squales. 1. Voici le tableau de cette seconde méthode ichtjologiqiic de M. Oken. 11.*^ Sous-ORD. Ivlèques. 1." Genre. Echenéis. 2.' — Eléotris. 3.^ — Gohiomoroide. L" ORD. POISSOKS ZOOPHYTES. L"^' ' SoOS-ORD. Murènes. 1." Genre . Apterichte. 2." — Sjnhranche. 3.= — Sphagebranche. 4-' — Murène. 11 ° Sous-ORD. Anguilles. l." Genre . Anguille. 2.' — Gymnote. 3.' — Ophidium. 4-' — Ammodjyte. III .' Sous-OR». Cultriformes. 1." Genre . Trichiure. 2.° — Leptocéphale. 3.' — liégalec. 4-' — Anarhique. IV.' ' Sous-ORD. Cépoles. 1." Genre . Cépole. 2." — Gjmnètre. 3.' — Lépidope. 4-' — Centronote, BL II." ORD. POISSOPSS VERS. L'= "■ Sous-ORD. Lotes. 1." Genre . Blennie. 2.' — Phycis. 3." — Ptéraclis. 4.* — Gadus. III. "^ Sous-ORD. Thons. 1."^ Genre. Scomhre. 2." — Trachinote. 3.- _ Caranx. 4.^ — Pomatome. IV. " Sous-ORD. Épinoches. i.""^ Genre. Gasléroste. 2.' — Centronote , Lac. 3.'' — Lépisacanthe. 4.* — Centrogaster, III. ^ ORD. Poissons iksectes. I.*^"^ Sous-ORD. Perches. 1."'' Genre. Sciene. 2." — Bodian. 3.* — Perche. 4." — Holocenlrc. 11.^ Sous-ORD. Gremilles. i.'^'^ Genre. Gjninocéphalc- 2." — Anlhias. 3.' — Lutjan. 4.* — Grammisie. 232 LIVRE PREMIER. Mais dans le tableau qui est en tête du même ouvrage, voulant pousser plus loin sa méthode idéalistique, il réduit ses ordres à quatre, cor- respondant aux quatre classes de vertébrés; chaque ordre en quatre sous-ordres, répondant m/ Soi's-oKD. LabroïJes. 1 ."' Genre- faire. 2.' — Calliodon. 3.' — Ofjhicéphale. 4/ — Spare. IV/ Sous-ORD. Dorades. \." Genre. Mulle. 1." — Scare. 3." — Coryphene- 4.' — Macroure. ly.' ORD. Poissons poissoms. I." Sous-ORD. Mugiloïdes. 1.^'' Genre. Muge. 2." — Mugilomore. 3." — ydcanthonote. 4.' — Exocet. II.' Sous-ORD. Dactyles. 1.'' Genre. Polyneme. 2.' — Poljydactjle. 3.' — Cirrhite. 4.' — Chéilodactjle. III.' Sous-ORD. Harengs. 1." Genre. Clupe. 2.' — Mène. 3.' — Couttau. {Cyprin. Cuttratus.) 4.' — Gastéropélécus. IV.° Sous-ORD. Carpes. 1."^ Genre, ^thérine. 2.' — Argentine. 3.* • — Synode. 4.' — Cyprin. V.' ORD. PoiSSOKS REPTILES. I "■ Sous-ORD. Loches. 1."'' Genre. Cohite. 2.' — .4nahleps. 3.* — Pœcilie. 4." — .Amie. IL' Sous-ORD. Mais. !."• Genre. Silure. 2.' — Platystome. 3.' — Doras. 4.' — Loricaire. III.' Sous-ORD. Salmones. i."" Genre. Serrasalme. 2.' — Characin. 3.' — Corégone. 4.' — Saumon. IV.' Sous-ORD. Brochets. i."^ Genre. Elops. 2.' — Sphyr'ene. 3.' — Ckauliode. 4.' — Esoce. VI.' ORD. Poissons OISEAUX I." Sous-ORD. Grunips. 1." Genre. Callionyme. 2.' — Perds. 3.' — Liranoscope. 4.' — yive. IL' Sous-ORD. Ulques. 1.'' Genre. Gobie. 2.' — Cotte. 3.' — Scorpène. 4.' — Trigle. HISTOIRE DE L ICHTYOLOGIE. 235 aux quatre ordres ; chaque sous-ordre en quatre genres, répondant aux quatre sous-ordres, ce qui fait une triple tétratomie (si l'on peut employer ce mot), et réduit les genres à soixante-quatre/ m." Sous-onD. Buttes. II. " Sous-OKD. Morques. 1.'' Genre. Pleiironectes. 1.*"^ Genre. Cycloptere. 2.' — Zéus. 2.' — Baliste. 3." — Chœtodon. 3.' — Coffre. 4.' — Stromatéus. 4.' — Gnathodon. (Dio- ÏW.' Socs-ORD. Bécatcs. don, Tétrodon.) i.*"^ Genre. Centriscus. m .* Sous-OR». Chirque.s. 2.° — Mormjre. i.^' Genre. Esturgeon. ^ 3.^ — Fistulaire. 2.° — Polyodon. 4.^ — Stjléphore. 3." — Kiphias. Tn." ORD. PoiSSOKS MAMMATJX. 4." — Istiophore. I." Sous-ORD. Querdes. IV ." Sous-oRD. Lophies. 1." Genre. Mjxine. i.""^ Genre. Baudroie. 2." — Lamproie. 2." — Raie. 3." — Syngnathe. 3." — Squale. 4." — Pégase. 4.' — Chimère. 1. Cette troisième méthode de M. Oken dispose les poissons comme il suit. ANIMAUX CARNIERS. Ccpole. Cotte. {poissons.) Gymneire. Gobie. Poissons poissohs. A nguilles-raies. Cycloptere. (Anguilles.) Anarhique. Gades-spares. Anguilles-anguilles. Xiphias. Pleuronecte. Apterichte. Zisius. Zéus. Sjnhranche. Poissons reptiles. Chœtodon. Sphagebranche. (Gades.) Stromatée. Murène- Gadts-anguilles- Gades-raies. Anguilles-gades. Gade. Cobite. Anguille. Echenéis. Silure. Gymnote. Gastéroste. Salmone. Ophidie. Scomhre. Ésox. Ammodyte. Gades-gades. Poissons OISEAUX. Anguilles-spares. Callionyme • ( Ura- (Spares.) Trichiure. noscopes, yiçes, Spares-anguilles. Leptocéphale. etc.) Scorpène. 254 LIVRE PREMIER. Enfin, dans son Traité d'histoire naturelle pour les écoles, publié en 1821, il divise la classe en cinq ordres, selon la prédominance qu'il croit y voir du germe, du sexe, des en- trailles, de la chair, ou des organes des sens; les quatre premiers ordres sont divisés chacun en trois sous-ordres , et dans les trois premiers chaque sous-ordre l'est en neuf genres ; dans le quatrième, chaque sous-ordre l'est en quatre tribus, chacune de trois genres, d'après les mêmes rapports que les quatre ordres; enfin le cinquième est divisé en cinq ordres, d'après les cinq sens. C'est cette division que M. Oken a fait imprimer en français, à Paris, en 1822.^ Trigle. Chipe. Raies-spares. Polyneme. ^thérine. Pégase. Exocet. Argentine. Esturgeon et Spares-gades. POISSOWS MAMMAUX. Spatulaire. Sciene. {Raies.) (Potyodon.) Perche. Raies-anguilles. Chimère. G remille. Cenlrisqiie. Baudroie. Mulle. Fislulaire. Raits-raies- Spares-spares. Stjléphore. Myxine. Lahre. Syngnathe. Lamproie. Spare. Raies-gacles. Raie. Scare. Mormyre. Squale. Coryphene. Bnliste. Spares-raies. Coffre. Muse. Gnathodon. 1. Voici le tableau de la quatrième distribution ichtjologique de M. Oken. POISSONS GERMIERS. Sphagcbranche. Anguille. Germiers spERMiEas. Synhranche. Gymnote. Apterichte. Murène. Ophidion. HISTOIRE DE L ICHTYOLOGIE. 235 Nous n'avons point à juger ces essais sous le rapport métaphysique, ni à apprécier la solidité des bases sur lesquelles ils reposent : c'est aux métaphysiciens et non aux natura- listes qu'il appartient de le faire; mais quant aux résultats , chacun peut voir qu'ils s'accor- dent mal avec les vrais rapports des êtres, et quoique le dernier s'en écarte moins que les précédens, il ne sera jamais possible dans une méthode naturelle de mettre le xiphias auprès de l'esturgeon , le lepidoleprus auprès de la lo- On comprend d'ailleurs qu'il aurait fallu un grand hasard pour que les genres , tels que les Leptocéphale. Bleiune. Rhinchohdelle. Ammodjte. yànarhitjue. Gastérostéus. Germiers oviers. POISSONS SEXIERS. Scombre. Lophote. Sexiers reiniers. Seviers masccliers. Gymnetre. Gobie. Otolithe. Régalée. Péiiophtalme. Sciœne. Cépole. Éléotris. Perche. Trachyptere. Coméphore. Cichla. Gymnogastre. Tiichionote. Serran. Styléphore. Cal/ionyme. Deniex. Lépidope. Trachichte. Labre. Trichiure. Trigle. Scare. Germiers tétiers. Lépisacanthe. Spare. Pleuronecte. Sexiers eemelliers. POISSONS ENTRAILLERS. Échenéis. Chœtodon. Embaillers iktestiers. Platycéphale. Stromatée. Cobite. Macroure. Efjues. yinahleps. Phycis. Fomer. Pœcilie. Gade. Zéus. Pimelode. Centronote, Cotyphœne. Malaptéiure. 230 LIVRE PREMIER. auteurs précédens les avaient établis , se prêtas- sent à des arrangemens d'une symétrie si com- passée; aussi M. Oken a-t-il été obligé, tantôt d'en réunir un certain nombre en un seul, tantôt d'en subdiviser d'autres en plusieurs, et c'est ce qui lui est arrivé surtout dans son troisième essai, où il n'en admet que soixante- quatre. Ses réunions ne sont pas toujours beu- reuses. Lorsqu'il met, par exemple, les bolo- Silure. Sexiers. Triacanihe. Dotas. Uranoscope. Ostracion. Hétérohranche. Cotte. Sexiers. Cataphracte. Batrachus. Tétrodon. Ektraillers veiniers. Entraillers. Diodon. Athérine. Tœnianote. Oslhagoriscus. Syhjrene. Synancée. Entraillers. Polyptere. Scorpene. Platystacus. Érythrinus. Carniers. Loricaria. Lépisostée. Malthée. Lepidoleprus. Èsox. Antennaire. Carniers. Slernoptyx. Lophie. Polyodon. Gastéropélécus. Carniers mascuhers. Acipenser. Salmo. Germiers. Xiphias. Entraillers pulmonieks. Mulle. Syngnathe. Solénostome. POISSONS SENSIERS Muge. Sexiers. Peaussier. Clupe. Pégase. Murène. Élops. Entraillers. Nasier. Exocet. Fistulaire. Chimère. Gonorhynque. Aulostome. Languier. Cyprin. Carniers. Petromyzon. Centrisque- Oreiller. POISSONS CARNIERS. Amphisile. Baie. CaRTVIERS OSSIERS. Mormyre- Oculier. Germiers. Carniers merviers. Squale. Lépadogaslre. Germiers. Cyclopthre. Batiste. HISTOIRE DE l'iCHTYOLOGIE. 257 centriim ( soglio ) aA ec les canthères , sous le genre Ciclila, il est évident qu'il ne consulte ni les rapports apparens , ni les véritables analogies. Mais si la Philosophie de la nature n'a pas beaucoup contribué à perfectionner, sous le rapport des méthodes, l'histoire naturelle des poissons, elle a excité à des recherches anato- miques qui lui ont procuré des faits utiles. L'ostéologie de cette classe était à peine ef- fleurée au commencement du dix -neuvième siècle. Ce fut en 1800 que M. Autenrieth^y dans son Anatomie de la plie ^, commença à recher- cher l'analogie des parties du squelette des pois- sons avec celles des classes supérieures; il pré- senta sur leur appareil hyoïdien en particulier plusieurs des idées données plus tard comme nouvelles. En \ 807 , M. Geoffroy Saint-Hilaire com- para les os qui portent la nageoire pectorale à ceux de l'épaule , du bras , de l'avant-bras et du carpe des animaux supérieurs^, et lit connaître 1. Jean- Henri -Frédéric Autenrieth, professeur, aujourd'hui chancelier de l'université de Tubingue. 2. Insérée dans les Archives de zoologie et de zootoniie de Wiedemann, t. 1, 2.* cah. , p. ^y» 3. Annales du Muséum d'hisloire naturelle, t. IX, p. 557. 238 LIVRE PREMIER. les variétés et les usages de l'os grêle, placé eu arrière de l'épaule \ 11 s'occupa aussi de l'ap- pareil qui porte la menil)raue braucliiale, et le considéra comme formé de la réunion de certaines parties de l'os hyoïde, du sternum et des cartilages des côtes ^ Quant aux opercules , il les regardait alors comme des pariétaux dé- tachés du crâne. ^ M. Rosenthal commença en 481 i ses tra- vaux sur l'ostéologie des poissons, par un mé- moire oii il décrit les os de leur tête avec beau- coup d'exactitude, mais ou il n'est pas aussi heureux à saisir leur analogie"^. Depuis lors (de 1 81 2 a. ] 822) il a donné quatre cahiers de planches ichtyotomiques, oîi il a représenté avec beaucoup de soin les squelettes d'un assez grand nombre de poissons dont l'ostéologie n'avait pas encore été publiée.^ J'avais aussi dès-lors beaucoup travaillé sur ce sujet, et j'avais déjà rasseinl)lé plus de trois cents squelettes de poissons : je publiai en 1812% en 1814' et en 1817^ les idées que 1. Annales du Muséum d'histoire naturelle, t. IX, p. ^i3. — ■ 2. Ibid., t. X, p. 87. — 3. Ibid., t. X, p. 345. — 4. Dans les Archives physiolof^iques de Reil, t. X, p. 34o. — 5. Tables ichtyo- ioviiques, par Frédéric Rosenthal (en allemand); Berlin, 181 3 à 1822, in-4.° — 0. Annales du Muséum, l. XIX. — 1. Mémoires du Muséum, 1. 1. — 8. Dans les planches d« mon Règne animal. HISTOIRE DE l'iCHTYOLOGIE. 259 je m'étais faites de l'ostéologie de la tête dans cette classe , ainsi que divers exemples pris d'es- pèces particulières. Depuis quelques années MM. Burtin et Du- méril avaient fait voir les rapports du crâne avec les vertèbres ; en 1 807 , M. Oken avait essayé d'appliquer cette idée à la structure de la tète des animaux, d'après les principes de sa Philosophie de la nature : il la considéra comme formée de trois vertèbres ^ , mais il ne l'examina encore que dans les quadrupèdes. M. Spix développa ces vues et en modifia les détails dans son grand ouvrage du Cepha- logenesis^y imprimé en i8l5 : il y représenta plusieurs têtes de poissons, et donna des ligures séparées des os qui les composent. C'est là qu'il avança le premier, que les pièces operculaires répondent aux osselets de l'oreille. M. Geoffroy Saint-Hilaire, qui était arrivé de son coté sur les os operculaires à des idées peu différentes, les publia en i8i8, dans sa Philo- sophie anatomique. Il y en développa aussi 1. Dans un programme allemand ; Sur la signification des os de la tête; léna , 1807. 2. J. B. Spix, de l'académie de Munich, Ccphalogexesis, sive capitis ossei slructura , formaiio et significatio per omnes anima- liimi classes, etc.; Munich. i8i5; gr. in-folio. 240 LIVRE PREMIER. qu'il avait indiquées plus anciennement sur l'appareil des branchies , qu'il regardait comme analogue au sternum , à l'os hyoïde , au larynx , à la trachée et à ses bronches. 11 y donna sur- tout une description et une énumération très- exactes des pièces qui composent cet appareil.^ Cette même année i 81 8 , M. Bojanus publia dans risis^ des déterminations des os de la tête des poissons assez différentes des miennes et de celles de M. Geoffroy. Il en a encore paru d'au- tres en ] 820 ^ par M. Fermer, et en 1 822 , par M. Aiendt» Ce dernier les propose dans un traité spécial sur la tête osseuse du brochet."^ M. Carus publia en 1818 sa Zootomie, oîi il inséra une description générale du squelette des poissons, et quelques idées particulières sur leur appareil branchial, qu'il considère comme 1. Philosophie anatomique des organes respiratoires sous le rap- port de la détermination et de l'identité de leurs pièces osseuses , par M. le chevalier Geoffroy Saint-Hilaire ; Paris., 1818. 2. Isis de 1818, t. I, p. 498 el pi. 7. H J a une autre note sur le même sujet, Isis de 1821, t. II, p. 1 145. Louis-Hermann Bojanus, auteur d'une excellente monographie de la tortue d'Europe, mem- bre de l'académie de Pétershourg, ci-devant professeur à Vilna , mort en 1827. 3. De anaiome comparata et philosophia naturali commentatio , sistens descriptionem et significationem cranii ,encephali et nerçorum encephali in piscibus , auct. C. IV. H. Fenner; léna, 1820. 4. De capitis ossei esocis lucii structura singulari , diss. Ed. 4rendt ; Regiomonti, 1822. 241 le seul analogue du thorax '. 11 ne se prononça point sur la nature des pièces operculaires. Encore cette même année, M. Schultze inséra beaucoup de faits curieux sur l'ostéologie des poissons, particulièrement sur leurs vertèbres, dans un mémoire relatif aux premiers commen- cemens de l'ostéogénie, et au développement de la colonne vertébrale en général. " En 1820, M. IFeber, dans son Traité de l'o- reille des animaux^, proposa l'idée que les osse- lets de l'oreille sont ceux qui, dans la carpe, le silure, etc., sont placés entre le crâne et le haut de la vessie natatoire et qui communiquent en effet avec la cavité qui contient le labyrinthe. L'année suivante, M. Bojanus a écrit dans l'Isis un mémoire en faveur de cette nouvelle vue.* Mais en 1824 et 1825, M. Geoffroy reprit toute cette matière de la composition de la tête, et persista dans son opinion sur les opercules: il fit précéder son travail d'une tliéorie générale de la composition de la vertèbre, qu'il regarda comme composée de neuf pièces ou plutôt de 1. Charles-Gustave Carus , professeur à l'académie chirurgique de Dresde : Traité de zootomie (en allemand), p. 98. 2. Archives allemandes de la physiologie de Meckel, t. IV (1818), p. 32g. — 3. De aure et audit u hominis et animalium; part. I, de aur. anim. aquat., auct. Ern. Henr. Weber, prof. anat. comp.; Leipzig, •— 4. Isis de 1821 . t. I. p. 272 et pL 4- 1. 16 242 LIVRE PREMIER. douze; la tête elle-même est une suite de sept vertèbres, et contient, par conséquent, quatre- vingt-quatre os. L'auteur a fait une application spéciale de cette théorie à la tête du mérou ( serranus §îgas). ^ Le squelette entier des poissons a été le su- jet de deux ouvrages publiés en Hollande en i 822 ; la dissertation de M. Van-(ler-Hœi>en % et l'ostéograpliie de M. Bakker^. Ce dernier écrit est accompagné de belles figures litlio- grapbiées, représentant diverses parties osseuses de plusieurs poissons. Ces deux auteurs consi- dèrent l'appareil operculaire comme propre aux poissons; mais sur les appareils hyoïdien et brandi ial, ils se rapprochent des idées de M. Geoffroy. Le deuxième volume de l'Anatomie compa- rée de M. Meckel, imprimé en 1 824 , contient aussi un résumé très-bien lait sur l'ostéologie 1. Vojez les mémoires de M. Geoflfroj Saint-Hilaire : sur la vertèbre, Mémoires du Muséum, t. IX, p. 89; sur l'aile opercu- laire ou auriculaire des poissons, Mémoires du Muséum, t. XI, p. 420 ; sur la composition de la tète osseuse de l'homme et des Jouissons, Annales des sciences naturelles, Octobre 1824. 2. Dissert at io philosophica ijianguralis de sceleto piscium; Leyde, 1822, in-8.% p.'ir M. Jfl/zujVAN-DER-HŒVEN, aujourd'hui professeur de philosophie dans celle université. 3. Gerbrandi Bakker , professoris grœningiensis , Osteographia piscium, gadi prœsertim œglefini, comparati cum lampride gultato; Grœniugue, 1822, in-8.° , avec un cah. de planches in-4." HISTOIRE DE l'iCHTYOLOGIE. 245 des poissons, et l'on ne doit pas en attendre de moins instinctifs snr les autres parties de leur économie dans les volumes qui doivent encore paraître. L'auteur n'adopte point la fu- sion du sternum avec l'os hyoïde, ni le dé- membrement de la mâchoire inférieure pour former les opercules, ni d'autres hypothèses de ce genre, et en général il ne se croit pas obligé de retrouver os pour os les mêmes pièces dans tous les animaux; il donne même des preuves que cette concordance n'existe point. ^ C'est ainsi que l'ostéologie des poissons, née en quelque sorte dans la période actuelle, s'y est élevée à une grande perfection. Leur myologie n'a pas été autant étudiée à beaucoup près, et se réduit presque à ce que j'en ai dit dans mes leçons d'anatomie compa- rée , et à ce que M. Carus en a donné plus ré- cemment dans sa Zootomie; mais j'ai fait sur ce sujet des travaux considérables pour ma grande anatomie, et j'en donnerai un extrait dans le présent ouvrage. On a travaillé davantage à leur névrologîe. M. TVeher fit des recherches sur leur nerf 1. J. F. Meckel, professeur à Halle, Syslème d'anatomie comparée (en allemand): il n'en a paru encore que deux volu- mes; Halle, 1821 et 1824- Mj^- Riester ti Alphonse Sanson vien- nent de publier la traduction française: Paris, 1827. 244 LIVRE PREMIER. sympathique pour sou Auatomie comparée de ce uerf , qui est de 1 807, et y représenta Fencé- pliale de la carpe/ Ijne dissertation sur leur cerveau, par M. Apostole-Arsaki , médecin grec, parut à Halle en i 81 5 , oîi les encéphales de plusieurs espè- ces sont décrits et représentés, et oii des idées nouvelles sont mises en avant sur les analogies de leurs tuhercules. ^ Feu M. Kiihl décrivit et représenta aussi plusieurs de leurs encéphales dans ses Maté- riaux d'anatomie comparée , imprimés en 1 820.^ La même année il fut encore question de leur cerveau dans la thèse de M. Fermer que nous avons déjà citée. L'ouvrage de M. Serre sur le cerveau, en 1824"^, et celui de MM. Magendie et Desinou- lins, sur le système nerveux en 1 825 ^, offrent également beaucoup d'encéphales de poissons, et dans le dernier il y a des recherches suivies sur la distribution de leurs nerfs. Les organes de leurs sens firent aussi l'objet 1. Anatomé comparata ner'vi sjmpathici; Leipzig, 1817,111-8." — 2. De piscium cerehro et medulla spinal i ; Halle, 18 13. — 3, Beiiriige zur vergleichenden Anntomie; Francfort, 1820, in-4." — 4. Anatomie comparée du cerveau dans les quatre classes d'animaux vertébrés, t. I ; Paris, 1824, 1 vol. in-S.", avec un allas. — 5. Anatomie des systèmes nerveux des animaux à ver- tèbres; Paris, 1825, 2 vol. in-8." et un atlas. HISTOIRE DE l'iCHTYOLOGIE. 245 d'observations intéressantes. M. de Sœmmering, le fils, dans son ouvrage sur la section hori- zontale des yeux , a donné des coupes instruc- tives de ceux des poissons \ MM. Massalien^ eijurine^ ont décrit l'œil du \hon',^\\Everard Home y celui du sgualiis maximus,'^ M.Weber, dans un ouvrage dont nous avons déjà parlé, est entré dans les détails les plus précieux et les plus nouveaux sur leur oreille interne et sur ses rapports avec l'extérieur. ^ Des dispositions particulières de cet organe ont été observées dans le lépidoléprus par M. Otto, dans un mormyre, un pimélode et une serpe, par M. Heusinger,^ Il y a des observations et des figures de l'o- reille de quelques espèces dans la dissertation sur les organes de l'ouïe de M. PohlJ M. Geojfroj a donné des idées qui lui sont propres, sur les pierres de leur sac auriculaire. 1. De oculorum hominis animaliwnque sectione horizontali com- mentatio; Gœttingue, 1818, in-folio. — 2. Diss. sistens descript. oculorum scombri, thjnni et sepiœ , auct. F. 0. Massalien ; Berlin, i8i5, in-4.° — 3. Mémoire sur quelques particularités de l'œil du thon, dans ceux de la Société de phjsique et d'histoire naturelle de Genève, 1. 1 (1821), p. 1. — 4. Leçons d'anatomie comparée, t. lU (1825), p. 246. — 5. De aure et auditu hominis et animalium. p. 1 , De aure animalium aquatilium; Leipzig, 1820, in-4.'' — 6. Archives de Meckel , 1826, n.^S, p. 324- — T. Expositio generalis anatomica organi auditus per classes animalium , auct. Ed. Pohli \ienne, 1818, in-4.° 246 LIVRE PREMIER. M. Duméiil a mis en avant quelques vues particulières sur le siège de leur odorat', et M. Geoffroy en a donné plus tard d'assez dif- férentes % ainsi que sur l'analogie des os qui entourent les narines. MM. Bailly et Geoffroy ont examiné la na- ture et le mécanisme des filets que la baudroie porte sur la tête. ^ M. Geoffroy a traité particulièrement du sac branchial de la baudroie. "^ Quant a la splanclmologie thoracliique et abdominale des poissons, c'est plutôt dans des monographies anatomiques qu'il faut la cher- cher, que dans des traités spéciaux. On a beau- coup de ces descriptions particulières. M. Duméril a donné celle des lamproies en gé- néral ^ et M. Rathke a traité de celle de la lam- proie de rivière, de manière à ne laisser en quel- que sorte rien à désirer sur ce genre si singulier.^ Sir Everard Home^ et M. de Blainville en 1. Dans un mémoire lu à l'Instilut en 1807, et imprimé parmi les Mémoires d'anatomie comparée de l'auteur. — 2. Annales des sciences naturelles, t. VI (iSaS). — 3. Ibid., t. H, p. 323. — 4. Annales du Muséum, t. X, p. 48o. — 5. Dissertation sur les poissons qui se rapprochent le plus des animaux sans vertèbres ; Paris, 1812, in'4.°, et dans ses Mémoires d'anatomie comparée. — 6. Observations sur la structure intérieure de la pricka ou lamproie de rivière (en allemand); Dantzig, i825, in-4." — 7. Description anatomique du squalus niaximus , de Linné j HISTOIRE DE l'iCHTYOLOGIE. 247 ont donné de grands sqnales des mers du Nord/ M. Ratlike a publié celle du lump." Sir EverardHome, dans son magnifique ou- vrage intitulé Leçons cVanatomie comparée^, décrit et représente les estomacs et les intestins d'une trentaine d'espèces, tant européennes qu'é- trangères. Il y parle aussi des cœurs , des bran- chies et des organes de la génération de quel- ques-unes; ses observations sur la lamproie, le myxine, divers squales, sont particulière- ment dignes d'attention. Mais le traité le plus important sur les vis- cères abdominaux des poissons, qui ait paru dans l'époque actuelle, c'est celui de M. Henri Ratlike, de Dantzig, sur leur canal intestinal et les organes de leur généradon. Il y décrit les parties de la splanclmologie dans cinquante-six espèces, toutes de la mer Baltique. "^ Le même auteur a donné des mémoires in- téressans sur le foie, le système de la veine Trans. phil., 1809, et avec des notes de M. de Blainville, dans le Journal de phjsique de Septembre 1810. 1. Mémoire sur le squale pèlerin; Annales du Muséum d'his- toire naturelle, t. XVUl, p. 88. — 2. Arcliives allemandes de la physiologie, t.VII, p. 498- — 3. Lectures on comparative analomj; Londres, grand in-4.% t. I et II, de i8i4; t. III et IV, de 1825.— 4. Dans les Plus nouveaux écrits de la société des naturalistes de Dantzig, t. I, 3/cah.: Halle, 1824, in^." 24'8 LIVRE PREMIER. porte et l'oreillette du cœur des poissons % et une suite de belles observations sur leurs or- ganes génitaux % et la manière dont ces orga- nes se développent. MM. Tiedemann et Dœllin^er ont traité de leur cœur : le premier "^ représente cet organe dans trente-une espèces ; le second '^ le consi- dère sous un point de vue plus général , et a cru y remarcpier une cavité semblable au ven- tricule droit des oiseaux, mais qui ne prend point de part à la circulation. Tout nouvellement (1827), M. Fohmann^ vient de faire connaître dans un grand détail les vaisseaux lymphatiques des poissons, et leurs rapports avec les veines. Les sécrétions des poissons et les organes par lesquels elles s'exécutent, ont été étudiées avec un grand soin. A la connaissance que l'on avait déjà par Huuter et par d'autres des organes électriques de la torpille et du 1. Arch. d'anatomle et phjsiologie de Meckel , 1826, i/'cah., p. i52. — 2. Dans le ^"^ cahier des Mémoires de la société d'his- toire naturelle de Dantzig: Halle, 182 5. — 3. Anatomie du cœur des poissons (en allemand) ; Landshut, 1809, in-4.° — 4. Annales de la société d'histoire naturelle de Vctléravie, t. Il, 2/cah., p. 3ii ; Francfort, i8ii. — 5. Fohmtmn, Histoire naturelle du système l_ymphalique dans les animaux vertébrés 5 1/* part., dans les poissons (en allemand); Leipzig et Heidelberg, 1827, in-folio, avec seize planclics lithographiées. 249 gymnote, M. Geoffroy a ajouté celle des or- ganes qui exercent le même pouvoir dans le silure % et M. Rudolphi en a donné bientôt après une description plus détaillée ^. M. de Huinboldt^ a fait sur le gymnote les expé- riences les plus suivies et les plus précieuses. On a eu, sur la vessie natatoire, les obser- vations de M. de la Roclie"^ et les miennes^; sur l'air qui y est contenu , les expériences de M. Biot ^ et de M. Confi^liacchi \ et sur ses fonctions , un mémoire spécial de M. G. R. Treviranus , qui lui attribue surtout la faculté de faire prévoir les cliangemens du temps/ MM. de Humholdt et Provençal ont aussi examiné l'air de la vessie , et ont combiné leurs observations avec une iuA estigation très-exacte de l'action des poissons sur l'air dans lequel ils respirent.^ M. Ejinan a fait connaître des expériences i. Annales du Muséum, t. I, p. 092. — 2. Mémoires de l'aca- démie de Berlin pour 1824, p. iSj. — 3. Dans ses Observations zoologiques, t. I, p. 49 et suivantes. — 4. Annales du Muséum, t. XIV, p. i84. — 5. Ibid., t. XIV, p. i65. — 6. Mémoires de la société d'Arcueil, t. I, p. 262 , et t. II, p. 487 : il J a trouvé l'azote et l'oxigène en toutes proportions , depuis l'azote pur jusqu'à -^ d'oxigène. — 7. Sul analise delV aria conienuta nella vescica nata- torîa dei pesci; Pavie, 1809, iu-4.'' — 8. Dans les OEuvres mêlées d'anatomie et de physiologie de MM. Treviranus, t. II, 2.^cali.; Brème, i8i8, in-4.° — 9. Mémoires de la société d'Arcueil, t. H. p. 359 et suivantes. 250 LIVRE PREMIER. du plus grand intérêt, sur la décomposition de l'air atmospliérique dans les intestins du mis- gurn, et l'espèce de respiration qui en résulte. On a fait aussi quelques essais sur la com- position cliimi(|ue des divers organes de ces animaux. MM. Fourcroy et Vauquelin ont fait l'ana- lyse cliimique de la laitance de la carpe. ^ M. Chevreul a analysé leurs os, leurs carti- lages et jusqu'au liquide contenu dans leurs cavités intervertébrales. ^ Tel est l'exposé, aussi fidèle qu'il nous a été possible de le faire, des travaux qui ont mis l'icbtyologie dans l'état où nous la prenons; ils nous serviront de matériaux, en même temps que de point de départ, et nous nous efforce- rons d'en tirer , pom ' notre ouvrage , tout ce qu'ils renferment d'exact et d'utile, en ayant soin de rendre à chaque auteur la justice qui lui est due ; mais nous y joindrons beaucoup d'autres matériaux, qui ne sont point publics, et il est aussi de notre devoir d'en rendre compte dès à présent, soit pour faire connaître les sources d'où nous tirerons toutes les augmen- tations que cette nouvelle histoire des poissons 1. Annales du Muséum, t. X, p. 1G9. — 2. Ibid. , t. XVlil, p. i36 et i54. HISTOIRE DE l'ichtyologie. 2S1 va procurer à la science, soit pour témoigner notre reconnaissance aux personnes à qui nous devons des secours si considérables. Moi-même, depuis bien des années, je re- cueille une partie de ces matériaux. ' Dès 1788 et 1789, sur les cotes de Nor- mandie, j'ai décrit, disséqué et dessiné de ma main presque tous les poissons delà Manche, et une partie des observations que j'ai faites à cette époque m'a servi pour mon Tableau élémentaire de zoologie^ et pour mes Leçons d'anatomie comparée. ^ En 4803, dans un séjour de plusieurs mois à Marseille, je continuai ce genre de reclier- clies sur les poissons de la Méditerranée. Je le repris en 1 809 et 1 81 , à Gênes , et en 1 81 3 , dans divers lieux de l'Italie , et j'ai donné quelques écliantillons des observations que je fis à cette époque, dans les premiers volumes des Mémoires du Muséum. Ce fut surtout alors que je commençai à m'apercevoir combien toutes les ichtyologies 1. Nous avons cru devoir, pour compléter cette histoire de l'ichtyologie , reproduire ici l'exposé de nos travaux , tel que nous l'avons déjà fait connaître dans notre Prospectus. 2. Tableau élémentaire de l'histoire naturelle des animaux; Paris, 1798, 1 vol. in-S." — 3. Leçons d'anatomie comparée; Paris ; 1800 et i8o5, 5 vol. in-8." 252 LIVRE PREMIER. existantes étaient encore imparfaites, et dans le nombre des poissons qu'elles faisaient con- naître, et dans leurs rapprocliemens , et dans la critique des synonymes , et même dans les caractères qu'elles assignaient aux espèces. Je chercliai donc une occasion de faire une étude générale et comparative de toute la classe des poissons, et je la trouvai, lorsqu'il s'agit de disposer la grande collection que feu Péron avait rapportée de la mer des Indes. ]\ffl. de Lacépède et Duméril ayant bien voulu permet- tre que je me chargeasse de ce travail, je com- pris dans mon arrangement les anciens pois- sons du Cabinet du Roi, ceux du Cabinet du Stadhouder, ceux de Commerson, que M. Du- méril avait heureusement recouvrés et mis en ordre ; ceux que feu M. de Laroche avait rap- portés d'iviça, et ceux que feu M. Delalande était allé chercher à Toulon. C'est sur cette première revue que j'ai ré- digé, pendant les années si troublées de 1814 et de 1815, la partie des poissons de mon Règne animal publié en 1817\ 11 a dû être évident poiu^ tous mes lecteurs que, dans ce 1. Le Régne animal distribué d'après son organisation , pour servir de base à la zoologie et d'introduction à l'anatomie comparée; Paris, 1817, 4 vol. in-8.° On en prépare en ce moment une deuxième édition. HISTOIRE DE L^ICHTYOLOGIE. 255 livre, la méthode, les caractères des genres, leur division en sous-genres, la critique des espèces, sont les résultats d'une étude faite sur la nature même, et l'on a pu déjà y apercevoir de combien de corrections les ouvrages précé- dens étaient susceptibles. Depuis lors je n'ai pas cessé d'employer, de concert avec mes collègues, les professeurs d'ich- tyologie, tous les moyens à notre disposition pour accroître cette partie du Cabinet du Roi , et les ministres de la marine, les ofîiciers à leurs ordres , les chefs des colonies , ayant cons- tamment secondé mes efforts et ceux de l'admi- nistration du Muséum, la collection a été por- tée, en j^eu d'années, à un nombre surpre- nant , puisqu'il est au moins quadruple de ceux que présentent les ouvrages les plus nouveaux. Ces grandes augmentations sont dues prin- cipalement aux voyageurs qui , depuis i 8 1 G , d'après une institution proposée par le minis- tère de l'intérieur, et sanctionnée par le feu Roi , ont parcouru , aux frais du gouvernement , les diverses parties du globe. Notre premier fonds, dû aux efforts com- muns de MM. Pérou et Lesueur, embrassait déjà l'Océan atlantique, la mer du Cap, les îles de France et de Bourbon, une partie des Mo- luques et les côtes de la Nouvelle-Hollande. 254 LIVRE PREMIER. Toutes les autres mers ont successivement fourni leurs contingens. Feu M. Delalande est aile au Brésil en \ 81 7, et au cap de Bonne-Espérance en \ 820 ; et cet infatigable préparateur y a fait des collections également étonnantes pour le nombre et pour la conservation. M. Auguste de Saint-Hilaire , savant bota- niste, dans un long voyage au Brésil, n'a né- gligé aucune partie de Tliistoire naturelle, et pour les poissons en particulier il a fourni de beaux supplémens à la collection de Delalande. S. A. le prince Maximilien de ]\'euw'ied a bien voulu nous communicpier plusieurs pois- sons recueillis dans la même contrée, et nous en avons vu beaucoup et de très-intéressans des- sinés par feu M. Spix^ que ses béritiers ont jugé à propos de nous soumettre avant la publication très-procbaine qu'ils se proposent d'en faire. Cayenne est un point oii nous avons tou- jours eu des collecteurs en quelque sorte à poste fixe. Outre les poissons qu'y avaient recueillis autrefois MM. Ricliard et Lehlond , nous en avons reçu récemment par les soins de 31. Poi- teaii, pendant qu'il était cbef des cultures dans cette colonie, et de MM. Leschenauh et Ad. Doiunerc, qui y ont fait une course en 1821. Nons avons eu ainsi d'auq^les moyens d'é- HISTOIRE DE L ICHTYOLOGIE. 255 claircir les poissons de Margrave, et ceux que Blocli a publiés d'après les dessins du prince Maurice de JNassau. Les Antilles et tout le golfe du Mexique ne nous ont pas fourni des renseignemens moins abondans. M. Plejy ce voyageur courageux, mort vic- time des souffrances que lui avait occasionées un séjour de six ou sept années dans ces cli- mats terribles, y a formé jusqu'à cinq collec- tions , les unes de la Martinique et de la Gua- deloupe, les autres de Porto-llico et de toute la côte de la Colombie. Egalement remarqua- bles par la grandeur des échantillons et par leur conservation , elles sont accompagnées de notes précieuses sur les habitudes des espèces, leurs qualités, et les noms qu'on leur donne dans les différens lieux. M. Lefort y premier médecin à la Martini- que, et M. Achard, pharmacien, nous ont en- voyé de la Martinique et de la Guadeloupe des échantillons dont les couleurs mêmes étaient aussi fraîches que si l'on fût venu de les pêcher. M. Ricard vient de nous en apporter de Saint-Domingue un assez grand nond^re tout aussi bien conservés. M. Poejy naturaliste instruit, habitant de la Havane, nons en a apporté de l'ile de Cuba, 256 LIVRE PREMIER. et nous av ons eu en communication un recueil de belles figures de ceux des cotes du 3Iexique, faites pour le feu roi d'Espagne , par M. Mocigno. 11 nous a été facile de reconnaître ainsi tous les poissons de Plumier, et de rectifier beau- coup des erreurs de Bloch à leur sujet. Tous ceux que Parra a décrits à Cuba, se sont aussi trouves parmi les nôtres, et nous avons été à même de vérifier et de compléter ce qu'il en a dit. Les poissons même des hautes vallées des Cordillères ne nous sont point demeurés étran- gers. L'illustre et savant voyageur, M. cîe Hinnholdt , a bien voulu nous en faire venir quelques-uns de ceux qu'il a décrits dans ses Observations zoologiques. ^ Nos ressomces pour les côtes de l'Amérique septentrionale ont été aussi exti'êmement mul- tipliées. Le célèbre naturaliste, M. BosCj, qui a été consul de France à la Caroline, nous a communiqué les poissons quil y a recueillis, et les dessins qu'il en avait faits, dont quel- ques-uns avaient déjà été publiés par M. de Lacépède, mais d'une manière qui avait be- soin d'éclaircissemens pris sur nature. 1. Recueil d'obsermiions de zoologie et d'anatomie comparée , t. 1, p. 17, 48 et suivantes, et pi. 6, 7 et 10; t. JI;p. i45,etpl.45 — 5a. HISTOIRE DE LICHTYOLOGIE. 257 Nous en avons dû surtout une quantité con- sidérable à M. Milbertj habile artiste, qui a séjourné long -temps à New -York. 11 nous a envoyé à peu près toutes les espèces décrites par M. Mitcliill et beaucoup d'autres, recueil- lies soit sur les côtes, soit dans les rivières et les lacs de cette partie du inonde. M. Lesiœur a ajouté nombre d'espèces intéressantes , prises surtout dans les eaux douces de l'intérieur, et dont il a décrit une partie dans les journaux scientifiques de ce pays -là. Il nous en est aussi parvenu quelques-unes par les soins de M. Dekaj, jeune naturaliste de New-York, qui a étudié au Muséum et qui a conservé de l'airection pour ce bel établis- sement. M. Mitchill lui-même en a adressé quelques autres, et a surtout envoyé à l'administration du Muséum des mémoires manuscrits , dont nous av ons profité. Les poissons de Terre-Neuve ont été obser- vés et décrits avec soin par M. de la Pjlaie, qui nous a libéralement communiqué ses notes et ses dessins, dont nous avons tiré plusieurs renseignemens utiles. Tout récenrinent M. Richardson a bien voulu nous faire voir ceux qui ont été pris pendant le 1. 17 â[58 LIVRE PREMIER. dernier voyage du capitaine Franklin au nord de rAmérique. * L'Afrique est la partie du inonde oii il est le plus difficile de voyager avec l'appareil né- cessaire pour faire de grandes récoltes; et ce- pendant M. RogePy gouverneur des établisse- mens français du Sénégal, nous y a fait ras- sembler une suite de poissons de ce fleuve, qui a eu pour nous un intérêt d'autant plus grand que nous avons pu la comparer à celle que M. Geoffroy Saint -Hilaire avait recueil- lie dans le Nil; ce qui, en y ajoutant les es- pèces des rivières du Cap , rapportées par Delalande, et quelques poissons que M. Mar- c es chaux y consul de France à Tunis, vient de faire pêclier pour nous dans le lac de Biserte, nous a permis de prendre quelque idée de la population des eaux douces de cette vaste contrée. Pour les mers orientales, nous avons eu une petite coîleclion de poissons secs, faite autre- fois par feu Sonnerai , et qu'il nous a donnée en 1814; mais surtout une très-grande, ra- massée pendant plusiems années à Pondicliéry et aux îles de France et de Bourbon , par M. Leschenaidt y ce qui nous a mis à même de 1, lis sont décrits dans l'appendice de ce vojage. HISTOIRE DE L ICHTYOLOGIE. 259 bien connaître la plupart des poissons de Com- merson et de Rnssel. M. Mathieu, officier d'artillerie très-instruit , a envoyé de l'Isle-de-France plusieurs espèces rares et bien conservées. MM. Diard et Buvaucel, pendant un séjour assez long à Sumatra et à Java, y ont aussi recueilli un bon nombre de poissons; et les généreuses communications que le célèbre M. Temminck nous a données de ceux qui aA aient été rassemblés dans les mêmes îles par MM. Kiihl et Van-Hasselt, et des ligures qu'ils en avaient prises, a complété ce que nous pouvions dési- rer à cet égard. Ces deux jeunes et malbeureux observateurs avaient aussi été aux Moluques, et leurs col- lections, jointes à celles de Pérou, ont com- mencé à éclaircir pour nous les figures de Yalentyn et de Renard, et à nous convaincre que ces figures, si grossières qu'elles soient, représentent cependant toutes des objets réels. M. Reinwardt , savant professeur d'histoire naturelle à Leyde , n'a pas été moins généreux que M. Temminck, et nous a donné une pleine communication de tout ce qu'il a recueilli dans le pénible voyage qu'il a fait dans l'archipel des Indes. Nous mettons au nombre des envois les plus 260 LIVRE PREMIER. riches que nous ayons reçus, les poissons du Gange et de ses afïluens, queM. AlfredDuvaucel, mon beau-fils , a rassembles avec le plus grand zèle, et dont il a même tiré quelques-uns des rivières du Népaul. Ces envois, joints aux im- menses collections de quadrupèdes, d'oiseaux, de reptiles, d'insectes, de squelettes et de pré- parations anatomiques, qu'il a adressés au Cabinet du Roi, y rendront à jamais son sou- venir précieux. Sans le malheur que j'ai eu de perdre cet intéressant jeune homme, non moins spirituel et instruit qu'il était ardent pour ce genre de recherches, malheur du en partie aux tracasseries de quelques misérables qui redoutaient le voisinage d'un homme ca- pable de porter la lumière sur leur conduite, les sciences naturelles en auraient obtenu , dans tous les genres, des récoltes supérieures à ce qui a jamais été fait : qu'il me soit permis du moins de consigner ici les regrets que lui doi- vent les naturalistes. Cette partie de ses envois nous a mis en état de nous faire des idées plus complètes de la plupart des espèces que M. Ha- milton Buchanan a décrites dans son bel ou- vrage sur les poissons du Gange. M. Dussumier, négociant de Bordeaux , pas- sionné pour riîistoire naturelle, et qui, jeune encore, a déjà fait sur ses propres vaisseaux 2G1 plusieurs voyages à la Chine et aux Indes, a toujours eu soin de nous rapporter les objets les plus remarquables qu'il recueillait, et nous lui devons plusieurs poissons intëressans par leur rareté et la singularité de leurs caractè- res. 11 a même eu l'attention de faire faire à Canton et de nous confier des peintures très- soignées de plusieurs belles espèces de la Chine. Tout récemment il vient de nous remettre une riche collection, pêchée sur la côte de Malabar et aux îles Seichelles. M. Elirenhtr^, qui a recueilli les produc- tions de la mer Rouge ou du Nil avec un dis- cernement et une persévérance admirables, a poussé la complaisance jusqu'à nous commu- niquer ses dessins et ses descriptions, jusqu'à nous céder ses doubles pour le Cabinet du Roi. Nous ne trouvons pas d'expression pour ren- dre les sentimens que nous inspire un abandon si noble. Il nous a fourni les moyens d'éclair- cir la plupart des articles laissés par Forskal sur les poissons de cette mer, articles si nom- breux , mais sur lesquels il régnait encore tant d'obscurité. ^ 1, MM. Ehreiiberg et Hempiich ont fait, par ordre de l'aca- démie royale des sciences de Berlin, pendant les années 1820 à 1825, un vojage en Lj'bie, en Egypte, en Nubie, en Arable et sur la côte occidentale de l'Abysslnie, qui a produit les obser-- 262 LIVRE PRECHER. Il n'est pas, enfin, jusqu'anx poissons de la mer dn Japon et du Ramtscliatka, dont nous n'ayons dû quelques-uns à la bonté de M. 77/e- siuSy le savant compagnon du capitaine Rru- senstern, et M. Liclitenstein nous a communi- qué tous ceux qui avaient été rassemblés lors de la même expédition par M- Langsdorf, et cédés par celui-ci au Cabinet de Berlin, ainsi que tous ceux que Palîas s'était procurés pré- cédemment et dont il a donné des descriptions dans sa Zoograpbie russe. Enfin , M. Temminck vient encore de mettre sans réserve à notre disposition une grande collection de poissons de ces parages lointains, arrivée au Muséum royal des Pays-Bas. Pendant que ces généreux amis de la science accumulaient ainsi autour de nons les poissons des contrées les plus éloignées , il en était d'au- tres qui se faisaient un plaisir de nous procu- rer ceux de l'Europe. Outre les collections faites par Delalande, par La Boclie et par moi sur les côtes de la Méditerranée, M. Risso nous a envoyé ses es- pèces de Nice les pins intéressantes, et nous a communiqué les dessins qu'il en a fait faire valions les plus intéressantes pour toutes les branches des scien- ces naturelles. Voyez le rapport fait à ce sujet par M. de Hum- boldt; Berlin, 182G, 10-4.** '— 263 HISTOIRE DE L ICHTYOLOGIE. sur le frais, et sans lesquels nous n'aurions pu nous en bien représenter les couleurs. M. Bon- nelli nous en a envoyé aussi et nous en a prêté quelques-uns des plus rares du Musée de Tu- rin; mais nous en avons dû surtout une col- lection superbe, aussi nombreuse que bien conservée, au zèle désintéressé de M, Savignj^ qui, pendant un voyage de près d'un an en Italie , n'a pas cessé de demander tous les pois- sons qui paraissaient sur les diffère ns marcbés; qui est même allé plusieurs fois en mer pour prendre ceux que les pêcbeurs négligent : il a procuré ainsi au Cabinet du IVoi près de quatre cents espèces toutes des plus beaux modules et de la plus parfaite conservation. Heureux, si l'état cle^sa santé avait permis à cet ol)ser- vateur si ingénieux de faire jouir par lui-même les naturalistes du fruit de ses eilorts. Nous nous empressons du moins de leur signaler ici les titres qu'il s'est acquis à leur reconnais- sance. M. Biberon^ l'un des employés du Muséum, est allé ensuite en Sicile, et y a recueilU en- core plusieurs espèces qui avaient écbappé à M. Savigny; M. le docteur Leach nous en a procuré quelques-unes de Malte; M. l'amiral de Bignjj, pendant la noble expédition (pi'il commande dans l'Arcliipel , s'est occupé de nous 2G4 LIVUE PREMIER. faire pêcher le scare, si fameux cliez les an- ciens, et qu'aucun moderne n'avait vu, si ce n'est Aldrovande. En ce moment même, nous attendons des produits des parages de l'Ar- chipel, oîi M. le docteur Bailli nous a promis de soigner, pendant le séjour cpi'il fait en Grèce, les intérêts de l'ichtyologie. Joignant à ces nom- breuses récoltes celles que M. Geoffroy a faites dans le Nil et sur la côte d'Egypte, nous osons nous flatter que rien ne nous manquera pour éclaircir ce qui a été dit sur les poissons de la Méditerranée depuis les temps les plus reculés. Nous avons encore à Marseille dans M. Po- Ijâore Roujc, conservateur du Musée de cette ville, un correspondant plein d'instruction et de zèle, qui veut bien nous donner tous les renseignemens que nous lui demandons , et qui se propose même, lorsqu'il aura terminé son Ornithologie de Provence, de publier des figu- res coloriées des beaux poissons de cette côte, encore si mal connus et surtout si incorrecte- ment représentés. Les poissons de nos côtes de l'Océan n'ont pas été reclierchés avec moins de zèle. M. (VOr- bigrijj, correspondant du Muséum à La l\o- ciicîie, nous a envové toutes les espèces du golfe de Gascogne, et nous a mis en état de commenter le Traité que (Jornide a donné de HISTOIRE DE l'iCHTYOLOGIE. 2G5 ceux de la Galice. 11 nous a fourni les éléuiens de l'histoire du Germon, si intéressant et si oublié de la plupart des naturalistes. A Brest, M. Garnot , ingénieur de la ma- rine, veut bien, non-seulement nous envoyer des poissons, mais fixer sur le papier, d'après le frais et sur des dessins fort exacts, leurs cou- leurs naturelles. M. Bâillon, correspondant du Muséum à Ab- beville, dont le nom est si connu des naturalis- tes par les découvertes que son përe et lui ont faites sur les oiseaux, ne met pas moins d'ar- deur et de discernement à étudier les poissons de la Manche; et nous lui devons des espèces nouvelles et remarqualjles dans des genres tels que les pleuronectes , oii il est presque incon- cevable qu'il en reste à découvrir sur nos côtes. Feu Noël de la Moriniej^e , qui a péri en Norwége pendant un voyage qu'il y faisait pour étudier les pêches des mers du Nord, y avait rassemblé plusieurs des poissons intéres- sans de ces parages , et nous en avon$ dû d'au- tres aux bontés de M. Reinhajdt, professeur à Copenliague , à qui mon collègue , M. Bron- gniart, avait bien voulu les demander de notre part. Nous nous sommes particulièrement attachés à nous procurer les poissons d'eau douce de 2GC> LIVRE PREMIER. l'Europe, d'ordinaire si négligés dans les ca- binets. JNous avons recherché par nous -même avec beaucoup de suite ceux de la Seine et des ri- vières des environs de Paris. Mon collabora- teur, M. Valenciennes, est allé exprès à Anvers et a Dordrecht, pour y trouver ce prétendu tiiptéi^onote ou haiitin, si mal rendu par Ron- delet, et qui n'est autre que le lavaret. M. Hammer, professeur à Strasbourg , s'est occupé de nous procurer les poissons du Rhin et des rivières qui descendent des Yosges. M. De Candolle, ce célèbre botaniste, a pris la pehie, avec M. Major, conservateur du Cabi- net de Genève , et avec le concours de plusieurs naturalistes helvétiens , de nous procurer ceux du lac Léman, et des autres lacs de la Suisse et de la Savoie; ce qui nous a donné des moyens de débrouiller l'histoire de plusieurs espèces (ie truite: et d'ombres, encore fort mal éciaircie par Bloch et par ses correspondans. Il y a joint même des poissons des lacs de Lombardie, dont MM. Rose et Savigny nous ont aussi procuré plusieurs. Ceux du lac Trasimène nous ont été envoyés par M. Louis Canali, savant professeur de Pé- rugia. M, Bredin, directeur de l'école vétérinaire HISTOIRE DE l'iCHTYOLOGIE. 267 de Lyon, nous a fait avoir l'api on du Rhône. Plusieurs poissons intéressans du Danube nous ont été envoyés supérieurement prépa- rés par les soins de M. de Sclireihers , le célè- bre directeur du cabinet d'histoire naturelle de Tienne. M. Lichtenstein, savant professeur de Berlin, nous en a fait avoir cpielques-uns du Brandebourg. M. Tliienemann , de Dresde, si connu par son voyage au Nord, nous en a envoyé beaucoup de Saxe. M. Nitsch nous en a fait une collection à Halle. Nous avons été surtout mis à même de bien connaître les poissons de l'Allemagne et de bien constater toutes les espèces de Bloch, par le voyage cpie M. Yalenciennes a récemment fait à Berlin, et par la faveur qu'il y a obte- nue à la sollicitation du célèbre M. de Hum- boldt, de rassembler jusque dans les étangs qui appartiennent au roi, toutes les espèces que l'on y nourrit , et en grands et beaux échan- tillons. Nous avons même reçu des poissons du Don et du Phase par les soins de M. Gamba, consul de France en Géorgie, et la communication que M. Lichtenstein a bien voulu nous accor- der des poissoes de Pallas, donnés au cabinet de Berlin par M. Puidolphi, nous a fourni beaucoup de lumières sur les espèces propres 268 IIVRE PREMIER. à la Russie; mais ce qui nous a pénétré de la reconnaissance la plus vive, c'est la gracieuse attention cjue S. A. I. la grande-duchesse Hé- lène a daigné nous marquer, en nous faisant envoyer en beaux échantillons les poissons les plus remarqualjles de cet empire avec leur no- menclature populaire. Qu'il nous soit permis d'exprimer ici notre respectueuse gratitude pour cette preuve qu'une princesse si distinguée a bien voulu donner d'un amour éclairé pour les sciences! Les grandes expéditions nautiques ordon- nées par le feu Roi ont complété cette lon- gue suite d'acquisitions, que l'expédition de Bandin avait commencée. M. Frejcinet et M. Diiperrejj d[in^ leurs voyages autour du monde, ont fait recueillir , d'après les instructions qu'ils avaient reçues du zèle pour la science qui anime le ministère de la marine, les poissons de toutes les mers qu'ils ont traversées, et ils ont été parfaitement secondés dans cette re- cherche, le premier par MM. Quoj et G«j- mardy le second par MM. Garnot et Lesson. Les relations de leurs voyages offrent au pu- blic les ligures et les descriptions des espèces nouvelles les plus remarquables qu'ils ont dé- couvertes; mais ils en ont rapporté beaucoup d'autres qui, même lorsqu'elles n'étaient pas HISTOIRE DE LICHTYOLOGIE. 269 nouvelles pour la science, avaient encore un grand intérêt pour notre travail, soit en nous permettant de les mieux de'crire que nos pré- décesseurs, soit par les particularités anatomi- ques et autres qu'elles nous ont offertes. C'est ainsi, d'ailleurs, que nous avons eu les pois- sons de la Nouvelle-Zélande, de la Nouvelle- Guinée , des Mariannes , des îles Sandwich , de la Terre de feu et du Brésil méridional. Nous en avons même reçu par d'autres occasions de la rivière de la Plata, et surtout de Buénos- Ayres; et nous en attendons de belles récoltes de la Nouvelle-Guinée, où MM. Quoy et Gay- mard, qui avaient déjà exécuté de si grands travaux lors du voyage de M. Freycinet, vien- nent de se rendre avec M. Durville. Animés d'un nouveau zèle, et fortifiés par l'expérience, ils ne peuvent manquer d'obtenir encore de plus beaux résultats. ^ Quant à nous , le seul vœu qui nous reste à former, c'est que l'ouvrage que nous avons entrepris ne soit point trouvé trop indigne, ni des écrivains illustres dont nous cherchons à continuer les travaux, ni des secours et des 1. En ce moment même, MM. Quoj et Gaymard viennent d'expédier du poii Jackson au Muséum , avec beaucoup d'autres objets , deux cent soixante-dix poissons de difTérens parages de Ja mer des Indes et de la mer du Sud. 270 encouragemens que nous avons reçus d'un si grand nombre d'amis et de protecteurs de l'his- toire naturelle. Heureux si nous pouvions espé- rer qu'à son tour il prendra rang parmi ceux qui font époque dans la science. C'est à quoi vont tendre tous nos eiYorts. LIVRE DEUXIEME. Idée générale de la nature et de l'orga- nisation des Poissons. GHAPITPxE PREMIER. CARACTÈRES GÉNÉRAUX ET NATURE ESSENTIELLE DES POISSONS. l^^LUS des deux tiers de la surface du globe sont couverts par les eaux de la mer; des parties considérables des îles et des continens sont ar- rosées par des rivières de toutes les grandeurs , ou occupées par des lacs , des étangs et des ma- rais, et cet empire des eaux qui surpasse si fort en étendue celui de la terre sèche, ne lui cède en rien quant au nombre et à la variété des êtres animés qui l'habitent. Sur la terre, la matière susceptible de vie est pour une grande portion employée à la formation et à l'entre- tien des espèces végétales; les animaux herbi- vores y puisent une nourriture qui, une fois animalisée par eux, devient un aliment propre aux carnivores, lesquels ne font guère plus de 272 LIVRE DEUXIÈME. la moitié des animaux terrestres de toutes les classes ; mais dans les eaux , et surtout dans la mer, où le règne végétal est beaucoup plus restreint, tout semble animé ou prêt à le de- venir; les animaux n'y vivent qu'aux dépens les uns des autres, ou de la mucosité et des autres détritus des corps des animaux. C'est là que le règne animal offre les extrêmes de la grandeur et de la petitesse , depuis ces myriades de monades et d'autres espèces qui auraient été éternellement invisibles pour nous, sans le pouvoir merveilleux du microscope, jusqu'à ces baleines et ces cachalots, qui surpassent vingt fois les plus grands des quadrupèdes terrestres. C'est là aussi que s'observent le plus de ces grandes combinaisons d'organes , auxquelles les naturalistes ont donné le nom de classes, et même, à bien dire, elles y ont toutes des représentans ; car, jusque parmi les oiseaux, ces êtres essentiellement aériens, il en est, tels que les manchots, que leur structure attache pendant leur vie presque entière aux flots de l'Océan. La classe des mammifères a dans les eaux non-seulement les phoques, les morses et les lamantins, qui ne peuvent s'en éloigner; mais tous les cétacés qui ne peuvent en sortir, bien que leur genre de respiration les oblige sans cesse à venir à la surface. Les reptiles y sont CHAP. I. NATURE DES POISSONS, 275 représentés par des tortues, des erocodiles, des serpeiis, et surtout par la famille entière des batraciens. Beaucoup d'insectes sont aquatiques, même dans leur état parfait, et un beaucoup plus grand nombre ne s'élève dans les airs, pour s'y reproduire et y mourir, qu'après avoir passé dans l'eau, sous l'état de larve ou de nym- phe , une partie bien plus considérable de leur vie. C'est dans les eaux qu'il faut chercher pres- que tous les mollusques , les annélides , les crus- tacés et les zoophy tes , quatre classes qui n'ont en quelque sorte sur la terre que des membres isolés et comme égarés. Aussi les anciens di- saient-ils, que tout ce qui existe ailleurs se re- trouve dans la mer, mais que la mer a beau- coup de choses qui ne sont point ailleurs : Quicquid nascatur in parte naturœ alla et in mari essej prœterque multa quœ nusquam alibi. ^ Mais parmi ces innombrables créatures qui peuplent et vivifient l'élément hquide, il n'en est point qui y dominent davantage, qui lui soient plus exclusivement propres, et qui s'y fassent plus remarquer par leur nombre, leurs formes variées, leurs belles couleurs, et sur- tout par les avantages infinis que l'homme en 1. Pline,!. IX, c. u. 18 - 274 LIVRE DEUXIÈME. retire, que ceux qui appartiennent à la classe des poissons; cette importance supérieure des poissons est même telle , qu'elle a fait étendre leur nom à tous les animaux aquatiques, en sorte que dans les auteurs anciens, et même dans les écrivains de nos jours qui ne sont pas naturalistes, on voit souvent ce nom ap- pliqué à des cétacés , à des mollusques et à des crustacés ; confusion qu'il est d'autant plus fa- cile d'éclaircir, que la classe des poissons est une de celles qui se laissent le mieux limiter par des caractères invariables. La définition des poissons , telle que l'ont adoptée les naturalistes modernes, est, en effet, on ne peut pas plus claire et précise. Ce sont des animaux vertébrés et à sang rouge, qui respirent par des brancliies , et par l'intermède de l'eau. Cette définition résulte de l'observation; elle est un produit de l'analyse, ou ce que l'on nomme en pbysique une formule empirique : mais sa justesse se démontre aussi par la mé- tbode inverse; car, une fois bien saisie, on en déduit en quelque sorte toute la nature des êtres auxquels on l'applique. Yertébrés, ils ont du avoir un squelette in- térieur : le cerveau et la moelle épinlère en- veloppés dans la colonne vertébrale; les mus- CHAP. I. NATURE DES POISSONS. 275 des en dehors des os; quatre extrémités seu- lement; les organes des quatre premiers sens dans les cavités de la tête, etc. Aquatiques, c'est-à-dire vivant dans un li- quide plus pesant et plus résistant que l'air, leurs forces motrices ont dû être disposées et calculées pour la progression ; mais l'élévation a pu se faire aisément : de là les formes de moindre résistance de leur corps, la plus grande force musculaij e donnée à leur queue, la brièveté de leurs embres, leur expan- sibilité, les membra^^' qui les soutiennent, les tégumens lisses ju ccailleux et non héris- sés par des plumes ou des poils. Ne respirant que par l'intermède de l'eau, c'est-à-dire, ne profitant, pour rendre à leur sang les qualités artérielles, que de la petite quantité d'oxigène contenu dans l'air mêlé à Teau, leur sang a dû rester froid; leur vitalité, l'énergie de leurs sens et de leurs mouvemens ont dû être moindres que dans les mammifères et les oiseaux. Ainsi leur cerveau, bien que d'une com- position semblable, a dû être proportionnelle- ment beaucoup plus petit, et les organes exté- rieurs des sens n'ont pas été de nature à lui im- primer des ébranlemens puissans. Les poissons, en efYet, sont de tous les vertébrés ceux qui donnent le moins de signes apparens de sen- 276 LIVRE DEUXIÈME. sibilité. N'ayant point d'air élastique à leur disposition, ils sont demeurés muets, ou à peu près, et tous les sentimens que la voix réveille ou entretient, ont dû leur demeurer étrangers; leurs yeux comme immobiles, leur face osseuse et fixe, leurs membres sans inflexions, et se mouvant tout d'une pièce, ne laissent aucun jeu à leur physionomie, aucune expression à leurs émotions : leur oreille, enfermée de toute part dans les os du crâne, sans conque exté- rieure, sans limaçon à l'intérieur, composée seulement de quelques sacs et canaux membra- neux, doit leur suffire à peine pour distinguer les sons les plus frappans , et aussi avaient-ils peu d'usage a faire du sens de l'ouïe, eux qui sont condamnés à vivre dans l'empire du silence, et autour desquels tout se tait. Leur vue même dans les profondeurs oii ils vivent aurait peu d'exercice, si la plupart des espèces n'avaient, par la grandeur de leurs yeux , un moyen de suppléer à la faiblesse de la lumière; mais dans celles-là même l'oeil cliange à peine de direc- tion ; encore moins peut-il changer ses dimen- sions et s'accommoder aux distances des objets : son iris ne se dilate ni ne se rétrécit, et sa pupille demeure la même à tous les degrés de lumière. Aucune larme n'arrose cet œil, au- cune paupière ne l'essuie ou ne le protège; CHAP. I. NATURE DES POISSONS. 277 il n'est plus dans le poisson qu'une faible image de cet organe si beau, si vif, si animé, dans les classes supérieures. ]Ne pouvant se nourrir qu'en poursuivant à la nage une proie qui nage elle-même plus ou moins rapidement, n'ayant de moyens de la saisir que de l'engloutii", un sen- timent délicat des saveurs leur aurait été inu- tile, si la nature le leur avait donné; mais leur langue, presque immobile, souvent tout-à-fait osseuse ou cuirassée par des plaques dentaires et ne recevant que des nerfs grêles et en petit nombre, nous montre de reste que l'organe est aussi émoussé que son peu d'usage devait nous le faire supposer. L'odorat même ne peut être aussi continuellement en exercice dans les poissons que dans les animaux qui respirent l'air, et qui ont sans cesse les narines traver- sées par les vapeurs odorantes. Enfin, leur tact, presque annulé à la surface de leur corps par les écailles , et dans leurs membres par le dé- faut de flexibilité de leurs rayons et par la sécheresse des membranes qui les enveloppent, a été contraint de se réfugier au bout de leurs lèvres , qui , même dans quelques-uns , sont ré- duites à une dureté osseuse et insensible. Ainsi les sens extérieurs des poissons leur donnent peu d'impressions vives et nettes; la nature qui les entoure ne doit les affecter que d'une 278 LIVRE DEUXIÈMlE. manière confuse; leurs plaisirs sont peu va- ries ; ils n'ont de souffrances k craindre du de- hors que les douleurs produites par des bles- sures effectives. Leur besoin continuel, celui qui seul, hors la saison de l'amour, les agite et les entraîne, leur passion dominante, enfin, doit être d'assouvir le sentiment intérieur de la faim ; de'vorer est presque tout ce qu'ils peuvent faire , quand ils ne se reproduisent pas : c'est uniquement vers ce but que semblent calculés toute leur structure, tous leurs organes du mou- vement. Poursuivre une proie , ou échapper à un destructeur , font l'occupation de leur vie : c'est ce qui détermine le choix des différens séjours qu'ils haljiteut , c'est l'objet principal des varié- tés de leurs formes , du peu d'instincts ou d'ar- tifices particuliers que la nature a accordés a quelques-unes de leurs espèces : les filamens pêcheurs de la baudroie , le museau subite- ment lancé en avant du filou et du sublet, la commotion terrible que donnent la torpille et le gymnote, n'ont pas d'autre objet. Les va- riations de la température elles-mêmes les affec- tent peu, non-seulement parce qu'elles sont moins grandes dans l'élément qu'ils habitent que dans notre atmospbère, mais encore parce que, leur corps prenant la température envi- ronnante , le contraste du froid extérieur et de CH/VP. I. NATURE DES POISSONS. 279 chaleur intérieure n'existe presque pas pour eux. Aussi les saisons ne sont-elles pas pour leurs mi- grations et pour les époques de leur propagation des régulateurs aussi exclusifs que parmi les quadrupèdes , et surtout que parmi les oiseaux. Plusieurs poissons fraient en hiver; c'est vers l'automne que les harengs viennent du Nord, répandre sur nos côtes leurs œufs et leur laite; c'est dans le Nord que la classe montre la fécon- dité la plus étonnante, sinon en espèces variées, du moins en individus dans les espèces, et nulle part ailleurs la mer ne nous offre rien d'appro- chant de ces innombrables myriades de morues et de harengs qui attirent chaque année des flottes entières dans les parages septentrionaux. Les amours des poissons sont froides comme eux; elles ne supposent que des besoins indivi- duels. A peine a-t-il été donné , dans quelques espèces , aux deux sexes de s'apparier et de jouir ensemble de la volupté ; dans les autres , les mâles poursuivent les œufs plutôt qu'ils ne cherchent leurs femelles : ils sont réduits à féconder des œufs dont ils ne connaissent point la mère , et dont ils ne verront pas les produits. Les plai- sirs de la maternité sont également étrangers au grand nombre des espèces ; quelques-unes seulement portent pendant quelque temps leurs œufs avec elles : à quelques exceptions près , les 280 LIVRE DEUXIÈME. poissons n'ont point de nid à construire , point de petits à nourrir et à de'fendre ; en un mot , jusque dans les derniers détails leur économie toute entière contiaste avec celle des oiseaux. L'être aérien découvre nettement un horizon immense; son ouïe subtile apprécie tous les sons, toutes les intonations ; sa voix les reproduit : si son bec est dur, si son corps a dû être enveloppé d'un duvet qui le préservât du froid des hautes régions qu'il visite, il retrouve dans ses pattes toute la perfection du toucher le plus délicat. Il jouit de toutes les douceurs de l'amour conjugal et paternel; il en remplit les devoirs avec cou- rage : les époux se défendent , défendent leur progéniture ; un art surprenant préside à la construction de leur demeure ; quand le temps est venu , ils y travaillent ensemble et sans relâ- che : pendant que la mëre couve ses œufs avec une constance si admiraljîe , le përe d'amant passionné devenu tendre époux, charme par ses chants les ennuis de sa compagne. Dans l'esclavage même, l'oiseau s'attache à son maî- tre; il se soumet a lui et exécute sous ses or- dres les actes les plus adroits , les plus délicats ; il chasse pour lui comme le chien , et il revient à sa voix du plus haut des airs; il imite jusqu'à son langage , et ce n'est qu'avec peine que l'on se décide à lui refuser une sorte de raison. CHAP. I. NATURE DES POISSONS. 281 L'habitant des eaux , au contraire , ne s'at- tache point ; il n'a point de langage , point d'affection ; il ne sait ce que c'est que d'être ëpoux et père , ni que de se préparer un abri : dans Je danger il se cache sous les rochers de la mer , ou se précipite dans la profondeur des eaux ; sa vie est silencieuse et monotone; sa voracité seule l'occupe, et ce n'est que par elle qu'on peut lui enseigner à diriger ses mouvemens par quelques signes venus du dehors. Et cependant ces êtres , à qui il a été ménagé si peu de jouissances , ont été ornés par la nature de tous les genres de beauté : variété dans les formes, élégance dans les proportions, diversité et vivacité de couleurs, rien ne leur manque pour attirer l'at- tention de l'homme, et il semble que ce soit cette attention que la nature ait eu en effet le dessein d'exciter : l'éclat de tous les métaux , de toutes les pierres précieuses dont ils res- plendissent, les couleurs de l'iris qui se brisent, se reflètent en bandes, en taches, en lignes onduleuses, anguleuses et toujours régulières, symétriques, toujours de nuances admirable- ment assorties ou contrastées, pour qui avaient- ils reçu tous ces dons , eux qui ne peuvent au plus que s'entrevoir dans ces profondeurs, où la lumière a peine à prénétrer; et quand ils se 282 LIVRE DEUXIÈME. verraient , quel genre de plaisirs pourraient réveiller en eux de pareils rapports? Aussi l'homme a-t-il de tout temps porté son attention sur les animaux de cette classe ; la nourriture abondante qu'ils lui fournissent, fait qu'ils sont des premiers qu'il s'attache a pour- suivre : beaucoup de peuples ichtyophages sont encore moins élevés dans l'échelle de la civi- lisation que les peuples pasteurs , et parmi les nations les plus civihsées, beaucoup de familles tirent de la pèche à peu près toute leur subsis- tance. Les habitans des îles et des côtes recher- chent et observent les nombreuses espèces qui se tiennent parmi leurs rochers , et des naviga- teurs plus hardis vont au loin attaquer au mi- lieu de l'Océan les phalanges des poissons voya- geurs ; et en contribuant ainsi à soulager les premières nécessités des peuples, les poissons n'en demeurent pas moins pour les riches des objets du luxe le plus raffiné. Rome, devenue le gouffre oii s'engloutissaient les richesses du monde, consacrait à ce genre de dépenses des sommes qui nous paraissent à peine croyables. On y entretenait d'immenses viviers pour les poissons de mer et d'eau douce; on y faisait venir vivans des poissons des mers éh)ignées ; on en apportait vivans sur la table, oîi l'on se plaisait à observer les changemens de cou- CHAP. I. NATURE DES POISSONS. 283 leur qu'ils éprouvaient en expirant'; et il pa- raît qu'à force de soins et de constance on y était parvenu à exercer sur les poissons un bien plus grand empire que leur naturel ne semblait le faire espérer. Quelques-uns y con- naissaient leurs maîtres , y avaient des noms propres, par lesquels on les faisait approcher; c'est du moins ce que nous rapportent quelques auteurs , mais ils en parlent comme de produits étonnans de l'industrie excitée par le luxe.^ 1. « MuUum expirantem versîcolori quadam et niirnerosa varietate speciari, proceres gulœ narrant , rubentium squmnarum multiplici mutatione pallescentem y utique si vitro spectetur inclusus. ^^ (Plin., ). IX, c. 17.) Vojez aussi Sénèque, Quest. nat., 1. III^ c, 18. Et Ingeniosa gula est , siciilo scarus œquore mersus /fd mensam vivus perducitur. ..... (Petron., Caim. de hell. civ., v. 33.) "2. Martial., 1. IV, ép. 3o, v. 3 : Sacris plscibus hœ natantur undœ Qui norunt dominum manumque lainbunt , IJlam qua nihil est in orbe majus. Quid quod nomen habent et od magistri Vocem quîsque sui venit citatus. Et 1. X, ép. 3o : Piscina rhombum pascit et lupos vernas- Natat ad magistruin delicata murœna. Nomenculator mugilem citât notum Et adesse jussi prodeunt senes mulli. Pline rapporte le même fait, 1. X, c. 70 : <, Speclaiur et in piscinis ccesaris , gênera piscium ad nomen venire. ijuosdamque singiilos, » 284 LIVRE DEUXIÈME. C'est en observant les poissons dans des vi- viers, ou en recueillant ce que les pêclieurs ont remarqué dans leurs expéditions, que l'on a appris le peu que l'on sait des mœurs de ces animaux; mais il est probable que beau- coup de leurs habitudes secrètes nous échap- pent dans les profondeurs oii ils passent la plus grande partie de leur vie. Les uns sont solitai- res , les autres vivent en troupes ; il en est qui parcourent des espaces immenses , d'autres qui , toujours sédentaires, ne quittent point le fond qui les a vu naître. La nature des fonds dé- termine aussi le séjour des différentes espèces. Il en est qu'on ne trouve que dans les en- droits rocailleux des bords de la mer; d'au- tres ne vivent que dans les eaux pures de la haute mer; d'autres encore aiment les eaux stagnantes, les eaux bourbeuses, ou se tien- nent même enfoncés dans la vase et dans le sable, et quelques-uns parmi ceux-là ne pé- rissent point même lorsque la vase, dans la- quelle ils s'enterrent , n'est plus couverte d'eau : potn- peu qu'elle conserve d'humidité, ils y subsi.\tent. L'immobilité de quelques-uns, tels que les raies , les baudroies j, contraste avec l'extrême rapidité du grand nombre , et sur- tout des divers scomhres. Il en est , comme les anguilles, lespériophtalnies^ qui peuvent vivre CHAP. I. NATURE DES POISSONS. 285 quelque temps à sec et ramper sur le rivage ; il en est, dit-on, comme Yanahas, qui grim- pent au haut des arbres et vont s'établir dans les petits amas d'eau qui se forment entre leurs feuilles; quelques-uns, les pirahehes, les exo- cets, ont des nageoires pectorales assez larges pour s'élever et se soutenir dans l'air, et y parcourir un espace étendu. L'industrie la plus remarquable dans toute la classe est peut-être celle de certains poissons des Indes, le toxo- tes et le cliœtodon ro stratus , qui savent, en lançant des gouttes à une certaine hauteur, faire tomber dans l'eau les insectes dont ils se nourrissent; mais toutes ces variétés dans les habitudes tiennent principalement à celles de la conformation, et ce serait en vain que l'on chercherait à s'en rendre compte, si l'on n'étudiait en détail la structure de toutes les parties du corps des poissons, les différences qui distinguent cette structure de celle des autres vertébrés , et les modifications qu'elle éprouve dans les familles, les genres et les espèces. C'est à cette étude que ce deuxième livre est destiné à nous préparer. Nous y examinerons d'abord le corps du poisson à l'extérieur ; nous décrirons ensuite la charpente osseuse qui le soutient et lui donne sa forme et ses propor- tions ; les muscles qui agissent sur lui et dou» 286 LIVRE DEUXIÈME. nent l'impulsion nécessaire à ses divers mouve- mens ; les organes des sens qui reçoivent les im- pressions des objets extérieurs : les nerfs (jui tranportent ces impressions ; le cerveau oii elles se réunissent, et d'où partent les ordres de la vo- lonté : les organes de la digestion, à commencer par les dents et à finir par les vaisseaux lactés cpii conduisent le chyle dans le sang; ceux de la circulation, soit qu'ils amènent le sang des diverses parties du corps dans les branchies, ou qu'ils le reportent des branchies sur tous les points du corps; ces branchies elles-mêmes, avec tout leur entourage ou les moyens par lesquels le sang reçoit du dehors la portion d'oxigène qui lui est nécessaire; les reins et les autres organes par lesquels le corps se dé- barrasse de substances qui lui sont inutiles; enfin, les organes de reproduction des deux sexes, et l'œuf ou les diverses enveloppes et provisions préparées au fœtus. Ce n'est qu'après avoir pris dans les articles qui vont suivre des notions générales de toutes ces parties de l'organisation animale, telles qu'on les trouve modifiées dans les poissons, que nous pourrons passer à l'histoire particu- lière des familles, des genres et des espèces. Nous donnerons à nos descriptions toute la brièveté qui n'exclura point la clarté ; nous y CHAP. I. NATURE DES POISSONS, 287 éviterons surtout l'emploi de cette foule de termes techniques, qui semblent n'avoir été inventés que pour rendre rebutante une science déjà hérissée de tant de difficultés intrinsèques ^ et qui étaient si peu nécessaires pour décrire des êtres de formes ordinairement aussi sim- ples que les poissons. 288 LIVRE DEUXIÈME. CHAPITRE II. EXTÉRIEUR DES POISSONS. Les poissons n'ayant point de cou, et leur queue à sa naissance égalant le plus souvent le tronc en grosseur , leur corps est presque gé- néralement d'une venue, diminuant seulement par degrés vers ses deux extrémités, à moins que l'une ou l'autre ne soit ou tronquée ou ter- minée en massue, ou que la queue (ce qui n'ar- rive guère que dans les raies) ne soit beaucoup plus grêle que le reste. Ce corps peut être ou arrondi , comme dans les diodons, ou cylindrique, comme dans les anguilles, ou comprimé soit horizontalement, comme dans les raies , soit verticalement , comme dans le très -grand nombre des poissons. La tête peut être ou plus grosse que le corps, comme dans les baudroies, ou plus pe- tite, comme dans beaucoup d'espèces; elle peut être ronde ou comprimée dans divers sens; elle peut être obtuse, comme dans les cottes, ou plus ou moins alongée, comme dans les fistulaires et les centrisques. Ils peuvent avoir les deux mâchoires prolongées en bec, comme dans les orphies, ou Tinférieure seulement , comme dans l'hémiramphe, ou leur mâchoire CHAP. 11. EXTÉRIEUR DES POISSONS. 289 supérieure peut former un museau saillant au- dessus de la bouclie, comme dans les raies, les squales et surtout dans les espadons. La bouche peut s'ouvrir ou en dessous, comme dans les raies, ou au bout du museau, comme dans la plupart des poissons, ou même en dessus et vers le ciel, comme dans les ura- noscopes; elle peut être plus ou moins fendue, depuis la forme d'un petit trou, comme dans les centrisques, jusqu'à celle d'une vaste gueule, comme dans les baudroies. On ne voit à l'extérieur que les organes de deux sens , les orifices des narines et les yeux ; mais les premiers peuvent être simples, comme dans les raies et les squales, ou doubles, comme dans la plupart des poissons osseux ; ils peuvent être plus ou moins rapprochés, soit des mâ- cîioires, soit des yeux, soit du bout du museau. Les yeux varient extrêmement par la gran- deur, selon les espèces, et même disparaissent cpielquefois sous la peau , comme dans les taenia- notes , les aptériclites ; leur direction ne varie pas moins que leur diamètre; le plus souvent dirigés sur les côtés, ils se relèvent, et quelque- fois au point de regarder tout-à-fait vers le ciel, comme dans les uranoscopes; le genre entier des pleuronectes les a même tous les deux d'un seul côté de la tête, soit du droit, soit du gauche. 1. IQ 290 LIVRE DEUXIÈME. Une famille de poissons seulement , celle des cliondroptéiygiens , a les bords extérieurs de ses branchies fixés à la peau, et autant d'ouver- tures pour fissue de l'eau qu'il y a d'interval- les entre ces branchies; mais tous les autres ont des branchies libres à leur bord externe, et l'eau qu'ils ont avalée sort par une seule ouverture (une seule ouïe) de chaque côté; cette ouïe a arie beaucoup pour la grandeur et pour le point plus ou moins reculé oii elle s'ouvre: les harengs l'ont énorme et contour- nant tout le côté de la tète ; dans les anguilles elle est petite et fort en arrière; quelques espèces de cette famille , les synbranches , n'ont même qu'un seul trou pour les deux ouïes. L'opercule , dont les battemens servent à la respiration , peut lui-même varier en grandeur et en iigure; la membrane qui le complète en dessous peut se joindre en tout ou en partie à celle de l'autre côté , ou à la partie voisine de l'épaule ; le nombre des rayons qui la sou- tiennent peut être plus ou moins considérable; . quelquefois, comme dans les tétrodons, les diodons , les coffres , une grande partie de cet appareil est masquée par la peau et ne se voit bien qu'à la dissection; il manque tout-à-fait dans les espèces à plusieurs orifices. Une partie des nageoires sont verticales , et CHAP. IL EXTÉRIEUR DES POISSONS. 29 I servent au poisson comme la carène ou le gou- vernail servent à un navire, et celles-là sont, ou attachées au dos : les dorsales ; ou sous la queue : les anales; ou au bout de la queue : la caudale; et diffèrent par le nombre, la hauteur, et la nature des rayons qui les sou- tiennent, et qui tantôt sont épineux, tantôt branchus et composés de beaucoup de petites articulations. D'autres nageoires sont disposées par paires et représentent les quatre membres des classes siq^érieures. Celles qui répondent aux bras ou aux ailes , nommées nageoires pectorales , sont toujours attachées derrière les ouïes; celles qui répondent aux pieds, nommées nageoires ventrales, peuvent au contraire être placées plus ou moins en avant, plus ou moins en arrière, depuis le dessous de la gorge jusqu'à la naissance de la queue. Les unes et les autres varient pour la grandeur, pour le nombre des rayons, pour leur structure simple ou articulée; une des paires , ou même toutes les deux , peu- vent manquer entièrement : les anguilles, par exemple , n'ont point de ventrales ; les murènes n'ont ni ventrales, ni pectorales; les aptérichtes n'ont aucune nageoire. On nomme ]\L\lacoptérygiens , les poissons osseux dont tous le§ rayons des nageoires sont articulés, et Aca^tiioptérygiens , ceux qui en 292 LIVRE DEUXIÈME. ont une partie simple et en forme d'épines; mais dans quelques malacoptéiygiens , comme les carpes et les silures, la soudure des articulations donne à certains rayons l'apparence d'ëpines. L'anus peut être fort loin derrière les na- geoires ventrales ou s'en rapprocher, ou avan- cer avec elles, et, quand elles n'existent pas, venir s'ouvrir jusque sous la gorge, comme on le voit dans les sternarchus. Dans certaines espèces , telles que les gobies et les blennies , il a à son arrière une languette qui paraît avoir quelque rapport à la génération, mais qui n'est pas une verge, car les deux sexes en sont munis; elle manque au plus grand nombre des autres poissons. Toutes les différences, que nous venons d'é- numérer, tiennent à la structure intime, a la cliarpente même du poisson; il en est de plus superficielles. Les mâchoires peuvent être armées de dents de toutes les sortes, et il peut y en a^ oir à toutes les parties de la bouche et jusque dans le gosier. Les lèvres peuvent être garnies d'appendices ou harhiUons y divers par la substance, le nom- bre et la longueur , comme dans les barbeaux , les silures, les pogouias. 11 peut y avoir des lambeaux charnus épars sur le corps, comme dans les scorpeneSy quel- CHAP. II. EXTÉRIEUR DES POISSONS. 293 ques-iins des rayons peuvent être dëtacliés de la nageoire et susceptibles de mouvemens in- dépendans, et cela, soit aux nageoires vertica- les, comme dans les baudroies, soit aux pecto- rales, comme dans les trigles. Enfin, la nature des tégumens, soit du corps, soit de la tête, soit des nageoires, peut varier; le poisson peut être nu, êcailleux, épineux , cui- rassé dans toutes ou dans plusieurs de ses par- ties ; ses écailles , les pièces de sa cuirasse , peu- vent varier à Tinfuii par la grandeur, les con- tours , les dentelures de leur liord , les inégalités de leur surface. Il peut en être de même des diverses pièces qui recouvrent la tête. La ligne formée de chaque côté du corps par luie suite de pores ou de petits tubes creusés dans les écailles, peut être plus ou moins marquée ou même hérissée ou cuirassée; elle peut être aussi plus ou moins droite, plus ou moins rappro- chée du dos. Si l'on joint à ces considérations ce qui concerne les couleurs, leur distribution, leurs nuances, et ce qui a rapport à la gran- deur et au poids du poisson , on peut se faire une idée de tout ce qui caractérise à l'extérieur les divers êtres de cette grande classe, et l'on voit que le langage ordinaire doit sullire à peu près pour exprimer et faire comprendre toutes ces diversités. 294 LIVRE DEUXIÈME. CHAPITRE III. OSTÉOLOGIE DES POISSONS. Après cet exposé général , nous allons entrer dans l'examen des divers organes, et nous com- mencerons par ceux qui soutiennent tous les au- tres , c'est-à-dire par ceux qui composent le sque- lette ; mais avant de passer à l'étude des dilférens os, il est nécessaire de prendre connaissance de leur nature propre et de leur tissu intime. Tissu des Os des Poissons. Sous le rapport du tissu des os, on peut divi- ser les poissons en osseux, en Jihro-cartila^i- neux et en vrais cartilagineux. Ces derniers, autrement appelés chondrop- térjgienSj et qui , par l'ensemble de leur cliar- pente, par leurs branchies, dont le bord exté- rieur est ûxé a la peau et d'oîi l'eau ne s'échappe qu'au travers d'orifices étroits et multipliés, ainsi que par plusieurs autres détails de leur organisation, se distinguent des autres d'une manière bien tranchée, n'ont jamais de véri- tables os ; leurs parties dures ne consistent in- térieurement qu'en un cartilage homogène et demi-transparent, qui se revêt seulement à la surface, dans les raies, les squales, d'une couche CHAP. m. OSTEOLOGIE DES POISSONS. 29S de petits grains opaques et calcaires, serrés les uns contre les autres ; mais qui dans les lam- proies ne prend pas même cette enveloppe , et qui enfin demeure absolument membraneux dans les ammocëtes. L'esturgeon et la cbimëre partagent, jusqu'à un certain point, relativement à leur épine, cette mollesse de la lamproie ; mais le premier de ces genres a beaucoup des os de sa tête et de son épaule, au moins une lame de leur surface, complètement durcis et ossifiés. Les autres poissons ne diffèrent guère entre eux que par la dureté des pièces de leur sque- lette, et c'est mal à propos que \e?> Jibro-carti- lagineiLV ont été associés par quelques auteurs aux chondroptérj^iens, La matière calcaire, c'est-à-dire le phosphate de chaux, se dépose par fibres et par couches dans le cartilage qui sert de base à leurs os , comme elle le fait dans les poissons les plus osseux; elle y est seulement moins abondante , et le tissu de l'os ne devient pas aussi dur, et ne prend point cette homo- généité qui caractérise les os de certains pois- sons osseux. Par exemple dans le poisson lune ( tetrodon mola, L. ) , ce ne sont pour ainsi dire que des fibres éparses dans des membranes. La baudroie {lophius piscatorius) est le pois- 296 LIVr.E DEUXIÈME. SOU qui en approche le plus pour la mollesse. Les autres télrodons et diodous, les balistes, les coilVes, ont les os plus dius, plus homo- gëues , et il en est que l'on aurait peine à dis- tinguer de ceux des poissons que l'on a nom- més osseux. Ce qui est certain aussi , c'est que la charpente osseuse de ces lihro- cartilagineux est construite sur le plan de celle des poissons osseux, et non pas sur celui des chondroptéry- giens, et c'est contre toute vérité qu'Artedi et Linnaeus leur ont refusé, soit des opercules, soit des rayons hranchiostèges ; les l)alistes ont même de vraies côtes, dont manquent les té- trodons , les dindons et les coffres ; leur seule différence ostéologique réelle tient à l'engréne- ment de leurs mâchoires. Les syngnathes n'ont pas même cette différence-là ; mais ils manquent de côtes et de rayons hranchiostèges. C'est bien gratuitement aussi que l'on sup- pose au squelette des poissons ordinaires ou os- seux plus de flexibilité, une nature plus molle, plus extensible qu'à ceux des classes supérieu- res, et que l'on est même parti de cette sup- position pour expliquer la longévité observée dans c[uelques espèces. La plupart des poissons osseux ont les os autant et plus durs que les au- tres animaux; il y en a même dans le tissu des- quels on ne voit plus ni pores ni fibres , et qui CH.^P. III. OSTÉOLOGÏE DES POiSSOxNS. 297 paraissent homogènes et comme vitreux à l'œil. Aucun poisson , ni osseux ni cartilagineux , n'a à ses os ni épiphyses ni canal médullaire; mais il en est quelques-uns , comme les truites , oîi le tissu de l'os est plus ou moins pénétré d'un suc huileux. Il en est d'autres, comme la dorée , oîi l'intérieur de certains os demeure cartilagineux, tandis que leur surface est déjà parfaitement ossitiée. Il y en a enfin où, pen- dant que le reste du squelette prend une grande dureté, quelques parties demeurent toujours cartilagineuses : c'est ce qu'on voit, par exem- ple, dans la tête du brochet. Artieulations des Os des Poissons. Les articulations des os des poissons présen- tent les mêmes variétés que celles des autres animaux; seulement les arthrodies et les gyn- giimes, c'est-à-dire les articulations qui per- mettent des mouvemens déterminés, soit dans un plan , soit dans plusieurs , s'y montrent plus rarement , parce que leurs meml^res n'ont pas à exécuter des mouvemens aussi variés. C'est, par exemple , au moyen d'mi gynglime , que la mâchoire inférieure et l'opercule sont atta- chés à l'appareil ptérygo -palatin, et celui-ci au crâne. On en observe encore dans l'arti- culation des rayons des nageoires dorsales et 298 LIVRE DEUXIÈME. anales avec les os inter osseux , et dans celle du premier rayon de la nageoire pectorale avec l'os analogue au radius. Il y a même dans les poissons deux sortes d'articulations à mouve- mens déterminés, dont on ne trouve pas d'exem- ple dans les autres classes : celle qui se fait par deux anneaux, joints l'un à l'autre, comme ceux d'une chaîne , et celle qui , à la volonté du poisson, devient ou très -mobile ou très- fixe. Nous verrons des exemples de l'une et de l'autre dans la famille des silures. Les articulations à mouvemens déterminés offrent des ligamens, des cartilages à la surface des os, une liqueur synoviale, comme dans les animaux supérieurs. L'articulation des corps des vertèbres a lieu au moyen d'une substance fibro-cartilagineuse , qui traverse même ces corps, et prend quel- quefois , comme dans l'esturgeon et la lamproie, la forme d'une longue corde , et c'est aussi par des substances fd)ro-cartilagineuses que s'unis- sent entre elles les pièces operculaires , celles de l'appareil branchial, les os de l'épaule, du bras, du carpe, les os du bassin, et que ceux-ci s'at- tachent à ceux de l'épaule. Composition chimique des Os des Poissons. D'après les recherches et les expériences que mon savant confrère a l'Institut, M. Chevreul, CHAP. III. OSTÉOLOGIE DES POISSONS. 299 a bien voulu faire à ma prière , les os des pois- sons, comme ceux des autres animaux vertébrés, se composent d'une base organiG|ue pénétrée de substance terreuse. La substance terreuse consiste en phospliate de cliaux et de magnésie , avec de l'oxide de fer, que l'on peut croire uni à de l'acide pbos- pliorique : il y a aussi une certaine quantité de sous-carbonate de cliaux. Quant à la matière animale , elle est de deux sortes : l'une , de na- ture azotée, fait la base du cartilage ; l'autre, de nature grasse, est une liuile qui l'imprègne. Le cartilage des os de poissons n'est pas sem- blable à celui des mammifères et des oiseaux; car il ne donne point de gélatine lorsqu'on le fait bouillir dans l'eau. L'buile se compose, en grande partie, d'oléine, à laquelle s'ajoutent, en petite quantité , un prin- cipe odorant et un principe colorant jaune. Cette huile se change aisément en savon, et donne alors de l'acide oléique, de la glycérine et quelque peu d'acide margarique , en sorte que, si cet acide provenait de la stéarine contenue dans l'huile , cette stéarine ne devrait s'y trouver qu'en petite proportion. Des os de carpe et de perche, après avoir été exposés au vide et desséchés jusqu'à ce qu'ils ne perdissent plus d'eau , ce qui les avait ré- 300 LIVRE DEUXIÈME. duits à quatre-vingt-sept centièmes de leur poids primitif, ont donné sur cent parties : En matière azotée cartilagineuse 36,5 En matière huileuse, formée en grande partie d'oléine 1 9,5 En phosphate de chaux 37 En sous-carbonate de chaux 5,5 En phosphate de magnésie et oxide de fer... 0,7 En sous-carbonate de soude, sulfate de soude et chlorure de sodium ou sel marin 0,8 Total 1 00. Dans les poissons cartilagineux ou cliondrop- tërygiens il y a beaucoup plus d'eau ; la pro- portion des sels solubles, c'est-à-dire du chlo- rure de sodium, du sous-carbonate de soude, et surtout du sulfate de soude , y est beaucoup plus forte ; et celle des phosphates est au con- traire beaucoup moindre : mais leur matière animale est la même quant à sa substance azotée et à sa substance huileuse : les vertèbres du grand squale y dit le pèlerin, ou squalus inaximuSy analysées à l'état frais, ont donné sur cent parties : Eau 90 Matière azotée du cartilage et huile 6,485 Sulfate de soude i,859 Chlorure de sodium i,562 Sous-carbonate de soude 0,2 Phosphate de chaux, de magnésie; oxide de fer, alumine et silice 0,094 Total 100. CHAP. III. OSTÉOLOGIE DES POISSONS. 501 Ce qui, en supposant les vertèbres sèches, donne : Matière azotée et huile 64,85 Sulfale de soude 'S^Bg Chlorure de sodium i3,62 Sous-carbonate de soude 2 Phosphate de chaux , etc o,g4 Total 1 00. M. Chevreul pense que les sels solubles ne sont pas à l'état solide dans ces cartilages, mais bien en dissolution dans Feau , et il est assez remarquable cependant que le liquide des ca- vités intervertébrales de ce même squale n'offre que des traces légères de sulfate de soude , tan- dis que leur cartilage en contient une si grande quantité. Ce liquide contient en outre du chlorure de sodium, du sous - carbonate de soude et une petite quantité d'huile et de la substance azotée du cartilage. Disposition générale du Squelette des Poissons osseux.^ INous considérerons ici le squelette du poisson dans les espèces oii il prend sa forme la plus gé- 1. L'ostéologle des poissons a été long-temps négligée. On n'en voit point de squelette dans les recueils de Blasius et deValentin. Cheselden a donné la figure du squelette de la raie^ mais sans 302 LIVRE DEUXIÈME. nërale, c'est-à-dire dans les poissons osseux, en remettant un peu plus loin à traiter des par- explication '.Duhamel en a donné une autre ', et j a joint celle du squelette du carrelet^. Bonnaterre a ajouté celle du squelette de la carpe ^. Celui qui pendant le dernier siècle en a représenté le plus, est Jean-Daniel Mejer, qui donne les figures de vingt-quatre espè- ces \ Mais les explications de ces auteurs sont vagues et peu satis- faisantes. On peut en dire presque autant de celte espèce de figure idéale donnée par Gouan ^, avec une description où de graves erreurs d'omission et de commission se laissent encore remarquer; et ce qu'en a dit Vicq-d'Azyr dans ses mémoires sur les poissons n'est guère plus complet?. Ce n'est guère qu'en 1800 que M. Au- tenrieth a commencé à en traiter d'une manière vraiment scienti- fique^. Depuis lors on a eu les différens mémoires de M. Geoffroy dans les Annales et les Mémoires du Muséum et dans la grande Description de l'Égjpte, qui en ont éclairé plusieurs parties 9, et 1. C'est le cul-de-lampe de la préface de son Ostéographie. 2. Pèclies, 2.* part., sect. 9, pi. 7. — 3. Ihid., pi. 13. — 4. Encyclope'- die méthodique, planches de l'ichtyologie, pi. A. 5. Dans les Représentations d'animaux et de leurs squelettes, impri- mées à Nuremberg, 1748, 2 vol. in-folio. On y voit, t. I, pi. 7, la carpe; pi. 8, la carpe à miroir; pi. 9, le brochet; pi. 42, l'anguille commune; pi. 43, l'orfe; pi. 44, la truite; pi. 71, la lote ; pi. 72, la brème; pi. 73, la perche; pi. 74, le goujeon et la loche : t. II, pi. 10, le barbeau ; pi. Il, le nez; pi. 12, le chabot (cottiis gobio); pi. 5i, la tanche; pi. 62, Vomhre (salmo thymallus) ; pi. 53, le rotangle {cjprinus erjthrophtalmus) -^ pi. 54, le carreau {cjprinus caïassius); pl-92, le meunier (cjprinus dobula); pi. 93, le gardon {cjprinus jeses); pi. 94, l'orfe blanc; pi. gS , le misgura (cobitisfossilis); pi. 96^ le cobitis tœnia et le véron (cfprinus phoninus)? pi. 97, la vandoise. 6. Histoire des poissons, p. 58 et suivantes, pi. 2. — 7. Dans les Mé- moires de l'académie des sciences, savans étrangers, t. VII, et dans ses OEuvres recueillies par M. Moreau de la Surthe, t. V. — 8. Archives zoologiques et zootomiques de Wiedemann, t. I, 2.' cah., p. 47- 9. Annales, t. IX, sur les os de l'épaule et sur l'os furculairc (le Goracoïdien); t. X, sur le sternum (l'os hyoïde); Mémoires, t. IX, sur la vertèbre; Description de l'Egypte, histoire naturelle des poissons, pi. 2, le squelette du tétrodon ; pi. J, celui du bichir. Nous parlerons plus loin de ses travaux sur la tête. CHAP. III. OSTÉOLOGIE DES POISSONS. 505 ticularités qui distinguent celui des cliondrop- tërygiens. Ce squelette se compose de la tête, de l'ap- l'on peut y ajouter celui de M. Schulze, dans les Archives alle- mandes de physiologie de Meckel ', où il j' a plusieurs honnes observations. Mais l'ouvrage ex professa le plus récent sur cette matière, est le mémoire de M. Rosenthal, inséré dans les Archives physiologiques de Reil^, et qui a été suivi et appujé de plusieurs cahiers in-8.°, où sont représentés avec exactitude les squelettes d'un grand nombre d'espèces^. On a de bons résumés sur ce sujet dans la thèse de M. Van-der-Hœven, De sceleto piscium, Lejde, 1822, in-8.°, et dans VOsteographia piscium de M. Bakker, im- primée la même année à Groningue ; et M. Meckel en a aussi donné un très-soigné et très-bien fait, enrichi d'obsei'vations nouvelles , dans le t. II de son Anatomie comparée , publiée en 1824, p. 170 — 38i. Nous verrons plus loin les travaux spéciale- ment relatifs à la tête des poissons. Au reste, nous n'aurons pas besoin pour nos descriptions d'avoir recours aux figures de ces au- teurs, attendu que nous possédons tous les squelettes qu'ils ont fait connaître, et un grand nombre d'autres, qui montent aujourd'hui à près de mille. 1. T. IV, i8i8, p. 340 et suivantes. — 2. T. VII, p. 340 et suivantes- 3. Premier cahier, Berlin, 1812, pi. 1 , la brème; pi. 4, le hareng; 2.* cah., ib., i8i6, pi. 5, la marène; pi. 6, le saumon et le serrasalme; pi. 7, le brochet; pi. 8, la tète de l'orphie ; pi- 9, le silure ; pi. lo, le cohitis fossilis , l'anableps, le centriscus scolopax ; 3.* cah., ih., 1821, pi. Il, le fJet et le pleuronectes mancus; pi. 12, la castagnole (sparus raii), le rason (corjphcena novacula , L ) et le lalistes brasiliensis ; pi. i3, la dorée (zeus faber), les chcetodon cornutus et striatus , et un soi-disant corjphœna lutea; 4.' cah., ib., 1822, pi. 14, le sparus sciandra, Rudolph., qui est un canthère, Vanahase (perça scatidens , Dald.); pi. i5, un lahrus, que l'auteur nomme fuscus , et le phycis tinca {hlennius phy- cis y BL); pi. 16, le cernier, nommé mal à propos sciœna atjuila ; pi. 17, le corh , nommé sciœna umbra , le scomber sarda et le scorpena scrofa ; pi, 18, le trigla hirundo , Vuranoscopus scaber, la tète du malarm3t(<; j^/* cataphracta) ; pi. 19, le lump, le blennius ocellaris , le lophius histrio ', pi. 20, le rémora ) le gçbie noir et le lepadogaster balbis de Risso. 304 LIVRE DEUXIÈME. pareil respiratoire, dont la charpente osseuse est fort développée; du tronc, qui embrasse le corps et la queue, et des membres, qui sont les nageoires pectorales et ventrales; les na- geoires verticales, c'est-à-dire celles du dos, de l'anus et de la queue, peuvent être regardées comme appartenant au tronc. La tête , ayant l)eaucoup plus de parties mo- biles que celle des mammifères , a besoin d'être subdivisée en un plus grand nombre de régions. On peut y distinguer le crâne, les mâchoires, les os placés sous le crâne, en arrière des mâ- choires , et qui servent à leur suspension et à leur mouvement ; les os des opercules ou les espèces de battans qui ouvrent et qui ferment l'ouverture des branchies; les os presque exté- rieurs qui entourent la narine, l'œil ou la tempe, ou qui couvrent une partie de la joue. L'appareil respiratoire comprend l'os hyoïde et ses appendices, c'est-a-dire les rayons bran- chiostèges et les arceaux qui soutiennent les branchies avec les différentes pièces qui portent ces arceaux ou qui y sont suspendues, et qui toutes ensemljle remplissent les fonctions du larynx et de la trachée; enfin, les os placés à l'entrée du pharynx, et qui forment en quelque sorte de secondes mâchoires. Le tronc se compose des vertèbres du dos et CHAP. m. OSTÉOLOGIE DES POISSONS. 505 de la queue (car on ne peut guère dire qu'il y ait un cou, et il n'existe pas de sacrum), des côtes, des os «ouïmes interëpineux, qui donnent appui aux nageoires dorsales et anales, et des rayons de ces nageoires, ainsi que de ceux de la caudale. Ces rayons, qu'ils aient des bran- ches et des articulations, ou qu'ils soient sim- plement épineux, se laissent toujours diviser en deux moitiés sur leur longueur. 11 y a rarement dans les poissons un sternum proprement dit , et lorsqu'il existe , il se forme de pièces presque extérieures, qui réunissent les extrémités inférieures des côtes. L'extrémité antérieure, ou la nageoire pecto- rale, comprend l'épaule, demi-ceinture osseuse, composée de plusieurs os, suspendue dans le liant au crâne ou à l'épine, et s'unissant en dessous à sa correspondante : on pourrait y trouver des os analogues aux deux pièces de l'omoplate des reptiles, à l'humérus et aux os de l'avant-bras ; il y a même ordinairement en arrière un stylet composé de deux pièces, oul'on pourrait chercher à voir l'os coracoïdien, et même la clavicule. Ce qui est plus certain, c'est que les deux os que nous comparons au cubitus et au radius , portent sur leur bord une rangée d'osselets qui paraissent représenter ceux dn carpe, et qui eux-mêmes portent les 1. 2Q 306 LIVRE DEUXIÈME. rayons de la nageoire pectorale, excepté le pre- mier de ceux-ci , qui s'articule immédiatement à l'os radial. L'extrémité postérieure, beaucoup plus va- riable en position que dans les mammifères, et dont la partie extérieure et mobile, nommée nageoire ventrale, sort tantôt en avant, tantôt au-dessous, tantôt en arrière de l'exlrémité an- térieure, se compose de quatre os, dont les plus grands, qui sont aussi les plus constans, étant toujours au-devant de l'anus et des ori- fices de la génération, peuvent être considérés comme une sorte de pubis , et portent sur une partie de leur bord postérieur les rayons de la nageoire, sans osselets intermédiaires que l'on puisse comparer ni au fémur ni au tibia , ou au péroné , ni même aux os du tarse. Les rayons des nageoires paires se divisent longitudinaleinent en deux moitiés , comme ceux des nageoires verticales. Après cette indication générale des parties dans lesquelles se divise le squelette, nous allons procéder à l'examen spécial de chacune d'elles. Du Squelette de la Tête. Le crâne des poissons est généralement plus distinct , plus détaché de leur face, que celui d'aucun des autres vertébrés. Dans le plus CHAP. III. OSTÉOLOGIE DES POISSONS. 50/ grand nombre des espèces, l'intermaxillaire et le maxillaire se meuvent sur le crâne au moyen de diartliroses , et peuvent se mouvoir indé- pendamment l'un de l'autre, indépendamment même du système palatin ptërygoïdien et tym- panal, qui a ses mouvemens séparés.^ 1. L'histoire des recherches sur les os de la tête des poissons est toute récente, et date à peine de vingt ans. Gonan, dans son Histoire des poissons, en 1770, et Viccj-d'Azvr, dans ses Mémoires sur leur anatomie, en 177G (Mém. des sav. étr. , t. VII), n'avaient dit sur les os de leur tète que des choses excessivement vagues et en partie erronnées. Il n'avait été recueilli en 1798, dans mes Leçons d'anatomie comparée, que quelques mots insignifîans sur la composition de leur crâne. Il y fut parlé avec un peu plus de détail des os de la face, bien qu'encore très-imparfaitement : on j comparait le sphé- noïde au vomer, l'os maxillaire à l'arcade zjgomatique, etc. En effet, alors nos collections étaient dépourvues presque de tout secours sur l'ostéologie de cette classe, et c'est ce qui m'en- gagea à m'occuper sans relâche de remplir cette lacune. Les in- nombrables pièces que j"ai rassemblées, et dont je n'ai jamais refusé l'usage, ont servi en même temps de base au grand travail que je donne aujourd'hui , et aux mémoires de divers natura- listes, à qui il était facile de me devancer en apparence sur quel- ques points particuliers. Cependant je suis loin de me plaindre de publications et de recherches faites de mon aveu, et qui m'ont été utiles à moi-même. J'aurais désiré seulement que. travaillant avec ma permission sur les matériaujc que je recueillais pour rem- plir les vides de mon premier ouvrage, ils n'eussent pas affecté de prendre ce premier ouvrage pour objet de leur critique, et de laisser croire que j'en étais resté à ce point de mes recherches. Vers 1807, M. Geoffroy, à la suite de son Mémoire sur l'ostéo- logie de la tête du crocodile, inséré dans le tome X des Annales du Muséum , fit aussi quelques essais pour déterminer les os de la tête de la tortue et de quelques poissons,, et c'est alors qu'il 308 LIVRE DEUXIÈME. Le dernier système, comme dans les oiseaux et la phipart des reptiles, forme une lame plus conf icut l'idée (le regarder l'opercule comme un pariétal sorti du crâne ; idée qu'il publia dans son Mémoire sur les os de la lète des oiseaux, imprimé dans ce même tome X, p. 342. Je fus conduit à m'occuper aussi de la tète du crocodile, lors- que je donnai, dans les Annales, en 1808, t. XI, mon Ostéolo- gie des crocodiles vlvans , pour servir à l'explication des os fos- siles de crocodiles et d'autres reptiles. Mais dès ce temps-là je m'occupais de mon grand Traité d'anatomie comparée , et spé- cialement de ce qui regarde l'osléologie de la tète, et >e donnai ma théorie actuelle presque dans son entier à mon cours de 1811. J'en présentai le résumé très-abrégé, en 1812, dans une note sur les pièces osseuses qui composent la tête des animaux vertébrés. (Annales du Muséum, t. XIX, p. laS — 128.) Je décrivis avec plus de détail les os de la face des poissons dans mon Mémoire sur la structure de leur mâchoire supérieure, lu à l'Institut en Mars i8i4j et imprimé dans le tome I."" des Mémoires du Muséum. Je donnai dans le même volume, pi. 16, quelques exemples des variétés de configuration de ces os, pris de la coiyphène, de la girelle et du razon. Enfin, en 1817, ^^ publiai dans mon Règne animal trois figures de la tète de la morue, où tous les os sont désignés par leurs noms. C'est aussi en 1817 que M. de Blalnville a Imprimé, dans le Bul- letin philomatique, un Mémoire sur l'opercule des poissons, où il avance que le préopercule est l'os jugal , et que les trois autres pièces représentent celles qui se trouvent dans la mâchoire Infé- rieure des reptiles et des oiseaux de plus que dans celle des pois- sons. Mais l'auteur assure qu'il avait conniiuniqué ces Idées long- temps auparavant à ses auditeurs, et leur donne la date de 1812. Elles furent promplement réfutées par M. Geoffroy, à qui je fis voir dans mes préparations une mâchoire de lépisostée toute aussi compliquée que celle d'aucun reptile, bien que ce poisson ait des opercules également aussi complets que ceux d'aucun poisson. C'est en 1818, dans sa Philosophie anatomiquc, que AI. Geof- froj a fait connaître ce foit, et c'est là aussi qu'il a mis en avant CHAP. III, OSTKOLOfxIE DES POISSONS. 309 OU moins verticale , articulée par son angle postérieur supérieur au côté du crâne, cler- l'idée qvie les os de l'opercule répondent aux quatre osselets de l'ouïe, savoir, l'opercule à l'élrier, le subopercule à l'enclume, l'inleropercule au marteau, et un quatrième, souvent en vestige, à l'os len(ieulairc, tandis que le prcopercule serait le cadre du tjmpan. Cependant il avait paru en Allemagne des travaux importans sur l'objet qui nous occupe, mais dont la plupart des anatomistes parisiens, selon un usage qui commence cependant à diminuer, avaient pris peu de connaissance. Dès 1800, M. Autenrieth avait publié, dans les Arcbives zootomiques deWiedemann, un Mémoire sur l'anatomie des pleuronectes, où il présentait plusieurs considé- rations remarquables sur la tcte des poissons ; il regardait les rayons brancbiostèges comme les cartilages des cotes; les brandies osseuses qui les portent, comme formées de l'os bjoïde et de quelques parties du sternum, etc. ; opinion qui a été conçue aussi par M. GeofFroj en 1807, et a servi de point de départ à toute sa théorie de l'appa- reil branchial, qu'il a développée en 1818 dans sa Pliilosophie anatomique. L'opercule, selon M. Autenrieth , résulte de la divi- sion du cartilage thjroïde, etc. ; mais ce savant médecin s'occupait peu dans son Mémoire de l'analogie des os, si ce n'est de l'appareil tjmpanique, qu'il rapportait encore à l'apophjse condjloïde de la mâchoire inférieure, comme l'avait fait autrefois Hérissant pour l'os carré des oiseaux. En 181 1 il avait paru , dans les Archives de physiologie de Reil, un mémoire de M. Rosenlhal, sur le squelette des poissons, où l'auteur décrit tous les os de la tête avec une fidélité et une clarté fort remarquables, et où il s'occupe , mais avec moins de succès, de rechercher leur analogie. Selon lui, mon elhmoïde, mes deux frontaux antérieurs et mon vomer forment la mâchoire supé- rieure ; mes mastoïdiens sont des pièces détachées des pariétaux; mon frontal postérieur représente la partie écailleuse du tempo- ral, et ma grande aile, le rocher. 11 donne au sphénoïde anté- rieur et aux ailes orbitaires les noms de corps du sphénoïde et de ses ailes. Le sphénoïde proprement dit prend chez lui le nom d'os 310 LIVRE DEUXIÈME. riëre l'orbite, et par l'aiitërieur à la partie an- térieure du crâne au côté du vomer; cette extré- de la base du crâne. Sur les autres os du crâne ses déterminations et les miennes s'accordent. Quant à la face, M. Rosenthal ne donne pas des déterminations si précises. Mes intermaxillaires et mes maxillaires sont selon lui des divisions du seul intermaxiliaire : il appelle os carré, la pièce que j'ai nommée temporal, et ne donne aux autres os de l'appa- reil palatin et ptérygoïdien que des noms vagues et qui n'indi- quent point leur analogie. M. Oken, dans un programme de 1807, avait considéré le crâne comme un composé de trois vertèbres, et l'appelait la tête de la tète; le nez était pour lui le thorax de la tête, et les mâchoire& représentaient à son avis les bras et les jambes. Ces comparaisons éveillèrent diversement les esprits, et il s'en fit des applications aux poissons. En 181 5, M. Spix , dans son ouvrage intitulé Cephalogenesis ^ vit aussi dans le crâne des vertébrés trois vertèbres, mais les os qui entourent le nez, lui parurent les analogues de l'appareil hyoïde, et ceux des mâchoires, les représentans des extrémités antérieures et postérieures. Il j donna des figures de tètes de brochet, de morue, de truite, d'anguille, de silure et de carpe; mais il n'y représenta aucvui acanthoplérjgien. Dans son sjstème, mon ethmoïde est le nasal: mon frontal antérieur, le lacrymal; mon sphénoïde antérieur, l'ethmoïde; mon mastoïdien, le tem- poral écailleux; mon frontal postérieur, une partie du jugal ; mon rocher, une partie de l'occipital latéral. Sur le reste des os du crâne, il détermine comme moi. Pour la face, il rapporte les sous-orbilaires au jugal. Mon os transverse et mon palatin forment ensemble, selon lui, l'os ptérjgoïdien, et c'est dans ce que j'ai appelé ptérjgoïdien , qu'il cherche le vrai palatin. Les autres os de l'appareil ptérygo-tympanique répondent tous ensemble, dit- il, à la partie annulaire du tvmpan; mais il reconnaît, comme moi, l'inlermaxillairc et les maxillaires dans les os communément appelés des mâchoires et des m_yslaces. C'est à M. Spix qu'il appartient, si je ne me trompe, d'avoir vu CHAP. ni. OSTÉOLOGIE DES POISSONS. 511 mité antérieure porte en partie l'os maxillaire; l'angle postérieur inférieur donne la facette le premier les osselets de l'oreille dans les opercules : mais il les arrange autrement que M. Geoffroy. Selon lui, le prënpercule est le marteau; l'opercule est renclume; le sous-opercule, l'élrier. M. Oken, dans l'Isis, n.^2, de 1818, a traduit mes diverses notes sur cette partie, et copie les figures que j'avais insérées soit dans les Annales du Muséum, soit dans mon Règne animal. Dans le n.° 3 du même journal est une détermination des os de la tète des poissons, par M. Bojamis , académicien de Péters- bourg, accompagnée de figures au trait, faites sur la brème et sur le brochet. L'auteur ne difFère de moi sur le crâne que parce que, se con- formant à demi aux idées de M. Oken, il fait de mon frontal antérieur la lame cribleuse de l'ethmoïde, et du postérieur, l'os temporal écailleux. Il applique à l'inverse de moi les noms de rocher et de mastoïdien. Quant à l'occipital externe, il en fait un interpariétal, ne songeant pas qu'il est toujours en dehors des pariétaux. Mes sous-orbitaires forment pour lui un jugal, et il nomme mon jugai ptérjgoïdien interne ; mon temporal est sa caisse; ma caisse, son apophjse ptérjgoïde externe : l'os transverse et le ptéiygoidlen , il les regarde comme des démem])remens du palatin. Enfin, pour les opercules, il les cherche encore dans les pièces prétendues manquantes de la màclioire intérieure, idée que M. Oken admire , et qui n'est cependant que celle de M. de Blain- ville, publiée cinq ou six ans auparavant, déjà réfutée depuis deux ans par M. Geolfroj. M. Carus , cette même année à8i8, dans sa Zootomie, con- sidère aussi le crâne comme une réunion de trois vertèbres ; mais il ne voit à la vertèbre occipitale que quatre pièces, oubliant les occipitaux supérieurs et externes; à la sphénoidale, que cinq, ne songeant pas au rocher : nies mastoïdiens lui paraissent des tem- poraux; mon frontal antérieur, la lame cribleuse de l'ethmoïde; mon premier sous- orbitaire, le lacrymal; les autres, des repré- sentans du jugal. Il admet deux et trois palatins. 11 nomme mon iugal os dlscoidien ; et compare vaguement ceux qui sont au- 51 2 LITRE DEUXIÈME. pour l'articulation de la mâchoire inférieure. La face des poissons est enrichie en outre de dessus à l'os carré ou à la branche montante de la mâchoire inférieure; enfin les opercules lui semblent se mouvoir sur l'ap- pareil branchial, à peu près comme les omoplates sur le thorax; mais il rejette l'opinion qui fait de l'os h_)OÏde et des rayons branchiostèges une combinaison de rhjoïde avec des parties du sternum et avec les côtes sternales. En 1822, M. Bakker, dans son Osteographin piscium, a décrit les os de la télé de l'églefin et du lampris. Mon frontal posté- rieur lui paraît le rocher, bien qu'il ne reçoive aucune des parties de l'oreille; mon mastoïdien est pour lui le temporal; il prend mon rocher pour la grande aile; il nomme mes sous-orbitaires os jugal et os zjgomatique. Quant aux os qui remplacent l'os carré , il se borne à les désigner par les noms de sjmplecticum primum^ secundum , etc. M. Vfin-der-HcEi'en, qui a écrit aussi en 1822 sur le squelette des poissons, ne s"est point hasardé à déterminer les os de leur tète. M. Bfeckel, dans la deuxième partie du second volume de son Anatomie comparée, imprimée en 1824? a donné, page 324 et suivantes, une description générale des os de la tète, avec des observations siu' leurs variations dans quelques poissons. Autant qu'il est possible d'entendre son texte, dénué de figures, et où il ne met pas partout les sjnonjmes des autres auteurs, ses détermi- nations s'éloignent des miennes seulement en ce qu'il regarde ma grande aile comme le rocher; l'aile orbitaire comme la grande, et le sphénoïde antérieur comme l'aile orbitaire ; en ce qu'il fait de mon frontal antérieur une appartenance de l'ethmoïde, et qu'il rapporte le postérieur au temporal, et le préopercule et le jugal à l'os carré ou à la partie articulaire du temporal; enfin, en ce que ce sont mes sous-orbitaires qui lui paraissent remplacer le jugal. Il fait d'ailleurs très-bien remarquer à quel point il s'en faut que le nombre des pièces soit constant, soit dans le crâne, soit dans les appareils latéraux. Il ne parle pas des pièces mobiles de l'opercule. Enfin M. Geoffroy en est venu, en 1824 et en 1825, à la déter- mination des os de la tète des poissons, autres que ceux des opercules, dont il s'était occupé beaucoup plus tôt, et sur lesquels CHAP. m. OSTÉOLOGIE DES POISSONS. 313 deux appareils , inconnus dans les classes pré- cédentes , ou que l'on n'a cru du moins y re- il conserve son opinion que ce sont les os de l'oreille. Il distri- bue les pièces de la tète, non pas en trois ou en quatre vertèbres, comme ses prédécesseurs, mais il j voit et il admet de même dans toute autre tète sept vertèbres, ajant cbacune son corps, sa partie annulaire supérieure, composée de quatre pièces, et sa partie annulaire inférieure, aussi composée de quatre pièces, neuf par vertèbre et soixante-trois en tout. Depuis lors il a considéré chaque corps comme formé lui-même de quatre pièces, ce qui lui en fait en tout quatre-vingt-quatre. Voici le tableau de sa rédaction du 12 Décejnbre i825, qui paraît devoir être la der- nière, avec les réflexions qu'il m'a suggérées. Toute tête, selon M. Geoffroy , est ime réunion de sept ver- tèbres, coraposL-es chacune d'un anneau supérieur de deux paires d'c: , d'un corps impair et d'un an- neau inférieur de deux autres paires d'os, comme il suit. VERTEBRE. ■sdei.xetho Isupiîrieurs du c Anneau j super Les deux rhino- Fpliysaux ou cornets Corps. Leprotosphénal u cartilage du nez. Les deux adde lux _ou poniû Et ces pièces, selon le même au- teur, sont rrpié- sentées dans les poissons par les os que je nomme de la manière sui- vante. Les du nez. Les montar termax ipopbys Sur quoi je fais les remarques et observations que voici : Ce Un cartilage pla- On multiplierait beau- cé entre les pédicu- coup les os . si l'on en fai- les des Interiuaxil- sait de tous les cartilage. laircs et le vomer. Interarticulaires. rieurs daus les poissons , et placés au-dessus des nari- nes, ne peuvent être leurs cornets. Il est très-rare que ces apophyses soient séparées par une suture ; et cette suture ne prouve autre chose, sinon que le nombre des os n'est pas constant. Sur le total chaque vertèbre. Cette réunion d'os manque du caractère essentiel assigné par l'au- teur même a toute vertèbre; elle n'a de réceptacle ni pour le système nerveux ni pour le système sanguin. 1. 314 LIVRE DEUXIÈME. trouver qu'au moyen d'analogies très -suscep- tibles de contestations ; l'appareil des os sous- orbitaires, qui forment une chaîne allant du frontal antérieur au postérieur, et complétant par en bas le cadre de l'orbite, que le maxil- laire et le jugal ont abandonné, et prenant ainsi une fausse apparence de jugal, ou représentant. II." VERTÈBRE, Les deus nasaux L'ethmoïde. L'os que je nomme elb- Cette vertèbre-ci ou os propres du moide, est toujours simple. n'aurait pas d'an- nez. et on ne peut lui faire re- neau supérieur, ou Anneau présenter deut os. et sur- bien il serait dou- tout les deux nasaux; car ble; car l'ethmoï- «upér. il est entre les narines, et de le diviserait en non dessus. deux: de plus, les Les deux lacry- Les frontaux an- Ces os existent dans les adgustaux, qui seuls maux ou os ungnis. térieurs. crocodiles , dans les tor- peuvent être censés tues, etc., i côté des vrais faire l'anneau infé- lacrjmaux caractérisés pour rieur , sont séparés tels, et ne peuvent leur des autres pièces être substitués. par les palatins et Lerhinosphénal Le vomer. lesptérygoidlens. Corps, ou lame ethmoi- dale. LesdeuK adgus- Les Iransverses. taux ou portions Anneau palatines des raaxil- infér. laires. 1 Les deux vome- Parties supposées Ces os sont purement hy- Uaux ou le vomer. soudées au vomer. pothétiques dans les pois- 111.^ VERTÈBRE. Les deux fron- Les frontaux Cette vertèbre taux. principaux. est encore toute Anneau disjointe; les pa- super. Les deux palpd- Comment les cartilages latins et les pre- braux ou cartila- tarses , qui sont entière- miers sous-orbitai- ges tarses. ment détachés, pourraient- res sont séparés des ils contribuer à Tanneau frontaux par les supérieur, lequel est clos frontaux antérieurs; indépendamment d'eux? il n'est possible de voir ni anneau su- L'ethmosphénal Un cartilage pla- Voilà encore un carti- périeur ni anneau Corps, oulecorpsdereth- cé derrière Teth- lage interarticulaire érigé inférieur continu. moïde. mo.de. en os. Dans le système qui n'admet que [ Les deux adurbi- Les premiers trois vertèbres, cha- Itauxouportionsor- sous-orbitaires. que vertèbre a au . bilairesdesmaxil- moins l'avantage AnneauJ, . infér. Y d'être continue. 1 Les deux pala- Les palatins. taux ou palatins. CHAP. m. OSTÉOLOGIE DES POISSONS. 315 si on l'aime mieux, la partie de cet os et celle du maxillaire, qui, dans les mammifères, étaient sous l'orbite; et l'appareil des pièces operculaires, qui adhère au bord postérieur du système pala- tin et ptérygoïdien-tympanal , protège les bran- chies et s'ouvre ou se ferme, selon que le requiert le mouvement de l'eau qui sert à la respiration. IV.' VERTÈBRE. f Les deux pté- Les grandes ai- Cette vertèbre Iréaux ou grandes les. est la plus disjointe . Jailes du sphénoïde, s" ér { Lesdeuxingras- de toutes pour sou Les ailes orbi tai- anneau inférieur; car ni lessous-orbi- (biurrerdu %hé- taires postérieurs. [noïde. nilesplérygoïdien.'. ( L'entosphénal ou Lesphéuoïdean- nexion avec les trois Corps, corps antérieur du térieur. autres os; ils en (sphénoïde. sont même fort éloignés. ( Les deux jugaux Lessous-orbitai- Ici l'auteur abandonne Lu os de la' pom- res postérieurs. sa doctrine de l'identité du Imette. nombre des pièces, ou un Anneau! os ne doit être représenté infér. \ Les deux héris- Les ptérygoi- que par un os. Les sous- Iséaux ou apophy- diens. orbitaires postérieurs sont f ses ptérygo.de» iu- quelquefois très-nombreux. ^ ternes. V.^ VERTÈBRE. Les deux parié- Les pariétaux. Ici les deux an- Anneau taux. neaux sont aussi super. Les deux tem- Les frontaux pos- disjoints l'un que poraux. térieurs. l'autre; le sphënoi- de p„stérieur n'a ( L'hyposphénal ou Le sphénoïde aucune connexion. Corps. < corps postérieur du postérieur. ni avec les parié- (sphénoïde. taux et les fron- taux postérieurs. r Les deux serriaux Les temporaux. Dans ses premiers essais ni avec les tempo- lou grosses tubéro- M. Geoffroy parlait d'un os raux , la caisse et Isltés du cercle du syœplectique, qu'il nom- le jugal. Anneaujtympan. mait uro-sernal , c est-à- ■•"■ dire la partie grêle infé- rieure du cadre du tympan. f Les deu. coty- Le tympanal et Ici encore l'auteur aban- lUaux. le jug/l, nommés donne son identité de nom- par M. Geoffroy bre dans la représentation epicotyléal et by- des os; avec deux il n'en pocotyléal. fait qu'un. Je dois dire aussi que jamais le coty- léal, c'est-i-dire la caisse, ne m'a paru un os différent du cadre du tympan: il n'en est que U ceutinuation. 316 LIVRE DEUXIEME. Du Crâne. C'est entre ces quatre appareils, maxillaire, soiis-orbitaire , ptërygo-tympaniqiie et opercu- laire, qu est situé le crâne ou la boîte cérébrale, qui , comme a l'ordinaire , contient le nez et l'oeil dans des fosses extérieures , le labyrinthe de l'oreille dans une cavité latérale interne , et l'encéphale dans la grande cavité de son milieu. Ce crâne est, comme dans les autres animaux VL' VERTÈBRE. [ Les deux in ter- L'interpariétal. Je n'ai jamais vu l'inter- L'anneau supé- Anneau P"'^'""^- pariétal double dans les' rieur est encore poissons. disjoint; car l'in- ""P*^""- Les.peauK Les mastoïdiens. terpariétal et les (ou rochers. mastoïdiens ne se touchent pas. Le ( L'otosph^nal ou Je n-ai pu apercevoir de corps y manque. Corps.! portion antérieure division transverse du ba- [du basilaire. silaire. Les parties infé- Les préopercules. rieures*^ du cercle = \rE;..u Les interopercu- Les interopercules sat- Ifjaux ou marteaux. lachent i la miUlioire in- férieure , et aident i porter l'os hyoïde : ils n'ont point de muscle propre. Com- ment concilier cela avec les caractères du marteau? Vn."^ VERTÈBRE. Les deux suroc- Les occipitaux Tout le monde Anneau cipitaux. externes. reconnaît que le super. Les deux exocci- pitaux. Les occipitaux basilaire, les deux; latéraux. occipitaux latéraux et le supérieur re- Le Laslsphénal Le basilaire. présentent une es- Corps, ou portion posté- pèce de vertèbre. rieure du basilaire. et cette analogie, ( Les deux sta- Les opercules. Je crois avoir ample- saisie par M. Du- méril , est peut- Ipéaux ou étriers. ment réfuté la supposition être tout ce qu'il y l que les pièces operculalres a de vrai dans 1« 1 soient des os de Poreille, nombreux écha- infér. \ lorsque j'ai suivi la dégra- dation et la simplification faudages que di- vers auteurs ont de l'appareil de ces ns de- établis sur elle. 1 nui» l'hoiiiTiie iusau'.ï la I !alamandre.(V„y.n,esfie- 1 Lesdeuxincéaux Les iubopercu- cherches sur Us as foisiLes , les. î.<=édit.,t.V.) CHAP. III. OSTÉOLOGIE DES POISSONS. 31 7 vertébrés, une cage ou enveloppe composée de pièces unies fixement par des sutures. ' Le crâne des acantlioptérygiens fournit le point de départ le plus commode, c'est-à-dire que c'est celui où les pièces constituantes sont le plus au complet et le mieux développées; elles se modifient plus ou moins dans les autres ordres, mais de manière à ce cpi'une fois cpie l'on a bien saisi ce premier type, il est toujours facile de les y ramener. On y reconnaît aisément une grande analogie avec les crânes des reptiles et des oi- seaux ^, dont il n'est pas difficile d'y retrouver 1. Poui' f'iiciliter l'étude de l'osléologie des poissons, on a repré- senté dans tous ses détails celle de la perche sur les planches I, II et III. La planche I offre le squelette entier. La tète s'j voit entière par le côté. Les appareils de la face y sont en situation naturelle. Les figures I, II, III et IV de la planche II représentent le crâne et les pièces dont il se compose , vu fîg. I par le côté , fig. II en dessus, fig. III en dessous, fig. IV par derrière. La figure V est le crâne vu en dessous avec un côté de la face, vu inférieurement, l'appa- reil branchial étant enlevé. La figure VI représente, au contraire, le crâne dont on a enlevé les appareils de la face, pour montrer la manière dont s'j attachent les appareils des branchies et de l'épaule. La figure VII est une coupe verticale et longitudinale du crâne, montrant son côté droit par sa face interne, La figure VIII en est, une coupe verticale transverse, montrant son côté antérieur par dedans. La figure IX est la partie opposée de la même coupe, et montre en dedans le côté postérieur du crâne. Enfin, la figure X est une coupe horizontale qui montre le plancher de la cavité du crâne. Dans toutes ces figures le même os porte le même numéro. '2. On doit consulter sur le crâne des reptiles, les chapitres où je Tai décrit, dans mon Traité des ossemens fossiles, t. V, 2.* part. 518 LIVRE DEUXIÈME. presque toutes les parties, et c'est ce dont on aura la preuve, si l'on veut bien examiner avec nous un de ces crânes, celui de la perche commune, par exemple : les autres acantlioptérygiens pos- sèdent tous les mêmes os, et ne diffèrent les uns des autres que par les proportions de ces os et celles de l'ensemble; c'est pourquoi aussi nous nous bornerons à décrire ces os génériquement d'après leur nombre, leurs connexions et leurs fonctions , sans entrer dans les détails de leur configuration , qui seraient purement spécifi- ques , et ne serviraient qu'à rendre nos indica- tions plus difficiles à saisir. A la face supérieure, \e frontal principal (n.° I ) forme la Aoùte de l'orbite et la partie antérieure de celle du crâne \ Il a en avant et en arrière des os qui forment les piliers anté- rieur et postérieur de l'orbite , et qui répondent aux frontaux antérieur et postérieur des reptiles. hes front ai LT antérieiœs (n.*" 2) forment le pilier de devant , et laissent passer entre eux les nerfs olfactifs', comme dans tous les animaux oii ces os existent; mais \ Etlunoïdc (n.*^ o) for- mant ici une cloison verticale, c'est entre lui et le frontal antérieur, par une échancrure de ce dernier, que passe le nerf de chaque côté, très- 1. Il ne parait j avoir qu'une opinion sur cet os j tous les au- teurs le reconnaissent comme nous pour le frontal. CHAP. III. OSTÉOLOGIE DES POISSONS. 319 souvent même c'est par un trou du frontal anté- rieur, et non par une ëcliancrure; mais cet os n'en est pas moins toujours reconnaissable pour ce qu'il est. Dans le congre et l'anguille, il reste toujours à l'état cartilagineux, et disparaît quand les squelettes sont trop macérés. Ce frontal anté- rieur a à son bord inférieur une facette pour le palatin (n.° 22) , et souvent en dehors de celle-là une autre pour le premier sous-orbitaire (n.° 1 9).^ he frontal postérieur (n." 4) forme le pilier postérieur de l'orbite , et concourt à fournir une articulation à l'os que j'appelle temporal (n.°25V 1. M. Spix, conformément à son sjstème général, voit dans le frontal antérieur des poissons un lacrymal, et M. Oken un os planum. Nous avons à opposer à ces idées les mêmes raisons que nous avons déjà données dans notre Ostéologie du crocodile {^Recherches sur hs os fossiles , t. Y, a/ part., p. G7 ) , où cet os existe au côté d'un ethmoïde cartilagineux , qu'il enveloppe comme la partie antérieure du frontal enveloppe Fethmoïde des runii- nans. M. Bojanus, partant sans doute du trou qu'il a dans plu- sieurs poissons pour le nerf olfactif, en fait une lame crihleuse de l'ethmoïde; mais cette opinion, qui n'a pas ce soutien dans toutes les espèces, est réfutée d'ailleurs par les autres rapports de cet os avec les os voisins. Quant à M. Rosenthal, qui le classe comme partie du maxillaire supérieur, on ne peut expliquer son idée que par la supposition qu'il n'avait pas étudié les rep- tiles, où le frontal antérieur est séparé du maxillaire par un lacrjmal. M. (icoffroj et M. Carus appellent cet os lacrjmaî comme M. Spix. M. Bakker adopte ma détermination, mais il nomme l'os frontal , orbital. 2. Les auteurs varient beaucoup sur et frontal postérieur. Selon 320 LIVRE DEUXIEME. L'axe de la face inférieure est occupé, comme a l'ordinaire, par le basilaire (n.° 5) et le sphénoïde (ii.^ 6). Le sphénoïde se prolonge en avant, comme dans les oiseaux , en nne apophyse lon- gue, qui sert de hase à la cloison intcrorhitaire, laquelle reste le plus souvent memhraneuse/ Partant de ces premiers renseignemens , on arrive à des déterminations assez démontrahles des autres os; mais on arrive aussi, comme dans les oiseaux et les reptiles, à la preuve que leur nomhre n'est pas le même que dans le fétus hu- maii|, et, qui plus est, nous verrons qu'il n'est pas constant dans les différens poissons. On reconnaît aisément les deux pariétaujc (n.° 7) derrière les frontaux, mais ils ne se tou- chent que rarement^; presque toujours ils sont séparés l'un de l'autre par l'os impair (n." 8), M. Rosenthal et M. Bojanus , c'est la parlie écailleuse du tem- poral. Selon M. Spix, c'est une partie du ju^al. M. Bakker en fait l'os du rocher. M. Geoffroy suit l'idée de MM. Roscntlial et Boja- nus, et nomme cet os temporal. 1. Sur le basilaire et sur le sphénoïde postérieur tout le monde parait d'accord : seulement M. Geoffroy établit dans le premier une division transversale que je ne puis j Aoir. Il nomme le segment postérieur hnsisphénal ; l'antérieur, otosphénal ; le sphé- noïde, hjposphénnl. M. Rosenthal donne au sphénoïde le nom vague à'os de la hase du crâne. Par ce nom à'os de la base (Grund- beîn) , M. Meckel entend la réunion du basilaire, du sphénoïde et des os latéraux qui s'j attachent. 2. Il parait qu'enfin tout -le monde, et même en dernier lieu M. Geoffroy, est aussi d'accord sur les pariétaux. CHAP. III. OSTÉOLOGIE DES POISSONS. 321 duquel s'élève l'épine occipitale, qui est très- grande dans beaucoup de poissons, et s'y pro- longe souvent en avant en une vraie crête sa- gittale; dans ce cas on est tenté naturellement d'appeler cet os impair interpaTiétaV ; mais quelquefois aussi , comme dans la carpe , les pariétaux se touchent sur une grande partie de leur longueur, et alors l'os en question est en arrière d'eux, et pourrait être regardé comme un occipital supérieur; son rôle ressemblerait alors beaucoup à celui qu'il joue dans la tortue. Il y a des poissons, nommément dans la famille des silures , oii les pariétaux manquent tout-à- fait, et sont remplacés par un plus grand déve- loppement de cet os impair. Ce dernier a toujours à ses côtés , comme dans cette même tortue, deux paires d'os qui forment les parties latérales de l'occiput , et qui répondent rigoureusement à ceux que j'ai appe- lés, dans la tortue, occipital externe (n.*" 9) et occipital latéral (n.° iO). Si l'on aimait mieux appeler l'os impair dont j'ai parlé, interpariétal, les deux occipitaux externes pourraient être considérés comme un occipital supérieur (ïv\hé en deux ^ ; ils forment 1. M. Geoffroj a fini par nommer aussi cet os interpariétal, et je ne vois pas que personne s'éloigne de cette idée. 2. M. Geoffroj a aussi adopté cette détermination, et nomme 1. 21 322 LIVPxE DEUXIÈME. chacun le sommet de la première crête latérale du crâne , celle que j'appelle intermédiaire , à laquelle s'attache une des apophyses du sur- scapulaire. Dans l'intérieur du crâne, l'occipital latéral (n." iO) donne souvent une lame qui s'unit à celle de son correspondant pour former un plancher au-dessus des sacs oii sont renfer- mées les pierres de l'oreille. Il a quelquefois une conformation singulière , notamment dans la carpe, oii il est percé d'un grand trou, liJ occipital inférieiu^ ou hasilaire (n.° 5) oc- cupe sa place ordinaire, et c'est entièrement à lui qu'appartient la facette articulaire en forme de cône creux, par laquelle la tête s'attache au corps de la première vertèbre; mais les deux autres petites facettes qui , dans un grand nom- bre d'espèces, concourent à l'articulation de la tête avec les facettes articulaires de cette même vertèbre, appartiennent aux occipitaux latéraux (n.°10). De chaque côté du sphénoïde, en avant de l'occipital latéral et de l'inférieur, s'élève la grande aile ou aile temporale (n.° 1 1 ), qui va toujours se joindre par une suture au frontal postérieur (n.° 4)^ et fournit, conjointement ces deux paires d'os suroccipital et exoccipital. M. Bojanus appelle l'occipifal externe, interpariéial. 1. M. Georti'oj, qui a adopté enfin la même détermination. CHAP. III. OSTÉOLOGIE DES POISSONS. 323 avec lui, une facelte articulaire a Tos temporal. C'est par un trou ou par une ëcliancrure de cette pièce que passent les deux dernières branches de la cinquième paire. Il arrive souvent que. dans l'intérieur du crâne , cette grande aile donne sur le devant un plancher au-dessus de la glande pituitaire , comme les occipitaux laté- raux en donnent un sur les pierres de l'oreille. Pour compléter l'angle latéral postérieur et supérieur du crâne, il y a toujours de chaque côté, entre le frontal postérieur, le frontal, le pariétal, l'occipital interne, l'occipital latéral et la grande aile , un et souvent deux os : le premier (n.° 12) est manifestement le même que j'ai nommé mastoïdien dans le crocodile et dans la tortue \ Il contribue avec le frontal postérieur, et quelquefois avec la grande aile, à fournir la face articulaire pour le premier os de l'appareil palatin et tympanique, pour cet os que j'ai appelé temporal. Cet os mastoïdien la nomme pléréal. Tout le monde paraît maintenant d'accord sur cet os, si ce n'est M. Rosenthal et M. Meckel, qui le prenneut pour le locher. 1. A présent M. Geoffroj nomme mon mastoïdien prérupéal^ et mon rocher, postrupéal , et les croit tous deux des parties du rocher. M. Spix en fait le temporal écailleux et une partie de l'occipital latéral. M. Bojanus les nomme à l'inverse de moi. M. Bakker juge que mon mastoïdien est le temporal. M. Meckel est seul de mon avis, et regarde, ainsi que moi, cet os comme remplaçant l'apophjse masloïde. 524 LIVRE DEUXIÈME. se prolonge, dans les poissons, en une apophyse plus ou moins saillante, qui forme le sommet de ce que ]e nomme la crête externe du crâne , et donne attache à une des apophyses de l'os supérieur de l'épaule ou surscapulaire. Lorsque les os dont je parle, et qui complè- tent l'angle du crâne, sont au nombre de deux, et c'est presque toujours ce qui a lieu dans les acanthoptérygiens, je ne puis trouver au second (n.° 15) d'autre nom que celui de rocher, 11 est généralement petit, et placé entre le mastoïdien, l'occipital latéral et la grande aile; quelquefois, comme dans les gades , il est très-grand et des- cend jusqu'à l'occipital inférieur et au sphé- noïde ' ; souvent aussi il manque entièrement , comme dans le brochet, la carpe, l'anguille. En avant de la grande aile', plus vers le haut, une pièce (n." 1 4), que l'on ne peut appeler que Y aile orhitaire, s'engrène avec cette grande aile et avec le frontal postérieur et le frontal ^. C'est entre elle et sa correspondante que passent, dans le haut, les nerfs olfactifs, et dans le bas, les op- 1. C'est le rocher de l'églefin que M. Bakker a pris pour la grande aile du sphénoïde, do